Friedrich Hayek, né Friedrich von Hayek le à Vienne et mort le à Fribourg-en-Brisgau, est un économiste et philosophe austro-britannique. Il est considéré comme l'un des penseurs les plus importants du libéralisme au [He was] almost certainly the most consequential thinker of the mainstream political right in the twentieth century. It is just possible that he was the most consequential twentieth century political thinker, right or left, period..

Hayek a servi durant la Première Guerre mondiale et a déclaré que son expérience de la guerre et son désir d'aider à éviter de nouveau les erreurs qui ont amené ce conflit ont inspiré sa carrière de penseur et d'économiste. Il a travaillé dans le domaine de l'économie de l'information, il a analysé les causes des crises économiques en particulier de celle de 1929, il a développé aussi une théorie de l'entrepreneuriat, du rôle des institutions politiques et des réformes nécessaires selon lui du système monétaire moderne. Hayek s'est intéressé à de nombreux champs de la connaissance humaine, comme l'économie, le droit, la psychologie, la philosophie ou la science politique. Sa pensée est principalement exprimée dans les livres La Route de la servitude (1944), La Constitution de la liberté (1960) et Droit, législation et liberté (1973), qui constituent des ouvrages majeurs de la pensée libérale et traditionaliste.

Ses analyses sur les crises et sur les cycles économiques lui ont valu le prix dit Nobel d'économie en 1974.., qu'il partage avec Gunnar Myrdal, pour . Il appartient aux côtés de Menger et de von Mises à l'école autrichienne qui prône un libéralisme différent du libéralisme néo-classique majoritaire. L'école autrichienne récuse la mathématisation de l'économie. Elle considère que les crises économiques sont causées par des bulles spéculatives provoquées par le système bancaire lui-même. Elle se sépare ainsi du modèle dominant, incarné notamment par Milton Friedman, qui avance que les crises ont des origines extérieures au système économique.

Il vécut en Autriche, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et a été naturalisé britannique en 1938. Il passe la majeure partie de sa vie académique à la London School of Economics (LSE), et enseigne également à l'université de Chicago, l'université de Fribourg-en-Brisgau et l'université de Salzbourg. Biographie Enfance et jeunesse en Autriche Friedrich August von Hayek naît à Vienne sous l'Empire austro-hongrois dans une famille d'intellectuels : son père, August von Hayek, professeur de botanique à Vienne, a écrit un ouvrage de botanique réputé, tandis qu'il est cousin de Ludwig Wittgenstein par sa mère, née Felicitas von Juraschek. En 1917, il rejoint le régiment d'artillerie dans l'armée de terre austro-hongroise et combat sur le Front italien. Une grande partie de son expérience de combat fut en tant que spotter dans l'aviation. Hayek a souffert de dommages auditifs à son oreille gauche durant la Première Guerre mondiale., et a été décoré pour bravoure. Il a également survécu à la grippe espagnole.. Il déclara à propos de son expérience de guerre : . Par la suite, il promit de travailler pour un monde meilleur..

Son expérience dans la guerre et son désir d'aider à éviter les erreurs qui ont conduit à ce conflit l’amène à étudier les sciences économiques.

Il fait des études de droit et de sciences politiques à l'université de Vienne dont il est diplômé en 1921 (doctorat de droit) et 1923 (doctorat de sciences politiques). Touchant à nombre de domaines de la connaissance, il étudie également la psychologie et l'économie. Il considérait en effet qu'un bon économiste devait s'intéresser à tous les champs de la connaissanceIl écrit ainsi dans La Route de la servitude (123) : . Initialement proche des idées socialistes et notamment des Fabiens, il se rapproche des idées libérales après avoir suivi un séminaire privé de Ludwig von Mises avec, entre autres, Fritz Machlup. Il a reçu l'enseignement de Friedrich von Wieser avant de rencontrer Ludwig von Mises et de lire sous sa direction les ouvrages de Carl Menger et Eugen von Böhm-Bawerk.

Premiers séjours aux États-Unis et au Royaume-Uni De 1923 à 1924, Hayek est l'assistant du professeur Jeremiah W. Jenks de l'université de New York. Durant son séjour à New York, au cours duquel il commence sous la direction de James D. Magee une troisième thèse — qu'il laisse inachevée — intitulée « Est-ce que la fonction de la monnaie est compatible avec une stabilisation artificielle du pouvoir d'achat ? », il suit aussi des cours à l'université Columbia et à la New School for Social Research. Grâce à des lettres de recommandation de Joseph Schumpeter, il rencontre Irving Fisher et des institutionnalistes américains tels que John Bates Clark et Wesley Clair Mitchell.

De retour en Autriche, il travaille pour le gouvernement autrichien, l'aidant à résoudre les questions économiques afférentes au traité qui met fin à la Première Guerre mondiale.

Il jouit alors d'une certaine notoriété, qui lui permet d'être invité en 1931 par l'économiste Lionel Robbins pour une série de quatre conférences à la London School of Economics (LSE), où il est ensuite nommé professeur. Cet établissement compte alors dans son corps professoral des hommes qui auront une forte influence sur l'Angleterre de l'après-guerre.

Refusant de rejoindre l'Autriche annexée par les nazis, il acquiert en 1938 la nationalité britannique.

La même année, il participe au Colloque Walter Lippmann qui réunit à Paris, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, de nombreux intellectuels libéraux occidentaux, désireux de refonder le libéralisme. Sa réputation en tant qu'économiste grandit dans les années 1930 mais ses théories sont très mal reçues par les partisans de Keynes. Hayek regrettera d'ailleurs toute sa vie d'avoir décliné les invitations à contre-argumenter sur les politiques keynésiennes.

Implications au cours de la Seconde Guerre mondiale Dans la semaine suivant les déclarations de guerre le , Friedrich Hayek écrit une lettre au directeur général du Ministère de l'Information pour demander à contribuer à la propagande anglaise. Le de la même année, un fonctionnaire du Ministère décline sa proposition en raison de ses origines étrangères.

Cette mise à l'écart entraine de la frustration pour Hayek, le contraignant pendant toute la guerre à l'enseignement de l'économie ; selon ses propres termes, il « devien[t] très agacé par le refus d'utiliser une personne telle que [lui] à un quelconque travail utileCitation originale : « getting really annoyed by the refusal to use a person like [himself] on any useful work… »…»

La longue traversée du désert après 1945 En 1944, paraît son ouvrage le plus lu, La Route de la servitude. Il s'agit d'une analyse du totalitarisme qui se situe à contre-courant des grandes idéologies qui dominent l'époque, nazisme et communisme. La thèse centrale est que la socialisation de l'économie et l'intervention massive de l'État sur le marché débouchent sur la suppression des libertés individuelles. Le pouvoir coercitif de l'État transforme toute question économique ou sociale en question politique. Il considère qu'il n'existe pas de différence de nature mais seulement de degré entre le communisme et le nazisme, entre socialisme et totalitarisme. C'est un succès commercial traduit en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Son édition abrégée dans le Readers' Digest en 1945 toucha environ américains Friedrich von Hayek, The dilemma of specialization (1956), dans : Leonard D. White, The State of Social Sciences, The University of Chicago Press. » , 12 novembre 1955 (archivé sur Internet Archive). Ce livre n'est pas simplement une réflexion sur les grandes idéologies, il combat aussi les idées de Beatrice et de Sidney Webb, deux des fondateurs de la London School of Economics, de Harold Laski. et de Edward Hallett Carr. Hayek ne triomphera pas et ce sont plutôt les idées de ceux auxquels il s'est opposé qui l'emporteront dans l'Angleterre de l'après-guerre. Si l'ouvrage le fait connaître du grand public, il acquiert une réputation de polémiste qui le dessert dans le monde académique. Il passera les décennies suivantes à l'écart du courant dominant universitaire. Plus tard, Hayek estimera qu'à cette époque son ouvrage l'a « discrédité » dans les milieux académiques.

En , il cofonde la Société du Mont-Pèlerin, association internationale d'intellectuels désireux de promouvoir le libéralisme. Il en est président de 1947 à 1961 et y reste très influent jusqu'à sa mort.

En 1950, il quitte la LSE pour l'université de Chicago. Refusé au département d'économieLes raisons n'en sont pas très claires mais certains évoquent le refus de Frank Knight et les critiques virulentes de l'usage des statistiques qu'Hayek avait émises., il enseigne les « social thoughts » (littéralement, les pensées sociales). Sa position n'est pas rémunérée mais il est financé par des mécènes, dont le Liberty Fund. S'il y côtoie des économistes comme Milton Friedman, ses centres d'intérêt sont plutôt tournés vers la psychologie et la philosophie politique. De 1962 à 1968, année où il cesse d'enseigner, il est professeur à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il restera cependant professeur invité à l'université de Salzbourg jusqu'en 1992.

Divorce et remariage En , Hayek épousa Helen Berta Maria von Fritsch (1901-1960), une secrétaire du bureau de la fonction publique où il travaillait, après avoir appris le mariage de sa cousine Hélène Bitterlich (1900-1996), avec laquelle il avait auparavant entretenu une relation. Il eut deux enfants avec sa première épouse. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Hayek reprit une relation avec sa cousine Hélène, mais il la garda secrète jusqu'en 1948. Hayek et Fritsch divorcèrent en et il épousa sa cousine Hélène quelques semaines plus tard, après avoir déménagé en Arkansas pour profiter des lois permissives sur le divorce. Sa femme et ses enfants se sont vu proposer un règlement et une indemnisation pour avoir accepté le divorce qui provoqua un scandale à la , où certains universitaires refusèrent d'avoir quoi que ce soit à voir avec lui. Dans une entrevue de 1978, Hayek déclara qu'il était malheureux de son premier mariage et que sa femme ne lui accorderait pas le divorce et qu'il devait le faire appliquer..

Après le divorce et durant les années 1950, Hayek rendit rarement visite à ses enfants mais eut des contacts plus réguliers avec eux à partir de 1962 lorsqu'il déménagea en Allemagne. Son fils, Laurence Hayek (1934-2004), était un microbiologiste réputé.. Sa fille, Christine, était entomologiste au Musée d'histoire naturelle de Londres et s'occupa de lui pendant ses dernières années où sa santé était déclinante.

Hayek grandit dans un milieu chrétien catholique mais décida d'être agnostique à l'âge de 15 ans.

La consécration des années 1970 : le prix Nobel d'économie En 1974, il partage le « prix Nobel d'économie » avec Gunnar Myrdal, un rival idéologique, pour , des travaux menés principalement dans les années 1930. Le comité salue une réflexion profonde et originale qui contribua peut-être à faire de lui un des rares économistes à alerter sur la possibilité d'une crise économique majeure avant le krach d'automne 1929 : pour le comité Nobel, Hayek a montré comment l'expansion monétaire, accompagnée d'un crédit excédant le taux d'épargne volontaire, pouvait mener à une mauvaise allocation des ressources, affectant particulièrement la structure du capital.