Victor Bonaparte, dit Victor Napoléon, prince françaisArticle 6 du sénatus-consulte du Napoléon III institue par ce sénatus-consulte le statut de la famille impériale ; le prince Victor Napoléon est de ce fait . puis prince Napoléon, né le à Paris (France) et mort le à Bruxelles (Belgique), est le fils de Napoléon (Jérôme) Bonaparte et de Clotilde de Savoie-Carignan.

Né sous le Second Empire, il fut prétendant bonapartiste et chef de la famille impériale. Il est parfois affirmé qu'il aurait pu régner sous le nom de Napoléon VLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 9.Son père, le prince Napoléon (Jérôme) fit de nombreuses déclarations républicaines et n'aurait pas voulu restaurer la monarchie impériale et le principe dynastique, de ce point de vue, il n'aurait pu être Napoléon V ; de plus, il fut écarté par le prince impérial comme successeur, bien que ce type de mise à l'écart n'est pas été envisagé par les constitutions impériales, ni par les plébiscites. La question du nom qu'aurait pris Victor comme souverain est spéculative..

Biographie

Prince sous le Second Empire gauche|vignette|353x353px|La princesse Clotilde et son fils Victor (1863). Comme membre dynaste de la maison Bonaparte, il reçut le titre de prince français à sa naissance. Il naquit au Palais-RoyalLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 53. que Napoléon III avait confié à son père le prince Napoléon. Il y fut ondoyé par l'abbé Dusseaux, aumônier du Palais-Royal, assisté d'un vicaire de Saint-Roch. Du mariage de ses parents, naquirent deux autres enfants : Louis le et Laetitia le .

Sa mère fut très attentive à son fils aîné pour lequel elle endossa le rôle de préceptriceLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 57.. Selon le choix de leur père, les princes Victor et Louis reçurent un enseignement commun tout au long de leur éducation.

Victor fut associé aux cérémonies officielles du Second Empire. Ainsi, il fut placé à la droite de Napoléon III lors de la première communion du prince impérial, le . Sa mère Clotilde était désireuse que l'amitié entre les deux princes napoléonides soit forte, aussi emmenait-elle son fils aux Tuileries une fois par semaine afin qu'ils jouent ensemble.

Victor conserva de la période du Second Empire l'image d'un âge d'orLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 61..

À la chute de Napoléon III, le prince Napoléon et sa famille se réfugièrent à Prangins en Suisse. Le prince Napoléon souhaitait que ses fils étudient dans leur patrie, aussi rentra-t-il en France avec son épouse pour trouver un établissement mais il fut reconduit à la frontière sur ordre de Victor Lefranc, ministre de l'Intérieur de ThiersLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 71.. Victor fut donc scolarisé en Suisse à l'institution Sillig à Vevey et ce jusqu'à son retour en France en 1875. Victor fit sa première communion à Vevey le . Le pape Pie IX envoya au prince une médaille à l'effigie du pontife à l'avers (côté « face »), et à celle de saint Joseph, patron de l'église catholique au revers (côté « pile » de la médaille).

À la fin de l'été 1875, Victor et son frère Louis rejoignirent leur père à Paris dans son logement au 86 boulevard MalesherbesLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 75.. Le prince Napoléon fit scolariser son fils au lycée de Vanves à cause de son enseignement ouvert aux nouvelles idées.

Prétendant bonapartiste à la suite du testament du prince impérial gauche|vignette|Le prince Napoléon et ses deux fils. À la mort du prince impérial, le chef de la maison impériale aurait dû être le prince Napoléon (Jérôme) Bonaparte. Or, le prince impérial l'écarta dans son testament, vraisemblablement à cause des idées anticléricales teintées de républicanisme et de la personnalité de ce dernier. Le prince impérial avait ajouté un codicille dans lequel il affirmait : « Je n'ai pas besoin de recommander à ma Mère de ne rien négliger pour défendre la mémoire de mon grand-oncle et de mon père. Je la prie de se souvenir que tant qu'il y aura des Bonaparte, la cause impériale aura des représentants. Les devoirs de notre maison envers notre pays ne s'éteignent pas avec ma vie ; moi mort, la tâche de continuer l'œuvre de Napoléon et de Napoléon III incombe au fils aîné du Prince Napoléon, et j'espère que ma mère bien-aimée, en le secondant de tout son pouvoir, nous donnera, à nous autres qui ne seront plus, cette dernière et suprême preuve d'affection. Fait à Chislehurst, le . »

Cette volonté du prince impérial déclencha une rupture irrémédiable entre Victor et son père. À dix-huit ans à peine et indépendamment de sa volonté, le prince Victor devenait le représentant de la cause impériale. Il allait le rester jusqu'à sa mort en 1926.

En dépit des dispositions testamentaires du Prince impérial, c'est le prince Napoléon qui conduisit les funérailles, entre ses deux fils. Officiellement, le prince Napoléon se retrouvait éliminé de la succession, mais il avait décidé de passer outre à ces dispositions. Celles-ci n'étaient d'ailleurs pas conformes à la législation impériale. Cet acte du Prince impérial fut interprété par le prince Jérôme comme une intransigeance liée à sa jeunesse.

Cette disposition fut en revanche très appréciées chez de nombreux impérialistes, qui suspectaient le Prince Napoléon de républicanisme et n'appréciaient pas son tempérament abrupt. Ils ne le supportaient pas, tant sur le plan personnel que politique. Les bonapartistes de cette époque sont en majorité des anciens dignitaires et hauts responsables du Second Empire, qui, comme serviteurs de Napoléon III, avaient toujours été en opposition avec le prince Napoléon.

Victor étant mineur, la crise fut de faible intensité car il n'était pas question qu'il prétendît à ses droits alors qu'il n'avait pas fini ses études. Le prince Napoléon, décidé à conserver ses droits de chef de famille et de parti, assuma donc la place de prétendant.

Dans la perspective d'entrer à Saint-Cyr, Victor intégra le lycée CharlemagneLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 78.. Victor avait un précepteur particulier en la personne de Blanchet, professeur d'histoire et de géographie au lycée Charlemagne chez qui il emménagea en , au 11 rue de la Cerisaie. Victor passa son baccalauréat en mais son père décida finalement qu'il ne ferait pas Saint-Cyr et Victor s'inclina.

Le prince Napoléon décida qu'avant de faire son service militaire, Victor devait faire un voyage d'étude en 1882. Il décida que son fils irait à Heidelberg en compagnie d'Antoine Pugliesi-Conti, ancien préfet de l'Empire, qui l'accompagna au cours de son voyage en Europe centraleLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 137..

Le prince choisit d'effectuer son service militaire au d'artillerie à Orléans. Il acheva son service le . Après avoir réussi son examen de sortie, Victor aurait dû être pourvu du grade de sous-officier mais le ministre de la Guerre refusa qu'on lui accordât au prétexte de ne pas créer un nouveau « Petit CaporalLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 142. ».

Jérômistes et victoriens, plébiscitaires et impérialistes vignette|Caricature du prince Victor Napoléon vers 1899. Néanmoins, le testament du prince impérial favorisa l'apparition de deux courants au sein du parti bonapartiste : ceux qui suivirent les dispositions du testament du Prince Impérial et ceux qui suivirent le prince Napoléon par respect du principe dynastique et des institutions impériales.

Les journaux bonapartistes s'emparèrent de l'affaire. Dès , des campagnes de presse furent organisées en faveur du prince Victor, surtout par Paul de Cassagnac et Jules Amigues, les directeurs des deux journaux bonapartistes les plus importants : Le Pays et Le Petit Caporal. Paul de Cassagnac, dans Le Pays du , apporta déjà clairement son soutien au prince Victor.

Le codicille du Prince impérial sema le trouble et la division au sein du parti bonapartiste. Il provoqua de multiples polémiques, qui profitèrent aux ennemis de la cause napoléonienne et brisèrent les liens entre Victor et son père.

Les bonapartistes favorables à l'exécution des dispositions testamentaires du prince impérial relatives à sa succession firent alors de multiples démarches auprès du prince Victor. Paul de Cassagnac et Jules Amigues contactèrent Victor lors de son voyage d'études d'un an en Allemagne. Ils voulaient l'inciter à accepter l'héritage du Prince impérial.

Toutes les démarches faites auprès de Victor étaient cachées à son père. C'est pourquoi, en et , Victor s'inquiéta lors de la parution d'articles dans les journaux mentionnant des engagements de sa part avec Cassagnac. Il s'empressa de démentir ces bruits, il affirma ne pas connaître Cassagnac et garantit son soutien à son père.

Désormais, le bonapartisme se scindait en deux groupes : le bonapartisme « rouge » des jérômistes ou plébiscitaires, à vocation populaire et démocratique, plus proche de la gauche républicaine et anticléricale ; le bonapartisme « blanc » des victoriens ou impérialistes, soutenu par les notables et les députés du parti, plus proche de la droite royaliste et cléricale.

La rupture entre Victor et son père gauche|vignette|Le prince Napoléon se déclare prétendant au trône à la place de son fils, contestant ainsi le testament du prince impérial. Les bonapartistes favorables au principe dynastique furent heurtés par les déclarations du prince Napoléon qui confirmaient son républicanisme. Ils furent notamment choqués par une réunion organisée le , au cours de laquelle le prince Napoléon accepta une motion demandant son élection à la présidence de la république et se posa en prétendant républicainLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 147.. Aussi, dès la fin du service militaire de Victor, en novembre 1883, ses partisans lancèrent une offensive contre les jérômistes. En particulier, Cassagnac évoqua l'organisation d'un banquet pour marquer le retour du prince Victor et pour concentrer l'attention sur lui. À partir de cet instant, la rupture politique devint familiale. Lors d'une de leurs réunions, les comités impérialistes votèrent des ordres du jour affirmant leur soutien au prince Victor et des journaux bonapartistes demandèrent des entretiens au prince Victor à la place de son père.

Victor fut envoyé par son père à Moncalieri, chez sa mère. Le prince Napoléon blessé exigea aussi que son fils rédigeât et publiât une lettre affirmant qu'il soutenait son père et ne souhaitait pas avoir de rôle politique. Victor s'exécuta le . Les dirigeants du parti bonapartiste, désireux de pousser à la rupture entre le père et le fils, constituèrent une rente destinée à donner à Victor une indépendance financière qui lui permette de prendre son autonomie.

Victor quitta le domicile paternel le pour s'installer au 64 bis, rue de MonceauLaetitia de Witt, Le prince Victor Napoléon 1862-1926, Fayard, Paris, 2007, p. 155.. La rupture fut définitive en . Les impérialistes se réunirent le et votèrent un ordre du jour proclamant : "La réunion applaudissant aux sentiments qui ont déterminé le Prince Victor Napoléon à conquérir son indépendance, y voit l'assurance que le parti impérialiste possède en lui le ferme représentant de l'ordre dans la démocratie et de la liberté religieuse qui constituent la vraie politique de l'Empire ". Le prince Victor répondit le soir même à la délégation qui lui présentait cet ordre du jour : "Je remercie les comités impérialistes du témoignage de dévouement qu'ils me donnent, les principes qu'ils viennent de rappeler ont été ceux de l'empereur Napoléon et de l'empereur Napoléon III et ils sont et resteront les miens."