Manuel Zacklad, né en 1961, est un spécialiste français en Sciences de l'Information et de la Communication Professeur du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), titulaire de la chaire « Expressions et Cultures au Travail »., ancien vice-président. du conseil scientifique du CNAM (2013-2018) et directeur du laboratoire Dicen-IDF (Dispositifs d'Information et de Communication à l'Ère Numérique en Ile-de-France, EA 7339).
Formation et parcours Après une formation en psychologie sociale avec Claude Chabrol (maîtrise à l'Université Paris Nanterre), en psychologie cognitive avec Jean-Michel Hoc (DEA à l'université Paris 8) et en informatique (thèse à l'Université de Technologie de Compiègne, HDR à l'université Paris 6), Manuel Zacklad a participé à l'introduction en France du courant de recherche en Travail coopératif assisté par ordinateur (TCAO) ou Computer Supported Cooperative Work (CSCW) en créant avec le groupe COOP. qu'il animait, les conférences scientifiques du même nom et en dirigeant le comité de programme des éditions de 1994 et 1996.
Après une carrière dans la recherche & développement industrielle (jeune pousse en IA, Onera, Vetrotex / St Gobain, CNET / Orange), il crée en 1998 le premier laboratoire pluridisciplinaire sur la coopération (Tech-CICO, initialement Technologies de la Coopération pour l'Innovation et le Changement Organisationnel) qu'il a dirigé pendant dix ans à l'Université de Technologie de Troyes, où il a été professeur d'informatique de 1998 à 2008.
À son arrivée au CNAM en 2008, il crée avec Ghislaine Chartron (INTD) le laboratoire Dicen-IDF (Dispositifs d'information et de communication à l'ère du numérique en Ile-de-France), premier laboratoire en Sciences de l'Information et de la Communication du CNAM, qu'il dirige aujourd'hui. En tant que directeur, il a piloté la transformation du laboratoire en unité multi-tutelle qui réunit en plus du CNAM, depuis 2014, l'université Paris Est Marne-la-vallée (direction adjointe, Christian Bourret) et l'université de Nanterre (direction adjointe, Louise Merzeau jusqu'à son décès le ., remplacée par Marta Severo).
Manuel Zacklad a publié plusieurs ouvrages. sur l'ingénierie et la gestion des connaissances et plusieurs articles. dans les domaines de la théorie du document (documents pour l'action, documentarisation., transmédia documentaire, etc.), de l'organisation des connaissances (web socio-sémantique, Systèmes d'Organisation des Connaissances) et de l'analyse des activités coopératives (sémiotique des transactions coopératives..).
Activités de recherche Ses recherches portent sur trois sujets qui gravitent autour de la transition numérique et de ses conséquences en s'appuyant sur plusieurs approches théoriques. Tout d'abord, l'étude des mutations sociales et organisationnelles induites par la généralisation du numérique est ainsi abordée sous l'angle de la théorie du document (documentarisation. et documents pour l'action). Deuxième sujet, la conception de nouveaux dispositifs de diffusion et de partage de l'information impliquant de nouveaux systèmes d'organisation des connaissances. (web socio-sémantique.). Enfin, la recherche de nouvelles formes d'innovation sociotechnique s'inscrit dans la perspective des économies de la convivialité et se base sur l'analyse des processus de coopération prenant en compte les activités dites « immatérielles et relationnelles » (sémiotique des transactions coopératives...). Plus récemment, il a développé des travaux sur les approches interdisciplinaires du design...
Sémiotique des transactions coopératives (STC) La sémiotique des transactions coopérative est positionnée au croisement de plusieurs courants théoriques. D'un point de vue épistémologique, elle s'inscrit dans la philosophie pragmatique nord-américaine (John Dewey, Georges Herbert Mead, Charles Sanders Peirce) dans la vision d'une créativité de l'agirDie Kreativität des Handelns, Frankfurt, Suhrkamp, 1992 ; traduction française : La Créativité de l'agir, traduit de l'allemand par Pierre Rusch, préface par Alain Touraine, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. Passages, 1999 . Le terme de transaction est utilisé par J. Dewey et à la place de celui d'interaction pour insister sur la transformation mutuelle entre les sujets en interaction, les sujets et les objets, les sujets et l'environnement. À l'issue d'une expérience transactionnelle aboutie, chaque composante est structurellement différente de ce qu'elle était préalablement à la transaction.
En s'inspirant de G.H. Mead, la STC met particulièrement l'accent sur la dimension conversationnelle des transactions, la manière dont même la pensée individuelle est « une conversation intérieure dans laquelle nous pouvons prendre le rôle de personnes spécifiques que nous connaissons face à nous-mêmes »George Herbert Mead, L'Esprit, le soi et la société, (édition originale, 1934) traduction et introduction de Daniel Cefaï et Louis Quéré, Presses universitaires de France, coll. « Le lien social », Paris, 2006, 428 p., des personnes représentées le plus souvent de manière abstraite sous la forme d'un « autrui généralisé ». À ce titre, la STC est pleinement inscrite dans les sciences de la communication, ou si l'on préfère, dans la composante communicationnelle des Sciences de l'Information et de la Communication (SIC), qu'elle articulera avec sa composante informationnelle par la prise en compte des artefacts qui médiatisent les conversations (les gestes, les écrits, les objets, etc.).
Pour Manuel Zacklad, une transaction coopérative est une interaction transformatrice synchrone ou asynchrone entre des selfs individuels ou collectifs qui les engage via des artefacts médiateurs dans la réalisation d'une performance consistant à : (1) produire un artefact porteur de valeur, une œuvre (création), (2) à développer leur expérience personnelle, leur self individuel ou collectif (subjectivation) et également (3) à produire un environnement habitable, un milieu (territorialisation).
En s'inspirant de la sémiotique de Algirdas Julien Greimas, il décrit les transactions comme étant composées de plusieurs étapes correspondant au déroulement d'un parcours narratif ; engagement, compétence, performance, bilan. L'analyse de la situation transactionnelle implique de mettre en évidence plusieurs dispositifs : narratif ou de problématisation en lien avec la création, actantiel en lien avec la subjectivation et d'accès en lien avec la territorialisation. Le dispositif narratif définit la nature des artefacts en présence, dont l'artefact porteur de valeur (le but), les étapes pour l'atteindre et les états successifs des artefacts médiateurs. Le dispositif actantiel définit la manière dont les sujets deviendront des selfs en occupant différentes positions actancielles. Le dispositif d'accès, qui inclut les dispositifs info-communicationnels, définit l'espace et le temps des rencontres, l'architecture et le mobilier, les réseaux et applications numériques, les supports documentaires papier et numérique, etc. qui seront enrichis par la transaction notamment à travers la documentarisation. centré|vignette|700x700px|Manuel Zacklad, « Le travail de management en tant qu'activité de cadrage et de recadrage du contexte des transactions coopérative »s, Activités [Online], 10-1 | Avril 2013, Online since 15 April 2013, connection on 01 November 2022. URL: http://journals.openedition.org/activites/650 ; DOI: https://doi.org/10.4000/activites.650
Théorie du document: document pour l'action (DopA) et documentarisation Les effets de la numérisation et ceux de la conversion numérique d'ordre culturel qu'elle a induit (Milad DoueihiMilad Douheihi, La grande conversion numérique suivi de Rêveries d'un promeneur numérique, trad. de l'américain par Paul Chemla, Paris, Editions du Seuil, Points Essais, 2011, 352 p., .) peuvent se lire d'un point de vue anthropologique comme une mutation des formes de la documentalité. Celle-ci est la conséquence de la numérisation généralisée des textes, des discours, des conversations et de leurs supports d'écriture et de lecture selon toutes les modalités (textes écrits, image, son, vidéo, etc.). Le caractère le plus marquant de cette nouvelle documentalité tient au caractère de plus en plus mouvant, évolutif, fluide du document qui est directement lié à la manière dont les environnements documentaires médiatisent les actions collectives distribuées.
Cette évolution est la conséquence directe de la pervasivité des supports numériques, c'est-à-dire de leur capacité à être, presque en tout lieu et à tout instant, lus et complétés par les personnes en droit d'accéder au support quand les conditions de connectivité matérielle requises sont remplies. En prolongation des travaux fondateurs de Paul Otlet et Suzanne Briet sur les théories du document et de la documentation, celles-ci ont connu récemment un regain d'intérêt suscité par les transformations induites par la numérisation des supports (Michael Buckland, Niels Windfeld LundLund, N.W. 2009. Document theory. Annual Review of Information Science and Technology 43 :399-43, le collectif R.T. PédauquePédauque, R.T. 2006. Le document à /'ère du numérique. Caen, France, C & F édition), Manuel ZackaldZacklad M. « Processus de documentarisation dans les Documents pour l'Action (DopA) : statut des annotations et technologies de la coopération associées ». Actes du colloque Le numérique : Impact sur le cycle de vie du document pour une analyse interdisciplinaire., Montréal, Québec., 2005. Éditions de l'ENSSIB.. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00001072/Zacklad, M. 2006. Documentarisation Processes in Documents for Action (DofA) : The status of annotations and associated coop- eration technologies. Computer Supported Cooperative Work 15:205-228 a introduit les notions de Document pour l'Action. et de documentarisation..
Documents pour l'Action (DopA) La numérisation a rendu possible de nouveaux usages documentaires associés à la culture numérique et aux humanités numériques relevant d'un nouveau genre de documentalité, celui des documents et dossiers pour l'action (DopA). Manuel Zacklad définit les DopA comme étant des documents qui soutiennent de manière évolutive les transactions coopératives d'un collectif, dont le support est pérenne, qui sont marqués par un inachèvement prolongé, voire intrinsèque, par une grande fragmentation et par une distribution complexe des contributions des rédacteurs-lecteurs. Les DopA introduisent un nouveau régime de documentalité numérique tout à fait inédit qui est la conséquence directe de la numérisation des supports et de la généralisation de l'accès aux réseaux de données aujourd'hui presque aussi répandu que l'accès à ceux de la voix.
Les DopA sont souvent créés et lus par l'intermédiaire des systèmes de gestion de contenu (ou content management systems, CMS) qui contribuent à production des médias sociaux, une très grande famille qui va des wikis aux plateformes de blogues en passant par les logiciels de réseaux sociaux, voire de forums de discussion. Ils correspondent également aux logiciels de rédaction coopérative asynchrone, comme dans le mode correction et commentaire des éditeurs de texte ou en mode synchrone, à l'intérieur du navigateur, comme les suites bureautique de Google (GoogleDoc) ou de Microsoft (Office 365). Enfin, ils correspondent aux dispositifs infocommunicationnels « attentionnels en mode flux » tels que les réseaux socio-numériques (à l'heure actuelle Facebook, Twitter, Instagram, Tik-tok, LinkedIn, etc.)