Albert Cossery, né le au Caire en Égypte et mort le à , est un écrivain franco-égyptien de langue française.

Tous ses récits se déroulent dans son Égypte natale ou dans un pays imaginaire du Proche-Orient, bien qu'il ait vécu la plus grande partie de sa vie à Paris. Surnommé le « Voltaire du Nil » pour son ironie à l'égard des puissants, il a rendu hommage aux humbles et aux inadaptés de son enfance cairote et fait l'éloge d'une forme de paresse et de simplicité très éloignées des canons de la société contemporaine occidentale.

Albert Cossery était une figure de Saint-Germain-des-Prés où il résidait dans la même chambre de l'hôtel La Louisiane depuis 1945.

Biographie Albert Cossery naît le au Caire (alors capitale du Khédivat d'Égypte), dans le quartier de Fagallah, au sein d'une famille de petits propriétaires terriens de la région de DamietteDavid L. Parris, « Albert Cossery, Montreur d'hommes – L'œuvre en langue française d'un auteur égyptien », éditions Peter Lang, 2009, , .. En 1998, il confie à Abdallah NaamanAbdallah Naaman, Histoire des Orientaux de France du au , Ellipses, Paris, 2003, : « Nous sommes des ChawâmsPersonnes originaires du Liban, de Syrie et de Palestine : lire Les Chawams, Al Ahram hebdo, 7-13 juillet 2010, . d'Égypte. Mon père est un Grec orthodoxe originaire de la bourgade d'al-Qusayr, près de Homs, en Syrie. Arrivé au Caire à la fin du , il a simplifié la prononciation, d'où le patronyme que la famille a adopté : Cossery ».

vignette|gauche|Albert Cossery ( à gauche) avec le groupe surréaliste « Art et Liberté » au Caire en 1941. Comme c'est alors l'usage dans les familles aisées, il est inscrit très tôt dans une école chrétienne, le Collège des Frères de la Salle à Daher, puis, en 1926, il entre au lycée français du Caire de Bab El Louk. Dès l'âge de dix ans, passionné de littérature française, il commence à écrire romans et poèmes. À partir de 1938, au Caire, il fréquente le groupe Art et Liberté fondé sous l'impulsion de Georges Henein, un collectif d'inspiration surréaliste s'affichant radicalement contre la condamnation de l'art moderne par le régime nazi. La rencontre de Henry Miller lors d'un voyage aux États-Unis aide Cossery à publier son premier ouvrage en 1941, Les Hommes oubliés de Dieu.

En 1945, il s'installe à Paris, tout d'abord à Montmartre puis, quelques années plus tard, dans un hôtel de Saint-Germain-des-Prés à l'intersection de la rue de Seine et de la rue de Buci, le mythique hôtel La LouisianeSurnommé aujourd'hui « le Chelsea Hotel de Paris », « Drôle de dame », Libération, 16 août 2010 (chambre 58Dans l'émission Des mots de minuit du 12 avril 2000., puis la 77dixit le directeur de l'hôtel depuis 2002) où l'ont précédé Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, tout le microcosme artistique et intellectuel de l'époque ainsi que de nombreux jazzmenL'Hôtel La Louisiane, une histoire de Saint-Germain-des-Prés, site de l'Hôtel La Louisiane, Paris qui y louaient des chambres au mois, voire à l'année. Il se lie d'amitié avec Albert Camus, Alberto Giacometti, Louis Guilloux, Jean Genet, Mouloudji, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Raymond Queneau.

Il a été marié quelques années avec la comédienne Monique ChaumetteUn "disposeur de temps", Matthieu Garrigou-Lagrange, émission La Compagnie des oeuvres, France-culture[].

Jusqu'à sa mort en 2008, il vit dans cette petite chambre d'où il sort chaque jour à 14h30, habillé comme un prince, costumes le plus souvent ocre, jaunes, chemises, cravates et pochette assorties. Il se promène dans les rues de son quartier de prédilection, au Café de Flore, chez Lipp, sur la place Saint-Sulpice, au jardin du Luxembourg, comme en témoigne Yves SimonLa mort d'Albert Cossery, plus quelques péripéties, YvesSimon.com, 22 juin 2008 / 2 juillet 2008.

Souvent, l'après-midi, il se rend au Chai de l'Abbaye, célèbre brasserie de la rue de Buci, d'où il peut observer durant des heures le spectacle de la vie parisienne. Il considère l'écrivain comme « celui qui va au marché, qui regarde partout, qui ne vend rien, qui n'achète rien et s'en va en emportant toutEntretien avec Albert Cossery in revue L'Œil de Bœuf (1995) ».

Albert Cossery a traversé la vie avec l'ironie et le détachement d'un dandy, laissant sept romans, un recueil de nouvelles et un autre de poésie. Tous ses récits (il n'aimait pas qu'on les appelle « romans« Je suis un écrivain, pas un romancier. Je n’écris pas pour raconter des histoires mais pour dire ce que je pense. Les personnages sont là pour exprimer mes idées » (Cossery). Albert Cossery, l'Egyptien de Saint-Germain, Aliette Armel, Le Magazine littéraire, 24 juin 2008 ») se déroulent dans son Égypte natale ou dans un pays imaginaire du Proche-Orient, bien qu'il ait vécu à Paris dès l'âge de trente-deux ans. Ils ont souvent pour cadre les bas-fonds du Caire, au milieu des fous, des poètes, et des mendiants, quartiers qui lui rappellent son enfance. Ses personnages – voleurs, prostituées ou balayeurs de rues à l'ironie mordante – rejettent la réalité des hommes et des tyransAlbert Cossery, la disparition du prince de la dérision, Stéphane Vallet, le Cercle des inquiets (blog Mediapart), 24 juin 2008, comme dans Mendiants et Orgueilleux.

Albert Cossery vise à ce que chaque phrase soit, selon ses propres termes, « la goutte d’ammoniaque qui tire les gens de leur torpeur. Elle provoquera une rupture qui sapera les fondements de cette fausse cohésion imposée par les mécanismes d’une société close, stéréotypée, qu’elle soit régie par le système capitaliste ou tout autre système économiqueAlbert, prince des Cossards, CQFD ».

Henry Miller dira de lui : « Parmi les écrivains vivants de ma connaissance, aucun ne décrit de manière plus poignante ni plus implacable l’existence des masses humaines englouties ».

L'auteur est animé d'un amour véritable pour ses personnages souvent hauts en couleur et s'il manie volontiers l'ironie et si la bouffonnerie des petits chefs fats et stupides est soulignée, il ne tombe jamais dans le cynisme, conférant à son style une grâce dynamique et humoristique.

À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? », Albert Cossery répond : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain ». Philosophe du dénuement et de la paresse érigés en art de vivreDécès de l'écrivain égyptien Albert Cossery, Le Nouvel Observateur, 23 juin 2008, il s'évertua toute sa vie à donner l’impression de ne rien faire : « Regardez ces mains, elles n'ont pas travaillé depuis deux mille ans » confie-t-il au Monde peu avant sa disparition en 2008Albert Cossery, écrivain, Le Monde, 24 juin 2008. « La vraie richesse, c’est de pouvoir vivre sans travailler : en France, je me sens beaucoup plus riche que les autres puisque j’ai gardé cette manière orientale d’envisager l’existence, sans travailler. [...] Ne rien faire, c’est un travail intérieur. L’oisiveté est indispensable à la réflexion. Et je suis toujours beaucoup sorti de ma chambre : pour moi, c’est essentiel de pouvoir se lever et d’aller dans la rue pour observer le spectacle du mondeAlbert Cossery, l'Egyptien de Saint-Germain, Aliette Armel, Le Magazine littéraire, 24 juin 2008 ».

Ses amis et ses livres pourvoient à ses besoins : « Pas besoin de plus. Quand on a de quoi vivre, on ne travaille pas. Je ne possède rien. Je suis libreAlbert Cossery : « Si je n'ai rien à dire, alors je n'écris pas », Le Monde, 12 janvier 2006 ». Dans sa chambre de l'Hôtel La Louisiane, ni bibelots ni souvenirs : il ne possède que ses vêtements : « Pour attester ma présence sur terre, je n'ai pas besoin d'une belle voiture », ironisait-ilMort de l'écrivain Albert Cossery, le Voltaire du Nil, dépêche AFP, 22 août 2008.

« Je peux passer six mois sans rien écrire, à penser à une phrase; appelez ça de la paresse, si vous voulez. Pour moi, c'est de la réflexion ». Méditer. Observer. Réfléchir. Prendre l'air, prendre le temps et reprendre ses phrases : « J'y retourne vingt fois, disait-il. Il faut prendre le temps. Si je n'ai rien à dire, alors je n'écris pas ».

« Je me suis un peu inspiré de ma famille. Mon père ne travaillait pas« Il n'a jamais travaillé de sa vie. Toujours sapé comme un prince, il ne lisait rien, sauf le journal. La nuit, lorsqu'il me trouvait en train de lire des romans, il me disait: « Tu vas perdre la vue ». Quand un critique littéraire a écrit un article sur mon premier recueil, il m'a dit: « Il y a des fous encore plus fous que toi et qui écrivent sur toi » (Cossery ). Dernier dandy à Paris, Libération, ., ouvrait l'œil à midi. Moi-même, sauf pour l'école, je ne me suis jamais levé aux aurores... ». Cette vie, il l'évoque dans Les Fainéants dans la vallée fertileAlbert Cossery, dans Encyclopædia Universalis. : autobiographique, ce récit à la fois comique et tragique met en scène une famille aisée dont aucun des membres ne travaille et qui passe l'essentiel de son temps à dormirQui se souviendra d'Albert Cossery?, Nadia Agsous sur Le Huffington Post le 22 mai 2005.. En effet, élevé dans une famille où personne ne travaille (son père est rentier et de sa mère, on sait juste qu'elle est illettréeAlbert Cossery ou l'efficacité révolutionnaire, itinéraire d'un écrivain égyptien de langue française, in Revue Altermed (2010), repris ici sur Mediapart ), Albert Cossery n'a lui-même pratiquement jamais travaillé : « Mon père et mon grand-père n'ont jamais travaillé. Ils n'étaient pas riches, mais les terres qu'ils possédaient nous permettaient de vivre bien. En cas de problème, ma mère vendait un bijouAlbert Cossery, l'hôte de la chambre 58, Alexie Lorca, Lire, ».

L'œuvre d'Albert Cossery a également inspiré de nombreux artistes (écrivains, chansonniers, danseurs et chorégraphes, photographes, metteurs en scènes…), ainsi que des étudiants et chercheurs (huit thèses et mémoires soutenus en France). Deux de ses romans (Les Couleurs de l'infamie et Mendiants et Orgueilleux) ont fait l'objet d'une adaptation en bande dessinée sous le pinceau de Golo. Mendiants et Orgueilleux a été adapté deux fois au cinéma, ainsi que La Violence et la Dérision et Les Fainéants dans la vallée fertile par le cinéaste grec Níkos Panayotópoulos.

vignette|redresse|Tombe d'Albert Cossery au cimetière du Montparnasse à Paris en 2021. Albert Cossery s'est éteint à l'âge de 94 ans le à Paris, dans sa chambre de l'hôtel La Louisiane où il résidait depuis plus de soixante ans. Quelques jours avant son décès, il continuait à fréquenter ses habituels Café de Flore et des Deux Magots et travaillait à Une époque de fils de chiens, un roman resté inachevé. Il repose depuis le au cimetière du Montparnasse, dans la division, non loin du philosophe Emil Cioran.

Il disait écrire et sa devise était : « Une ligne par jour », parce qu'elle devait être porteuse d' .

Bibliographie

Œuvre personnelle

Poésie 1931 : Les Morsures, Imprimerie G. Karouth & Cie, Le Caire, 1931, 56 pages, épuiséTexte aujourd'hui introuvable en français pour cause de non-réédition. Trois de ces poèmes ont néanmoins été republiés en 1955 dans l'anthologie de Jean Moscatelli Poètes en Égypte (éditions L'Atelier, Le Caire, 1955) et traduits en anglais par Jocelyn Spaar dans The Paris Review en 2013 (voir Teeth Marks: Three Early Poems by Albert Cossery, Anna Della Subin, The Paris Review, 3 décembre 2013)..

Romans et nouvelles 1936 : Un homme supérieur (nouvelle) dans le numéro de Noël 1936 de La Semaine égyptienneCossery, Albert, librairie Compagnie, Paris. 1941 : Les Hommes oubliés de Dieu (nouvelles), La Semaine égyptienne au Caire puis éditions Charlot, Paris ; rééd. Joëlle Losfeld, collection Arcanes, 2000. 1944 : La Maison de la mort certaine (roman), éditions Masses, Le Caire ; rééd. Charlot, Alger, 1947 ; rééd. René Julliard, 1956; rééd. Éditions Robert-Laffont, 1964; rééd. NéO, 1979; rééd. Joëlle Losfeld, 1994 puis collection "Arcanes", 1999 et 2013. 1948 : Les Fainéants dans la vallée fertile (roman), éditions Domat, rééd. Joëlle Losfeld, collection Arcanes, 1999.