Une humiliation est un rabaissement conduisant à une blessure d'amour-propre, une souffrance, un état d'impuissance ou de soumission. L'humiliation peut être le fait d'une agression, d'une intimidation, d'une maltraitance physique ou mentale, d'une répétition traumatique, d'une intégrité brisée, de l'embarras ou de la gêne selon les cas.

L'humiliation s’accompagne fréquemment d’émotions telles que la déception, la colère, le sentiment d’injustice, la honte ou la tristesse, ainsi que l’impression de paraître ridicule. Ses effets peuvent être profonds, allant d’une atteinte à l’identité et à l’image de soi à une perte d’estime personnelle, voire à des conséquences graves comme la dépression, l’automutilation, des pensées suicidaires ou de vengeance, des réactions de violence ou du terrorisme.

L'humiliation d'un individu par un autre (le « bourreau ») est souvent utilisée pour exprimer la supériorité et la domination par le rabaissement de l'autre. C'est une forme d'oppression, d'agression ou d'abus. Bien que cela soit moins connu, il est possible qu'un individu tente de s'humilier lui-même, par exemple par répétition traumatique ou dans un contexte sexuel (humiliation érotique).

Psychologie Toutes les formes de violences peuvent provoquer un sentiment d'humiliation. L’humiliation constitue une expérience universelle, traversant les époques et les cultures, qui menace l’intégrité personnelle et le sentiment d’humanité.

L’humiliation est étroitement liée à divers troubles psychiques, dont les conséquences peuvent être sévères et durables. La peur d’être jugé alimente l’anxiété sociale, tandis que des expériences d’humiliation peuvent provoquer des dépressions, du désespoir et des conduites suicidaires.

Une étude montre que la réaction à l’humiliation dépend de la manière dont elle est perçue. Les personnes qui mettent l’accent sur l’injustice ressentie intériorisent moins la dévalorisation sous-jacente à l’humiliation que celles qui en perçoivent surtout la cruauté. Dans les deux cas, ces perceptions peuvent déclencher des réactions agressives liées à la colère. Cependant, la perception de la cruauté conduit paradoxalement à une réaction plus passive, due au sentiment d’impuissance, alors que la perception de l’injustice, et notamment de l’injustice liée à la cruauté, favorise des actions plus affirmées. Nahoum-Grappe définit la cruauté comme une forme particulière de violence, caractérisée par son intensité et son intention. Contrairement à la violence ordinaire, elle ne vise pas seulement à infliger de la douleur, mais aussi à humilier et dégrader la victime. Elle s’inscrit nécessairement dans une relation de pouvoir asymétrique. Ainsi, dans les camps de concentration, les gardiens exprimaient leur domination absolue en maltraitant et en humiliant les prisonniers. À la lumière de la théorie du pouvoir d’Elias Canetti, la cruauté apparaît alors comme un moyen pour les bourreaux d’exercer et de ressentir intensément leur pouvoir.

Les expériences d’humiliation et les injustices subies peuvent susciter un désir de vengeance, accompagné de fantasmes de revanche. Cependant, ce n’est pas le nombre d’événements traumatiques vécus qui détermine ce désir, mais plutôt le niveau de perception de l’injustice. Les fantasmes de revanche peuvent permettre aux victimes d’imaginer que l’agresseur a été puni et de retrouver un sentiment de contrôle et de puissance, agissant ainsi comme un moyen de réparation psychologique et une étape de réparation du préjudice, même sans passage à l’acte. Toutefois, des différences de genre apparaissent clairement : les hommes expriment des niveaux plus élevés de fantasmes de vengeance et ont tendance à associer la violence au maintien de leur statut et de leur masculinité, tandis que les femmes adoptent généralement une posture plus prudente, évitent l’agression et perçoivent la vengeance comme inutile ou dangereuse.

Le système cognitif humain est conçu pour fonctionner dans des environnements normaux, mais face à des contextes anormaux, nous développons des stratégies d’adaptation. Ces environnements peuvent être exceptionnels, comme une base polaire, une station spatiale ou une unité de soins intensifs ; extrêmes, lorsqu’ils combinent des stress intenses et un manque de contrôle, par exemple la survie en mer ou un camp de réfugiés ; ou de torture lorsqu’ils visent délibérément à briser la volonté ou la résistance d’une personne. Les facteurs psychophysiologiques présents dans ces contextes, comme l’isolement, la privation de sommeil, le stress thermique ou postural, l’humiliation ou la dégradation, ne constituent pas nécessairement une torture pris isolément, mais leur combinaison systémique peut être qualifiée comme de la torture.

La torture psychologique pourrait avoir les mêmes conséquences traumatiques à long terme, que la torture physique. Parmi lesquels, le trouble de stress post-traumatique, le trouble de l'identité ou l'auto-humiliation.

Histoire Qu’il s’agisse de la condition aliénante de l’ouvrier d’usine, des violences liées à l’impérialisme, au racisme, à la misogynie ou au colonialisme, toutes les formes de ségrégation humiliante, subies par des groupes ou des individus isolés ou fragilisés éclairent ce qui fait l’expérience contemporaine de l’humiliation.

Esclavage

La déshumanisation constitutive de l'esclavage est un aspect de l'histoire de l'humiliation étudié depuis l'antiquité. Dans la cité d’Athènes, l’institution esclavagiste est largement acceptée et constitue un pilier de la société. L’organisation intellectuelle des sociétés, héritée de l’Antiquité, repose en partie sur des conceptions qui justifient la hiérarchisation des individus. Ainsi, Aristote, dans La Politique, met en évidence une forme de rhétorique de déshumanisation lorsqu’il s’interroge : « l’esclave, outre ses qualités d’instrument et de serviteur, a-t-il quelque vertu d’un plus grand prix, comme la tempérance, le courage, la justice, ou telle des autres dispositions morales de ce genre, ou n’a-t-il d’autres mérites que ses services corporels ? ». Les esclaves ruraux étaient souvent attachés pour travailler dans les champs et considérés comme du bétail, et le sort des esclaves dans les mines était pire encore. L’esclave mis en vente était présenté sur un marché, marqué au fer blanc, un écriteau suspendu à son cou détaillant ses qualités et ses défauts. Exposé sur une estrade, il devait sauter, se déplacer, courir, rire et parler, afin d’être évalué par les acheteurs. Celui né au sein de la maison échappait peut-être un peu à cette humiliation publique. À la fin de l’Empire romain, progressivement christianisé, ce système décline en Europe et laisse place, au Moyen Âge, au servage, une forme de dépendance moins absolue mais durable. Parallèlement, dès le VIIIᵉ siècle, se développe la traite arabe, qui perdure jusqu’au XVIIIᵉ siècle. Elle concerne plus de 10 millions d’esclaves, majoritairement originaires d’Afrique, mais aussi d’Europe méditerranéenne. Les captifs sont contraints de traverser le Sahara ou transportés par voie maritime, pour être exploités dans des mines, des plantations ou des travaux. Entre le Xe et le XVe siècle l'esclavage racial se développe et connaît un essor avec la traite transatlantique. Le Code noir, promulgué en 1685 par Louis XIV, encadre le statut et les supplices infligés aux esclaves dans les colonies françaises, où ils sont considérés comme des biens meubles pouvant être achetés, vendus, mutilés ou tués. Le XVIIIᵉ siècle marque l’apogée de ce système. L’économie européenne est alors fortement liée à ce commerce, et la France participe à l'asservissement et au déportement d’environ 1,2 million de personnes entre 1635 et 1831. Lors de la Convention de 1787, les fondateurs des États-Unis débattent de la place de l’esclavage, leurs positions sont profondément divergentes : George Mason le condamne comme immoral et dangereux, tandis que Charles Pinckney le justifie en s’appuyant sur son existence historique, notamment dans les sociétés grecque et romaine. Thomas Jefferson, quant à lui, défend l’idée d’une prétendue infériorité des Noirs, affirmant que les rares esclaves romains reconnus pour leurs capacités intellectuelles, comme Épictète et Térence, étaient en réalité blancs et affranchis. En 1720, 63% de la population de Caroline du Sud était esclave et dans le Mississippi en 1860, c’était plus de 50%. L’esclavage dans les colonies françaises est finalement aboli en 1848. En Russie, le servage n’est aboli qu’en 1861 par le tsar Alexandre II, alors même que le pays entame son entrée dans l’ère industrielle. Certaines formes de servitude et d'esclavage persistent jusqu’à l’époque contemporaine, selon K. Bales et B. Cornell, en 2008, il y aurait 27 millions d’esclaves à travers le monde. Les classes dominantes sont responsables de s'être elles-mêmes corrompues, en entretenant dans les esprits un profond mépris pour la vie humaine. La cruauté s’apprend, se transmet et se banalise par l’exemple. Ainsi, dans bien des demeures de riches, par l'esclavage, s’instaurait une véritable école d’inhumanité.