Le nationalisme corse est un mouvement politique, culturel et social qui proclame que la Corse constitue une nation et revendique son autonomie voire son indépendance.

Ce mouvement apparaît durant la guerre d'indépendance corse et connaît un regain d'intérêt au .

Histoire Premier nationalisme corse

En 1729, la guerre d'indépendance corse éclate. Le , la constitution d'Orezza organise un gouvernement corse faisant sécession avec Gênes, six ans après la révolte fiscale de Bustanicu. L'année suivante, la Corse récusant la tutelle de la République devient le royaume de Corse. Les chefs de la révolte Luiggi Giafferi, Jean-Pierre Gaffory et Sebastiano Costa mènent les troupes, harcèlent les hommes de la République de Gênes, mais doivent faire face à des

La République corse Le , Pascal Paoli est proclamé général en chef de la Nation Corse au couvent Saint-Antoine de Casabianca.

La Constitution corse est adoptée par des représentants corses le à la , et est considérée par certains auteurs comme étant la première constitution démocratique de l'histoire moderne.Ottaviani, T., La Corse pour les Nuls, First-Grün, Paris, 2010. La Corse adopte un hymne national : le Dio vi salvi Regina. Le régime de la République corse est un mélange de valeurs des Lumières et d'Ancien régime, où s'entremêlent le droit de propriété, le capitalisme libéral, le droit de vote pour les chefs de famille et avec le catholicisme traditionaliste et un clergé combattant abritant dans ses couvents des tribunaux, casernes militaires, prisons et assemblées locales. Le régime est donc hybride, mêlant le progrès des Lumières à des idées extrêmement réactionnaires même pour l'époque.

Pour lutter contre les , les collaborateurs corses pro-génois, les Matristes (partisans féodaux du Clan Matra), les espions et les individus s'adonnant à des blasphèmes ou des sacrilèges, la Ghjustizia Paolina, fidèle à son nationalisme d'État et son mysticisme catholicité fondamentaliste, est impitoyable. Le régime parvient à tenir malgré les assauts génois et des opposants anti-paolistes grâce à son armée experte en guérilla.

Les soldats de la République corse sont encouragés par un vocabulaire extrêmement nationaliste et religieux, on les encourage au et à la promesse d'aller au paradis. En même temps, la République corse les déclare héros du peuple corse et de la nation. Le service militaire est obligatoire, car la Corse reste assiégée sur ses côtes, Paoli ne contrôlant pas toute l'île.

La République corse doit toutefois faire face à son second problème : le parti français, favorable au Royaume de France, de façon pragmatique, Paoli utilise ce parti à son avantage contre la République de Gênes, son lieutenant, Matteo Buttafoco et Gregorio Salvini, qui a écrit la Justification de la révolution en Corse sont tout deux pro-français.

Toutefois, le régime de Paoli vacille à plusieurs reprises : manquant d'être renversé par les Matristes en 1755, ne pouvant vaincre Gênes frontalement tandis que le Parti français monte en puissance dans le Sud de l'île, le régime augmente sa justice punitive. De plus, Paoli tente tant bien que mal d'appliquer une autosuffisance alimentaire et tente d'importer des capitaux étrangers, qui ne viennent pas à cause du statut précaire de l'île. La République corse n'est pas reconnue à l'international, même si elle bénéficie d'une propagande favorable en Angleterre après la publication du livre de James Boswell, qui fait toutefois exprès de gommer les aspects très religieux et la pauvreté du régime.

Des réformes sont toutefois mise en place : création de l'Université de Corse, droit de vote pour les chefs de famille, égalité civique entre citoyens, méritocratie, abolition des privilèges féodaux, instauration du libéralisme économique et de la propriété privée qui bouscule le féodalisme. Toutefois, des politiques très conservatrices sont également mis en place : l'état est fortement religieux et les lois laïques et religieuses sont étroitement liées. Le catholicisme y est religion d'État et les soldats prêtent serments sur la Bible et le patriarcat reste absolu.

En 1767, le Parti français agit en sous-main, face à la Ghjustizia Paolina impitoyable, une partie des corses considèrent le général Paoli comme leur chef incontesté, d'autres le considèrent comme un tyran, tandis que le Duc de Choiseul signale à la cours de France que des Corses sont prêts à retourner leur allégeance dès que la France lancera un assaut.

La conquête française de 1768 et la bataille de Ponte-Novo en 1769 met fin à la République corse et l'île est incorporée au royaume de France.

Toutefois, la République corse a opéré un tournant : la notion de peuple corse, la protection des coutumes, l'affirmation de la catholicité de la Corse et les notions de liberté et d'égalité civique ont été actée.

Enfin, son héritage le plus flagrant est le fait d'avoir fait passer le régime paoliste comme entièrement basé sur la Philosophie des Lumières, une idée qui persiste encore aujourd'hui alors que le régime était idéologiquement hybride, tantôt réactionnaire et tantôt révolutionnaire pour son époque. Cette propagande a été appuyée par James Boswell et les britanniques durant la Crise corse qui a mené au renversement du gouvernement britannique, enfin, elle justifiera l'intervention britannique des années plus tard qui mènera au Royaume anglo-corse.

Révolution française (1789-1797) Le , l'Assemblée constituante décide de voter la réunion de la Corse à la France à la demande des députés corses, malgré les protestations de la république de Gênes... Les citoyens de l'île bénéficient enfin des mêmes droits que les citoyens de métropole.

Pascal Paoli revient en Corse débarquant le . Il adhère aux idéaux révolutionnaires, jure obéissance et fidélité au peuple et est nommé par Louis XVI commandant de l'île avec le grade de lieutenant-général de la Région militaire française. Il souhaite la reconnaissance d'un statut spécifique à la Corse. Cependant, la situation se tend dans l'île lorsque la Constitution civile du clergé entre en application. Les partisans du clergé se battent contre les laïcs, ce qui entraîne l'île dans une quasi guerre civile..

Paoli s'éloigne progressivement des Jacobins, dont il critique la radicalité, et craint pour l'avenir de l'île. Il parvient à écarter ses principaux opposants, en l’occurrence la famille Bonaparte et Christophe Saliceti, pour prendre le contrôle de l'île. L'exécution de Louis XVI et l'échec de l'expédition de Sardaigne provoque la rupture avec les Jacobins. Le , il est déclaré par la Convention nationale sur dénonciation de Lucien Bonaparte. Il réunit ses partisans à Corte et entre en contact avec la Grande-Bretagne, qui a rejoint la Première coalition après l'exécution de Louis XVI.. Les envoyés de la Convention sont chassés de l'île, qui perd les subventions du gouvernement. Les clans Bonaparte, Saliceti, Arena et Bonelli sont pourchassés par les partisans de Paoli, qui brûlent leurs propriétés et les bannissent. Napoléon Bonaparte parvient à s'enfuir avec l'aide de Christophe Saliceti et des fils d'Ange Matthieu Bonelli et à rejoindre la métropole. Le , Pascal Paoli est déclaré hors-la-loi et . Il met sur pied une armée et envoie des délégués auprès des représentants britanniques présents en Italie. Pascal Paoli et Charles André Pozzo di Borgo proclament lors d'une Consulta Bonaparte et Saliceti et condamné au bannissement éternel.

En 1794, le Royaume anglo-corse est proclamé. La Constitution du Royaume de Corse est légèrement différente que celle de 1755 : le régime est ouvertement contre-révolutionnaire, les élites corses détiennent les pouvoirs et l'incroyance y est criminalisée, assimilée aux Jacobins, tandis que le Roi n'est autre que Georges III d'Angleterre. Les Corses qui ont refusé de prêter allégeance au régime sont pourchassés et bannis, tandis que les relations entre Britanniques et Corses commencent déjà à vaciller : Les Corses refusent l'impôt de la Couronne, les lois d'Anciens régime détruisent l'Égalité donnée par la révolution française, enfin, les Britanniques resserrent l'emprise sur l'île.

L'expérience tourne rapidement court : le parti français infiltré incite à la rébellion, tandis que les dignitaires britanniques, habitués à la rigidité et aux codes de leur pays sont choqués par le port d'armes dont bénéficient de simples fermiers, tandis que Paoli est évincé au profit de Gilbert Elliot, nommé vice-roi de Corse. La colère gronde dans l'île. Les nationalistes corses se divisent eux-mêmes, le clan Paoli (autonomistes) et le clan Pozzo di Borgo (pro-anglais) deviennent deux forces distinctes au sein du régime.

La rivalité entre Paoli et Pozzo di Borgo prend un point de non-retour quand le buste de plâtre de Paoli est déplacé en juillet 1795 lors d'un bal à Ajaccio. Les Britanniques forcent Paoli à s'exiler, tandis que la population corse est sur le point de se révolter avec le soutien discret de l'Armée d'Italie du Général Bonaparte et des agents du Commissaire Saliceti.

À la chute du Royaume anglo-corse, le Commissaire Saliceti fait amnistier les paolistes du peuple, tout en faisant persécuter, spolier et bannir sous peine de mort les élites corses qui ont collaboré avec les Britanniques. La figure de Pascal Paoli est vilipendée par la population corse tandis que tout symbole le glorifiant est vigoureusement interdit. Paoli subit une Damnation mémorielle qui durera près d'un siècle. Le Décret de réunion de la Corse à la France de 1789 est officiellement rétabli.

La plupart des nationalistes corses migrent alors en Italie ou en Angleterre dont certains rejoindront le Royal Corsican Rangers par la suite. Ceux restés en Corse et refusant de se rendre sont bannis à vie et risquent la peine capitale.

Révolte nationale-religieuse de 1797-1798 Un an plus tard, fin 1797, la Révolte de A Crucetta (en référence a une petite croix blanche, symbole des rebelles) nationaliste, ultraconservatrice et théocratique, menée par des prêtres traditionalistes et des Paolistes restants se soulèvent face à la politique particulièrement anticléricale, autoritaire et militariste de Christophe Saliceti et des alliés corses du Directoire. Les chefs religieux appellent à la Guerre Sainte contre le Directoire et ses alliés locaux.

La révolte est directement un choc entre deux nationalismes. Les corses pro-Directoire sont des nationalistes français et jacobins convaincus, les Crucettins sont des nationalistes corses non-paolistes et des extrémistes religieux fanatisés assistés par les derniers réseaux de Paoli sur l'île et les royalistes.

Les corses alliés à la République française utilisent des méthodes particulièrement violentes pour réprimer les ennemis du régime de Paris et confisquent massivement les terres d'anciens paolistes, plusieurs corses pro-Paoli sont exécutés par les troupes du commissaire Saliceti et des généraux Gentili et Casalta. Enfin, ils appliquent la Constitution civile du clergé, s'alliénant les populations rurales de la Castagniccia et du Niolo, particulièrement favorable aux prêtres réfractaires.

La révolte est violemment reprimées. La répression détruit les restes du nationalisme primitif corse dans l'île et en mène à la mort d'Agostino Giafferi, le fils de Luiggi Giafferi, l'un des anciens généraux de la nation..

La persécution (1798-1814) La persécution est le dernier chapitre, à la fois tragique et erratique, du mouvement nationaliste primitif. Après la défection des Britanniques et la reprise en main de l'île par Saliceti, des centaines de Corses du camp paoliste choisissent ou subissent l'exil pour échapper aux pelotons d'exécution de Saliceti et à la mise hors-la-loi. Tous les corses, pro-français comme pro-anglais sont pris dans les Guerres napoléoniennes en se livrant une guerre dans les guerres. Le nationalisme paolien est à l'agonie tandis que les corses pro-français bénéficient de la puissance militaire française et deviennent extrêmement puissants.