La région de l'Adamaoua est une des dix régions du CamerounDepuis un décret présidentiel de 2008, l'ancienne appellation « province » a été remplacée par celle de « région »., la troisième par sa taille. Frontalière du Nigéria à l'ouest et de la République centrafricaine à l'est, c'est une zone montagneuse qui délimite le Cameroun forestier du sud et les savanes du nord. Son chef-lieu est Ngaoundéré.

Administrativement, la région a été créée en tant que province en 1983, en divisant l'ancienne province du nord (qui regroupait aussi les territoires des actuelles régions du nord et extrême-nord).

Géographie physique Situation La région est située au centre-nord du pays, elle est limitrophe de deux préfectures de la République centrafricaine et de deux États du Nigéria.

Géologie thumb|upright|left|Vivianite d'Anloua. L'Adamaoua est l'une des régions plus diverses géologiquement du Cameroun. Les montagnes de Gotel et de Mambila à la frontière avec le Nigéria se composent en grande partie de granit, et donc de roches cristallines et métamorphiques telle que le mica, les schistes, et le gneiss. Celles-ci sont souvent recouvertes de basalte volcanique, une combinaison qui domine jusqu'au fleuve de Faro. À l'est de la région, les granits continuent de régner avec les formes sédimentaires de roche de la vallée du fleuve Mbéré, et une zone de roche métamorphique entoure ceci. Le fleuve Lom coule également dans une région de roche métamorphique. La roche volcanique est présente du nord-ouest jusqu'à l'est des montagnes de Gotel et au nord-est de Ngaoundéré, la capitale régionale, le long de la frontière avec la région du Nord.

Des sols se composent la plupart du temps de latérite rouge ou brunâtre, résultat de l'érosion des montagnes due aux alternances de saisons sèches et humides NDOUMBE Nathan, Exploitation de la bauxite de Minim, Martap et Ngaoundal, actucameroun.com, Cameroun, 20 septembre 2018.

Le nord-ouest de la région a le sol riche en fer, et plusieurs montagnes de la région, y compris les monts Gotel et Mambila, contiennent un mélange de plusieurs types de sol.

Les minerais que l'on trouve dans la région sont l'or, le saphir. Nous avons également la bauxite et des indices de diamant et d'étain.

Hydrographie L'Adamaoua est parfois appelé le « château d'eau » du Cameroun, puisqu'un grand nombre de fleuves du pays prennent source dans cette région. Ces derniers connaissent des crues de mai à septembre pendant la saison des pluies. Les fleuves de la province se jettent dans trois bassins différents : le fleuve Niger, le lac Tchad, et l'océan Atlantique.

Les cours d'eau de l'Adamaoua : le Mayo Deo ; le Mbéré et la Vina, affluents du Logone ; le Mbam ; la Kim ; le Djérem, affluent de la Sanaga ; le Lom.

Une longue histoire volcanique a laissé derrière elle nombre de lacs de cratères dans la région. Les plus connus le lac Tison et le lac Mballang près de Ngaoundéré.

Relief vignette|upright|Mont Damougaré. vignette|gauche|Collines et savane près de Ngaoundal. De puissantes forces géothermiques ont façonné l'Adamaoua. La région commence au sud en tant qu'élément du plateau du sud du Cameroun. La terre se lève doucement et inégalement jusqu'à environ 6 degrés nord de latitude. À cette latitude commence le plateau d'Adamaoua qui se situe entre à d'altitude (environ de en moyenne) et qui s'étend du Nigeria à la République centrafricaine.

L'altitude plonge à dans les vallées du Djérem et du Mbéré et au nord de Ngaoundéré. Le plateau continue jusqu'à environ 8 degrés nord puis jusqu'à la dépression de la Benué et se termine en falaises brusques et volcans actifs (bien que cette zone transitoire soit pour la plupart dans la région du nord).

Les monts Gotels sont au nord des monts Mabila le long de la frontière avec le Nigéria. Toutes ces montagnes font partie de l'arête du Cameroun. Le Tchabal Mbabo, dans les monts Gotel, est le sommet le plus élevé, à .

Climat L'altitude élevée de la région donne un climat relativement frais compris entre 22 et 25 degrés. Dans le sud de la région, c'est un climat équatorial de type guinéen avec quatre saisons : une longue saison sèche de décembre à mai, une petite saison humide de mai à juin, une petite saison sèche de juillet à octobre, et longue saison des pluies d'octobre à novembre.

Sur les plateaux de l'Adamaoua, le climat est de type tropical soudanien. Il y a seulement deux saisons : la période sèche va de novembre à avril puis vient la saison humide. Les précipitations moyennes annuelles sont de à et diminuent davantage au nord.

Le troisième type de climat au sud-ouest de l'Adamaoua (département du Mayo-Banyo) est un climat équatorial de type camerounais. Les précipitations vont de à par an avec une longue saison sèche suivie d'une longue saison des pluies.

Faune et flore gauche|vignette|220px|Lac de cratère de Mballang près de Ngaoundéré. La végétation de l'Adamaoua a été considérablement éprouvée par l'homme. L'Adamaoua était par le passé couvert de forêts, mais la pratique des brûlis répétés et l'élevage des zébus piétinant le sol ont changé le terrain. Dans le sud, c'est la savane guinéenne, une zone transitoire entre le sud forestier du Cameroun et le nord désertique. Sur le plateau lui-même, il y a de la savane, bien qu'elle soit moins boisée. La couverture d'herbe est consistante et épaisse, et la végétation originale survit toujours dans les vallées fluviales.

L'Adamaoua compte deux réserves nationales : le parc national du Mbam et Djerem ( à cheval sur les régions de l'Adamaoua et de l'Est) et le parc national de Bouba Ndjida (à cheval sur les régions de l'Adamaoua et du Nord).

Histoire Le Fombina

vignette|gauche|Plantation peul au , modèle du développement de l'Adamaoua utilisé au par Modibbo Adama et ses sujets. La région a reçu son nom au de son conquérant peul, le lamido Modibbo Adama qui avait sa capitale à Yola, de l'autre côté de la frontière nigériane.

Elle était auparavant désignée au Bornou, en incluant l'actuelle Région du Nord, comme une partie du Fombina, encore appelé Mabina par Maqrizi narrant H. Barth, Travels and discoveries in North and Central Africa: being a journal of an expedition undertaken under the auspices of H.B.M.'s Government in the years 1849-1855, p. 21, Harper & broth., New York, 1857.. Fombina ou Fumbina est un terme qui était également utilisé dans le califat de Sokoto par les Haoussas pour désigner les territoires de pâturage situés au sud-est de l'empireA. Ajayi & M. Crowder, History of West Afrika, II, p. 86, 1974., assez vaguement pour inclure la savane de l'actuelle Centrafrique. Son étymologie, inconnue, est semble-t-il non pas fulfuldeE. Mohammadou, Afrika Zamani n°8, décembre 1975. mais pourrait venir des Mben, les premiers habitants de Foumban. Son emploi pour désigner l'émirat d'Adamawa est une invention commode d'historienSa'ad Abubakar, The Emirate of Fombina : 1809-1903, Zaria, 1970. contemporain.

L'explorateur Heinrich Barth, parti du Bornou le et arrivé en août, vante ses pâturages fertiles et sa faune nombreuse :

La conquête d'Adama vignette|En jaune, l'empire peul d'Ousmane dan Fodio à la fin du . L'Adamawa en est la partie orientale sur le cours supérieur du Bénoué. L'islam est introduit en 1715 à la cour de Dulo, vassale du Bornou. Moins d'un siècle plus tard, sa supposée corruption est le prétexte d'une intervention militaire Haoussa dans l'ensemble du Fombina à l'occasion de conflits entre pasteurs peuls, présents depuis le C. Canby, The Encyclopedia of Historic Places, p. 7, Facts of File Publications, New York, 1984., et paysans locaux. En 1803, un chef peul, Hassana, est tué au cours d'une bataille contre les Bata, dans la haute vallée du Bénoué. Trois ans plus tard, une délégation de la famille et des alliés du défunt est reçue, vraisemblablement à Gando à mille kilomètres de là (ouest de l'actuel Nigéria), par le peul Ousman dan Fodio, calife autoproclamé de Sokoto parvenu à la tête de l'État deux ans plus tôt à la suite d'une victoire militaire remportée à Tabkin Kwato.

À la suite de cette entrevue, le rigoriste Ousman dan Fodio nomme émir de Yola le fils d'Hassana, Modibbo Adama, qui passe pour être un de ses anciens élèves. Celui-ci reçoit son mandat libellé en ces termes : vignette|215px|Source Mandeville Adamaoua. Partis de Gurin, dans le Faro, Adama et son beau-fils Djaouro Dembo conquièrent Pema, Tepa et Turuwa en territoire Bata, dans l'actuelle Région du Nord, et obtiennent de nombreux ralliements, dont ceux de Njobdi, chef des Wollarbe, peuls transhumants, et le rival de celui-ci, Hammam Sambo. En dépit des dissensions entre ces derniers, une seconde campagne est dirigée en 1809 au nord contre le Mandara. Guider est occupée, Dulo assiégée et le roi Bukar Djiama doit faire allégeance. Réfugié à Mora au Bornou, celui-ci profite toutefois de l'incapacité de ses vainqueurs à mettre en place une administration et réussit à reprendre sa capitale.

La colonisation peule vignette|Schéma ethnographique du Cameroun. En jaune, les zones de peuplement peul investies à partir de 1825 sous l'impulsion d'Adama et son suzerain Mohammed Bello, auxquelles il faut ajouter du côté nigérian la rive gauche du Bénoué autour et en aval de Yola. Au cours des années 1810 sont fondées à Maroua, à Garoua, respectivement dans les actuelles régions Extrême-Nord et Nord, et à Ngaoundéré des lamidats, qui sont comme des commanderies. À Ngaoundéré, pour alimenter les caisses de l'État qu'administre dans les faits le frère d'Ousmane dan Fodio, Abdullahi dan Fodio, l'émir Zodi se voit imposer par Adama un tribut annuel de cinq mille esclavesJ.-M. Namyouïsse, Le Système éducatif et les abandons scolaire en Centrafrique : cas de la région de l'Ouham, 2.4.1 "Migration Gbaya", p. 81, université des sciences et technologies de Lille, Villeneuve-d'Ascq, 14 mai 2007. que complète un important trafic d'ivoire. Par villages, la population émigre jusque dans les forêts de CentrafriqueJ.-M. Namyouïsse, Le Système éducatif et les abandons scolaire en Centrafrique : cas de la région de l'Ouham, 2.4.1 "Migration Gbaya", p. 82, Université des Sciences et Technologies de Lille, Villeneuve-d'Ascq, 14 mai 2007. et du Gabon, provoquant un mouvement de défrichage qui se prolonge pendant plus d'un siècle.

À partir de 1825, sous le règne du fils et successeur d'Ousman dan Fodio, le sultan Mohammed Bello, la conquête fait place à une immigration de peuplement. Celle-ci se fait dans les régions environnant ces trois centresJ. P. Th. Amougou, Les bases matérielles et spirituelles du dualisme financier camerounais (1800-1916) - Le cas du Nord-Cameroun (Fombina ou émirat de l’Adamaoua), in J. P. Th. Amougou, Dualisme financier et développement au Cameroun : une approche néo-braudelienne et systémique., p. 138, Dpt. SPED de la fac. des Scs. Éc. Soc. & Pol. de l'UCL, Louvain-la-Neuve, mars 2010., principalement dans la haute vallée du Bénoué, autour de Garoua. La colonisation se concrétise par la création dans ces zones de plantations (rumde).