L’histoire de l'équipement hydroélectrique en Tarentaise, c'est-à-dire du bassin supérieur de l’Isère, a commencé dès la fin du avec les pionniers de la houille blanche pour répondre aux besoins de leurs entreprises d’électrochimie et d’électrométallurgie. Dès la création d’Électricité de France, en 1946, un aménagement intégral au service du réseau national a été entrepris. Il a été exécuté prioritairement en un temps record de , avec des ouvrages majeurs comme le barrage du Chevril, la centrale de Malgovert et l'aménagement de Roselend - La Bâthie. À l’ère du nucléaire, l’aménagement en pompage-turbinage se limite au cas de la centrale de La Coche, aménagée dès 1975. La houille blanche, servante de l'industrie (1893-1945) alt=Carte en noir et blanc présentant de façon simplifiée la position des centrales|vignette|Centrales hydroélectriques de Tarentaise (1890-1920)..

C’est dans les années 1890 qu’ont été maîtrisées les techniques de l’électrochimie et de l’électrométallurgie. Mais une desserte ferroviaire était indispensable pour le développement de ces industries lourdes, tant pour leurs approvisionnements que pour leurs expéditions. Par coïncidence, c’est à la même époque que la voie ferrée remontant la Tarentaise, qui avait son terminus à Albertville depuis 1876, a été prolongée jusqu’à Moûtiers en 1893.. Elle ne devait atteindre Bourg-Saint-Maurice qu’en 1910. L’intérêt des pionniers de la houille blanche s’est donc porté seulement sur la basse Tarentaise. La carte des centrales hydroélectriques de cette période est un calque assez fidèle de leurs établissements.. La faible pente de l’Isère, sauf à l’amont de Pomblière, explique l’équipement préférentiel des ruisseaux affluents, la hauteur de chute compensant le faible débit. Le cas du Villard-du-Planay, loin de la voie ferrée, est exceptionnel : cette usine trouvait sur place dans les mines et carrières toutes les ressources nécessaires à son fonctionnement et on ne perdait pas l’espoir d’être raccordé un jour au réseau ferroviaire..

vignette|Centrales hydroélectriques de 1920 à 1945..

Entre les deux Guerres mondiales, si l’équipement en nouvelles centrales continue à privilégier le cœur de la Tarentaise, c’est toujours pour l’approvisionnement des usines dont le réseau s’est étoffé, l'aciérie d’Ugine (centrales de Brides et Moûtiers) rivalisant avec Bozel-Malétra (centrale de Vignotan). Pendant toute cette période, la part prélevée par la lointaine métropole lyonnaise pour son alimentation, avec les centrales de Pomblière en 1906, de La Rosière en 1910 et de Viclaire en 1924 en haute Tarentaise est restée marginale.

L'aménagement intégral : Tignes et la haute Tarentaise (1947-1954) Programmé prioritairement au lendemain de la Libération, l’aménagement intégral de l’Isère en Tarentaise : toute la France a vécu le drame de l’ennoiement de la cuvette de Tignes, contre la volonté de ses habitants, : il était alors considéré par l’opinion comme un douloureux mais nécessaire sacrifice à l’intérêt du pays..

Cet aménagement intégral a commencé par la section la plus à l’amont, entre Val-d'Isère et Bourg-Saint-Maurice. Le schéma s’est conformé aux sollicitations d’un cadre naturel exceptionnellement favorable : une dénivellation de l’ordre de sur une distance d’une vingtaine de kilomètres ; la présence dans la partie supérieure d’un site de barrage idéal avec le profond ombilic de Tignes derrière le verrou glaciaire du Chevril dans des quartzites d’une solidité à toute épreuve.

vignette|Aménagement intégral (1945-1977).. vignette|Le barrage du Chevril, ou barrage de Tignes (dont les eaux sont turbinées à la centrale des Brévières) et, à gauche, la centrale du Chevril qui turbine les eaux venant du Saut. vignette|Le lac du Chevril et le lac du Saut.

Au centre du dispositif a été construit en cinq ans (1947-1952) le barrage-voûte en béton du Chevril aux dimensions impressionnantes : de hauteur sur fondations, de longueur.. Pour le remplissage du lac de retenue d’une capacité de à la cote maximale de les apports du bassin-versant naturel de ont été complétés grâce au détournement du Ponthurin, affluent de rive gauche, par une galerie sous le Dôme de la Sache, du Nant Cruet et du Nant des Clous descendus de la crête frontalière en rive droite, tous tributaires dont la confluence avec l’Isère est très à l’aval du barrage. Le bassin versant s’est ainsi agrandi de . Le potentiel de production est à la mesure de ces gigantesques travaux. On a construit au pied du barrage la centrale des Brévières, qui admet sur ses turbines , d’une puissance installée de avec un productible annuel de . Des Brévières part une galerie souterraine de dans le flanc oriental du mont Pourri. À son extrémité, la centrale de Malgovert turbine sous une chute de . Sa puissance installée est de , avec une productibilité annuelle de . Le cumul des deux centrales donne donc une puissance installée de et un productible de ..

Ces chiffres records l’existence d’un domaine montagnard de haute altitude situé au-dessus du niveau de la retenue de Tignes. Il a fait l’objet d’un double aménagement complémentaire. D’une part, dès 1954, les captages du Nant Cruet et du Nant des Clous étant très au-dessus du niveau du lac, la centrale du Chevril a pu fonctionner sous une chute de et avec un débit de soit une puissance installée de et un productible annuel de . Elle peut fonctionner en éclusée. À une altitude supérieure, le ruisseau du Chevril a été équipé en 1967 d’une retenue à la qui alimente à son pied une centrale souterraine sous de chute d’altitude. D’autre part, à l’amont du lac de Tignes, la centrale de Val-d'Isère a reçu à partir de 1959 une partie de son alimentation de l’Arc supérieur par une galerie souterraine de sous le col de l'Iseran jusqu’en 1970, c’est-à-dire jusqu’à l’entrée en service du barrage du Mont-Cenis ; elle ne turbine plus aujourd’hui que les eaux de la Calabourdane, petit affluent de rive gauche de l’Isère sous une chute de (, puissance installée de , productible de )..

L’aménagement intégral : Roselend-La Bâthie (1954-1960)

alt=lac réservoir de Roselend|vignette|lac réservoir de Roselend. alt=barrage et lac de Saint-Guérin|vignette|barrage et lac de Saint-Guérin. alt=barrage et lac de La-Gittaz|vignette|barrage et lac de la-Gittaz. alt=le barrage de La-Gittaz|vignette|le barrage de La-Gittaz.

Il faut, provisoirement, pour rester dans la logique du processus d’aménagement intégral, s’écarter du cours naturel de l’Isère, aller dans le Beaufortain, avec le lac de Roselend au centre du dispositif. Ce spacieux site d’alpage présentait, comme Tignes, deux avantages : d’une part, une large cuvette fermée à l’aval par le verrou glaciaire du Méraillet fait de solides schistes métamorphiques ; d’autre part, une forte altitude induisant une exploitation sous haute chute et donc une puissance installée maximale de la centrale. Les travaux ont duré de 1955 à 1960. Le trait de scie du verrou a été fermé par un classique barrage voûte mais, afin d’augmenter la capacité du réservoir, une surélévation a été obtenue par l’adjonction sur les deux ailes, la droite surtout, d’un barrage poids à contreforts d’une grande élégance. L’ouvrage atteint ainsi de hauteur et de développement en crête. On parvient de la sorte à porter la capacité du réservoir à à la cote 1557. Deux autres retenues ont été créées dans le voisinage : en 1961 celle de Saint-Guérin par un barrage voûte mince de de hauteur et de développement en crête, avec une capacité de ; celle de La Gittaz par un barrage poids arqué de de hauteur et de développement en crête avec une capacité de , mise en service en 1967. Ces trois retenues à leur remplissage sont à des cotes très voisines et leur connexion par galeries souterraines permet de les considérer comme un même réservoir de ..

Ces retenues seraient toutefois surdimensionnées : leurs bassins versants ( pour Roselend, 19 pour Saint-Guérin et 20 pour La Gittaz, soit au total , ne suffisent pas à leur remplissage. Comme dans le cas de Tignes, il a fallu imaginer des apports complémentaires extérieurs. Il s’agit, pour Roselend, des affluents de l’Isère en Haute Tarentaise depuis la Sassière, sur la commune de Sainte-Foy-Tarentaise, jusqu’au torrent des Glaciers. La retenue de Saint-Guérin reçoit, elle, les apports de l’Ormente détournée du Berceau tarin par-dessous le Cormet d'Arèches. Enfin deux ruisseaux affluents de l’Isère en basse Tarentaise, le Bénétan et l’Argentine se déversent directement dans la galerie en charge de avant la conduite forcée.  sont ainsi ajoutés aux 83 du Beaufortain lui-même ce qui donne au total un bassin versant de . La centrale souterraine de La Bâthie est établie hors du Beaufortain, dans la plaine de basse Tarentaise. En service depuis 1960, elle fonctionne sous une chute de avec un débit de ce qui donne une puissance installée de que les travaux en cours en 2018 vont porter à 600. Le productible annuel est de ..

Comme pour Tignes, il existe un domaine de haute altitude à deux étages. Au plus haut se situe la centrale de Pierre-Giret, sur la commune de Sainte-Foy-Tarentaise. Avant d’être acheminées vers la retenue de Roselend, les eaux du ruisseau de la Sassière sont turbinées depuis 1963 à partir d’une retenue située à , de capacité de , ce qui va permettre un fonctionnement en éclusée de la centrale sous une chute de avec un débit de , soit une puissance installée de et un productible annuel de . À l’étage inférieur, la centrale des Sauces terminée en 1963 est implantée au niveau même de la retenue de Roselend. Elle est alimentée par une adduction d’une longueur record de depuis la centrale de Pierre-Giret : elle dispose, avec le contenu de cette longue canalisation d’une « capacité de tête » suffisante pour pouvoir fonctionner en éclusée sous une chute de avec un débit de , une puissance installée de et un productible annuel de ..

En Basse Tarentaise, aménagements traditionnel et intégral : Isère-Arc L’Isère retrouve son lit naturel à l’aval de la centrale de Malgovert et de son bassin de compensation de Montrigon, sur la commune de Bourg-Saint-Maurice. La carte des aménagements hérités de la période de la houille blanche a subi peu de modifications. Il n’y a toujours qu’une seule centrale sur le cours même de la rivière : celle de Pomblière, mais elle a été modernisée depuis 1973 : beaucoup plus performante que l’ancienne, prise d’eau à , ce qui donne une chute brute de , un débit de l’ordre de , une puissance installée de  et un productible de en fil de l’eau. On a renoncé à équiper le secteur en amont, et les projets d’une centrale à Aime n’ont pas eu de suite. Contrepartie positive : la pratique du rafting au rythme des lâchages depuis le bassin de Montrigon. La seule véritable nouveauté est la centrale de Feissons-sur-Isère qui exploite depuis 1956 les ruisseaux de rive droite en basse Tarentaise, remarquable surtout par sa hauteur de chute de d’où, malgré un faible débit de , une puissance installée de et un productible de . Dans la vallée affluente du Doron de Bozel, EDF s’est également contentée de moderniser la centrale de Vignotan, équipée pour turbiner sous une chute de avec une puissance installée de et un productible de ..

Pour tirer parti du potentiel de l’Isère en basse Tarentaise à l’aval de Moûtiers, l’idée s’est imposée d’un court-circuitage qui lui épargne le long coude vers Albertville jusqu’à sa confluence avec l’Arc. La liaison dite Isère-Arc a été établie en 1954 par une galerie de par-dessous le massif de la Lauzière. Le captage se situe dans les gorges de Ponsérand à Aigueblanche : c’est sur cette commune qu’a été construit le barrage de dérivation au lieudit Les Échelles d’Hannibal. Le réservoir contient à la cote . À l’issue de la galerie, la centrale mauriennaise de Randens fonctionne sous une chute de avec un débit de avec une puissance installée de et un productible annuel de ...

À l’ère du nucléaire, la station de pompage de La Coche (1975)