Dennis Emmanuel Brown est un auteur-compositeur-interprète jamaïcain de reggae, né le à Kingston (Jamaïque) et mort le dans la même ville.

Biographie Enfance Dennis Emmanuel Brown naît le au Jubilee Hospital de Kingston. Il grandit sur Orange Street, au cœur de l’activité musicale jamaïcaine. Son père, Arthur Brown, est scénariste et acteur de théâtre et de la télévision. Son frère, Basil Brown, joue le personnage de Man Man dans la très populaire série radiophonique Derrick Harriott, notes de la pochette de Super Reggae & Soul Hits, 1972..

Débuts Dennis commence à chanter dès l'âge de cinq ans et fréquente l'Alpha Boys' School de Kingston. En 1966, alors qu'il n'a que neuf ans, il donne son premier concert, à l’école pour filles de Woolmers High. À onze ans, il rejoint le groupe The Fabulous Falcons, dans lequel figurent Cynthia Richards, Scotty et Noel Brown. Byron Lee le remarque lors du West Kingston Charity Ball au National Arena de Kingston et l'emmène en tournée à travers l'île avec ses DragonairesNotes de la pochette de The Best of Dennis Brown, 1975. Le jeune Dennis apparaît également en première partie de Miriam Makeba et Adam Wade. Grâce à Byron Lee, il rencontre Derrick Harriott pour qui il enregistre une de ses compositions, Lips of Wine. Le producteur ne sort pas tout de suite le single, Dennis s'impatiente et décroche une audition au Studio One de Clement « Sir Coxsone » Dodd en 1969.

Studio One est alors le lieu le plus important de la production musicale jamaïcaine. En deux jours, Dennis y enregistre une trentaine de titres. Son premier single, une reprise des Van Dykes intitulée sort en fin d'année et suscite peu d'intérêt pendant plusieurs mois, mais devient peu à peu un grand succès. Dans la foulée de ce tube, Coxsone produit en 1970 plusieurs singles issus de la même session, tels que , et , puis compile les morceaux que Dennis a enregistré pour lui sur deux LP : et .

« Wonder Boy » En 1971, Dennis Brown quitte Studio One et rencontre à nouveau le succès avec le titre , produit par Lloyd the Matador. À quatorze ans, on le surnomme alors « Wonder Boy ». Pendant deux années, il collabore avec les meilleurs producteurs de l'île, tels que Alvin Ranglin, Joe Gibbs, Lloyd Daley, Vincent « Randy » Chin et son fils Clive, Dennis Alcapone, Bunny Lee, Herman Chin-Loy et Munchie Jackson. En parallèle de sa carrière solo, il continue de chanter au sein des Fabulous Falcons, mais également avec le groupe The Soul Syndicate.

En 1972 sort le single , produit par Prince Buster. La même année, il reprend le de Fleetwood Mac pour Phil Pratt, qui produit également les titres et . En juin, il se produit au National Arena de Kingston avec Junior Walker and the All Stars et Nina Simone. En septembre, il place cinq singles dans les charts jamaïcains, dont deux dans le top 10 (l'un est en première place). Cette année-là, il rafle trois prix du chanteur le plus prometteur de l'île. À la fin de l'année, il retourne travailler avec Derrick Harriott, qui produit son album Super Reggae and Soul Hits, où se côtoient titres originaux et reprises. L'album est un gros succès dans l'île. En 1973, il coproduit avec Sydney Crooks un album intitulé et adhère à la communauté rasta des Douze tribus d'Israël.

En 1974, il enregistre pour Joe Gibbs et Winston « Niney The Observer » Holness, puis part pour l'Angleterre afin de participer au prestigieux Jamaican Showcase National Tour avec les Maytals, Dennis Alcapone, Cynthia Richards et Skin, Flesh and Bones. L'accueil du public est tellement bon qu'il décide d'enchaîner sur une tournée anglaise de trois mois accompagné par le groupe londonien The CimaronsPenny Reel, Deep Down with Dennis Brown, Drake Bros Publications, 2000 , alors qu'en Jamaïque sortent les albums (dans lequel il affirme sa toute nouvelle foi rasta), produit par Niney, et , produit par Gibbs. De retour en Jamaïque, à l'été 1975, il reprend sa collaboration avec Niney, qui produit l'année suivante l'album et sa version dub, , alors que le single est un énorme succès populaire.

Succès international En 1977 paraissent deux albums, qui deviendront les disques les plus célèbres de Dennis Brown. Le premier, , sort en février sur le label de Joe Gibbs. Au Royaume-Uni, bien qu'il soit uniquement disponible en import pendant plus d'un an, donc plus cher que le prix standard, l'album reste vingt mois dans les charts reggae. , qui inaugure en le propre label de Dennis Brown, DEB (ses initiales), qu'il vient de créer, réitère presque l'exploit de son prédécesseur en restant presque un an dans les charts britanniques de reggae. Les Jamaïcains, déçus par l'exil londonien de Bob Marley et par ses albums au son trop pour eux, donnent au jeune Dennis Brown (vingt ans seulement et déjà neuf albums) le titre de (). Il devient la coqueluche de l'île. Même le roi du reggae le cite comme son chanteur favori. Désormais producteur grâce à son label DEB, Dennis Brown fait profiter de sa renommée ses amis tels que Al Campbell, Gregory Isaacs et Junior Delgado.

En 1978, il enregistre pour Joe Gibbs une nouvelle version de son titre de 1972 Money In My Pocket, qui sort en Angleterre pour le Carnaval de Notting Hill et obtient un immense et immédiat succès, grimpant jusqu'à atteindre la quatorzième place des charts anglais en . Pour le chanteur, ce tube est la percée qu'il attendait pour rattraper Bob Marley au niveau international. Pour profiter de ce succès, il emménage à Londres, sort sa première compilation () et réédite dès l'année suivante sous le nom de . Il enregistre également les albums (Joe Gibbs) et (DEB), qui ne rencontrent pas le succès escompté. De même, l'année suivante, ne se vend pas assez. En fait, aura plutôt été l'apogée de sa carrière et le point de départ d'un long déclin.

Années 1980 et 1990 Dennis Brown signe avec A&M Records, emménage à Londres et fonde un nouveau label, (du nom de sa femme). De son contrat avec A&M résultent trois albums internationaux qui flirtent avec la pop et inquiètent son public (, et ). La musique jamaïcaine a changé et il semble que le chanteur ait du mal à trouver sa place. Pourtant ses albums auto-produits ( et son discomix , , , et surtout ), qui ne sortent qu'en Jamaïque, se maintiennent à un niveau honorable, grâce aux rythmiques numériques que lui composent Sly and Robbie.

En 1985, il cesse de s'auto-produire et fait appel aux producteurs Prince Jammy ( et ), Sly and Robbie () puis Delroy Wright (). Peu convaincu, le public raconte qu'il aurait sombré dans la drogue. Quelques années plus tard, c'est même sa foi rasta qui sera remise en question (lorsqu'il commencera à porter des boucles d'oreilles).

Durant l'été 1989, il revient sur le devant de la scène grâce au duo avec Gregory Isaacs , produit par Gussie Clarke. En 1991, il crée la surprise avec un album qui sort du lot : , produit par Leggo Beast. Durant les années 1990, il continue d'enregistrer un à deux albums par an, sans plus jamais retrouver le niveau et le succès des années 1970. Il se produit régulièrement sur la scène du Festival Reggae Sunsplash, à Montego Bay.

En , au cours d'une tournée avec Gregory Isaacs, Max Romeo et Lloyd Parks, il est arrêté au Brésil pour possession de drogues. À son retour, il tombe malade et souffre de troubles respiratoires. Le , il est hospitalisé en urgence au University Hospital de Kingston pour un arrêt cardiaque. Il meurt le lendemain d'un affaissement du poumon.

Bien que Dennis Brown n'ait jamais véritablement atteint la reconnaissance internationale, il a toujours bénéficié du soutien des Jamaïcains, qui lui excusèrent beaucoup, de ses albums à tendance pop (chez A&M) à son penchant pour la cocaïne. Le chanteur a néanmoins toujours démenti toucher aux drogues dures.

Postérité Le prince couronné du reggae laisse derrière lui 78 albums sur 37 labels différents, sans compter les nombreuses compilations, ainsi que treize enfants. Connu pour sa gentillesse et son ouverture sur les autres, il a influencé le reggae comme seul Bob Marley a réussi à le faire. De nombreux artistes le citent aujourd'hui comme une référence, de Barrington Levy à Richie Stephens, en passant par Junior Reid, Frankie Paul et Luciano, mais aussi Maxi Priest et Drummie Zeb. Son label DEB Records a établi le style lover’s rock au Royaume-Uni et lancé la carrière d'un certain nombre d'artistes, telles que la chanteuse de Soul II Soul, Caron Wheeler.

Le premier anniversaire de sa mort est célébré par Johnny Osbourne, Half Pint, Mickey Jarrett et Delano Tucker, à l'occasion d'un grand concert organisé à Brooklyn.

En 2000, le chanteur de ragga français Nuttea reprend deux de ses titres et les traduit en français ( et devenus respectivement Trop peu de temps et Elle vit sa vie) sur son album Un signe du temps. En 2001 a été créée la Dennis Emanuel Brown Trust. Cette fondation a pour objectif d'entretenir la mémoire du prince du reggae et de procurer des instruments de musique à de jeunes Jamaïcains. La fondation attribue chaque année une bourse à des étudiants de 10 à 12 ans.

Le groupe américain The Mountain Goats s'est inspiré de la mort de Dennis Brown en 2005 pour sa chanson , extraite de l'album . La même année, le chanteur jamaïcain George Nooks, qui avait travaillé avec Brown en tant que DJ sous le nom de Prince Mohamed, a enregistré un album de reprises intitulé .

Influences Au journaliste Stan E. Smith, qui lui demandait sa plus grande influence dans son style de chant, Dennis Brown cita Delroy WilsonKlive Walker, Dubwise: Reasoning from the Reggae Underground, Insomniac Press, Toronto, 2005 .. Pour son frère et manager Leroy Clarke, Brown était inspiré par les pionniers du rhythm and blues américain et plus particulièrement par Nat King Cole. Il citait également souvent Alton Ellis, pour lequel il a été choriste dans sa jeunesse (sur Sunday Coming et Your Heart Will Pay) et dont il a repris plusieurs titres (If I Follow My Heart, When I'm Down, Ain't That Loving You, Girl I've Got A Date et How Can I Leave You).

Discographie Albums solo 1970 - No Man Is An Island 1971 - If I Follow My Heart 1972 - Super Reggae and Soul Hits 1973 - Superstar 1975 - Just Dennis 1975 - The Best of Dennis Brown (réédité en 1980 sous le nom The Best of Dennis Brown Part 1, puis en 1982 sous le nom Smile Like An Angel) 1976 - Deep Down (réédité en 1979 sous le nom So Long rastafari, puis en 1987 sous le nom My Time) 1977 - Visions of Dennis Brown 1977 - Wolf and Leopards 1979 - Words of Wisdom 1979 - Joseph's Coat of Many Colours (réédité en 2002 sous le nom The Promised Land) 1979 - Live at Montreux 1980 - Spellbound 1981 - Foul Play 1982 - Love Has Found It's Way 1982 - More 1982 - The Best of Dennis Brown Part 2 1982 - Yesterday, Today and Tomorrow 1983 - Satisfaction Feeling 1983 - The Prophet Rides Again 1984 - Love's Gotta Hold on Me 1984 - Rare Grooves Reggae Rhythm and Blues Vol 2 1985 - Wake Up 1985 - Revolution 1985 - History 1985 - Slow Down 1986 - Brown Sugar 1986 - Hold Tight 1987 - In Concert 1988 - Inseparable 1989 - Good Vibrations 1990 - Over Proof 1990 - Unchallenged 1991 - Victory Is Mine 1992 - Another Day in Paradise 1992 - Beautiful Morning 1992 - Blazing 1992 - Friends for Life 1993 - Cosmic Force 1993 - The General 1993 - It's The Right Time (réédité en 2002 sous le nom Trilogy) 1994 - Light My Fire 1996 - Milk and Honey 1997 - Got to Have Loving 1999 - Bless Me Jah 1999 - sings Hits from Studio One 2000 - sings Reggae Hits 2000 - Let Me Be the One 2000 - Academy (Live at the Brixton Academy, London, October, 1985)

Collaborations 1977 - Dennis Brown meets Harry Hippy (avec Harry Hippy) 1978 - Two Bad Superstars (avec Gregory Isaacs) 1981 - Zion High (avec Ranking Joe et Black Uhuru, réédité en 2003) 1984 - Judge Not (avec Gregory Isaacs) 1985 - Reggae Super Stars Meet (avec Horace Andy) 1985 - Wild Fire (avec John Holt) 1987 - So Amazing (avec Janet Kay)