Le cimetière anglo-saxon de Street House est un lieu de sépulture en usage dans la deuxième moitié du , au début de la période anglo-saxonne de l'histoire de l'Angleterre. Il est situé dans la ferme de Street House, près de la ville de Loftus, dans le Yorkshire du Nord.

Les fouilles menées entre 2005 et 2007 ont permis de découvrir une centaine de tombes et les traces de plusieurs bâtiments. La tombe la plus remarquable était celle d'une femme, visiblement de haut rang, couchée sur un lit et inhumée sous un tertre. Le cimetière ne semble avoir été en usage que pendant une courte période de temps avant d'être abandonné. Les objets découverts lors des fouilles, parmi lesquels les bijoux de la « princesse saxonne », sont exposés au musée de Kirkleatham depuis 2011.

Contexte

La ferme de Street House, qui occupe le sommet de la colline d'Upton Hill, au nord-est de la ville de Loftus, fait l'objet de fouilles archéologiques dès la fin des années 1970. Trois campagnes menées entre 1979 et 1981 ont mis au jour un cairn long avec une structure mortuaire du début du Néolithique (vers 3300 av. J.-C.), surplombés par un tertre rond édifié au début de l'âge du bronze.. En 1984, l'archéologue Blaise Vyner découvre les restes d'une structure mystérieuse qu'il baptise , soit « le kézako de Street House ». Il s'agit d'un cercle brisé d'environ 8 mètres de diamètre, composé de 56 poteaux de bois, datant de 2200 av. J.-C. Le centre de la structure est occupé par deux poteaux en forme de D entourés d'un cercle de pierres. Après une brève période d'utilisation, elle est démantelée par ses utilisateurs, qui mettent le feu aux poteaux. Son but exact est inconnu, mais elle jouait probablement un rôle religieux ou cultuel..

Les fouilles

Un participant des fouilles de 1979-1981, l'archéologue Steve Sherlock, décida de revenir sur le site lorsque des photographies aériennes révélèrent la présence d'une enceinte de l'âge du fer à proximité des monuments de l'âge du bronze. Les premières excavations se déroulèrent sur une période de dix jours en septembre 2004. Au début, les chercheurs estimaient que le site appartenait exclusivement à la période de l'âge du fer, ou peut-être à la période romaine. Des fouilles plus approfondies furent menées en juillet 2005 à la suite de la découverte par prospection géophysique d'une grande maison ronde de l'âge du fer au centre de l'enceinte. Cette deuxième campagne permit de découvrir trois maisons rondes, plusieurs fossés de l'âge du fer et, à la grande surprise des chercheurs, une série de tombes de la période anglo-saxonne. Trente tombes furent découvertes lors de ces fouilles, contenant plusieurs objets datant de la deuxième moitié du , mais aucun squelette, l'acidité du sol ayant détruit toute trace organique.

Les archéologues revinrent à Street House en 2006 pour chercher le village associé au cimetière dont ils supposaient l'existence. Ils considéraient alors avoir affaire à un site similaire à celui de Garton Green Lane Crossing, dans les Wolds du Yorkshire, avec des tombes du à proximité de monuments préhistoriques. Lorsque les nouvelles excavations aboutirent à la découverte de douze tombes supplémentaires, les chercheurs comprirent qu'ils avaient affaire à un cimetière beaucoup plus vaste qu'ils ne l'imaginaient de prime abord, ce qui les poussa à entreprendre un examen du site entier l'année suivante. À la fin de la campagne de 2007, 109 tombes en tout avaient été découvertes. Elles sont organisées de manière inhabituelle, en forme de carré autour d'un tertre central, avec une sépulture-lit et un bâtiment qui servait probablement de chapelle mortuaire.

Les excavations se poursuivirent en 2010 et 2011 autour du cairn néolithique et du tertre de l'âge du bronze, ainsi que dans deux zones à l'intérieur de l'enceinte de l'âge du fer. Une campagne en 2012 mit au jour les ruines d'une villa romaine datant de 370 ap. J.-C. ayant peut-être servi de domicile à un chef romano-breton d'importance. Située à seulement 100 mètres au sud des tombes anglo-saxonnes, la villa constituait vraisemblablement le cœur d'un domaine agricole.

Les tombes

Le cimetière s'étend sur un carré de 36 x 34 mètres de côté, avec des tombes alignées suivant un axe est-ouest. Ce plan ne se retrouve dans aucun autre cimetière anglo-saxon connu. Il est entièrement circonscrit par l'enceinte de l'âge du fer, qui date de 200 av. J.-C. Son installation dans cette enceinte, encore clairement visible à l'époque anglo-saxonne, visait peut-être à créer un lien délibéré avec le passé. Son entrée semble coïncider avec celle de l'enceinte originelle, ce qui suggère que le lien était effectivement voulu par ses créateurs.

La plupart des tombes sont situées de manière très organisée, avec des rangées doubles du côté nord et sud. Chaque tombe est séparée de ses voisines par un intervalle de 2,5 mètres à l'ouest et à l'est et de 2 mètres au nord et au sud, et aucune des tombes n'en croise une autre. Elles forment un motif carré qui s'interrompt du côté sud pour former l'entrée principale et du côté est pour former une entrée secondaire ou une sortie. La précision de ce plan suggère que le cimetière a été entièrement planifié.

Environ 22 % des tombes ne s'inscrivent pas dans le plan en carré global. Certaines pourraient être des tombes romano-bretonnes plus anciennes, mais la plupart datent de l'époque anglo-saxonne et pourraient correspondre à une population distincte. Parmi ces tombes, la plus remarquable est celle de la « princesse saxonne » située près du centre. La qualité des objets qui ont été retrouvés dans sa tombe a attiré l'attention des chercheurs et du public, mais il est possible qu'elle n'ait pas été la plus importante du cimetière, car un deuxième tertre, encore plus grand et entouré d'un fossé circulaire, se trouvait un peu plus loin. Il s'agissait peut-être d'un mausolée ou d'un mémorial, dans la mesure où aucune trace de sépulture n'y a été retrouvée, mais il est certain qu'il commémorait un individu important. La tombe de la « princesse saxonne » fait partie d'une série de tombes arrangées en arc de cercle autour du grand tertre dans le quart nord-est du cimetière, ce qui pourrait refléter son importance.

Bien que l'alignement des tombes suivant l'axe est-ouest suggère que les défunts étaient chrétiens, d'autres éléments viennent contredire cette hypothèse. Elles sont de forme rectangulaire, avec des coins arrondis et une base plate, et de taille assez uniforme : environ de 2 mètres de long sur 80 centimètres de large et 60 centimètres de profondeur dans leur configuration d'origine. Les défunts ne sont pas placés dans des cercueils. Ils sont inhumés dans leurs habits et entourés d'objets qui leur appartenaient ou qui ont été placés dans leur tombe en témoignage. Bien qu'aucun corps ne subsiste, la taille des tombes suggère qu'elles étaient en majorité prévues pour des femmes étendues de tout leur long. Celles qui ne sont pas suffisamment longues pour y étendre un adulte étaient peut-être prévues pour accueillir des corps recroquevillés sur eux-mêmes. Ces deux méthodes d'inhumation reflètent peut-être une différence d'affiliation ethnique, politique ou religieuse.

vignette|Des pierres triangulaires ayant servi de marqueurs de tombe.

Certaines tombes sont délimitées à une extrémité par des pierres triangulaires. Elles ne portent aucune inscription ou gravure, contrairement à celles qu'on peut trouver dans les cimetières chrétiens, mais elles ressemblent aux marqueurs retrouvés dans des cimetières païens. Certaines tombes sont interrompues par des trous laissés par des pieux qui servaient peut-être de marqueurs ou de supports pour des structures en bois surplombant ces tombes. De tels arrangements sont rares dans le Nord de l'Angleterre, mais des exemples comparables ont été découverts dans le Kent.

Le cimetière abritait également plusieurs bâtiments. Du côté est se dressait une grande structure rectangulaire, identifiée grâce aux trous laissés par les poteaux de bois qui constituaient son armature. Il pourrait s'agir d'une chapelle ou d'un sanctuaire. Une grubenhaus plus petite, située non loin, dans la zone centrale du cimetière, servait probablement de chapelle mortuaire. Une maison ronde de l'âge du fer se dressait également dans le quart nord-ouest, mais elle avait déjà disparu lorsque le cimetière était en usage. Tous ces bâtiments se dressaient au sommet d'une crête, ce qui les aurait rendu particulièrement visibles pour les voyageurs arrivant du sud

Le cimetière semble avoir été planifié d'un seul coup et n'avoir servi que durant une brève période par la suite. Lors des enterrements, le cortège funèbre devait entrer par le côté sud et se rassembler dans la zone sud-ouest, dépourvue de tombes, avant de se rendre à la chapelle / sanctuaire pour y accomplir les rites funéraires. Après l'inhumation, ils quittaient peut-être le cimetière par le côte est. Il est également possible que chaque entrée ait été utilisée par des groupes différents, ce qui reflèterait la distinction entre les tombes qui suivent le plan carré d'ensemble et celles qui s'en distinguent.

Les artéfacts

64 tombes individuelles (soit 59 %) contenaient des artéfacts. Certains types d'artéfacts contribuent à identifier le sexe du défunt : les hommes sont souvent enterrés avec des armes ou des outils (15 tombes contiennent des objets de ce type à Street House), tandis que les femmes sont souvent enterrées avec des bijoux, des ciseaux ou des châtelaines (19 tombes de Street House contiennent ce type d'objets). Les tombes de femmes sont plus fréquentes au nord et à l'ouest du cimetière, tandis que les tombes d'hommes sont concentrées au sud et à l'est. Les tombes doubles pourraient être celles de couples, à l'image de ce qu'on peut observer dans d'autres cimetières de la période anglo-saxonne.

Des objets en fer ont été retrouvés dans 25 tombes. Une seule arme a été découverte dans le cimetière : un seax (épée courte à un tranchant) dans la tombe 29. Il est très rare de découvrir des armes dans des tombes, car ces objets coûteux avaient plutôt tendance à être transmis de père en fils. La lame du seax mesure 55 cm de long. Elle est brisée en quatre morceaux. Une partie du pommeau et de la garde subsistent également. Un motif tamponné décore le côté supérieur de la lame. Des couteaux utilitaires plus petits ont été retrouvés dans 19 tombes, ainsi que d'autres objets en fer, comme des boucles de ceinture ou des jeux de clefs. La tombe 81 comprenait deux couteaux, chacun posé sur une pierre à aiguiser.

De nombreux bijoux ont été découverts, à commencer par 100 perles réparties dans 16 tombes, dont seulement deux en comptaient plus de 10. Elles témoignent de l'évolution de la mode : au , les femmes pouvaient porter des colliers de perles nombreuses (jusqu'à 100) et peu décorées, mais celles du milieu du favorisaient plutôt des perles moins nombreuses, mais de meilleures qualité, enfilées sur un fil ou portées dans un sac. La tombe 21 a livré un collier composé de huit perles et deux pièces d'or de l'âge du fer, frappées par le peuple breton des Corieltauvi entre 15 et 45 ap. J.-C., avant la conquête romaine de la Grande-Bretagne. Des trous avaient été pratiqués dans ces pièces vieilles de 600 ans afin d'en faire des bijoux. Elles sont dans un très bon état de conservation, ce qui implique qu'elles n'ont que peu ou pas servi comme moyen de paiement. Il est possible qu'elles aient été enterrées dans un trésor peu après leur frappe, avant d'être redécouvertes à l'époque anglo-saxonne. La présence de pièces de l'époque romaine dans un cimetière anglo-saxon est un cas unique. Leur valeur était probablement due à la présence d'un motif en croix sur l'une des faces.