Lordre de la Visitation de Sainte-Marie (en latin : Ordo Visitationis Beatissimae Mariae Virginis) ou les Visitandines est un ordre monastique féminin de droit pontifical.
Histoire Fondation vignette|Plaque relatant la fondation de l'ordre en 1610 à Annecy. En 1604, Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal, jeune veuve de et mère de quatre enfants, rencontre à Dijon l'évêque de Genève, François de Sales. Entre eux, va s'établir une grande amitié spirituelle, qui va la pousser à venir s'installer près de lui à Annecy et à fonder l'ordre de la Visitation Sainte-Marie.
Jeanne de Chantal, sous la direction spirituelle de François de Sales, accepte de diriger un groupe. Il voulait que celui-ci soit ouvert à toutes les femmes même à celles qui étaient refusées dans les autres ordres monastique : les femmes âgées, veuves ou handicapées. François de Sales propose à ses « filles » une vie d’humilité et d’effacement. Il veut doter l’Église de filles d’oraisons, sans pompe. Il choisit le nom de Visitation pour deux raisons : l'humilité de Marie, lors de l'épisode évangélique de la Visitation où la Vierge Marie, enceinte du Christ s'en va aider sa cousine Élisabeth âgée et enceinte de Jean-Baptiste ; le fait que la fête de la Visitation (le à l’époque) « était peu solennisée »..
Le premier groupe est formé le , comprenant Jeanne de Chantal, Jacqueline Favre, Jeanne-Charlotte de Bréchard et Anne-Jacqueline Coste. Les quatre femmes s'installent à Annecy, dans les États du duc de Savoie, dans une petite maison des faubourgs, la « maison de la Galerie », qui se trouvait le long du chemin conduisant chez les frères capucins, et mise à leur disposition par le duc . Les hasards des contretemps voulurent que la fondation prévue pour la Pentecôte ne se réalise que pour le dimanche de la Trinité qui tomba cette année le jour de la Saint-Claude. Dès octobre, la communion quotidienne est instaurée dans la petite communauté.
Après une année de noviciat sous la conduite de François de Sales, les quatre femmes de cette petite communauté font profession religieuse le .
Développement vignette|droite|250px|Saint François de Sales donnant la Règle de l'ordre de la Visitation de Sainte-Marie à sainte Jeanne de Chantal. vignette|Visitandine. La communauté quitte le la « maison de la Galerie » devenue trop petite pour accueillir plus de quatorze personnes. Jeanne de Chantal décide d'acquérir la maison Nycollin, proche et située entre le couvent et le Thiou. Cependant très vite l'affluence des vocations conduit Jeanne de Chantal à chercher à ouvrir un deuxième couvent ; elle tente en vain de racheter la « maison de la Galerie ». Les sœurs ne réussiront à la racheter qu'en 1657.
Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, fille du duc et de Catherine-Michelle d'Espagne pose le la première pierre du monastère à Annecy qui sera terminé en 1614.
Instaurées par Jeanne de Chantal, les Lettres circulaires servent de « trait d’union » entre les différentes communautés de l’ordre, qui sont ainsi amenées à rendre compte des événements survenus dans leurs maisons respectives. Elles sont écrites tous les trois ans pour l’ensemble des Visitandines en interne, sans être publiées ; et utilisées jusqu’à la fin du Lettres circulaires, Archives du musée de la Visitation.Monastère de Gray : Lettres circulaires et Vies des Sœurs de l'Institut, Bonnefoi Livres Anciens..
Des oblates qui peuvent visiter les malades Certains biographes ont affirmé que les religieuses seraient « visitandines » car elles auraient comme tâche principale de visiter malades et pauvres et de les réconforter. Ils font de François de Sales le précurseur de Vincent de Paul qui créera les Filles de la Charité. C'est une erreur historique. Leur tâche principale était et reste la prière, la vie d'oraison.
Cependant il est vrai qu'à compter du , certaines sœurs visitent les malades de la ville d'Annecy. Une fois par mois, deux sœurs pouvaient sortir à tour de rôle de la maison pour aller visiter des malades et ainsi garder le lien avec le monde. Cette situation était possible, car la Visitation était alors une congrégation d'oblates.
Voici comment François de Sales lui-même décrivait ces premières visitandines 1616. :
Quand, dans l’hiver 1614-1615, un projet de fondation est envisagé à Lyon, le cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, veut que cette maison respecte les directives du Concile de Trente.
Comme le montre la lettre de François de Sales ci-dessus, il est prêt à cette modification, afin d'obtenir que la Visitation puisse devenir un ordre reconnu par Rome. Aussi, l'orientation apostolique de visite aux malades est abandonnée.
Il est important de souligner que l'on ne trouve nulle trace dans les œuvres complètes du saint, de la citation qui lui est attribuée par erreur et reproduite sur de nombreux sites.
Ordre cloîtré De 1615 à 1616, il rédige donc les Constitutions de l’ordre et fait de la Visitation un ordre cloîtré. Ces constitutions seront approuvées par une bulle papale d’ du .
La fondation du second monastère de l’ordre à Lyon intervient en 1615, dans un premier temps rue du Griffon, aux Terreaux, près la chapelle Saint-Claude, puis, deux ans plus tard à Bellecour.. François de Sales meurt le lors d'une visite au couvent de la Visitation de Bellecour.
Jeanne de Chantal est appelée supérieure et fondatrice partout en France, elle est élue supérieure douze fois dans neuf communautés. Elle visite et entretient des relations épistolaires avec le plus grand nombre de monastères.
La première édition des règles et Constitutions est publiée le . Le , accorde le statut d’ordre religieux sous la règle de saint Augustin à la Visitation.
Entre-temps, une maison est fondée à Moulins en aout 1616.. Suivra la fondation à Grenoble en du Couvent Sainte-Marie d'en-haut..
Lorsque saint François de Sales meurt, l'ordre regroupe alors treize monastères (Annecy, Lyon, Moulins, Grenoble, Bourges, Paris, Montferrand, Nevers, Orléans, Valence, Dijon, Belley et Saint-Étienne).
Les premières Mères commencent en 1624 la rédaction du coutumier qui sera imprimé à la fin de l’année.
De 1626 à 1627, elles mettent en forme et rédigent des réponses qui seront imprimées en 1628, avec ordre formel qu’elles ne sortent jamais des monastères.
La question d’une supérieure générale est soumise le aux évêques de France. Réunis au Parloir du Premier [ ? ] de Paris, ils se rangent derrière la volonté de saint François de Sales pour l’autonomie des monastères.
En 1636, à Annecy, un deuxième monastère, Saint-Joseph, est fondé place aux Bois. D'autres biens sont achetés dans les alentours de la maison Nycollin, avec comme ambition de constituer un véritable grand monastère.
À la mort de sainte Jeanne de Chantal le , l'ordre compte déjà . Le fameux couvent des Visitandines de Chaillot est consacré en 1651 ; il accueillera Mademoiselle de La Fayette, amie de , qui en deviendra supérieure, et c'est ici que fut élevée Henriette de France, future duchesse d'Orléans.
En 1657, les sœurs réussissent à racheter la « maison de la Galerie » qui deviendra un lieu de retraite, avant d'accueillir un pensionnat de jeunes filles jusqu'à la Révolution française.
Du vignette|left|190px|Monastère des Sœurs de la Visitation, Braga, Portugal. L'ordre de la Visitation est fondé en 1784 au Portugal et y maintient aujourd'hui trois monastères : à Braga, à Vila das Aves et à Batalha. Les Sœurs de la Visitation au Portugal travaillent dans la production et la distribution des emblèmes du Sacré-Cœur de Jésus (comme scapulaires de dévotion), le même que sainte Marguerite-Marie Alacoque a fait dans le passé.
En , l’ordre de la Visitation, comme tous les ordres religieux, est interdit en France. Les françaises sont dispersées en 1793. Les sœurs tentent alors de s'enfuir vers l'Italie en emportant avec elles les reliques de François de Sales et de Jeanne de Chantal, mais sont rattrapées à une quinzaine de kilomètres à Duingt. Elles sont autorisées à continuer leur voyage, mais les reliques sont confisquées et rapportées à Annecy.
L’ordre est rétabli en France en 1805 par Napoléon à la demande de sa mère Laetitia. Cinquante et un monastères sont rétablis, et quatorze nouvelles fondations sont enregistrées avant 1850.
Le , quatre sœurs sont de retour à Annecy et s'installent à la « maison Recordon », rue Saint-Claire, dans l'ancien hôtel Bagnoréa, en attendant la construction du nouveau monastère, sur un terrain situé entre les actuelles rues Royale, de la Poste, Vaugelas et de la Gare. Après quatre années de travaux, les sœurs peuvent s'installer dans leur nouveau monastère. Mais construit à la hâte et à l'économie, il devra subir de nombreux travaux qui dureront jusqu'en L'Essor savoyard du 13 mai 2009, page 8..
Expropriées au début du par les lois anticatholiques de la Troisième République, les Visitandines vont établir un nouveau monastère en 1911, au pied du Semnoz, juste à côté de la future basilique de la Visitation dont les travaux ont commencé en 1909.
En 2006, l'ordre, qui a connu , compte actifs. On peut estimer à le nombre des visitandines au cours des siècles dont vivant en prière en 2006. À Annecy, la communauté regroupe une quinzaine de sœurs cloîtrées qui vivent de la fabrication d'hosties, de la réalisation de broderies et de recettes.
Spiritualité - Spécificités
L'ordre voulu par François de Sales, apôtre du Sacré-Cœur et de la douceur, accueille toutes les femmes quelle que soit leur condition. Contrairement aux autres ordres en expansion au début du , les femmes âgées, les veuves, les malades et les handicapées peuvent être acceptées. La règle n'impose aucune contrainte aux femmes de plus faible complexion.
Autre spécificité voulue par saint François de Sales qui, comprenant l'influence que les évêques pouvaient avoir sur les communautés religieuses, souhaite que chaque monastère soit autonome et libre de ses décisions face à l'évêque du lieu qui assiste par contre aux grandes décisions de la communauté dont l'élection de la supérieure pour trois ans.
Visitandines célèbres
Jeanne-Françoise Frémyot, veuve de Christophe de Rabutin, baronne de Chantal (1572-1641), cofondatrice de l'ordre ; Mère Jeanne-Charlotte de Bréchard (1580-1637) troisième religieuse de l'ordre, morte en odeur de sainteté. Son corps est retrouvé incorrompu. Cause de béatification introduite au XVIIe siècle, puis relancée en 1912. Marie-Aimée de Rabutin-Chantal (1598-1617), veuve de Bernard de Sales, baron de Thorens, fille de la fondatrice et belle-sœur du fondateur ; Marie-Félice Orsini, veuve du duc Henri II de Montmorency (1600-1666), visitandine puis supérieure à Moulins à partir de 1655 ; Marie Boufard (1611-1698), Visitandine à Nantes, mystique, béatifiée .. Louise de La Fayette, (1618-1665) ; Marie-Justine Varlet (1638-1685), sœur du comédien La Grange, vignette|246x246px|Jeanne-Charlotte de Bréchard.Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), visitandine à Paray-le-Monial, fut la propagatrice avec saint Claude de la Colombière du culte au Sacré-Cœur de Jésus ; Sœur Anne-Marie Strésor (1651-1713), artiste peintre française et une des toutes premières femmes membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Entrée au couvent des Visitandines de Chaillot en 1681, elle réalisera les diverses peintures du sanctuaire durant les trente années qui suivirent. ; Marie-Blanche de Monteil de Grignan,(1670-1735), arrière-petite fille de la fondatrice ; Sœur Anne-Madeleine (Anne-Madeleine Rémusat) (1696-1730), Vénérable ; Charlotte de Monaco (1719-1790) Philippine Duchesne (1769-1852) deviendra missionnaire ; Sœur Marie du Sacré-Cœur Bernaud (1825-1903), reconnue servante de Dieu ; Marie-Louise Guérin, en religion sœur Marie-Dosithée, sœur de Zélie Guérin et tante de Léonie Martin et de Thérèse de Lisieux (1829-1877) Sœur Marie-Marthe Chambon (1841-1907), reconnue servante de Dieu ;