thumb|350px|right|La synagogue d'Orlau (Orlová) La synagogue d'Orlau ou synagogue d'Orlová , construite selon les plans de l'architecte Jakob Gartner a été inaugurée en 1905 et détruite par les nazis à l'automne 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale.
Orlau (maintenant Orlová) est une ville à l'extrême est de la République tchèque. Faisant partie jusqu'en 1918 de l'empire austro-hongrois, elle est attribuée en 1922 à la Tchécoslovaquie. En octobre 1938, à la suite des accords de Munich, elle est donnée à la Pologne, puis annexée à l'Allemagne nazie au début de la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, elle est retournée à la Tchécoslovaquie.
Orlau est une ville minière qui a attiré de nombreux Juifs fuyant les pogroms de l'Empire russe à la fin du et au début du siècle.
Histoire de la communauté juive d'Orlau La communauté avant la Seconde Guerre mondiale On ignore quand les premiers Juifs se sont installés dans la ville d'Orlau. Le développement économique en Silésie autrichienne favorise des mouvements migratoires à l'intérieur de l'Empire austro-hongrois et conduit à partir du milieu du siècle à une augmentation de la population juive dans la région de Teschen. À part quelques riches marchands, les familles pauvres constituent la grande masse des nouveaux arrivants.
En 1867, les Juifs obtiennent l'égalité civique, permettant ainsi la constitution de communautés cultuelles et la construction de synagogues. En 1910, il existe onze communautés juives en Silésie autrichienne: Günter Ofner: Jüdische Gemeinden im alten Österreich nach dem Toleranzpatent; site: Familia Austria; 4 octobre 2016. Chaque communauté est obligée de tenir un registre des naissances et des décès en allemand. La communauté juive de Freistadt est responsable de la tenue du registre d'Orlau.
En 1890, la population juive vit encore majoritairement encore en dehors de la ville et prie dans des maisons privées. En 1900, Orlau compte , dont 306 Juifs (soit 4,5%). Les membres de la communauté juive fondent le l'Orlauer Bethausverein (Association de la maison de prière d'Orlau) enregistrée officiellement le . Son premier président est Salomon Blumenthal. L'association sera active de 1900 à 1939, et finalement dissoute le .
Klaus-Dieter Alicke affirme que fin XIXe siècle, cohabitent à Orlau deux communautés juives, une orthodoxe et une réformée, et que chacune possède sa propre synagogue: Klaus-Dieter Alicke: Mährisch-Ostrau (Mähren); site: Aus der Geschichte der jüdischen Gemeinden im deutschen Sprachraum. Si l'existence de la synagogue réformée construite en 1905 est bien établie, Il n'est par contre fait mention nulle part ailleurs de l'existence d'une synagogue orthodoxe.
La communauté juive est très impliquée dans la vie économique et sociale de la ville. Quand son président Markus Stein décède subitement en 1908, ses funérailles sont suivies par de nombreux dignitaires de la ville, des hommes d'affaires et des représentants des différentes églises: article dans le Neue Schlesische Zeitung du 17 mai 1908. La ville doit beaucoup à la communauté juive, car les principaux employeurs de la région sont des entreprises en grande partie détenues par des Juifs.
La communauté juive possède plusieurs associations caritatives, culturelles ou sportives: la Israelitischen Frauen-Wohltätigkeitsverein (Société de bienfaisance des femmes israélites); la section locale de la Jüdischen Handlungsgehilfen-Verband (Association d'aides juives); la jüdische Verein Zion (Association juive Sion); l'Association des scouts juifs, ainsi que le mouvement de jeunesse sioniste Maccabi. De nombreux Juifs sont aussi bénévoles dans des associations laïques comme la Croix-Rouge ou servent comme pompiers volontaires.
La communauté doit faire face à de nombreux actes délictueux, sans que l'on puisse toujours discerner entre un acte criminel ou un acte antisémite: le , le Neue Schlesische Tageszeitung rapporte un vol dans la synagogue d'Orlau: …Des voleurs ont brisé une fenêtre et volé dans l'Arche Sainte, 19 gobelets en argent, 4 mains de lecture (Yad) en argent, 6 chaines en argent de de long: article dans le Neue Schlesische Zeitung du 30 avril 1910; page:1…
Le , le Jüdische Volksstimme relate la profanation injustifiée du cimetière juif d'Orlau: Toutes les sépultures ont été ouvertes et presque toutes les pierres tombales ont été renversées et brisées, seules deux sont restées debout. On soupçonne un acte de vengeance. La raison de cet acte apparemment inconcevable, aurait pour origine un conflit qui a éclaté entre les Juifs et la population slave dominante lors du début de l'année scolaire. En effet, les Tchèques et les Polonais avaient fondé ces dernières années plusieurs établissements d'enseignement nationaux à Orlau et réclamaient maintenant le soutien financier pour ces écoles des marchands juifs avec lesquels ils étaient en relation commerciale: article du Jüdische Volksstimme du 11 octobre 1910; page: 6.
Environ 40 pierres tombales ont été détruites lors de cette attaque. Les citoyens juifs préféraient envoyer leurs enfants dans les écoles allemandes plutôt que tchèques.
La fin de la communauté En 1930, 396 Juifs vivent dans la ville. Ce nombre diminue dans les années suivantes en raison de la mauvaise situation économique et du conflit frontalier avec la Pologne. Ce sont principalement les Juifs tchèques qui quittent le pays. En 1938, voit l'arrivée de nombreux Juifs autrichiens fuyant l'Anschluss par le Troisième Reich.
Orlau et sa région sont annexés tout d'abord par la Pologne en octobre 1938 à la suite des accords de Munich, puis par l'Allemagne nazie au début de la Seconde Guerre mondiale en octobre 1939. En mars 1940, les Juifs d'Orlau doivent quitter la ville sous 7 jours: American Jewish Year Book; review of the year 1940; page: 368. Tous les Juifs qui n'ont pu fuir sont déportés vers les camps d'extermination de l'Est. Très peu survivront. Au cimetière catholique d'Orlau, a été érigé après la guerre un mémorial sur lequel sont inscrits les noms de 363 habitants d'Orlau assassinés par les nazis. Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem donne les noms de 433 victimes de la Shoah habitant Orlau avant la guerre dont 373 nés à Orlauhttp://yvng.yadvashem.org/index.html?language=fr&s_lastName=&s_firstName=&s_place=orlova&s_dateOfBirth=&s_inTransport= Base de données centrale des noms des victimes de la Shoah – Orlova.
Le cimetière juif d'Orlová existe toujours aujourd'hui. Il a été ouvert vers 1900 par la Hevra Kaddisha (Société du dernier devoir) d'Orlau. Les autorités tchèques avaient l'intention de confisquer le cimetière en 1954, mais la communauté juive d'Ostrava a fait appel et a pu le sauver de la destruction: Document présenté sous une forme abrégée le 21 février 2009 à Český Těšín lors de la réunion pour briser le mur de silence. Aujourd'hui, la communauté juive d'Orlová est dissoute, et la population juive d'Orlová dépend de la communauté d'Ostrava. thumb|200px|right|l'architecte Jakob Gartner Histoire de la synagogue L'architecte Jakob Gartner Le projet et les plans de soumission sont établis par le Bureau für Architektur Jakob Gartner de Vienne et sont tamponnés du . La société Orlauer Bethausverein, fondée en 1900 est responsable de la construction. On ignore si l'architecte Jakob Gartner a supervisé la construction et les entreprises impliquées dans la construction, et s'il a contrôlé l'ensemble des coûts.
Quand il est contacté par la communauté juive d'Orlau, Jakob Gartner, né en 1861 à Prerau (maintenant Přerov en République tchèque), est déjà un architecte renommé pour avoir déjà édifié de nombreuses synagogues dans l'Empire austro-hongrois, celle de Freistadt an der Waag (maintenant Hlohovec en Slovaquie) en 1890; de Tyrnau (Trnava en Slovaquie) en 1891; de Holleschau (Holešov en République tchèque) en 1892-1893; de Troppau (Opava en République tchèque) en 1896; d' Olmütz (Olomouc en République tchèque) en 1895-1896; de Prerau (Přerov) en 1898 et à Vienne celles de la Humboldtgasse en 1896, de la Kluckygasse en 1898 et de la Braunhubergasse en 1898. Pendant ses études, Gartner travaille dans le cabinet de l'architecte Hugo Wiedenfeld, spécialiste du style turco-mauresque, dont il s'inspirera plus tard grandement: Ursula Prokop: Zur Geschichte des türkischen Tempels in Wien und seines Architekten Hugo von Wiedenfeld (1852–1925); site David Jüdische Kulturzeitschrift; 2012.
L'architecture de la synagogue Jakob Gartner conçoit un bâtiment indépendant sur deux niveaux, orienté est-ouest. Le bâtiment est très semblable à une basilique à trois nefs, compact sans tour ni dôme. L'alignement du bâtiment par rapport à la route de district est reculé pendant la phase d'approbation, permettant la création d'un jardin sur le devant. Le terrain est bordé côté route par une clôture, avec accès à la propriété.
Le bâtiment est de style roman avec des fenêtres à arc en plein cintre et des toits en croupe. Des avant-corps encadrés par des pilastres et décorés d'une variété d'éléments de style mauresque, sur la façade ouest et sur les deux côtés latéraux mettent en valeur l'entrée principale ainsi que les deux entrées latérales. Une immense rosace avec en son centre une étoile de David est située au-dessus de chacune des entrées. Une représentation en pierre des Tables de la Loi couronne le pignon au-dessus de l'entrée principale, et affiche clairement la vocation du bâtiment.
L'entrée principale de la synagogue est située sur la façade ouest. Les deux portails latéraux conduisent l'un vers la route de district et l'autre vers le jardin à l'arrière. À la droite du portail principal, une porte conduit à un escalier desservant exclusivement la galerie réservée aux femmes et les combles.
À gauche de l'entrée principale se trouve une pièce utilisée par le rabbin et pouvant servir comme salle d'étude ou salle de réunion pour les fidèles. Cette pièce, d'une surface d'environ , possède sa propre entrée, mais est également accessible depuis le portail principal.
Par l'entrée principale, on pénètre dans le vestibule, qui donne accès à la salle de prière à trois nefs. Celle-ci réservée aux hommes et peut accueillir 186 fidèles. La galerie pour les femmes située au premier étage au-dessus des nefs latérales et du vestibule, encercle la salle de prière sur trois côtés, et comporte 147 sièges. La nef centrale fait 16,30 m de long sur 6,00 m de large avec une hauteur de 8,75 m. Les nefs latérales, sous la galerie des femmes ont une hauteur de 3,30 m.
La Bimah servant à la lecture des rouleaux de Torah, est située vers le mur Est de la synagogue, sur une estrade d'environ à laquelle on accède par un escalier de 5 marches. Derrière elle, séparée par un rideau, l'Arche Sainte occupe une petite abside rectangulaire.
La synagogue qui suit au sol un plan quasi-rectangulaire, fait extérieurement 23,45 m de long par 12,90 m de large auxquels on doit rajouter l'abside rectangulaire de 4,30 m de long par 6,70 m de large. La hauteur du bâtiment est de 9,70 m et la hauteur hors-tout de 13,15 m. La surface totale au sol est de . Le bâtiment d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée, ne comprend pas de sous-sol, mais le rez-de-chaussée est surélevé et situé environ un mètre au-dessus du niveau du jardin, nécessitant pour chaque entrée un petit escalier de sept marches.
Les murs porteurs sont massifs et construits en briques pleines cuites, au format viennois 29x14x6,5 cm, recouverts à l'extérieur d'un crépi au ciment. Les poutres métalliques utilisées pour soutenir le plafond et la galerie proviennent des forges voisines de Witkowitce. Le toit est conçu avec une charpente en bois massif. L'escalier conduisant du rez-de-chaussée à la galerie des femmes, composé de deux volées avec une plate-forme intermédiaire, est construit avec des poutres métalliques et des marches en pierre.