Jacques de Molay, né entre 1244 et 1249 à Molay, village de l'actuelle Haute Saône en Franche-Comté, et mort à Paris le 11 ou le , est le et dernier maître de l'ordre du Temple.
Jacques de Molay entre dans l'ordre à Beaune en 1265"Jacques de Molay (1244??-1314)", sur templiers.org.. Après avoir combattu en Judée, surnommée « Terre sainte », il est élu à la tête de l’ordre en 1292 alors qu'il se trouve à ChypreSelon les sources, il est élu avant avril 1292, ou le 10, 20, 27 de ce mois..
En 1292 l'ordre, des Templiers est en crise, après la mort de nombreux frères et dignitaires lors de la chute des dernières positions des États latins d'Orient et de Saint-Jean-d'Acre en . La défense du sépulcre du Christ étant la raison d'être des Templiers, leur réputation est affaiblie. Jacques de Molay consacre son magistère à réorganiser l'ordre en orient et en occident, à préparer la reconquête des lieux saints chrétiens et à nouer des alliances solides en Europe. Il échoue dans cette dernière mission. Le , il est arrêté à Paris sur ordre du roi Philippe le Bel, qui accuse les Templiers d'hérésie et de pratiques obscènes et d’homosexualité.
Après quelques hésitations, le pape Clément V et les autres souverains chrétiens ne le soutiennent pas. À la suite d'un procès inique, Jacques de Molay est exécuté, en , sur un bûcher dressé sur l'île aux Juifs, à ParisL'emplacement exact du bûcher est situé dans l'actuel square du Vert-Galant, pointe Ouest de l’Île de la Cité..
La fin dramatique de Jacques de Molay a inspiré légendes et fictions tournant en particulier autour des malédictions qu'il a lancées contre le roi de France Philippe le Bel et contre le pape et contre Nogaret l’agent du roi. La plus célèbre histoire est la suite romanesque Les Rois maudits (1955 à 1977), de Maurice Druon, qui prend pour point de départ l'exécution de Jacques de Molay.
Sources vignette|redresse|Le parchemin de Chinon.|alt=Photographie du parchemin de Chinon. Les sources sur Jacques de Molay sont abondantes mais déséquilibrées : on ne dispose de presque rien sur sa jeunesse, la documentation est plus importante après son accession à la maîtrise en 1292 et enfin les sources deviennent pléthoriques à partir de 1307, date de son arrestation par les militaires du roi Philippe le Bel.
Sur l'homme lui-même, l'historien Alain Demurger estime les sources ..
Les chroniques médiévales contemporaines rapportent les principaux événements survenus pendant sa maîtrise.
La Chronique du Templier de Tyr, dont l'auteur est le secrétaire du grand maître Guillaume de Beaujeu, prédécesseur de Jacques, est favorable à l'ordre du Temple, mais réservée sur Molay lui-même. La chronique de Guillaume de Nangis, moine de Saint-Denis, rapporte le point de vue français.
Les archives royales de la couronne d'Aragon et les archives pontificales à Rome contiennent des lettres, des traités et actes administratifs utiles. Certaines lettres et des mémoires ont été rédigés par Jacques de Molay lui-même, avec parfois un contenu personnel mais des dates imprécises.
Les procès-verbaux des interrogatoires des Templiers fournissent une masse de documents, évidemment difficiles à interpréter : dans quelle mesure les témoignages et aveux ont-ils été sincères, extorqués sous la torture ou achetés. ?
La recherche historique et l'exploration des archives progressent sans cesse. Ainsi l'original du parchemin de Chinon, document essentiel mais perdu dans les archives secrètes du Vatican depuis le , a été retrouvé en 2002 par l'historienne Barbara Frale et publié en 2007 avec l'ensemble des documents relatifs au procès..
Biographie Avant l'accession à la maîtrise Jeunesse Jacques est né à Molay, dans le comté de Bourgogne (actuelle Haute Saône en Franche-Comté). .. La date exacte de sa naissance reste inconnue, se situant vraisemblablement entre 1244 et 1249.. Il est le fils aîné d'une famille de petite ou moyenne noblesse.. Cette famille, sa jeunesse, son parcours jusqu'à sa réception dans le Temple sont mal connus.
Réception dans l'ordre du Temple vignette|gauche|alt=Photo de la petite chapelle de la commanderie de Beaune aujourd'hui.|Chapelle de la commanderie de Beaune où Jacques de Molay a été ordonné. Il est reçu dans l'ordre en 1265 à la commanderie de Beaune par Humbert de Pairaud, qui occupe le poste de « Visiteur de France et d'Angleterre », et en présence d'Amaury de La Roche, maître en France et ami du roi de France Louis IX. Comme le veut la règle, l'aspirant est reçu devant l'ensemble des frères présents, on lui fait lecture de ses devoirs et de ses vœux, puis on lui remet le manteau de l'ordre. Quarante-deux ans plus tard, lors de son procès, il va devoir répondre de l'accusation d'avoir participé à cette occasion à un rituel initiatique scandaleux..
Départ pour l'Orient vignette|redresse|Siège de Saint-Jean-d'Acre en 1291. Lettrine historiée de lHistoire d'outremer de Guillaume de Tyr, vers 1300, BNF.|alt=Lettrine représentant des chevaliers combattant autour des murailles d'une ville. Aucun document n'a été retrouvé permettant de connaître les premières années de Jacques de Molay au sein de l'ordre, ni sa carrière, ni les lieux où il a résidé.. Pour l'historienne Barbara Frale, il était probablement un proche du grand maître Guillaume de Beaujeu., une hypothèse que l'historien Alain Demurger ne suit pas car on manquerait de document pour l'attester.. Quoi qu'il en soit, Jacques devient Templier au moment où la Terre sainte et les positions de l'ordre sont menacées par les mamelouks. Il est donc rapidement envoyé en Orient en tant que chevalier, combattant, entre 1266 et 1271 au plus tard.
En 1291, les mamelouks mènent une offensive décisive contre les chrétiens francs en terre sainte. Après un siège de deux mois, Saint-Jean-d'Acre tombe et le grand maître Guillaume de Beaujeu, qui défend la ville en personne, est blessé mortellement.. Les dernières positions franques sont évacuées ou prises dans les mois qui suivent. Les Templiers comme les autres s'enfuient vers l’île de Chypre, royaume chrétien franc où l'ordre des Templiers est solidement implanté. Jacques de Molay participe à ces derniers combats et à l'évacuation vers Chypre..
Le maître de l'ordre du Temple Élection et gouvernement Après la mort de Guillaume de Beaujeu, Thibaud Gaudin est élu à la tête de l'ordre. Sa mort précoce au début de l'année 1292 oblige les Templiers à une nouvelle élection. L'ordre procède donc comme le veut leur règle à la réunion d'un chapitre à Chypre. Un collège de treize électeurs doit proposer des noms de frères capables d'assumer la fonction. Celle-ci est disputée par Hugues de Pairaud et Jacques de Molay. Ce dernier est élu en grâce au soutien des Comtois et des Bourguignons, assez nombreux sur l'île à cette date..
Comme de nombreux frères et dirigeants sont morts lors de la perte de la terre sainte, Jacques de Molay procède à de nombreuses nominations avec l'accord du chapitre : Baudouin de Landrin est nommé maréchal, Berenguer de Saint-Just commandeur de la terre, Guillaume de la Tour turcopolier, Raymond de Barber sous-maréchal, Marin de Lou trésorier et d'autres postes de moindre importance. De nombreux bourguignons et aragonais sont promus, ce qui donne une indication sur les inclinaisons politiques du nouveau grand maître..
Diplomatie et gestion de l'ordre En 1293, le grand maître se rend en Europe pour régler à la fois des questions diplomatiques et des affaires internes à l'ordre. Il débarque à Marseille et réunit un chapitre général à Montpellier. Il durcit un peu la règle de l'ordre afin de renforcer la discipline et la réputation des Templiers et rappelle l'obligation de charité et d'hospitalité des commanderies..
Jacques de Molay se rend ensuite en Aragon pour mettre fin à un différend patrimonial entre Jacques II et les Templiers locaux. Ce conflit est réglé avec succès et l'alliance avec la couronne aragonaise confirmée. Il se rend également en Angleterre pour négocier avec Édouard l'annulation de lourdes amendes infligées au maître du Temple dans ce royaume.. Il se rend ensuite à Rome où Boniface VIII, suzerain de l'ordre, vient d'être élu pape. Pour se le concilier, il offre des cadeaux à ses proches. Boniface se montre favorable à Jacques de Molay et fulmine plusieurs bulles réaffirmant l'immunité et les privilèges des frères en chrétienté.. Début 1296, il réunit un chapitre général à Arles avec les maîtres des différentes provinces de l'ordre pour entériner ces décisions..
En parallèle à la gestion des affaires de l'ordre, il multiplie les rencontres pour obtenir de l'aide en vue de la reconquête de la terre sainte d’Israël. À l'automne 1296, après une tournée de trois années, il rentre à Chypre, siège de l'ordre. Il doit contenir les ambitions du roi Henri II d'amoindrir les privilèges et les possessions des Templiers sur l'île.. Ils y sont en effet solidement implantés au point de susciter crainte et convoitise chez Henri : cinq commanderies et quatre châteaux forts auxquels sont rattachés une cinquantaine de domaines ou de villages.. Ils y recèlent de nombreuses armes et des tonnes de vivres. En plus de la production agricole, l'ordre pratique le commerce et le négoce, et affrète des caraques pour exporter du coton ou du sucre. Il prête de l'argent, se porte garant, aide des familles à récupérer des otages. L’ordre du Temple respecte en revanche sa règle de ne jamais commercer avec les musulmans et tente de pourchasser les chrétiens qui s'y adonnent..
Le grand maître poursuit le recrutement et le transfert des Templiers pour Chypre dans toutes les provinces de l'ordre, avec une préférence notable pour la Bourgogne ducale et la Bourgogne comtale sa terre natale, et la couronne d'Aragon, son allié.. Le but de ces augmentations d'effectifs est évidemment la reconquête de la Judée en terre sainte.
Les jugements des historiens actuels sur la gestion du grand maître sont contrastés. Jonathan Riley-Smith et Anthony Luttrell pensent que l'ordre du Temple était dans une situation catastrophique et que Jacques de Molay s'avéra incompétent. Anthony Luttrell, « Observations on the fall of the templars » dans Actes du colloque de Lyon, 2009.. Alain Demurger affirme que ces assertions douteuses proviennent des aveux extorqués aux Templiers prisonniers et torturés par les bourreaux ; pour lui le grand maître Jacques de Molay s'est avéré un bon diplomate, un chef et un gestionnaire capable..
L'activité militaire vignette|gauche|upright=1.2|L'offensive franco-mongole de 1300-1301 en Terre sainte.|alt=Carte de l'offensive franco-mongole de 1300 La priorité du nouveau grand maître est religieuse et militaire, pour l'historien Alain Demurger : ..
Il doit également se consacrer de toute urgence à la protection des États chrétiens subsistants : Chypre et l'Arménie. Ces deux royaumes sont sous la menace d'une attaque mamelouk. En 1298, le château de Roche-Guillaume, situé en Arménie mais défendu par les Templiers, est pris par les Mamelouks. Jacques de Molay et le grand maître des Hospitaliers Guillaume de Villaret se rendent en Arménie pour défendre le royaume..
À cette date, le rapport de forces entre chrétiens et Mamelouks penche nettement en faveur de ces derniers qui ne cessent de progresser. Les chrétiens peuvent cependant compter sur les Mongols de Perse dirigés par Mahmud Ghazan Khan dont l'expansionnisme les pousse à convoiter les terres mameloukes. Le khan envoie un ambassadeur à Nicosie en 1300 pour nouer une alliance. Le roi de Chypre, le roi d'Arménie et Jacques de Molay décident de l'escorter jusqu'au pape pour appuyer l'idée d'une alliance.
En attendant les résultats de cette initiative diplomatique, , Guillaume de Villaret et Jacques de Molay préparent des navires de guerre pour aller en Égypte. Les chrétiens, à bord de seize galères et d'une dizaine de petits navires, sont accompagnés d'un émissaire mongol.