Henri d'Harcourt (1654-1718), premier duc d’Harcourt en 1700, maréchal de France en 1703, marquis de Beuvron en 1705, pair en 1709, est un gentilhomme, militaire et diplomate français.

Biographie Origines et famille Henri d'Harcourt appartient à la maison d'Harcourt, l'une des plus puissantes et des plus anciennes familles nobles normandes, dont l'origine remonte au . Il est l'arrière-petit-fils de Timoléon d'Espinay Saint-Luc, maréchal de France..

Henri d'Harcourt naît le .. Il est l’aîné des enfants de d'Harcourt (1627-1705), lieutenant général au gouvernement de la Haute-Normandie, et de sa première femme, Catherine Le Tellier de Tourneville, épousée en 1648Yves Coirault, « Index », dans Saint-Simon, Mémoires, Paris, Gallimard « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, , ..

Henri d'Harcourt est connu d’abord sous le titre de courtoisie de marquis d'Harcourt (parfois marquis de Harcourt).

Les d'Harcourt seigneurs de Beuvron étaient issus de la branche de Bonnétable : Girard/Gérard d'Harcourt (1424 à Verneuil), baron de Bonnétable, fils de Philippe d'Harcourt fl. av. et ap. 1400 ; sgr. de Bonnétable, Vibraye et de nombreuses seigneuries normandes par sa femme Jeanne de Tilly, dame de Beaufou, Druval et Saint-Aubin-Lébizay, Beuvron-en-Auge, Thury, Tilly-sur-Seulles, Écouché, Fontaine-Henry, Grimbosq, la Motte-de-Cesny, Hotot, Saint-Martin-de-Sallen, et petit-fils du comte , époux en 1340 de Blanche de Ponthieu, comtesse d'Aumale, eut deux fils de sa femme Marie, fille de et tante de Louis Malet : Jean (1487), l'aîné qui continua les barons de Bonnétable et d'Olonde ; et le cadet, d'Harcourt, baron de Beuvron et de Beaufou (1487), marié en 1457 à Marie, fille de de Ferrières (branche française). Ils eurent entre autres : cadets (fin - moitié du ) : Jacques de la Motte-Cesny/Cerny ; Jean de Fontaine-Henri : sa femme Jeanne de St-Germain lui apporta Rânes et Annebecq ; Gabriel, fils naturel, fut souche d'une branche bâtarde dite de Tilly ; et l'aîné : Charles d'Harcourt, baron de Beuvron et Beaufou, marié à Jacqueline de Vierville, dame de Creully, d'où : cadets : Jacques de la Motte-Cerny, Grimbosq et Thury, abbé de Notre-Dame de Belle-Estoile ; Charles de Bailleul ; et l'aîné : d'Harcourt (1558), baron de Beuvron et de Beaufou, vicomte de Caen, époux en 1516 de Françoise de Gaillon, dame de Macy et Croisy, dont : Guy d'Harcourt (1567 ; fils puîné, mais l'aîné Louis, baron de Macy, mourut prédécédé dès 1553, laissant pour veuve Marie-Cléophas de Montchenu ; deux autres frères davantage cadets furent : autre Jacques de la Motte-Cerny, et Jean de Croissy), baron de Beuvron, époux en 1546 de Marie de St-Germain (Société des Antiquaires de Normandie, t. X, 1836, p. 151). Guy et Marie enfantèrent de nombreux enfants, dont : Charles, fils puîné, abbé de Mondaye, et : Pierre d'Harcourt (-1627), baron puis marquis de Beuvron (1593), acquéreur du marquisat de Thury en 1635, marié en 1578 à Gil(l)onne (1641), fille du maréchal , d'où : Charles, comte de Croissy/Croisy (1584-† prédécédé en 1624) Jacques (II) (1585-† prédécédé en 1622), marquis de Beuvron, x Léonore Chabot de Jarnac et St-Gelais, dame de Cosnac, d'où : Gilonne, épouse de Louis de Brouilly, marquis de Piennes et de Mesvillers, Odet (v. 1600/1604-1661), marquis de Thury et de La Motte-Harcourt, lieutenant-général des armées du roi Guy (1601-1628), comte de Beuvron ; x Geneviève d'Urfé, et l'héritier principal François II d'Harcourt, (1598-1658) marquis de Beuvron et Beaufou, lieutenant-général en Normandie, gouverneur du château de Rouen, marié en 1626 à Renée d'Espinay-Saint-Luc, d'où entre autres : cadets : Louis, marquis de Thury (1626-1719) ; Charles, comte de Beuvron († 1688) ; Catherine-Henriette (v. 1622-1701), x 1659 Louis, duc d'Arpajon : Parents de Catherine-Françoise d'Arpajon (1661-1716) qui convola en 1689 avec François III de La Rochefoucauld-Roye, comte de Roucy'' ; et l'aîné : le marquis François III (1627-1705), lieutenant général au gouvernement de la Haute-Normandie, x 1° 1648 Catherine Le Tellier de Tourneville (v. 1628-1659 ; fille d'un riche financier, receveur général des Gabelles de Rouen), et 2° 1677 Angélique Fabert (1649-1730), dont entre autres enfants : (du 1°) Odet (1658-1692), abbé de Moutiers (Moutiers ?) ; (du 2°) Louis-François (1677-1714), comte de Sézanne, x Marie-Catherine-Louise de Nesmond ; (du 2°) Henriette (1679-1714), x 1708 Louis-Marie-Victor, comte de Béthune et de Selles († 1744), arrière-petit-fils de Philippe de Béthune ; (du 2°) Catherine-Angélique († 1718), x Louis de Talaru, marquis de Chalmazel († 1763) ; et l'aîné : (du 1°) notre maréchal-duc Henri d'Harcourt (1654-1718).

Entrée au service En 1673, pendant la guerre de Hollande, Henri d'Harcourt entre au service comme cornette de la compagnie mestre de camp du régiment de cavalerie de Thury, appartenant à son oncle Louis d'Harcourt, marquis de La Mothe et de Thury (brevet du ). Il sert comme aide de camp du maréchal de Bellefonds. En 1674, il est aide de camp du maréchal de Turenne, qui commande l'armée du Rhin. D'Harcourt participe au siège d’Unna, qui est prise le . Le , il combat à Sinsheim (entre Heidelberg et Heilbronn) sous le même maréchal, qui y défait le duc de Lorraine et le comte de Caprara. D'Harcourt se trouve à la bataille d'Entzheim le , au combat de Mulhouse le , et à celui de Turckheim le .

Colonel vignette|alt=Des soldats, enjambant des cadavres, empruntent un pont-levis baissé pour s'engouffrer par une porte.|gauche|redresse=1|Prise de Valenciennes en 1677.

En , sur la démission du marquis de Sourches, il est nommé colonel d’un régiment d'infanterie, qui devient régiment d'Harcourt (commission du ). Il va rejoindre ce régiment en Flandre, où il finit la campagne. En 1675, il sert en Allemagne.

En 1677, il est au siège de Valenciennes. La place est prise le . Le marquis de Bourlemont ayant trouvé la mort, le roi pourvoit Harcourt ce jour-là colonel du régiment de Picardie (commission du ). À sa tête, il prend part au siège de Cambrai et à celui de la citadelle, où il est blessé. Il joint ensuite l’armée d’Allemagne, commandée par le maréchal de Créquy. Il est avec deux bataillons au siège de Fribourg.

En 1678, sur la démission de son père, il reçoit la survivance de la lieutenance générale au gouvernement des soit les bailliages de Rouen, Caux, Gisors et Évreux. (provisions données à Saint-Germain-en-Laye le ). Le , sous le maréchal de Créquy, il se distingue à Rheinfelden, où le comte de Starhemberg est défait. Il se signale au passage de la Kinzig et au siège de Kehl, place emportée l’épée à la main. On le nomme alors inspecteur général de l’infanterie, par ordre du .

Brigadier En , il est fait brigadier d’infanterie, par brevet du . En 1684, on l’emploie en cette qualité à l’armée de Flandre, sous le commandement duc d'Orléans et du maréchal de Schomberg : cette armée couvre le siège de Luxembourg. Le , il épouse Marie Anne Claude Brulart de Genlis (1669-1750).

Maréchal de camp En , à la veille de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il devient maréchal de camp, par brevet du . Il est employé à l’armée du Dauphin, en Allemagne. Au siège de Philippsburg, il se distingue dans la prise de l’ouvrage à cornes. En , il se démet de son inspection. Le , naît son premier fils, François.

En 1690, il a le commandement dans la province de Luxembourg et dans le comté de Chiny à la place du marquis d’Huxelles. Il met à contribution les pays de Juliers et de Cologne. En , il se démet du régiment de Picardie. En , on étend son commandement jusque sur la Moselle. Il sert en 1692, sous le maréchal de Boufflers, dans l’armée de la Moselle.

En , il retourne à son commandement. À Ourteville, le , apprenant que les ennemis — des troupes de Neuburg et de Cologne — ont détaché sans bagages pour le surprendre, il marche contre eux. Les deux corps n’étant séparés que par un ruisseau, les ennemis forment , et leurs dragons mettent pied à terre pour profiter de l’avantage des haies en escarmouchant. D'Harcourt, à la tête d’un corps de cavalerie, les charge et les rompt. La plus grande partie des dragons ennemis abandonnent leurs chevaux, et prennent la fuite : 800 d'entre eux sont néanmoins faits prisonniers. Dans la longue poursuite qui s'engage, plus de sont tués, dont leur commandant et deux mestres de camp. Le comte de Welen, qui commande les troupes de Neuburg, est pris avec 150 de ses soldats ou officiers.

En , chargé de faire le siège de Rheinfelden et de Saint-Ghenner, le comte de Taliari est blessé. D'Harcourt prend le commandement. Il assure la retraite de l’armée qui vient d'assiéger Rheinfelden. Commandés par le landgrave de Hesse-Cassel, les ennemis, bien qu’en nombre supérieur, n'interviennent pas.

Lieutenant général des armées du roi En , d'Harcourt est créé lieutenant général des armées du roi. En , à la mort du marquis de Maulévrier, il obtient le gouvernement de Tournai. Le , il investit la ville de Huy, qui capitule le . Le , joignant avec ses troupes le maréchal de Luxembourg, d'Harcourt contribue en bonne partie à la victoire de Neerwinden. En 1694, il commande l’armée de la Moselle sous le maréchal de Boufflers. En 1695, il a le même commandement. En , il se voit confier l’armée qui doit passer en Angleterre pour rétablir . Ce projet reste sans lendemain. En , d'Harcourt vient commander sur la Moselle (pouvoir du ), puis à Luxembourg pendant l’hiver. En , il commande à nouveau l’armée de la Moselle (pouvoir du ).

Ambassadeur La guerre de la Ligue d'Augsbourg prend fin le . D'Harcourt est nommé ambassadeur en Espagne.

Trois ans plus tard, en 1700, il demande à revenir en France. Il est remplacé par le marquis de Blécourt. On apprend bientôt que le roi d'Espagne est mourant. Il n'a pas d'enfant, ce qui pose un problème de succession exacerbant les tensions entre les puissances européennes. Le , on confie à d'Harcourt le commandement de l’armée qui doit s’assembler à la frontière espagnole (pouvoir du ). Deux jours plus tard, il reçoit le commandement en Guyenne, au pays de Foix, en Navarre et en Béarn (commission du ). Il part pour Bayonne le , avec pour mission préliminaire de prendre les places du Guipuscoa. Mais tout s'arrête : le , meurt, laissant un testament où il désigne comme son successeur le duc d'Anjou, petit-fils de .

vignette|alt=Louis XIV tient son petit-fils par l'épaule. Dans l'assistance, certains se prosternent. Un homme s'agenouille.|redresse=1|Philippe de France, duc d'Anjou, proclamé roi d'Espagne, par Gérard.

Le messager devant informer le roi de France de cette volonté fait halte à Bayonne. Comme il est malade, d'Harcourt le remplace par un de ses propres messagers, s'attribuant ainsi l'avantage d'annoncer la nouvelle. Le , accepte les dispositions du testament. Le duc d'Anjou devient roi d'Espagne sous le nom de . Le lendemain, d'Harcourt, qui n'est en rien intervenu dans la décision de , est déclaré duc héréditaire. Le marquisat de Thury (qu'il a acheté à son cousin homonyme, Henri d'Harcourt) est érigé en duché sous le nom d'Harcourt. Le nouveau duc est nommé une nouvelle fois ambassadeur en Espagne.

Le naît son fils Anne Pierre. En , le mauvais état de santé du duc d'Harcourt l’oblige à revenir en France. En , il refuse de partir commander en Italie, car, très en faveur auprès de madame de Maintenon. Si l'on en croit Saint-Simon, , le père du duc d'Harcourt, , future madame de Maintenon. Celle-ci, par ailleurs, ne compte qu'un ministre sur les quatre qui siègent au Conseil d'en haut : Chamillart. Elle aimerait en compter un de plus, . Il a de fréquents entretiens particuliers avec le roi, et bon espoir de devenir ministre. Mais son mépris affiché pour les ministres en place déplaît à , qui lui ferme

Maréchal de France