thumb|250px|Le Condottiere, Léonard de Vinci, 1475.

Un mercenaire est un combattant de métier, étranger aux parties en conflit, et qui . Il a un à participer à ce conflit, qui est une rémunération de ses homologues de l'armée régulière. Il est recruté et payé par un État, une entreprise, un mouvement politique ou toute autre organisation, hors du système statutaire de recrutement militaire du pays. Un combattant de carrière, bien que rémunéré et parfois recruté sur contrat, se distingue d'un mercenaire par son adhésion à un statut professionnel découlant d'une législation ou d'une coutume locale stable.

Le mercenariat est généralement sollicité pour une opération militaire identifiée, pour une durée limitée ou pour un service spécialisé, mais des mercenaires se voient attribuer des fonctions institutionnelles durables (comme la Garde varangienne des empereurs de Byzance au Moyen Âge ou l'actuelle Garde suisse pontificale (non considérée comme composée de mercenaires par les Conventions de Genève)). Les étrangers volontaires tels que les membres de la Légion étrangère française ou les Gurkhas ne sont pas des mercenaires bien que répondant à certains critères de l'article 47 du protocole additionnel aux Conventions de Genève du relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux. Certains journalistes les considèrent tout de même comme des mercenaires.

Le mot et la fonction de mercenaire ont généralement une connotation très négative car le mercenaire est généralement motivé par l'appât de gains rapides, associé à une absence d'éthique, ce qui l'exclut du statut de combattant ou de prisonnier de guerre. Ces aspect sont au cœur de la définition du mercenariat, qui depuis le tend en outre à se confondre avec des services commerciaux de « sécurité » (dépassant le prérogatives classique de gardiennage et de sécurité des personnes ou des biens publics ou privés). Les sociologues observent une tendance à la ; là où légalement, appartenait antérieurement aux États (via l'armée et la police ou des forces spéciales).

Étymologie Le terme vient du latin mercenarius, lui-même dérivé du mot merces qui signifie salaire. Il décrit originellement toute personne offrant un service contre un paiement. À ce titre et jusqu'au , le terme employé se rapproche de celui de « salarié » et peut désigner la classe ouvrière qui n'a pas l'« initiative industrielle ».

Droit de la guerre Définition et traitement des mercenaires 167 États ont ratifié le premier protocole additionnel () de la Convention de Genève de 1949. Ce traité fournit dans son article 47 la définition d'un mercenaire la plus acceptée sur le plan international :

Article 47 - Mercenaires 1. Un mercenaire n'a pas droit au statut de combattant ou de prisonnier de guerre. 2. Le terme « mercenaire » s'entend de toute personne : a) qui est spécialement recrutée dans le pays ou à l'étranger pour combattre dans un conflit armé ; b) qui en fait prend une part directe aux hostilités ; c) qui prend part aux hostilités essentiellement en vue d'obtenir un avantage personnel et à laquelle est effectivement promise, par une Partie au conflit ou en son nom, une rémunération matérielle nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des combattants ayant un rang et une fonction analogues dans les forces armées de cette Partie ; d) qui n'est ni ressortissant d'une Partie au conflit, ni résident du territoire contrôlé par une Partie au conflit ; e) qui n'est pas membre des forces armées d'une Partie au conflit ; et f) qui n'a pas été envoyée par un État autre qu'une Partie au conflit en mission officielle en tant que membre des forces armées dudit État.

Pour qu'un combattant soit reconnu comme un mercenaire, il faut que toutes les conditions soient réunies. Ainsi, en aucun cas un ressortissant des pays en conflit ne peut être reconnu comme un mercenaire, ni les engagés volontaires tel que les membres de la Légion étrangère, de la Garde suisse pontificale ou encore les Gurkhas népalais.

Dès le début de l'article 47, il est précisé qu'un mercenaire peut se voir priver du statut de combattant légal ou de prisonnier de guerre. C'est un aspect assez remarquable pour un traité humanitaire puisque ces textes sont connus pour ne pas retirer de droit mais au contraire en donner. Cela vient du fait que lors des discussions les États voulaient fermement condamner et dissuader l'usage des mercenaires dans les conflits armés. Le fait de nier le statut de combattant ou de prisonnier de guerre à un mercenaire fait de lui un simple civil pouvant être poursuivi pour ses actions violentes, là où un combattant légal ne peut l'être.

Le retrait du droit au statut de combattant légal ne le prive pas de tous ses droits ; si le statut de mercenaire est attribué à une personne cela fait de lui un civil qui doit être traité selon l'article 5 de la quatrième convention de Genève qui précise que cet individu doit être .

Cependant, si des doutes subsistent sur la qualité de mercenaire d'un combattant, ce dernier est considéré comme un prisonnier de guerre jusqu'au moment où il est déféré devant un tribunal compétent qui doit statuer sur son véritable statut de mercenaire en utilisant les critères compris dans l'article 47 cité plus haut, ou avec une loi du droit du pays équivalente. Alors, l'article 5 de la quatrième convention de Genève entre en application.

Si, après un procès régulier, le soldat capturé est jugé coupable d'être un mercenaire, il peut s'attendre à être traité comme un simple criminel, pouvant aussi faire face à la peine de mort. Les mercenaires n'étant pas considérés comme prisonniers de guerre, ils ne peuvent espérer le rapatriement à la fin de la guerre. L'exemple le plus connu s'est déroulé le lorsqu'à la fin du Procès de Luanda la cour a condamné des mercenaires britanniques et américains à des peines de prison allant de et à la peine de mort par un peloton d'exécution le .

Autres textes Deux autres textes internationaux condamnent également le mercenariat et non juste le mercenaire : la Convention de l'OUA sur l'élimination du mercenariat en Afrique du , entrée en vigueur le , a une portée régionale se limitant à l'Afrique ; la Convention internationale contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires du , entrée en vigueur le , a une portée internationale.

Lois selon les pays Plusieurs États criminalisent le mercenariat :

Afrique du Sud En 1998, l'Afrique du Sud a passé le Foreign Military Assistance Act qui interdit à ses citoyens et ses résidents d'intervenir dans des guerres étrangères sauf si le gouvernement approuve leur déploiement. Les opérations humanitaires sont exemptées de cette loi. En 2005, la loi a dû être modifiée car des citoyens sud-africains travaillaient alors comme agents de sécurité en Irak lors de l'occupation américaine tandis que Mark Thatcher faisait l'objet de poursuites pour un possible financement et une assistance logistique dans un présumé coup d'État organisé par Simon Mann en Guinée équatoriale.

France En 2003, la France criminalise officiellement les activités de mercenaires pour les citoyens, les résidents permanents et les sociétés françaises.

Royaume-Uni Le royaume de Grande-Bretagne a adopté à la fin du la Loi sur l'enrôlement à l'étranger (Foreign Enlistement Act) qui a rendu illégal pour les sujets britanniques de rejoindre les forces armées de n'importe quel pays en guerre contre un pays qui est en paix avec la Grande-Bretagne. Pendant la guerre d'indépendance grecque, les volontaires britanniques qui combattaient avec les rebelles grecs auraient pu être dans l'illégalité car il n'était pas clair si les rebelles grecs constituaient un État ou non. La loi fut clarifiée en mentionnant que les rebelles en étaient bien un. Le gouvernement a envisagé de recourir à cette loi contre des sujets britanniques qui combattaient dans les Brigades internationales lors de la Guerre civile espagnole.

Plusieurs entreprises de mercenariat existent au Royaume-Uni, la plus importante étant Keenie Meenie Services (KMS). Ses recrues sont généralement d'anciens membres des Forces spéciales (SAS). Les entreprises de mercenariat sont principalement sollicitées dans des conflits dans lesquels le gouvernement, pour des raisons diplomatiques ou pour ne pas froisser l'opinion publique, préfère ne pas s'impliquer directement. Ces mercenaires ont ainsi été engagés dans la guerre civile angolaise pour soutenir les rebelles de l'UNITA contre le gouvernement communiste ; dans la guerre du Dhofar, afin de soutenir la monarchie omanaise contre une rébellion communiste ; au Nicaragua où ils ont soutenu des factions rebelles contre le gouvernement sandiniste ; ou encore dans la guerre civile du Sri Lanka, afin de soutenir le gouvernement contre les rebelles tamouls.

En 1976, à la suite de l'indignation suscitée par le massacre de mercenaires britanniques par leur propre commandant en Angola, le gouvernement a envisagé d'interdire ces entreprises. Une note du ministère des Affaires étrangères a en outre souligné que « Les mercenaires sont considérés, en Afrique en particulier, en termes émotionnels, comme une manifestation de l'ingérence continue des colonialistes blancs dans des affaires qui ne les concernent plus ». Au Sri Lanka, les mercenaires furent responsables d'exactions contre la population civile tamoule. Le gouvernement britannique n'a toutefois jamais légiféré contre ces sociétés. Au contraire, les autorités ont résisté aux pressions d'associations de défense des droits de l'homme et n'ont fait qu'approuver avec réticence les efforts internationaux à l'ONU. Le Royaume-Uni n'est pas signataire de la Convention internationale contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires.

Russie La Russie criminalise officiellement le mercenariat dans l'article 359 du chapitre 34, intitulé « Crimes contre la paix et la sécurité de l'Humanité », de son Code criminel de 1996. Le texte prohibe aussi bien le recrutement, entraînement et financement de mercenaires que leur emploi dans un conflit armé. L'existence de sociétés militaires privées en Russie est cependant documentée, mais non reconnue par l'État, puis reconnue lors de la guerre russo-ukrainienne.

Histoire Le recours au mercenariat apparaît quand un acteur, généralement politique, disposant de moyens financiers suffisants, décide d'entreprendre une action militaire ou para-militaire, généralement offensive, ou d'assurer sa sécurité sans pouvoir compter, pour des raisons politiques, sur un mécanisme de recrutement militaire institutionnel.

Époque antique L'emploi de troupes mercenaires se retrouve dans diverses civilisations et périodes antiques : durant la première guerre de Messénie (743-724 av. J.-C.), des mercenaires corinthiens et crétois combattaient aux côtés de Sparte ; au , le pharaon Psammétique Ier engagea des mercenaires grecs venus d'Ionie (les "hommes de bronze") afin de prendre le contrôle du delta du Nil, puis de toute l'Égypte. en 401 av. J.-C., les Dix Mille étaient une force de mercenaires grecs qui servirent Cyrus le Jeune dans sa rébellion contre son frère le roi de Perse . L'un d'entre eux, Xénophon, fit le récit de leur repli vers les colonies grecques après la mort de Cyrus dans son Anabase ; les guerriers celtes sont régulièrement recrutés du , par les grecs comme par les carthaginois sur de nombreux théâtres d'opération autour de la Méditerranée ;