La Fondation Lionel-Groulx est un organisme privé voué à la promotion de l'histoire du Québec, de la culture québécoise et de la langue française. Établie à Outremont (Montréal), au 261, avenue Bloomfield, dans l’ancienne résidence de l’historien et intellectuel nationaliste Lionel Groulx, elle occupe une place de premier plan parmi les organismes québécois voués à la diffusion, auprès d’un large public, du savoir historique au Québec.

Organisme créé à l'origine pour soutenir deux œuvres fondées par Groulx, la Fondation vivra elle-même dans une situation permanente de fragilité financière, qui la forcera, au cours des quelques décennies de son existence, à des réorientations majeures de sa mission et des moyens mis en œuvre pour l’accomplir.

À ne pas confondre avec la Fondation du Collège Lionel-Groulx, de Sainte-Thérèse (Québec), qui est parfois désignée sous l’appellation plus courte de «Fondation Lionel-Groulx».

Histoire

De 1956 à 1989 vignette|alt=|gauche La Fondation Lionel-Groulx (FLG) voit le jour pour, à l'origine, soutenir financièrement l’Institut d'histoire de l'Amérique française (IHAF) et la Revue du même nom, à l'initiative d'un groupe d'amis de l'historien : Maxime Raymond, Joseph Blain, Jacques Genest et Charles-Auguste Raymond. L'organisme reçoit ses lettre patentes le . Au cours des premières années de son existence, il se consacre essentiellement à des activités de levées de fonds, visant les membres de l'élite économique et culturelle francophone qui partagent le souci de Groulx pour la connaissance et la diffusion de l'histoire de l'Amérique francophone. Prolongeant l'effort de Groulx lui-même, la Fondation cherche à acquérir de nouvelles ressources documentaires et archivistiques afin de les mettre à la disposition des chercheurs.

Jusqu’à sa mort, Groulx fut en proie au doute quant à l’avenir des institutions qu'il avait créées. Le trio institutionnel FLG-IHAF-RHAF sera au cœur des querelles idéologiques entre la nouvelle génération d'historiens et lui. Selon l'historien Ronald Rudin, spécialiste de l'historiographie québécoise, Groulx voyait la Fondation «comme un rempart contre une prise de contrôle de la Revue » par ses adversaires idéologiques, tels les historiens Maurice Séguin, Guy Frégault et Michel Brunet, associés au néonationalisme québécois des années 1950. Il a même songé un moment à couper tout lien entre la Fondation et l'IHAF. Groulx et ses alliés tentèrent de restructurer l'IHAF, de telle sorte qu'un rôle accru aurait été dévolu à la Fondation dans le processus décisionnel de l’Institut et dans la gestion de la Revue. Mais les historiens professionnels s'opposèrent à eux. Le décès de Groulx en rendit ces débats obsolètes. Par la suite, les deux organismes furent toujours nettement différenciés.

À la mort de Groulx, Juliette Lalonde-Rémillard, sa nièce et sa secrétaire depuis 1937, devient la directrice générale de l’organisme. La Fondation hérite de la maison du 261, avenue Bloomfield, à Outremont (Montréal, Québec), ainsi que des droits d’auteur de l'historien, de ses archives personnelles, de divers autres fonds et collections d’archives recueillis par lui, et de sa bibliothèque personnelle. Elle gère ce patrimoine et continue à acquérir de nouvelles ressources documentaires.

Afin de systématiser ses efforts en matière de documentation et de recherche, la Fondation crée en 1976 le Centre de recherche Lionel-Groulx (CRLG), une entité juridique distincte, qui a pour mission de «promouvoir l’étude et la recherche sur l’histoire du Canada français, de l’Amérique française et du Québec en particulier». Juliette Lalonde-Rémillard en devient la directrice. Le Centre assure la préservation et la diffusion des fonds d’archives et des collections de la bibliothèque et voit à leur développement par de nouvelles acquisitions. Entre 1976 et 2009, la Fondation consacrera la plus grande partie de ses ressources à soutenir le Centre de recherche Lionel-Groulx.

1978 marque l'année du centenaire de la naissance de Lionel Groulx. Prenant prétexte de cet anniversaire, une campagne majeure de financement est lancée à l’échelle québécoise. Elle rapporte , et le gouvernement péquiste de René Lévesque consent à verser un montant égal à ce qui a été souscrit par le public. Pour le sociologue Jonathan Livernois, ce soutien important du gouvernement indépendantiste s'explique du fait que « Le Parti québécois, au pouvoir depuis 1976, cherche à élargir ses bases nationalistes en vue du référendum : peut-il négliger un héritage qui plaît encore à plusieurs nationalistes conservateurs ? »

Le succès de cette levée de fonds rend possible l'acquisition de la maison adjacente (257, avenue Bloomfield), qui deviendra le nouveau siège social de la Fondation et abritera le Centre de recherche Lionel-Groulx. Le rez-de-chaussée de la maison historique du 261, avenue Bloomfield, est désormais occupé par les bureaux de l’Institut et de la Revue d’histoire de l’Amérique française.

Durant les premières années d'activité du Centre de recherche Lionel-Groulx, la priorité est accordée aux écrits de l'historien. Un programme d’édition critique des œuvres de Groulx, initié par le médiéviste Benoît Lacroix, professeur à l'Université de Montréal, qui avait obtenu l'aval de Groulx avant son décès, est lancé en 1979. En 1984 paraissent les deux tomes du Journal, 1895-1911 de Groulx. Le projet d’édition de sa correspondance (1894-1967) démarre pour sa part en 1987. Un premier tome est publié en 1989. Un projet de Catalogue des manuscrits de Lionel Groulx est aussi mis sur pied; un premier tome, couvrant les années 1892-1922, sort des presses en 1987.

De 1989 à 2010 En 1989, Juliette Lalonde-Rémillard quitte ses fonctions de directrice de la Fondation et du Centre de recherche Lionel-Groulx, après plus de cinquante ans au service de Groulx et des institutions qu’il avait fondées. Ce départ marque un tournant à plus d'un titre. C'est l’ex-journaliste du Devoir, haut fonctionnaire québécois et l'un des artisans de la Francophonie institutionnelle, Jean-Marc Léger, qui prend les rênes des deux organismes.

Avec l'arrivée de Léger et, par la suite, celle, à la présidence de l'organisme (de 1993 à 1995), de l'écrivain Jean Éthier-Blais, deux indépendantistes notoires, l'image publique de la Fondation et les prises de position médiatiques de celles-ci prennent une tournure davantage politique. Jusqu'alors, la Fondation ne se mêlait pas de politique. Les prises de position publiques de l'organisme visaient pour l'essentiel à défendre la figure de Groulx contre les critiques dont il était l'objetÀ titre d'exemple, le président de la Fondation, le docteur Jacques Genest, prend la plume en 1983 pour répondre à une lettre envoyée au Devoir. Voir Jacques Genest, « Lionel Groulx n'était pas le raciste qu'on a dit », Le Devoir, 4 novembre 1983, p. 7.. Tout au plus la Fondation prétendait-elle incarner à l'époque un nationalisme qui, à l'image de celui de Groulx, pouvait rallier à la fois des nationalistes fédéralistes soucieux de la place des Canadiens français au Canada et certains indépendantistes. Après l'arrivée de Léger, on constate que les nominations au sein du conseil d'administration comportent plusieurs figures de premier plan du souverainisme québécois. Par exemple, sur le conseil de l'année 1994 figurent les personnes suivantes : Rosaire Morin, Hélène Pelletier-Baillargeon, Marcel Couture, Nicole Boudreau, Lucia Ferretti et Fernand Dumont, toutes associées aux milieux indépendantistes québécois. Avec Léger et Éthier-Blais, les membres indépendantistes constituent donc plus de la moitié des membres du conseil (8 sur 15).

Dès son arrivée, Léger établit certaines priorités : la consolidation financière de l’organisme, la rénovation des locaux ainsi que la conception de projets visant a célébrer le 350e anniversaire de Montréal en 1992. Grâce à une contribution de du ministère fédéral des Communications, la Fondation procède à une rénovation majeure de ses locaux. Le nouvel espace de travail est inauguré en . Une seconde subvention fédérale d'une importance comparable permet, dans le cadre des fêtes du anniversaire de Montréal, la publication, par la Fondation, de divers ouvrages historiques sur Montréal : un livre sur l'histoire des Montréalais (1642-1760); un atlas historique en collaboration avec l'UQAM, une bibliographie historique de Montréal et des archives sonores sur cassettes. L'obtention de ces deux subventions a été possible grâce à l'influence du ministre conservateur Marcel Masse, un politicien nationaliste (jadis de l'Union nationale) titulaire du ministère fédéral des Communications. Masse fut par la suite membre du conseil d'administration de la Fondation Lionel-Groulx de 2005 à 2012. À son départ de la Fondation, il en fut nommé membre honoraire le .

Jean-Marc Léger devait mettre à contribution, dans son travail de directeur de la Fondation, les réseaux internationaux de la Francophonie dont il avait été l'un des artisans principaux dans les décennies précédentes. Un projet de recherche franco-québécois portant sur les relations France-Québec depuis 1760 fut ainsi élaboré et mené à son terme avec succès. Lancé en 1993 par les centres de recherche Lionel-Groulx au Québec et Roland-Mousnier (Paris / Sorbonne) en France, avec le soutien de la Commission mixte franco-québécoise et le ministère des Relations internationales du Québec, il reçut en 1995 l'appui des bibliothèques nationales du Québec et de France. Un colloque, diverses publications et un inventaire bibliographique en furent les principales retombées.

Le Centre réalise aussi, avec la firme SDM, en collaboration avec l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF), un CD-ROM intitulé Amérique française : histoire et civilisation, qui compile un grand nombre de ressources touchant à l’histoire de l’Amérique française, principalement du Québec et du Canada français. Le Centre poursuit également, durant le mandat de Jean-Marc Léger, ses projets de diffusion de l’œuvre inédite de Groulx. En 1993 est publié le tome II (1906-1909) de l’édition critique de la correspondance de l'historien.

Mais certains événements de la décennie 1990 donnent des maux de tête aux administrateurs de la Fondation. Dans sa livraison du , le magazine québécois L'Actualité publie les grandes lignes d'une thèse de doctorat d'une politologue de l'Université Laval, Esther Delisle, qui entend mettre en évidence l'antisémitisme de Groulx et des nationalistes québécois des années 1930. C'est le début d'une polémique. En , l'écrivain Mordecai Richler en rajoute une couche alors qu'il publie, dans le magazine New Yorker, des extraits d'un livre à paraître, où il s'inspire des travaux de Delisle sur le nationalisme québécois. Fin 1992, la publication de Le Traître et le Juif: Lionel Groulx, Le Devoir et le délire du nationalisme d'extrême droite dans la province de Québec 1929-1939, version remaniée de la thèse de Delisle, puis celle de Oh Canada! Oh Québec!, de Mordecai Richler, relancent de plus belle la polémique. Le contenu de ces deux ouvrages, qui proposent de Groulx un portrait très négatif, d’où ressortent les accusations de racisme et d’antisémitisme, aura un impact durable dans l'opinion publique canadienne et québécoise.

Une des retombées de l'affaire Delisle-Richler fut la création, en 1994, des Cahiers d'histoire du Québec au XXe siècle, publication semestrielle du Centre de recherche Lionel-Groulx dirigée par l'historien Benoît Lacroix qui entendait proposer une histoire plus nuancée de la période durant laquelle vécut Groulx. Dix numéros parurent jusqu'en 1999.

La mauvaise publicité autour du nom de Groulx aura des conséquences négatives sur la situation financière de la Fondation et du Centre durant toute la décennie 1990. Elle explique pour une large part la réorganisation majeure qui eut lieu en 1999.