Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1255-1260 - vers 1318-1319) est peintre siennois, important à l'échelle européenne. On considère généralement que son influence fut déterminante dans l'évolution du style gothique international qui s'exerça en particulier sur Simone Martini et les deux frères Ambrogio et Pietro Lorenzetti.

L'art de Duccio a, à l'origine, une solide composante byzantine, liée notamment à la culture plus récente de la période des Paléologue, et est fortement influencé par Cimabue (qui est très probablement son professeur dans ses premières années d'activité), à laquelle il ajoute une note personnelle dans le sens du gothique, se traduisant par une linéarité et une élégance transalpines, une ligne douce et une gamme chromatique raffinéeAndré Suarès, Le Voyage du condottière. Vers Venise, Fiorenza, Sienne la bien-aimée 1932. ..

Au fil du temps, le style de Duccio atteint des résultats de plus en plus naturels et emplis de douceur. Il intègre également les innovations introduites par Giotto di Bondone, comme le rendu du contraste selon une ou quelques sources lumineuses, le volume des figures et de la draperie, le rendu de la perspective. Son chef-d'œuvre, La Maestà de la cathédrale de Sienne, est une œuvre emblématique du italien.

Biographie

Premières œuvres vignette|upright|Vierge Gualino. La première mention de Duccio apparaît en 1278 dans les archives de la ville de Sienne, pour le paiement des couvertures de livres comptables (Biccherna) et pour douze boîtes peintes destinées à contenir des documents de la municipalité. Ces œuvres sont maintenant perdues. On en déduit généralement une date de naissance située entre 1250 et 1260. Aucun écrit antérieur ne donne de précisions sur sa formation. Il aurait pu recevoir l'enseignement du peintre Cimabue, ou être formé dans un atelier siennois. Il n'a sans doute pas travaillé au grand chantier de l'époque, la basilique Saint-François d'Assise, mais il en connait les peintures. Les innovations florentines de la représentation dans l'espace ne lui sont pas non plus inconnues. La présence de clins d’œil à l'Antiquité classique dans son œuvre atteste qu'il a regardé de près le travail de Nicola Pisano, sculpteur à la cathédrale de Sienne de 1256 à 1284. Des éléments gothiques dans son œuvre ont pu faire croire à un voyage en France dans les années 1280-1285 ; cependant il est probable qu'il ne connaît l'art français que par des objets importés, comme des manuscrits enluminés ; Nicola Pisano lui-même connaissait l'art gothique, probablement par l'intermédiaire des petits objets d'ivoire que les ateliers parisiens exportaient dans toute l'Europe.

La première œuvre de Duccio qui nous soit parvenue est la dite « Vierge Gualino » qui se trouve aujourd'hui à la Galerie Sabauda de Turin (sa provenance originale est inconnue). Peinte vers 1280-1283, elle montre un style très proche de celui de Cimabue, au point qu'elle fut longtemps attribuée au maître florentin plutôt qu'à Duccio. Le panneau rappelle les Majestés de Cimabue dans le cadre général, dans la forte dérivation byzantine et l'absence de traits gothiques, dans les traits somatiques de la Vierge, dans la robe de l'Enfant et dans l'utilisation du contraste. Cette forte influence cimabuesque, qui restera évidente également dans les œuvres ultérieures, bien que s'estompant progressivement, a conduit à penser qu'il y avait une relation enseignant-élève entre le « vieux » Cimabue et le jeune Duccio. Cependant, déjà dans cette première œuvre de Duccio, de nouveaux éléments apparaissent : une richesse chromatique qui conduit à des couleurs qui n'appartiennent pas au répertoire florentin (comme le rose de la robe de l'Enfant, le rouge vin de la robe de la Vierge et le bleu du manteau), le petit nez du nourrisson qui rend son visage plus doux et plus enfantin, l'écheveau laineux des chrysographies byzantines de la robe de Marie. Mais ce sont encore des détails et le tableau est résolument cimabuesque.

Dans la Vierge de Crevole, œuvre ultérieure de 1283-1284, qui provient de l'église paroissiale de Santa Cecilia in Crevole et qui est maintenant exposée au Museo dell'Opera Metropolitana del Duomo de Sienne, on note une plus grande divergence avec le style de Cimabue. La Vierge a un visage plus doux et plus raffiné, sans trahir une expression qui reste encore sérieuse et profonde. Le petit nez de l'enfant demeure, mais il se laisse aussi aller à un geste affectueux envers sa mère.

Deux peintures à sec, malheureusement très abîmées, datent également des mêmes années, trouvées dans la chapelle Bardi (autrefois dédiée à saint Grégoire le Grand) de la Basilique Santa Maria Novella de Florence. Situées dans les lunettes en haut à gauche et à droite de la chapelle, elles représentent respectivement Saint Grégoire le Grand entre deux flabellifères et le Christ trônant entre deux anges. Dans ce cas également, on ne peut manquer de remarquer le fort détachement d'avec Cimabue, mais c'est précisément l'élégance des visages des anges et l'écheveau enveloppant de la robe du Christ sur le trône qui fait apprécier, une fois de plus, la particularité du maître florentin.

Madone Rucellai

vignette|upright|Madone Ruccelai. Le , Duccio reçoit sa première commande importante, la dite « Madone Rucellai », commandée en l'honneur de la Vierge par une confrérie laïque florentine, la Compagnia dei Laudesi. Le panneau est destiné à la chapelle Bardi de la basilique Santa Maria Novella à Florence, la même chapelle que celle où les restes des peintures à sec de Duccio décrites ci-dessus ont été trouvés. Le panneau est nommé « Rucellai » car à partir de 1591, il est placé dans la chapelle contiguë, Rucellai, avant de parvenir aux Offices. Cette œuvre représente la Vierge à l'Enfant en majesté, flanquée de six anges devant un fond doré. Le pourtour du panneau est orné de médaillons où l'on voit des prophètes, des apôtres et des saints en buste. Le peintre cherche à modeler les tissus et les corps, avec des jeux de dégradés de couleur. Il essaie aussi de respecter les règles de la perspective, sans toujours bien y arriver.

L'œuvre est inspirée de la Maestà du Louvre de Cimabue, peinte environ cinq ans plus tôt, à tel point que pendant longtemps elle a été considérée comme une œuvre de ce dernier. Cette attribution erronée a été maintenue même après la découverte de l'acte de cession en 1790. Cette « Maestà » est une œuvre clé dans le parcours de l'artiste, où la solide majesté et la représentation humaine de Cimabue se croisent avec une plus grande aristocratie et un raffinement certain, ainsi qu'avec un contenu humain encore plus doux. L'œuvre se caractérise par des motifs décoratifs d'origine gothique, tels que l'ourlet doré fantaisiste de la robe de Marie qui trace une ligne complexe de la poitrine aux pieds, les fenêtres gothiques à meneaux du trône en bois et le manteau de la Vierge plus « imbibé » de chrysographies byzantines, mais adouci par des plis doux et tombants. Ce sont surtout ces éléments gothiques qui marquent un nouvel éloignement de Cimabue, qui reste encore ancré dans la tradition byzantine.

Compte tenu de sa taille, le panneau a sans doute été peint sur place et non transporté une fois achevé.

La Vierge à l'enfant et trois franciscains en adoration, petit panneau d'origine inconnue et exposé aujourd'hui à la Pinacothèque nationale de Sienne, est également datée vers 1285.

Œuvres de la fin du siècle vignette|upright|Vitrail original du Duomo de Sienne. vignette|upright|Vierge en majesté parmi les anges, Kunstmuseum de Berne. Après la Madone Rucellai de 1285, le vitrail du Duomo de Sienne, dont l'original est maintenant conservé au Museo dell'Opera Metropolitana del Duomo (celui du Duomo étant une copie), est la seule œuvre attribuée à Duccio datée de la fin du siècle, pour laquelle une documentation permet sa datation avec certitude. Bien que le vitrail ait été fait par des maîtres verriers, on pense aujourd'hui que sa conception appartient au patriarche de la peinture siennoise, qui y a travaillé en 1287-1288. Le trône de la scène du Couronnement de la Vierge et ceux des Quatre Évangélistes sont des trônes architecturaux en marbre, non plus en bois comme celui de la Madone Rucellai ou les précédents trônes de Cimabue. C'est le premier exemple connu de trône architectural en marbre, un prototype que Duccio continuera à utiliser et qui deviendra désormais très populaire, y compris dans la Florence voisine de Cimabue et Giotto.

On pense que la Vierge en majesté parmi les anges, dont l'origine est inconnue et qui est aujourd'hui conservée au Musée des Beaux-Arts de Berne en Suisse, est postérieure (1290-1295). Cette œuvre permet d'apprécier l'évolution du style de Duccio au fil des années. Une meilleure profondeur spatiale dans la disposition des anges, non plus les uns au-dessus des autres comme dans la Madone Rucellai, mais les uns derrière les autres comme dans la Maestà du Louvre de Cimabue, est immédiatement évidente dans cette petite Majesté. Les anges formant un même couple ne sont même pas parfaitement symétriques, comme en témoignent les différentes positions de leurs bras. Ce nouvel élément permet d'éviter la symétrie répétitive des anges de la Madone Rucellai, favorisant leur différenciation. Même le trône, bien qu'il ait un cadre similaire à celui de la Madone Rucellai, a une meilleure perspective axonométrique et semble inséré de manière plus adéquate dans l'espace, suivant ainsi les canons de la perspective signifiante. Ces évolutions montrent que Duccio se laisse encore inspirer par le Maître Cimabue, très attentif à la cohérence spatiale et aux volumes des choses et des personnages, mais qu'il continue son chemin vers une élégance figurative qui lui est propre, un chemin qu'il a déjà entamé avec la Vierge de Crevole. Bien que les larges visages demeurent cimabuesques, les traits somatiques apparaissent plus délicats (par exemple, la nuance de l'arête à la base du nez, les lèvres serrées et nuancées, et le nez de l'Enfant). La disposition des plis des vêtements apparaît également plus naturelle et plus douce.

D'autres œuvres, généralement attribuées à Duccio, sont datées entre 1285 et 1300, mais sans consensus unanime des experts sur la datation, comme la Vierge à l'Enfant de l'église des Saints-Pierre-et-Paul de Buonconvento, conservée aujourd'hui au Musée d'Art Sacré du Val d'Arbia, également à Buonconvento. Traditionnellement datée juste après 1280, des recherches d'archives récentes témoigneraient du passage de Duccio à Buonconvento après 1290 et des études précises sur la disposition des plis du manteau de la vierge et sur la perte des traits angulaires de son visage, suggèreraient une datation vers 1290-1295Notice du Museo di arte sacra della Val d'Arbia..

Selon certains experts, la croix peinte du château d'Orsini-Odescalchi à Bracciano aurait également été réalisé après 1285. Anciennement dans la collection Odescalchi à Rome, et aujourd'hui dans la collection Salini à Sienne, le Christ aux yeux ouverts est toujours vivant, reprenant une iconographie de l'époque romane (le Christus Triumphans), très rare à la fin du . Selon certains, le Crucifix de l'église San Francesco à Grosseto date également de cette période. Pour ces deux crucifix, le consensus des experts n'est pas unanime, y compris en ce qui concerne l'attribution à Duccio, à l'inverse des trois tableaux représentant la Flagellation, La Crucifixion et L'Enterrement du Christ, d'origine inconnue et maintenant déposées au à Sienne.

Œuvres du début du Trecento vignette|Vierge à l'Enfant avec des saints, pinacothèque nationale de Sienne. vignette|Triptyque de la National Gallery de Londres.