Le canal de la Sauldre est un canal de joignant Blancafort dans le Cher, à Lamotte-Beuvron dans le Loir-et-Cher. Il emprunte le territoire des communes de Blancafort, Argent-sur-Sauldre, Clémont, Brinon-sur-Sauldre (Cher), Pierrefitte-sur-Sauldre, Nouan-le-Fuzelier et Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) et présente la particularité unique en France de n'être relié à aucune voie navigable, si bien qu'on a pu dire que c'est « un canal sans queue ni tête ».
Historique
La genèse du canal (1828-1846) Le canal de la Sauldre a été conçu dans le but d'améliorer l'agriculture en Sologne. Il devait permettre d'y amener de la marne (mélange naturel de calcaire, de sable et d'argile) abondante aux confins du Pays-Fort, pour amender le sol acide d'une région de ce fait infertile. Il devait également être utilisable pour l'irrigation des prairies par des eaux chargées de marne, et le drainage de la Sologne, très humide en beaucoup d'endroits. L'idée de cet ouvrage aux finalités très particulières revient à l'ingénieur hydraulicien Adhémar Barré de Saint-Venant (1797-1886) et à un notable local, Alexis Soyer (1804-1879), maire d'Argent-sur-Sauldre (Cher). Après plusieurs études sur le terrain (en 1826, 1828 et 1844), Barré de Saint-Venant, dans un mémoire rendu public en 1844, projetait d'amener la marne par bateaux d'Argent-sur-Sauldre à Lamotte-Beuvron par un canal « de petite navigation », tandis que les eaux chargées de limon marneux de la Sauldre auraient été distribuées de part et d'autre du canal par un système de rigoles constituant un réseau permettant l'irrigation de certaines zones. En 1845, une compagnie privée, la Compagnie française d'Irrigation, se forma pour construire ce canal, et l'ingénieur civil d'origine italienne Raphaël Pareto fut chargé d'en dresser les plans. Mais la compagnie, jugée « peu sérieuse » par beaucoup, fut déclarée en faillite dès 1846, « avant d'avoir déraciné la première bruyère ».
Les Ateliers de la Sauldre (juin 1848-avril 1849)
La présence à Paris d'un grand nombre de chômeurs inscrits dans les Ateliers nationaux, que l'on souhaitait à la fois occuper à des travaux utiles - principalement de terrassement - et éloigner de la capitale en raison de leurs opinions révolutionnaires réelles ou supposées, permit la mise en chantier de ce canal, proposé en par Camille Desmazures, un jeune ingénieur formé à l'École centrale et parent de Barré de Saint-Venant. Le , sur proposition du ministre des Travaux publics Ulysse Trélat, la construction du canal de la Sauldre était votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale. Le , les Ateliers nationaux étaient fermés, et une partie de ses ouvriers appelés à se tenir prêts à partir en province y réaliser des travaux de terrassement (notamment le prolongement entre Troyes et Bar-sur-Seine du canal de la Haute-Seine et le canal de la Sauldre).
En ce qui concerne la Sologne, l'État, devant l'urgence, avait racheté les plans établis par Raphaël Pareto, et confié à celui-ci la direction du chantier. L'ingénieur en chef du canal de Berry en résidence à Bourges, Henry Darcy, directeur administratif des travaux, marque immédiatement son désaccord avec le plan Pareto, trop limité à son avis et sans avenir du fait de son enclavement complet, et propose d'intégrer le futur canal de la Sauldre à un autre, plus développé, devant relier la Loire au Cher à travers la Sologne. Envoyée sur place, une commission composée d'ingénieurs hydrauliciens appartenant à l'élite du corps des Ponts et Chaussées (Henry Darcy, Benjamin Nadault de Buffon et Charles Poirée) se rallie à cette idée et, dans cette perspective, impose en un nouveau tracé dans sa partie inférieure. , devait écrire Raphaël Pareto en 1851, M.R. Pareto, De l'amélioration de la Sologne, Paris, Roret, 1851, 71 .
Le chantier s'ouvre donc dans des conditions d'improvisation inimaginables. En attendant la construction des baraquements d'une dizaine de camps répartis tout le long du tracé du canal, les ouvriers sont logés dans les granges des fermes voisines, sous des tentes militaires, voire, pour quelques-uns, en raison de l'été, dans les champs. De juin 1848 à février 1849, plus de 1700 Parisiens entrent aux Ateliers de la Sauldre, tous volontaires, recrutés dans les mairies d'arrondissement de la capitale, et non pas déportés comme on l'a parfois écrit. Il n'en demeure pas moins qu'en raison de l'insalubrité notoire de la région, dont la population est alors décimée par le paludisme, beaucoup de chômeurs parisiens ne se rendent en Sologne que poussés par la misère.
En raison de l'insurrection parisienne des Journées de Juin consécutive à la fermeture des Ateliers nationaux qui vient de se dérouler quelques jours auparavant, ces ouvriers de toutes professions - dont beaucoup n'avaient aucun rapport avec les travaux publics - sont accueillis avec beaucoup de méfiance aussi bien par la population locale que par les autorités municipales et départementales. Comme les Ateliers nationaux dont ils sont issus, les Ateliers de la Sauldre sont organisés militairement sous la direction de Raphaël Pareto, successivement placé sous l'autorité des ingénieurs des Ponts et Chaussées Charles Auguste Machart et Pierre-Dominique Bazaine (1809-1893). Tant bien que mal, quelque 13 kilomètres du futur canal sont creusés dans la région de Lamotte-Beuvron, jusqu'à épuisement des crédits, totalement fournis par l'État. Seule, l'extrémité orientale du chantier (à peine deux kilomètres, entre le Coudray et les Bouffards) sera intégrée ultérieurement au canal : les crédits affectés aux Ateliers de la Sauldre ( francs) auront donc été dépensés pratiquement en pure perte La partie creusée en 1848-1849 non intégrée entre 1865 et 1869 à la réalisation définitive a été aliénée en 1883-1884 et rachetée par les propriétaires riverains .
Reprise et achèvement des travaux (1852-1869)
Vis-à-vis de l'opinion publique - et tout particulièrement de celle des notables solognots - il est difficile d'admettre un tel échec. Les travaux sont donc repris en 1852 sous la direction de Charles Auguste Machart, selon un nouveau tracé. Après l'expérience désastreuse de 1848-1849, on travaille désormais dans un autre esprit et dans des conditions techniques différentes, en faisant appel à des entreprises de travaux publics privées. Bien que bénéficiant de l'appui personnel de l'empereur Napoléon III, propriétaire du domaine de Lamotte-Beuvron, l'affaire traîne en longueur. En effet, on ne parvient pas, au niveau ministériel, à trancher entre deux projets, l'un, minimal, d'un canal limité à la jonction entre Lamotte-Beuvron et Blancafort, l'autre, beaucoup plus ambitieux - et coûteux car sa longueur aurait été trois fois plus importante - intégrant cette section à un canal devant relier la Loire et le Cher (en gros, l'idée d'Henry Darcy émise en 1848, reprise et développée par son successeur, Charles Auguste Machart). En définitive, on adoptera tardivement la solution la moins onéreuse. Les travaux sont achevés en 1869, et le canal immédiatement mis en service.
Le prolongement de 1882-1885
Dès 1876, les carrières de l'Aunay, achetées par l'État en aval de Blancafort, sont en voie d'épuisement. Par arrêté ministériel du , le gouvernement décide le prolongement du canal de 3,6 km, avec trois écluses supplémentaires, en amont de Blancafort, jusqu'aux coteaux de Janvres (marnières de la Sablonnière). Les 19 premières écluses étant déjà numérotées de 1 à 19, ces trois écluses supplémentaires en amont reçoivent les matricules A, B et C. Les travaux sont réalisés de 1882 à 1885, et inaugurés le . Commencé trente-six ans plus tôt, le canal de la Sauldre atteint sa longueur définitive.
Caractéristiques techniques
Long de mètres ( dans le Cher et dans le Loir-et-Cher), le canal de la Sauldre a une largeur réduite (2,70 mètres en moyenne), largement inférieure au gabarit Freycinet adopté sous la Troisième République (). On adopta d'emblée la largeur du canal de Berry construit de 1810 à 1840 selon les pratiques anglaises, avec des écluses larges de et longues de environ.
Le canal de la Sauldre est un canal de jonction par dérivation, sans bief de partage mais qui passe du bassin versant de la Sauldre au bassin versant du Beuvron à Bertrix, commune de Clémont (Cher), en épousant une courbe de niveau.
Sa profondeur normale (« mouillage ») est de . Il est franchi par 48 ponts. Une dénivellation totale de est rachetée par une succession de 22 écluses, d'une longueur utile minimale de , et d'une largeur de .
L'alimentation en eau se fait par la Sauldre, dérivée d'abord dans une rigole souterraine à partir de la ferme de l'Hôpital, puis quelques kilomètres en aval par la prise d'eau initiale de l'Aunay, trois écluses plus bas, et enfin par le réservoir de l'étang du Puits, lui-même rempli par le canal juste au-dessus de l'écluse 1 des Fouchères. D'une superficie de 180 hectares, il peut accumuler mètres cubes d'eau, si bien que le canal, même dans les années les plus sèches, n'a jamais manqué d'eau. En fait, l'étang du Puits est un réservoir-tampon.
Le transbordement de la marne du canal au chemin de fer d'Orléans, à Lamotte-Beuvron, se faisait par tombereaux jusqu'en 1873. À cette date un embranchement de chemin de fer de quelques centaines de mètres permit le chargement direct des wagons au moyen d'une grue fixe de 4 tonnes, réduisant ainsi les frais de manutention.
Les écluses
Les écluses sont numérotées de 1 à 19 entre les Fouchères (à Argent-sur-Sauldre) et Beauval (à Nouan-le-Fuzelier, mais près de Lamotte-Beuvron), tandis que les trois premières, construites plus tardivement, portent les matricules A, B et C.
Numéro Nom Localisation Coordonnées géographiques A Écluse du Remblai Blancafort B Écluse de l'Aunay Blancafort C Écluse de la Cantine Blancafort 1 Écluse des Fouchères Argent-sur-Sauldre 2 Écluse du Puits Argent-sur-Sauldre 3 Écluse de la Grande-Planche Argent-sur-Sauldre 4 Écluse de Lauroy Clémont 5 Écluse de Chanteloup Clémont 6 Écluse du Vieux Perroi Brinon-sur-Sauldre 7 Écluse des Buissons Brinon-sur-Sauldre 8 Écluse des Gimonets Brinon-sur-Sauldre 9 Écluse des Bois Brinon-sur-Sauldre 10 Écluse des Collins Brinon-sur-Sauldre 11 Écluse du Coudroy Brinon-sur-Sauldre 12 Écluse des Bouffards Brinon-sur-Sauldre 13 Écluse du Cul d'Enfer Brinon-sur-Sauldre 14 Écluse des Bas Jarriers Pierrefitte-sur-Sauldre 15 Écluse de Montfranc Pierrefitte-sur-Sauldre 16 Écluse de Tracy Pierrefitte-sur-Sauldre 17 Écluse de Pinas Nouan-le-Fuzelier 18 Écluse de la Vossonnerie Nouan-le-Fuzelier 19 Écluse de Beauval Nouan-le-Fuzelier
Les gares de déchargement
Les gares de déchargement réparties entre Argent-sur-Sauldre et Lamotte-Beuvron correspondent à un élargissement du canal plus ou moins étendu permettant aux péniches d'accoster sans gêner la navigation afin d'approvisionner les dépôts de marne où les cultivateurs du voisinage venaient en prendre livraison avec des tombereaux. Elles sont au nombre de onze : vignette|Le port de Lamotte-Beuvron. Nom Localisation Coordonnées géographiques Argent Argent-sur-Sauldre Lauroy Clémont Chanteloup Clémont Le Tertre Brinon-sur-Sauldre La Bergerie Brinon-sur-Sauldre Le Coudray Brinon-sur-Sauldre Le Cul d'Enfer Brinon-sur-Sauldre Les Hauts-Jarriers Pierrefitte-sur-Sauldre Tracy Nouan-le-Fuzelier Beauval Lamotte-Beuvron Lamotte-Beuvron Lamotte-Beuvron
Le port de Lamotte-Beuvron est le bassin terminal du canal, avec raccordement au réseau ferroviaire à partir de 1873.
N.B. Les gares de Tracy (à Nouan-le-Fuzelier) et de Beauval (à Lamotte-Beuvron) ne sont pas sur les mêmes communes que les écluses du même nom (respectivement à Pierrefitte-sur-Sauldre et à Nouan-le-Fuzelier).
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