La censure en Russie (en ) est le contrôle des institutions de l'État et de la société civile de la fédération de Russie sur le contenu et la diffusion de l'information, des documents imprimés, des œuvres musicales et scéniques, des œuvres d'art, des œuvres cinématographiques et photographiques, des transmissions par radio ou télévision, des sites web et portails, dans certains cas de la correspondance privée, dans le but de limiter ou d'empêcher la diffusion d'idées et d'informations dont les organes du pouvoir, ou l'opinion publique, estiment qu'ils représentent un danger Irina Frolova/Фролова, Ирина Геннадьевна. La censure des médias en Russie: pour ou contre//Droit et sécurité/ Цензура СМИ в России: за и против // Право и безопасность № 1 (2012).
La législation de la fédération de Russie sur les médias de masse définit la censure comme une Sur les médias, loi du 27 décembre 1991/Irrecevabilité de la censure Закон РФ от 27 декабря 1991 года (ред. от 3.07.2016). «О средствах массовой информации». Статья 3. Недопустимость цензуры.
La constitution de la fédération de Russie interdit la censure au paragraphe 5 de l'article 29Конституция Российской Федерации, статья 29, пункт 5, La liberté d'information est garantie. La censure est interdite/ Гарантируется свобода массовой информации. Цензура запрещается.Loi sur les Médias de masse. Статья 3. Недопустимость цензуры. Cependant, il existe en réalité beaucoup de cas de censure d'œuvres et de limitation de la liberté de diffuser l'information de la part des pouvoirs publics, d'organisations publiques, et de groupes de citoyens s'estimant offensés et organisant leur auto-défensePavel Reïfman/Рейфман, Павел Семёнович|Павел Рейфман. Из истории русской, советской и постсоветской цензурыПавел Дуров аргументировал отказ «выдать» ФСБ создателей групп, поддерживающих Евромайдан // «Собеседник», 17 avril 2014. Il y a aussi deux cas de censure de la part d'autorités locales — en 2006 et en 2012 — qui ont été reconnus tels par les tribunaux russes.
La censure se renforce singulièrement dans le pays, en 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Dans le cadre de la propagande et du strict contrôle du récit fait à la population du pays, l'utilisation de plusieurs mots, parmi lesquels « guerre », « bombardements de villes » ou « pertes civiles » y est réprimée par la loi et passible de prison, tandis que les réseaux sociaux sont censurés, tout comme l'ensemble des médias locaux dont plusieurs qui ne sont pas dans la ligne du régime, ont dû fermer....
Problèmes généraux de la censure en Russie
En , Vladimir Vladimirovitch Pozner, journaliste de Perviy Kanal, chaîne de l'État russe, prenant la parole lors d'une réunion de la Fédération citoyenne russe consacrée aux questions de morale et d'éthique à la télévision nationale, affirme qu'il n'y a pas de liberté d'expression en Russie.. En 2011, Pozner a reconnu qu'il existait à la télévision russe une stop-liste c'est-à-dire une liste de noms de gens qu'il ne fallait pas inviter à la télévision. Ainsi, depuis 2010, l'accès à la télévision fédérale est rendu inaccessible à Boris Nemtsov, Garry Kasparov, Mikhaïl Kassianov, Édouard Limonov, Alexeï NavalnyPosner constate la mort du journalisme professionnel en Russie Познер констатировал смерть журналистики в России как профессии.
Selon le journaliste et homme politique Alexandre Nevzorov, l'année 2014 a été celle où la censure a atteint son degré le plus élevé durant la période post-soviétique. Alexandre Nevzorov ne craint pas la censure/Александр Невзоров. Не бойтесь цензуры! Радуйтесь!|Snob. 28.04.2014. Sarkis Dabrinian est d'accord avec lui en tant que défenseur des droits de l'homme : « La censure est de retour au pays » () La censure a fait son retour au paysNet Lawyer from Russia: «Censorship Actually has Returned to the Country» | JNews, June 17, 2014. .
En , quand on commence à parler à haute voix de l'application de la censure par le gouvernement en Russie, Izvestia publie un article du ministre de la culture, Vladimir Medinski, intitulé « Celui qui ne nourrit pas sa culture, ira nourrir l'armée étrangère ». En tête d'article, le ministre de la culture déclare que l'État doit non seulement subventionner la culture, mais aussi suivre le contenu créé grâce à ces subventions, et encourager systématiquement les seuls projets qui reflètent les valeurs de la majorité conservatrice de la population. Medinski souligne l'effet négatif en Russie de la censure politique et considère que le rôle de la bureaucratie est de garantir la viabilité financière, administrative et juridique des règles suivant lesquelles l'État ne limite pas l'artiste dans sa création, mais contrôle si sa production n'est pas offensante pour les citoyens. À titre d'exemple instructif, le ministre cite le licenciement du directeur du théâtre d'opéra et de ballet de Novossibirsk Boris Mesdritch, après le scandale de la mise en scène par Timofeï Kouliabine de l'opéra de Richard Wagner Tannhäuser..
Le fait est que la Russie a mis en place une procédure particulière pour les mises en scène et les productions qui sont inscrites ou retirées des comptes du budget de l'État, et le fait est aussi que l'État passe commande d'œuvres sur tel ou tel thème, affirme Dmitri Peskov, porte-parole du président de Russie. Réagissant à ces directives ministérielles, le metteur en scène Andreï Zviaguintsev a déclaré en , que : « les fonctionnaires aux ordres castraient la création artistique ». Le lauréat de la Mostra de Venise et du Festival de Cannes appelle les principes énoncés par Peskov des règles de marché public en matière artistique, qui font que les fonctionnaires dépensent l'argent de l'État pour des films et des représentations dans l'intérêt de l'État lui-même. Avec cette conception, Dmitri Peskov oublie ce n'est pas de leur argent dont disposent ses fonctionnaires, mais de l'argent des contribuables. Ils ont décidé une fois pour toutes qu'ils savaient mieux ce dont les gens ont besoin que ces gens eux-mêmes et payent des productions lamentables avec l'argent des contribuables. Le mauvais rêve des commandes de l'État. demande Zviaguintsev /Коммерсантъ, 26 октября 2016. Дурной сон госзаказа. Режиссёр Андрей Звягинцев о том, может ли государство вмешиваться в работу художника. Armen Djigarkhanian appelle censure, la dépendance financière du théâtre russe qui influence le répertoire de manière significative.
En , lors du congrès de l'union des artistes de théâtre de Russie, Konstantin Raïkine a condamné l'ingérence de l'État, des organisations publiques et des groupes de citoyens offensés dans la vie culturelle du pays sous couvert des mots Patrie, spiritualité, moralité. Il décrit ces phénomènes comme un retour en Russie de l'infâme censure de l'époque de Staline en URSS.
Il y a en Russie des personnes qui se disent offensées et tentent de dicter aux artistes ce qu'ils doivent faire. C'est de dont témoigne l'artiste populaire d'URSS Oleg Tabakov. À propos de cette censure publique il constate que « ces gens se sont pénétrés de l'idée que si le gouvernement ne censure pas, alors ils doivent contrôler l'art eux-mêmes ». Tabakov est convaincu que les méthodes de ces espèces d'espions de la censure ne crée pas les conditions pour voir apparaître un art approprié Tabakov répond aux déclarations de Raïkine sur la censure dans l'art NEWSru.com, 29 октября 2016. Табаков откликнулся на высказывания Райкина о цензуре в искусстве. La censure de la créativité qui s'est étendue en Russie à l'encontre de Raïkine, Zviaguintsev et Tabakov a été condamnée également par Vladimir Vladimirovitch Pozner, Evgueni Mironov (acteur) Evgueni Mironov (acteur) parle des ignares agressifs après Raïkine Росбизнесконсалтинг, 31 октября 2016. Евгений Миронов вслед за Райкиным выступил против «агрессивных невеж» et Sergueï Bezroukov. Les problèmes liés à l'arrivée de la censure et à la moralisation de la création artistique ont fait l'objet de discussions en , lors d'une réunion des directeurs de théâtres, chez le directeur adjoint de l'Administration du président de Russie, Sergueï Kirienko.
Parmi les déclarations de soutien à la censure, l'attention des médias s'est focalisée sur les déclarations provocantes du biker Aleksandr Zaldostanov et celles de Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie. L'idée que Zaldostanov veut faire passer est que la liberté n'est qu'une manigance de l'esprit du mal: « Le diable veut toujours tenter par la liberté ! Mais sous couvert de cette liberté Raïkine veut transformer le pays en caniveau de décharge des eaux usées ». Il est soutenu par Kadyrov mécontent du fait qu'« une certaine caste s'arroge le droit d'offenser les sentiments religieux de dizaines de millions d'orthodoxes et de musulmans en affirmant qu'en art tout est permis ».
Le , est entrée en vigueur la loi sur les blogueurs, suivant laquelle, même après l'adoption d'un autre texte, il est possible de voir appliquer des peines de prisons pour des cas extrêmes Un pensionné de Tchouvachie est condamné à deux ans avec sursis Интерфакс, 14 октября 2016. Пенсионер из Чувашии приговорён к двум годам условно за перепост.
L'organisation Freedom House classe la Russie dans les pays où l'internet n'est pas libre. Selon cette organisation, la situation de l'Internet russe (Rounet) a tendance à empirer en matière de censure. Les principales restrictions sur Internet en fédération de Russie relèvent des mesures liées à l'antiterrorisme. La censure surveille et bloque, le cas échéant, les communications du domaine LGBT, les sujets liés à la Guerre du Donbass, l'opposition politique extra-parlementaire, les messages à orientation nationaliste, et enfin la pornographie infantile. Partout en Russie, selon la même organisation, se produisent des blocages de sites non souhaités, des destructions de leur contenu, des pressions des autorités politiques et économiques sur des publications en ligne, ou encore des cyberattaques à l'encontre de médias indépendants. Environ 60 % de Russes considèrent que la censure est indispensable, mais seulement 25 % des personnes interrogées en ce qui concerne les sites et publications personnels, selon le Centre analytique Levada. Le nombre de partisans de la censure sur internet a tendance à croître en Russie
En , le ministre de la culture de Russie, Vladimir Medinski a affirmé qu'en Russie il n'existait aucune forme de censure et que les discussions à ce propos venaient des problèmes financiers, familiaux, de créativité de personnages éminents de la culture russe.
Le , lors d'une réunion conjointe du Conseil pour la culture et les arts et du Conseil pour la langue russe, le président Vladimir Poutine déclare que « le principe de la liberté de création artistique est absolument immuable ». Il considère que « les tentatives d'interruptions de spectacles et d'expositions sont totalement inacceptables et il garantit que force restera à la loi pour empêcher ces agissements ». En même temps Poutine rappelle aux artistes qu'il existe une frontière entre l'épate offensante et l'activité artistique ».
Censure à la télévision Le niveau de censure politique de la télévision est très élevé, estime la critique de cinéma Evguena Petrovskaïa. La télévision ne couvre pas au moment opportun les contestations de masse du et ne les communique qu'après une semaine Irina Petrovskaïa : la censure prend des fromes délirantes en Russie Ирина Петровская: цензура в России приобретает бредовые формы. À la télévision russe on ne présente pas de satire politique (la satire est un signe important de démocratie) du fait que le pouvoir n'accepte pas cela à la télévision. C'est ce qui fut à l'origine des problèmes de la NTV (Russie) après avoir présenté une poupée à l'image de Poutine dans une émission du style les Guignols de l'info.