Maurice Allais, né le à Paris et mort le à Saint-Cloud., est un économiste et physicien français, lauréat du prix de la Banque de Suède en 1988.
Issu d'un milieu modeste, il sort major de l'École polytechnique et rejoint le Corps des mines. Sa vocation d'économiste naît d'un voyage d'études aux États-Unis pendant la Grande Dépression, où il est frappé par la misère et l'incompréhension des élites face aux événements. Ce besoin de comprendre l'amène à s'intéresser à l'économie comme autodidacte et à écrire À la recherche d'une discipline économique (1943).
Son objectif est alors d'établir une théorie générale qui soit en accord rigoureux avec les données de l'observation, et cet ouvrage sera à l'origine de tous ses travaux suivants. Avec ce critère fondamental de l'expérience, il remet en question les si elles lui semblent incompatibles avec les données de l'observation, ce qui l'a amené à soutenir des propositions iconoclastes, qui ne seront pas toujours accueillies favorablement.
Jusqu'en 1960, il mène en parallèle des travaux en physique et en économie, et œuvre pour le rapprochement de sciences qu'il estime trop séparées : économie, sociologie, psychologie notamment. Ses travaux mettent au jour de nouveaux concepts en économie, parmi lesquels le paradoxe d'Allais, une théorie générale des surplus distribuables, une théorie des choix aléatoires, les principes de la règle d'or et une théorie de la dynamique monétaire, et en physique, l'effet Allais (qui ne fait pas l'objet d'un consensus de la communauté scientifique).
Titulaire de la chaire d'économie de l'École des mines de Paris pendant quarante ans, il enseigne aussi à l'université, à Genève ou aux États-Unis. Il est aussi directeur de recherche au CNRS pendant trente ans.
Maurice Allais reçoit en 1988 le prix de la Banque de Suède pour , qui font notamment référence à ses travaux réalisés comme amateur.
Critique de la mondialisation, se disant à la fois libéral et social, il est favorable au libre-échange uniquement à l'intérieur de groupes d'États homogènes économiquement, et donc opposé à l'ouverture douanière entre pays à fortes disparités de développement.
La crise économique que connaît le monde depuis 2008 et les défis que pose la mondialisation, dont il s'était fait l'augure dans de nombreux ouvrages successifs, font connaître à ses analyses un regain d'intérêt aujourd'hui.
Biographie Né à Paris le dans une famille modeste, il est rapidement orphelin de père : son père meurt en captivité en 1915.. Il est dès lors élevé par sa mère, commerçante crémière, très attentive à ses étudesYvon Gattaz, Hommage à Maurice Allais, de l’Académie des sciences morales et politiques, Prix Nobel d’économie, Canal Académie, 11 octobre 2010.
Élève brillant, il entre au lycée Lakanal à Sceaux en 1921. Il passe en 1928 la première partie du baccalauréat latin-sciences et en 1929 un double baccalauréat de mathématiques et de philosophie.
Après seulement une année de classe préparatoire mathématiques supérieures à Lakanal, il est admis à l'X en 1930. Cependant, insatisfait de son rang d'entrée, Maurice Allais décide de repasser le concours l'année suivante après l'avoir cette fois préparé au lycée Louis-le-Grand.. Finalement, il est reçu à l'École polytechnique (X1931)Fiche matricule de Maurice Allais sur le site de la bibliothèque de l'École Polytechnique et il en sort major en 1933, ce qui lui permet de choisir un . Il opte pour le Corps des mines et il est élève de l'École des mines de Paris de 1934 à 1936.
Marqué par les récits de la crise de 1929, il entreprend un voyage d'étude aux États-Unis en 1933, où il est frappé par la misère présente partout dans les rues et par l'incompréhension des universitaires rencontrés, frappés de stupeur face à cet événement.
C'est alors que naît sa vocation d'économiste, du besoin de comprendre et d'apporter une explication, pour éviter la répétition de tels événements.
Il fait son service militaire dans une batterie d’artillerie à Fontainebleau. Il sera mobilisé comme lieutenant et dirigera au front quelques semaines cette unité d'artillerie dans le corps des chasseurs alpins à la frontière italienne, près de Briançon en 1939.
Après sa démobilisation en 1940, il reprend ses fonctions dans le service des mines à Nantes, où il s'intéresse alors en autodidacte à l'économie. Il achète et lit tous les ouvrages d'économie alors disponibles et écrit A la recherche d'une discipline économique en moins de trois ans (1943), dans le but de préparer l'après-guerre et de contribuer à Les lignes directrices de mon œuvre (conférence Nobel prononcée devant l'Académie royale des sciences de Suède le 9 décembre 1988).
Cet ouvrage est à l'origine de tous ses travaux ultérieurs, dont l'objectif sera d'établir une théorie générale en accord rigoureux avec les données de l'observation, avec la préoccupation dominante de la synthèse. Il est de ceux qui souhaitent apporter la rigueur mathématique des sciences dures à la science économique, mais il estimera à la fin de sa vie que les mathématiques https://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2010-2-page-225.htm.
Avec ce critère fondamental de l'expérience, il remet en question les si elles lui semblent incompatibles avec les données de l'observation, ce qui l'a amené à soutenir des propositions iconoclastes, contrevenant souvent au consensus de l'époque, qui ne seront donc pas toujours accueillies favorablement.
Jusqu'en 1960, il mène en parallèle des travaux en physique et en économie, et œuvre pour le rapprochement de sciences qu'il estime trop séparées : économie, sociologie, psychologie notamment. Ceux-ci mettent au jour de nouveaux concepts parmi lesquels le paradoxe d'Allais, une théorie générale des surplus distribuables, une théorie des choix aléatoires, les principes de la règle d'or et une théorie de la dynamique monétaire, et en physique, l'effet Allais.
Titulaire de la chaire d'économie de l'École des mines de Paris pendant quarante ans, il enseigne aussi à l'université, à Genève ou aux États-Unis. On compte parmi les élèves de ce séminaire d'économétrie aux Mines Marcel Boiteux, Gérard Debreu et Edmond Malinvaud..
En parallèle de ses activités d'enseignement, il est directeur de recherche au CNRS pendant trente ans.
Il reçoit en 1988 le prix Nobel d'économie, pour , qui font notamment référence à ses travaux réalisés comme amateur. C'est le deuxième Français à recevoir cette distinction, après son ancien élève Gérard Debreu en 1983. Il explique à l’Académie Royale des Sciences de Suède que sa volonté de comprendre et son regard d’amateur lui ont permis de remettre en question des théories communément acceptées dès lors qu’elles n’étaient rigoureuses d’un point de vue scientifique.. C’est ainsi qu’il a pu réaliser des avancées majeures dans de nombreux champs de l’économie, de l’équilibre économique général aux choix aléatoires en passant par la remise en question de la mondialisation et du libre échange et la répartition des ressources.
Il est un critique iconoclaste de la mondialisation, à la fois libéral et protectionnisteMaurice Allais, libéral protectionniste (Valeurs actuelles) : il est pour une économie de marché à l'intérieur de groupes d'États économiquement homogènes formant une même zone d'échange mais contre l'ouverture douanière vis-à-vis de pays présentant de fortes disparités économiques (niveau de développement, protection sociale, normes environnementales, etc.)La mondialisation : la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, Paris, C. Juglar, 1999 page 233.
Maurice Allais dénonce les changes flottants, la déréglementation financière, et la suppression des protections douanièresM; Allais, Contre les tabous indiscutés, Marianne. Il annonce que toutes ces nouveautés provoqueront en Europe le déclin de l'emploi, et dans le monde le risque d'une nouvelle grande dépression. À l'occasion de la crise dite « des pays émergents » en 1998, il annonce dans un article au journal Le Monde : .
Cette inspiration à la fois libérale et sociale lui vaut d'être inclassable et parfois incompris. Les défis que posent aujourd'hui la mondialisation et la crise économique que connaît le monde depuis 2008, dont il s'était fait l'augure dans de nombreux ouvrages successifsDès 1966, il identifie le surendettement des ménages américains comme le principal moteur des crises économiques., ont fait renaître le débat autour de ses analyses et des nombreuses questions sur lesquelles il avait pris des positions marquées.
Carrière Sa carrière se compose de. : Ingénieur dans l'administration 1937-1943 : ingénieur au service des Mines de Nantes 1943-1948 : directeur du Bureau de documentation et de statistique minière
Professeur 1944-1988 : professeur titulaire de la chaire d'économie à l'École des mines de Paris 1947-1968 : professeur d'économie théorique à l'Institut de statistiques de l'université de Paris 1958-1959 : Distinguished Visiting Scolar au Centre Thomas Jefferson de l'université de Virginie 1967-1970 : professeur à l'Institut des hautes études internationales de Genève 1970-1985 : professeur responsable du séminaire d'analyse monétaire Clément-Juglar de l'université de Paris-X
Chercheur 1946-1980 : directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifiqueDossier de carrière au CNRS conservé aux Archives nationales sous la cote 20070296/5. 1944-1970 : directeur du Groupe de recherches économiques et sociales
Associations et comités Membre du Comité national du CNRS (1947-1980) Membre de la commission de l'énergie du Conseil économique et social (1960-1961) Président du Comité d'experts pour l'étude des options de la politique tarifaire dans les transports, Communauté économique européenne (1963-1964) Membre de la Société internationale d'économétrie (1949-1980) Membre de l'Institut international de statistique (1951-1980) Fellow of the New York Academy of Sciences (1956-1970) Fellow of the Operations Research Society of America (1958-1970) Fellow of Council of the Econometric Society (1960-1965) Président de l'Association française de science économique Membre honoraire de l'American Economic Association (1976) Membre étranger associé de lUS National Academy of Sciences (1989) Membre étranger associé de l'''Accademia Nationale dei Lincei (1991) Membre étranger associé de l'Académie des sciences de Russie (1999)
Il est élu le à l'Académie des sciences morales et politiques dans la section d'économie politique, statistique et finances, au fauteuil de Guillaume Guindey.
Maurice Allais prend sa retraite en 1980 avec le titre d'ingénieur général honoraire au corps national des mines.
Mort vignette|Tombe de Maurice Allais au cimetière de Saint-Cloud. Il meurt le à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).. Il est inhumé dans le cimetière de la commune.
Principaux travaux économiques Le paradoxe d'Allais
La plus célèbre intervention d'Allais est son paradoxe, mis en évidence à une conférence de l'American Economic Society qui s'est tenue à New York en 1953 et divers articles publiés dans les années 1950. Il met en cause l'axiome d'indépendance forte dans la théorie « d'utilité espérée », axiome élaboré par Leonard Savage dans son maître ouvrage The Foundations of statistics à partir de la formalisation de la notion d'utilité par von Neumann et Morgenstern dans leur livre Theory of Games and Economic Behavior.
La théorie de l’utilité espérée s’appuie sur une série d’axiomes concernant l’attitude d’un individu rationnel ayant à faire des choix en situation risquée. Allais a montré, par l’expérimentation, qu’un de ces axiomes était fréquemment violé par les individus : l’axiome d'indépendance. Cet axiome s’énonce de la façon suivante : « si la loterie A est préférée à la loterie B, alors, quelle que soit la loterie C et quelle que soit la probabilité p, la loterie [A (p) ; C (1-p)] est préférée à la loterie [B (p) ; C (1-p)] ».