Seymour Hersh est un journaliste américain, né le à Chicago, spécialisé dans les affaires militaires et les services secrets. Il écrit notamment pour The New Yorker et le New York Times.

Il est à l'origine de nombreuses révélations, comme le projet Jennifer. Ses travaux sur les activités illégales de la CIA sur le sol américain entrainent la création du Church Committee par le Congrès.

Ses révélations sur le massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam lui valent un prix Pulitzer. Il est l'auteur de différents livres, notamment sur Henry Kissinger ou l'arsenal nucléaire israélien, qui ont remporté plusieurs prix.

Seymour Hersh est en 2004 le premier journaliste américain à révéler les actes de torture à Abou Ghraib.

À partir de 2013, il est sérieusement mis en cause et sa crédibilité chute, en raison notamment d'articles sur la guerre civile syrienne, dont le contenu est remis en question par de nombreuses analyses indépendantes ainsi que de son article sur le sabotage du gazoduc Nord Stream 2, qu'il a basé sur une unique source anonyme et qui a été contredit par plusieurs enquêtes judiciaires et journalistiques.

Biographie Origines et études Seymour Hersh est né dans une famille juive parlant le yiddish et habitant Chicago, où elle tient une petite boutique de nettoyage. Il est diplômé en histoire de l'université de Chicago.

Carrière Il commence sa carrière à Chicago en 1959 au City News Bureau, un service d'information locale qui fournit les journaux de la ville en couvrant l'actualité du tribunal et de la police, et travaille ensuite notamment pour l'agence de presse United Press International.

Entre 1963 et 1967, il travaille pour l'agence de presse Associated Press, et évolue vers un poste à Washington. Il couvre pendant six mois l'actualité du Pentagone et il est promu dans une équipe d'enquêteurs. Il enquête pendant deux mois sur les recherches du Pentagone en matière d'armes chimiques et biologiques, se rendant auprès de retraités de l'armée et enquêtant via des journaux locaux pour se renseigner sur des centres de recherche. Son article, comportant mots est réduit à mots par sa direction sans qu'elle l'ait consulté. Il se tourne alors vers The New Republic qui publie son enquête, où il énumère une cinquantaine de centres établis dans des campus étudiants. Après la publication, des manifestations étudiantes éclatent. Les médias mainstream continuant d'ignorer l'affaire, il quitte l'Associated Press, et écrit un livre sur ses découvertes.

En 1967, il quitte un moment le journalisme pour devenir attaché de presse du sénateur Eugene McCarthy, critique de la guerre au Vietnam, qui se présente à l'investiture démocrate en vue de la présidentielle. Hersh démissionne de la campagne après que le sénateur a décidé l'annulation d'évènements dans les quartiers noirs de Milwaukee par calcul électoral.

En 1968, il enquête sur un jeune chef de peloton de l'armée américaine, William Calley, ce qui le conduit à dévoiler l'existence du massacre de Mỹ Lai, et lui vaut le prix Pulitzer en 1970.

Après la sortie de son livre sur la guerre chimique et biologique, son travail est repris par le Washington Post en première page. Le travail de Hersh indique notamment un incident datant de 1968, où un test aérien d'un agent neurotoxique a provoqué la mort accidentelle de d'élevage. Hersh promeut le livre dans des conférences sur les campus et des librairies. Le débat prend de l'ampleur et, en 1969, le président Richard Nixon annonce la fin de la production des armes chimiques et biologiques offensives.

En 1972, il entre au bureau de Washington du New York Times, où il reste pendant sept ans. Il travaille notamment sur Henry Kissinger et son implication dans le scandale du Watergate aux côtés de Richard Nixon. Il quitte le journal en 1979 et devient journaliste indépendant.

En 1992, il rejoint l'hebdomadaire The New Yorker. Il a une difficulté croissante avec David Remnick, rédacteur en chef du journal, qui aurait une proximité avec le président américain Barack Obama. David Remnick hésite à publier le rapport de Hersh contestant la version officielle de l'administration Obama sur la mort d'Oussama ben Laden en 2011, rapport qui sera finalement publié par la London Review of Books en 2015.

Révélations notables

Massacre de Mỹ Lai En 1969, il révèle le massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam qui choque le monde entier. Cela lui vaudra le prix Pulitzer en 1970.

Seymour Hersh enquête à ses propres frais sur un soldat américain qui passe en cour martiale. Il parle avec le soldat une nuit entière au sujet du , jour où 350 civils sont morts au Sud-Vietnam, abattus par l'armée américaine, soit depuis des hélicoptères, soit dans leurs habitations ou dans des fossés. Seymour Hersh présente initialement son enquête dans les principaux magazines, notamment Life et Look, mais elle est refusée. Il se dit alors « dévasté et effrayé par l'étendue de l'autocensure » qu'il rencontre dans sa profession. Il donne alors son reportage à une petite agence de presse anti-guerre. Elle parvient à le vendre à des dizaines de journaux américains pour la somme de 100$, mais l'histoire n'a toujours pas l'impact espéré par Hersh. Il reprend alors son enquête, et trouve un témoin décrivant le meurtre de sang-froid de femmes et enfants dans des fossés. Avec ces détails macabres, le reportage de Hersh sort alors dans des grands journaux, et, selon The Nation, provoque une « vague d'articles sur les atrocités américaines au Vietnam, érodant encore plus le soutien à la guerre », et lui vaut alors le prix Pulitzer, une « rareté pour un journaliste indépendant ».

Activités illégales de la CIA sur le sol américain Révélation en 1974 des activités de la CIA sur le territoire américain contre les mouvements pacifiques et autres opposants sous le couvert de contre-espionnage, ce qui forcera à la démission James Angleton, le chef du contre-espionnage de la CIA.

Projet Jennifer Il contribue notablement, avec Jack Anderson, aux révélations sur le projet Jennifer.

Révélations sur le département de la Défense Il est à l'origine de la révélation de l'Office of Special Plans ou OSP du département de la Défense américain dans l'article Selective Intelligence.

Tortures américaines à Abou Ghraib À partir de 2001, il enquête sur le thème d'une systématisation de possibles exactions américaines après avoir pris connaissance de la création d'une prison spéciale au camp de Guantánamo, réservée aux prisonniers faits dans le cadre de la guerre au terrorisme déclarée par le président George W. Bush, et qui était selon Mediapart « hors de toute convention internationale et de tout droit de la guerre ». Ce travail se poursuit jusqu'en 2004, année où il publie le livre Chain of Command: The Road from 9/11 to Abu Ghraib ainsi que des enquêtes en avril et dans le New Yorker concernant des actes de torture dans la prison irakienne d'Abou Ghraib sous commandement américain. Des photos montrent des prisonniers nus empilés et contraints de se rabaisser devant les militaires américains. Les publications dans le New Yorker ont un retentissement international. D'après Le Monde, les informations de Hersh ont « joué un rôle essentiel dans le scandale des tortures en Irak ». Le livre de Hersh montre que les tortures d'Abu Ghraib ne sont pas un dérapage de l'armée américaine : il y aurait eu dans la guerre contre le terrorisme des autorisations de tuer, des kidnappings clandestins, des centres de détention secrets, une habitude de réaliser des interrogatoires musclés, des brutalités, humiliations, tortures... D'après Hersh, l'idée qu'une faiblesse des Arabes était leur vulnérabilité aux humiliations sexuelles a été un sujet de discussion au sein de la haute administration américaine après l’invasion de l'Irak en . En 2006, Hersh publie à nouveau sur le sujet dans le New Yorker, affirmant que les violences et traitements dégradants infligés aux prisonniers étaient le résultat de décisions de Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, et Stephen Cambone, sous-secrétaire chargé du renseignement : les méthodes utilisées auraient fait partie de directives secrètes concernant la « guerre contre le terrorisme » et appliquées également en Irak à partir d'. En 2007, Hersh publie dans le même journal des entretiens avec le général Antonio Taguba, qui a mené la première enquête sur le scandale d'Abou Ghraïb, et met lui aussi en cause de hauts responsables américains.

Investigations contestées

Mort de ben Laden En , il affirme que le gouvernement américain a menti sur le raid qui a abouti à l’élimination d'Oussama ben Laden le . En 2015, après enquête, il publie un long article à ce sujet dans la London Review of Books. La version que présente Hersh des évènements est « violemment contestée de toutes parts »« Seymour Hersh et ben Laden : scoop explosif ou vrai complotisme ? », Rue89, 12 mai 2015., ses détracteurs lui reprochant de ne pas s'appuyer sur des preuves et de ne pas avoir établi la fiabilité de ses deux uniques sourcesThe many problems with Seymour Hersh's Osama bin Laden conspiracy theory, Max Fisher, Vox, 11 mai 2015.

L'assaut donné le ne se serait pas du tout déroulé comme le scénario officiel. Les forces spéciales américaines seraient entrées dans la villa occupée par ben Laden sans faire face à une résistance et ils auraient tué Ben Laden alors qu'il était très faible et désarmé. La dépouille de Ben Laden n'aurait ensuite pas été jetée en mer, comme l'affirme la version officielle.

Attaque chimique de Ghouta En , il avance que Barack Obama a menti quand celui-ci a « accusé le président syrien Bachar el-Assad d'une attaque au gaz sarin qui a tué des centaines de civils syriens en août 2013 » President Obama accused of LYING about intelligence which he said proved Assad was behind sarin gas attacks in Syria, dailymail.co.uk, 9 décembre 2013 pendant l'offensive de l'armée syrienne à Ghouta. Le , il publie un article où il affirme que le gouvernement syrien n'est pas responsable de cette attaque chimique de la Ghouta. Son article avait été commandé par le New Yorker qui l’a refusé car jugé insuffisamment sourcé, puis présenté au Washington Post, qui l’a refusé aussi, pour être finalement publié au Royaume-Uni par la London Review of Books. De nombreuses investigations ont contredit la version de Hersh.

Attaque au gaz de Khan Cheikhoun Le , il publie dans le journal allemand Die Welt un article relatif à l'attaque au gaz de Khan Cheikhoun dans lequel il exonère le régime syrien de toute responsabilité dans l'affaire en expliquant que le bombardement syrien aurait visé un bâtiment de deux étages où se serait tenue une réunion de responsables de Daech et dans les caves duquel se seraient trouvé un ensemble de substances chimiques dont la combustion aurait créé le nuage de gaz toxiques à l'origine du drame.. Cet article, qui était basé sur une unique source anonyme, est catégoriquement démenti par un rapport conjoint de l'OIAC et de l'ONU, qui imputent l'attaque chimique au régime syrien et par des analyses d'autres journalistes..

Sabotage des gazoducs Nord Stream