vignette|upright=0.7|Sigmund Freud (1922).

La psychanalyse est une discipline fondée par Sigmund Freud.. Parmi les définitions qu'il en a données, paru en 1922 : Psychanalyse est le nom : D'un procédé pour l'investigation de processus mentaux à peu près inaccessibles autrement ; D'une méthode fondée sur cette investigation pour le traitement des désordres névrotiques ; D'une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et qui s'accroissent ensemble pour former progressivement une « nouvelle discipline scientifique ».

La psychanalyse consiste en l'élucidation de certains actes, pensées ou symptômes en termes psychiques à partir du postulat de l'existence du déterminisme psychique : une idée qui se présente à l'esprit ou un acte ne sont pas arbitraires, ils ont un sens, une cause que l'exploration de l'inconscient permet de mettre au jour.

La psychanalyse fait l'objet, depuis son origine, de critiques et de discussions à la fois internes au mouvement psychanalytique et extérieures à ce mouvement, qui remettent en question sa scientificité (notion de réfutabilité chez Popper), la pertinence de sa description du psychisme et son efficacité thérapeutique. Un certain nombre d'auteurs la considèrent comme une discipline pseudoscientifique.

Histoire

Débuts Si l'histoire de la psychanalyse est indissociable de son fondateur Sigmund Freud, médecin et neurologue autrichien, il est difficile d'en dater précisément la naissance et différentes dates pourraient être retenues : 1881-1882 avec Josef Breuer et Anna O. ; 1885 avec le stage de Freud auprès de Jean-Martin Charcot ; 1893-1896 avec l'étiologie des névroses et les Études sur l'hystérie (1895) ; 1897-1900 à la suite d'une lettre à Wilhelm Fliess où Freud renonce définitivement à une explication physiologique des névroses puis publie L'Interprétation du rêve (1900) où il fait état de son auto-analyse ; 1905 avec la mise à jour d'une sexualité infantile..

La première occurrence du mot, orthographié « psychoanalyse », remonte à 1896, dans un texte de Freud écrit et publié en français, L'hérédité et l'étiologie des névroses« L’hérédité dans l’étiologie des névroses » (1896), dans S. Freud, Œuvres complètes, , Paris, PUF, 1989, ... L'auteur attribue alors l'invention du procédé à Josef Breuer.

Freud abandonne la pratique de l'hypnose, à laquelle il avait recours au début de sa carrière de neurologue, pour élaborer la pratique psychanalytiqueIntroduction à la psychanalyse, Sigmund Freud (trad. S. Jankélévitch), Payot, 1922 .. Josef Breuer et Freud arrivent à la conclusion, dans leur ouvrage Études sur l'hystérie, que l'hystérique souffre de manière inconsciente de traumatismes passés, vécus dans l'enfanceFreud S., Études sur l'hystérie, p.5 : « C'est de réminiscences surtout que souffre l'hystérique » ; Cinq leçons sur la psychanalyse : « les hystériques souffrent de réminiscences ». Freud explore le psychisme à travers la parole du sujet qui doit suivre la règle fondamentale et la logique d'association libre de manière à faire parvenir à la conscience des éléments liés au refoulement. Il se démarque ultérieurement de Breuer, en mettant en avant l'importance de la libido et de la sexualité dans le développement psychique.

Les premiers débats entre psychanalystes sont vifs et nombreux. Freud lui-même a considérablement évolué sur certains points théoriques qui concernaient la psychanalyse, notamment en 1920, lors de sa conceptualisation de la seconde topique.

Évolutions conceptuelles de Freud : les deux topiques À partir de son expérience de thérapeute, de ses lectures, de ses échanges et de ses réflexions, Freud a proposé deux modèles successifs du psychisme : la première topique (élaborée entre 1895 et 1905, environ) ; la seconde topique (de 1920 à 1938). Le passage de la première topique à la seconde topique est rendu nécessaire à la suite de l'élaboration de la seconde théorie des pulsions. En 1914, Freud fait paraître ses travaux sur le narcissisme qui préfigurent les changements qui interviendront dans la deuxième topique. Vers 1920, la théorie freudienne connaît, dans Au-delà du principe de plaisir, des remaniements qui, sans renoncer aux théories antérieures, en montrent à la fois les limites et leur dépassement.

thumb|upright=0.9|Otto Rank, très proche de Freud, est amené à rompre avec lui et le mouvement psychanalytique, à la suite notamment de son ouvrage Le traumatisme de la naissance (1924).

Débats internes et divergences La psychanalyse a été, dès son origine, l'objet de vives critiques venues de tous horizons, parfois par des dissidents comme , et qui se sont par exemple écartés des théories de Freud sur l'étiologie sexuelle des névroses, ou par des auteurs de théories distinctes comme Pierre Janet. Certaines notions-clés de la psychanalyse, comme celle de l'inconscient, peuvent faire l'objet de débats épistémologiques toujours actuels qui touchent à leurs origines. Smiley Blanton, un analysant américain dans les années 1930, rapportait la réponse de Freud lui-même aux critiques : ..

thumb|left|upright=0.7|Imago, « Revue de psychanalyse appliquée aux sciences de l'esprit » (en allemand : ). Selon son sous-titre, c'est l'une des premières revues de psychanalyse.

Dans l'histoire des sciences

Sigmund Freud définit la psychanalyse comme une science, rappelle Roland Gori : c'est la ..

Dans l'histoire des sciences, et en usant de la classification allemande qui distingue les sciences naturelles (Naturwissenschaften) et les « sciences de l'esprit » (Geisteswissenschaften), Michèle Porte précise que Freud (1924, Court Abrégé de la psychanalyse).. Dans l'avant-dernier chapitre de son « Autoprésentation » (Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925), il écrit : Liliane Maury, « Sigmund Freud présenté par lui-même », dans Liliane Maury, Les émotions de Darwin à Freud, Paris, Presses Universitaires de France, « Philosophies », 1993, ..

Expansion internationale vignette|upright=0.7|Sándor Ferenczi. Dès le début des années 1930, de nombreux psychanalystes juifs, interdits d'exercice par les lois de Nuremberg, puis directement menacés, quittent l'Allemagne et l'Autriche nazies, ou encore la Hongrie et la Pologne, pour se réfugier dans d'autres pays, principalement aux États-Unis, également à Londres et, dans une moindre mesure, en Amérique du Sud ou en Palestine, comme le fait Max Eitingon. Lors de l'Anschluss, invasion de l'Autriche par les nazis, Anna Freud est brièvement arrêtée le par la Gestapo et, bien qu'elle soit relâchée le soir même, cet évènement décide Freud à quitter Vienne pour s'installer à Londres. Michael Balint, Hanna Segal, Max Eitingon et Nicolas Abraham l'ont précédé sur le chemin de l'exil. Lorsque Freud meurt à Londres, en , la psychanalyse s'est internationalisée.

Après Freud

La nécessité d'affronter, sur un plan théorique et clinique, les nouvelles questions qui se posaient aux psychanalystes de la deuxième génération, après la disparition de Freud et des premiers théoriciens contemporains, se pose différemment selon les pays : En France, l'essentiel des débats internes à la psychanalyse porte sur l'enrichissement des concepts freudiens, tout en conservant les exigences de rigueur sur les principes essentiels (dans l'exploration de ce champ d'études) et d'éthique dans la pratique de la cure. Ces débats se cristallisent autour des travaux et de la personnalité de Jacques Lacan. Au Royaume-Uni, des controverses scientifiques divisent durablement la société britannique de psychanalyse, entre les partisans d'un renouveau théorique, autour de Melanie Klein, et leurs opposants, réunis autour d'Anna Freud.

Méthode d'exploration du psychisme La psychanalyse est d'abord conçue par Freud comme une méthode de soin par l'écoute des patients, en prenant au sérieux leurs paroles (ce qui n'était pas le cas avec les hystériques, avant lui, chez Breuer et Charcot notamment), puis plus précisément en les faisant raconter leurs souvenirs. Cela l'amena à l'exploration du psychisme humain, de l'inconscient, et à construire à cette fin un protocole précis, focalisé sur la parole de l'analysant (terme préféré à patient et surtout à analysé qui n'a plus cours depuis le milieu du ). Sa pratique et ses réflexions ont amené Freud à formuler des propositions théoriques sur l'exploration du psychisme : lassociation libre du patient qui doit dire tout ce qui lui vient à l'esprit au moment où cela se présente, ces pensées se reliant peu à peu et finissant par donner des idées sur les contenus inconscients qu'elles représentent.. Cette méthode repose sur le principe du déterminisme psychique ; l'interprétation des rêves qui sont, selon Freud, Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, 1909, Payot, Paris, 1966, . Dans le cours de la cure, l'analyse du rêve permet notamment de découvrir les mécanismes de travail de symbolisation du psychisme. ; les lapsus : quand, au cours d'une séance, le sujet énonce un lapsus, l'analyste ou le sujet lui-même peuvent émettre l'hypothèse que l'inconscient se manifeste, et peuvent chercher à comprendre le sens de ce lapsus ; l'analyse des actes du quotidien et particulièrement à travers les actes manqués, les oublis, les négligences : ces actes traduisent un conflit psychique qui met en jeu une tendance consciente et une autre, pré-consciente ou inconsciente, qui vient troubler le déroulement normal de la première. L'observation de ces tendances contradictoires permet d'émettre l'hypothèse d'un conflit psychique inconscient.

Principe du déterminisme psychique

Afin de remplacer l'hypnose, Sigmund Freud utilise un principe qu'il attribue à Carl G. Jung, principe suivant lequel une idée qui se présente à l'esprit ne peut être arbitraire et doit donc avoir un antécédent à déterminerDans les Cinq leçons sur la psychanalyse, il précise ainsi sa pensée : . Le rêve n'est donc pas composé d'images hallucinatoires dépourvues de sens, le lapsus n'est pas un simple accident sans cause, pas plus qu'une idée ne traverse l'esprit sans raison. Une idée, avant d'arriver à la conscience, subit une déformation plus ou moins grande mais conserve toujours un rapport avec l'idée d'origine. Tous ces phénomènes peuvent donc faire l'objet d'une méthode d'interprétation qui révèle l'existence de tendances non-conscientes, refoulées dans l'inconscient de l'individu.

Peut-être l'affirmation de ce principe révèle-t-elle le souci de Freud de hisser la psychanalyse au rang de science. En effet, le principe du déterminisme, qui est le réquisit de toute science expérimentale, est bien la « foi » du psychanalyste : pas plus dans le monde psychique que dans le monde physique, un phénomène ne peut se produire sans cause. Bien plus : il fait souvent appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique.

Interprétation du rêve

vignette|upright=0.5|L'Interprétation du rêve. Pour Freud, tout « acte » psychique a un sens ; le rêve doit donc posséder un sens susceptible d'interprétation. La méthode d'interprétation sera une transposition de la méthode pour le traitement des troubles psychiques, car, selon lui, il y a des analogies entre ces derniers et la vie onirique : la conscience perçoit des idées qui lui sont étrangères et dont elle ignore l'origine, tout comme dans certains symptômes psychiques. La méthode pour comprendre le rêve sera fondée sur le principe du déterminisme psychique : le patient énonçant librement une suite d'idées se rapportant à son rêve peut en comprendre le sens en fournissant lui-même, par association d'idée, des éléments extérieurs au rêve qui permettent de le relier au vécu. Cette procédure d'extériorisation des idées par le patient est techniquement appelée en psychanalyse la règle de l'association libre.