La grotte de l'Hyène (nom officiel), souvent nommée à tort grotte de la Hyène, est l'une des cavités du site des grottes d'Arcy-sur-Cure dans le département français de l'Yonne, en Bourgogne-Franche-Comté (anciennement en région Bourgogne).

Elle a livré les plus anciens vestiges connus à Arcy, qualifiés par Leroi-Gourhan de « pré-néandertaliens ».

Elle est inscrite comme monument historique.

Situation

Les grottes d'Arcy-sur-Cure sont à environ au sud-est de Paris à vol d'oiseau, dans le sud du département de l'Yonne entre Auxerre et Avallon, à au sud d'Arcy-sur-Cure ( par la route) et à moins de au nord du parc naturel régional du Morvan. Elles se trouvent dans le dernier grand méandre que fait la Cure juste après que cette rivière sorte du massif du Morvan. À cet endroit, la Cure est à environ d'altitude Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches"..

La grotte de la Hyène se trouve à environ en amont de la Grande grotte. Cette carte montre les 14 principales cavités au sud du massif corallien depuis les Goulettes (amont) jusqu'à la Grande grotte (aval) - manquent celles au nord du massif, soit les Nomades, l'Égouttoir, le Moulinot et Barbe Bleue (voir article principal Grottes d'Arcy-sur-Cure)., entre la grotte du Trilobite (en amont) et la grotte du Cheval, à environ linéaires de la rivièrePour les schémas et cartes succinctes montrant les emplacements respectifs des différentes grottes, voir : (carte établie par Liliane Meignen en 1959, montrant les emplacements des 14 principales cavités au sud du massif corallien depuis les Goulettes (amont) jusqu'à la Grande grotte (aval) - manquent celles au nord du massif, soit les Nomades, l'Égouttoir, le Moulinot et Barbe Bleue) ; Liger 2003 [PDF], p. 33 (montre un plan général du massif incluant les emplacements de l'Égouttoir, de Moulinot et de Barbe-Bleue au nord du massif corallien, et quatre grottes au sud du massif) ; (montre le développement des grottes entre la grotte du Lion et l'abri du Lagopède) ; ..

vignette|centré|Huit grottes groupées sur environ , d'amont en aval (O-E) : Lion, Loup, Bison, Renne, Ours, Trilobite, Hyène, Cheval.

Description

Son entrée est à d'altitude, légèrement au-dessus du niveau de la rivière, et son plancher est au niveau de la vallée.. Elle se trouve à seulement quelques mètres en amont de la grotte du Cheval, à la même altitude. Son développementEn spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain. est de , pratiquement sans dénivelé..

Cette cavité a été formée par creusement au point de jonction entre des strates géologiques, ce qui lui donne une entrée surmontée d'un linteau (à la différence des grottes creusées à partir d'une diaclase, qui ont un porche triangulaire comme celui de la grotte des Fées)..

Histoire récente

L'abbé Parat découvre en 1889 la grotte de la Hyène, qu'il appelle « le trou de la Hyène ».

Leroi-Gourhan entreprend l'étude de la grotte de la Hyène vers 1948 ; il y découvre plusieurs niveaux du Moustérien...

Occupation Leroi-Gourhan y a trouvé douze niveaux d'occupation humaine.

Niveau 30 Le niveau 30, le plus ancien, contient les plus anciens artefacts connus à Arcy, sous forme de très frustes outils sur galets dans de minces couches de graviers. et de galets de de longueur maximum.. La datation de ces outils est cependant problématique. Ils sont accompagnés de vestiges légèrement roulésVestiges « roulés » : l'eau en mouvement entraîne une usure par frottement, soit par l'eau elle-même soit par frottement des débris entre eux. de faune correspondant à un climat de type interglaciaire (tempéré/chaud) : hippopotame, castor, tortue terrestre.., daim.

Niveau 29 Le niveau 29, que Leroi-Gourhan appelle « couche noire »., est un dépôt du Riss (approximativement à ans). Il était en partie suspendu au-dessus d'un bras d'eau décolmaté. Peu épais., il est très chargé en hydroxydes de fer et de manganèse..

Il contient une grande quantité de vestiges de chevaux archaïques. et des vestiges de faune de climat froid (renne archaïque., bison, ou trongontherii). Cependant l'analyse pollinique d'Arlette Leroi-Gourhan et Madeleine Van Campo montre un climat tempéré et relativement humide avec une flore dominée par le qui recouvrait le plateau, et dans la vallée un paysage forestier sur base d'aulne dominant accompagné de noisetier, tilleul à petites feuilles et à grandes feuilles, érable, chêne pédonculé, saule et charme. Les deux auteurs, et d'autres, situent cette couche lors d'un épisode tempéré du Riss, soit un des deux grands interstades de l'avant-dernière glaciation).

Il contient aussi quelques outils dont l'âge est difficile à déterminer. Ils ne montrent pas de signes formels de débitage Levallois et Leroi-Gourhan les ferait remonter à l'Acheuléen ou au Tayacien ( - ) ; mais il précise que leurs formes sont clairement moustéroïdes et que cette couche est antérieure à celles qui incluent habituellement le moustérien de climat froid.

Niveaux 28 à 22 Les niveaux 28 à 22 (), que Leroi-Gourhan nomme « niveaux tempérés à sables et graviers » (en y incluant la ), ont été constitués en période de remblayage et forment des couches bien délimitées malgré des remaniement locaux dus au passage de la rivière. Ils correspondent à l'interglaciaire Riss-Würm ou Eémien (environ - ans), pendant lequel la Cure a traversé la grotte sur plusieurs périodes et y a déposé au total de remplissage (couches de galets, de sables et d'argiles)Les couches de sable formant le premier remplissage de la grotte du Renne correspondent probablement à ces niveaux 28 à 22 de la grotte de la Hyène. Voir .. Entre ces périodes inondées, la grotte a été occupée car des traces d'habitat humain ont été relevées à l'entrée ou sous le porche, incluant dans plusieurs niveaux des pierres taillées, des ossements de daim qui ne portent pas de marques de transport, et des charbons de conifères bien préservés dans la vase qui les a enfouis.

L'industrie est très rudimentaire : des galets bruts de quartz et de quartzite voisinent avec quelques éclats au débitage de type Levallois, ce qui les situe soit juste avant le Würm I (~), soit juste avant le Würm II (~). Ces couches contiennent de nombreuses lames et des vestiges d'animaux témoins d'un climat tempéré : cheval, daim, cerf, chevreuil, renard.

Les dépôts proviennent de la rivière (plutôt que par infiltration) et alternent avec des phases d'occupation temporaire.

La est un sédiment gris argilo-sableux de d'épaisseur environ, qui marque la fin proche de la série fluviatile : la rivière voit son niveau baisser, les dépôts de sable cessent abruptement et les apports ne consistent plus qu'en des limons d'inondation.

Une fine couche d'argile oxydée jaune à rouge-brun marque le passage vers l'. Les niveaux suivants sont contemporains d'un retrait de la rivière. Leur remplissage consiste en des cailloutis du plateau et des argiles de décalcification et les calcaires, rares dans les couches précédentes, y font leur apparition.

Niveau 21 Le niveau 21 (horizon IVb7) a été partiellement détruit par l'érosion. Son remplissage lithique subsistant consiste en une série de dômes argileux ; créés par les infiltrations d'argile via les cheminées, ces dômes argileux sont assez abondants dans plusieurs grottes d'Arcy.. Il contient des lits de coprolithes de hyène, très peu d'outils et peu de vestiges d'animaux (daim, hyène, ours, renard). Son épaisseur varie de à . Il est surmonté d'un lit de plaquettes calcaires. Le climat correspondant était peut-être un peu moins humide que celui pour les trois couches suivantes, pour des températures sensiblement similaires..

Niveau 20 Le niveau 20 (horizon IVb6) se situe au tout début de la glaciation de Würm (Girard le situe dans la transition entre l'interglaciaire Riss-Würm et la glaciation de Würm (~).). Épais d'environ , il est fait principalement de très nombreux ossements d'animaux dans un « ciment » de coprolithes de grands carnassiers. Les ossements témoignent d'un climat tempéré : cheval et bœuf largement dominants, le daim est encore présent pour la base de cette couche, le renne fait son apparition. en petite quantité, accompagné de chamois, rhinocéros laineux (Dicerorhinus antiquitatis), mammouth, renard arctique () et renard roux (), un lion des cavernes (), blaireau (« Meles spelaea »), quelques grands rapaces, , , (). Il contient aussi une industrie de chaille et de silex.

Comme la couche précédente, elle est surmontée d'un lit de plaquettes calcaires. Les analyses des sédiments et des pollens montrent, comme pour les deux couches suivantes, un climat modérément froid.

Cette couche est la seule contenant des restes humains ; pendant cette période, hommes et hyènes ont vraisemblablement occupé la grotte à tour de rôle et de façon sinon ininterrompue, du moins avec peu de périodes d'inoccupation.

Niveaux 19 et 18 Les niveaux 19 et 18 (horizons et IVb4), chacun épais de , ont une industrie similaire à celle de la et des vestiges de faune de climat froid. . Les animaux de la montrent une dominance du renne avec chamois, , , un renard arctique et un renard roux. La a les mêmes animaux plus un ours et un lion des cavernes.

Niveau 17 Le niveau 17 (horizon IVb3), épais d'environ , est très riche en vestiges osseux. Son industrie, assez abondante, est de type transitionnel à dominante de silex. Les sédiments comme les pollens montrent une accentuation du froid par rapport aux trois couches précédentes ; mais la faune, qui est sensiblement la même que pour les deux couches précédentes, voit une diminution du renne et l'apparition du sanglier, ce qui suggère un adoucissement des températures.

Niveau 16 Le niveau 16 (horizon IVb2), dont le remplissage consiste en argile venant des fissures et en sable, est épais de . Il correspond à une élévation du niveau de la rivière, qui a rendu la grotte inhabitable pendant un temps, et à un réchauffement du climat — les sédiments indiquent que c'est le niveau le plus chaud de la série d'Arcy, pratiquement sans gélivation.. De gros blocs d'argile entourent des vestiges d'os et de l'industrie en petite quantité et mal caractérisée. Les sédiments montrent un climat plus chaud et humide que précédemment (steppe arborée). Les restes d'animaux sont peu nombreux (trois loups, deux renards roux — pas de renard arctique —, six hyènes). Pendant cette période, la galerie Schoepflin de la grotte du Renne est quant à elle habitée et a dévoilé, pour cette même période, la plus riche série d'outils de type Levallois de tout le site d'Arcy..

Niveau 15