Le Chevreuil est un aviso de la classe Chamois de la Marine nationale française, entré en service en 1939 et désarmé en 1970. Il a également servi sous le pavillon des Forces navales françaises libres de 1940 à 1944 et à été renommé Destour de 1959 à 1970 dans la Marine nationale tunisienne.

Durant une carrière de plus de trente ans le Chevreuil a navigué dans l'Atlantique, la Méditerranée, le Pacifique et dans d'autres mers en Orient. De toutes ses missions l'une a plus particulièrement marqué les mémoires, elle est citée par Charles de Gaulle dans un de ses ouvrages : .

Construction Ce navire, est un aviso dragueur de la classe Chamois. Il est mis sur cale à l'arsenal de Lorient en . Il fait partie d'un programme, initié vers 1934, de construction d'avisos de première avec des capacités de draguage de mines Ces constructions sont financées par le budget de 1934-1938 Il est lancé le .

Service actif

Aviso de la Marine nationale française L'aviso est armé par la Marine nationale, puis baptisé Chevreuil le .

Le , un décret nomme le capitaine de corvette Henri de Veillechèze de la Mardière, commandant de ..

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le Chevreuil est attaché à la flotte de l'Atlantique et effectue des missions d'accompagnement de convois de navires marchands principalement entre Gibraltar, le Maroc et le Golfe de Gascogne. Il fait part, à plusieurs reprises, d'engagements contre des sous-marins allemands. Pendant la bataille de France, à la demande de l'Amiral, Commandant en chef des forces maritimes de l'Ouest, il trouve refuge à Portsmouth le pour contrôler les moteurs après plus de de fonctionnement et recevoir son appareil Asdic qui doit être installé par les chantiers britanniques. Le bâtiment entre dans le bassin de carénage n°10 de l'arsenal le . La fin des réparations et la pose des installations sont programmées pour le .

Sur instruction de l'Amirauté anglaise, le , les navires français stationnés dans les ports anglais (Falmouth, Plymouth, Southampton, Portsmouth, etc.) sont saisis par les forces britanniques dans la crainte de voir l'Allemagne s'en emparer s'ils rejoignent les ports en France.. L'opération est conduite à l'aube par des commandos parfaitement coordonnés et armés qui prennent possession de tous les navires français après s'être introduits sur les bateaux et faits prisonniers commandants et équipages. Ces derniers sont envoyés, notamment, dans des camps autour de Liverpool certains y restent plusieurs mois. C'est dans ce contexte que La Royal Navy confisque le Chevreuil non sans quelques violences (coups de crosses et de matraques).. Le commandant de la Mardière est gardé à vue par un marin anglais armé d'un fusil. L'ensemble de l'équipage, officiers et marins, sera envoyé dans le camp d'Arrowe Park délimité par des barbelés où les conditions d'internement sous des tentes furent pénibles . Ce coup de main en territoire anglais dirigé contre la flotte française est le premier volet de l'opération « Catapult » fixée au , prévoyant simultanément cette intervention et celles contre les forces navales stationnées à Mers el-Kébir et à Alexandrie.

Aviso des Forces navales françaises libres

Missions en Atlantique Nord Après avoir terminé de le remettre en état, les Britanniques l'affectent, le , aux Forces navales françaises libres. L'Amiral Muselier, charge l'enseigne de vaisseau François Paul Eugène Fourlinnie d'en assurer le commandement. Un équipage d'environ cent marins est constitué avec des volontaires ayant rallié la France libre. L'unité est affectée à la protection de convois de navire de commerce sur la ligne entre la Grande-Bretagne et l'Amérique du Nord, Canada et États-Unis. Sa mission est de veiller sur les convois montants jusqu'au milieu de l'Atlantique Nord, puis après un passage de relais, de reprendre sa surveillance autour d'un convoi descendant. Durant les mois que dure cette mission les convois ne subissent pas de pertes dues aux U-Boot de la Kriegsmarine.

Le Chevreuil souffre, dans les tempêtes hivernales de l'Atlantique Nord, d'autant plus qu'il n'a pas été conçu, ni construit, pour les affronter mais pour naviguer dans des eaux tropicales plus paisibles. Les avaries sont importantes et nombreuses ce qui nécessite une mise en carénage en Grande-Bretagne, au printemps 1941.

Cap sur le Pacifique et Papeete Le l'état-major de la Forces navales françaises libres fait une demande à l'amirauté britannique pour envoyer le Chevreuil dans le Pacifique. Après un accord sur ce programme, l'aviso rejoint le port de Plymouth pour s'armer en fonction de cette nouvelle mission. Celle-ci comporte principalement le transport de personnel à Tahiti puis de se mettre sous les ordres du commandant de la Marine dans le Pacifique, le capitaine de frégate Cabanier, pour effectuer des missions de maintien de l'ordre. vignette|Cap des Palmes. Le Chevreuil, toujours commandé par Fourlinnie, appareille le pour le port de Belfast qu'il atteint en fin de journée le lendemain. Le , après avoir fait le plein de carburant et embarqué Paul Antier, de concert avec le paquebot Ariguani , il appareille pour rejoindre son poste d'escorteur du convoi de navires de commerce OS4, pour la traversée de l'océan. Le 26, les sous-marins allemands : U 557, U 561 et U 141 sont en action : les cargos Saugar et Tremoda sont torpillés et coulés. Le Chevreuil récupère à la mer, les 18 survivants du premier naufrage et les 14 du second. Le 29, il fait une attaque à la grenade après un contact ASDIC mais le sous-marin a disparu. La suite de la traversée est sans problèmes et l'aviso, avec le convoi, arrive au port de Kingston le . Il est rejoint par le Cap des Palmes. Les deux navires appareillent ensemble du port de la Jamaïque. Le , ils franchissent le canal de Panama et accostent le à Balboa. Le Chevreuil appareille seul le et, après une traversée sans histoire, est à Papeete le . il y retrouve le contre-torpilleur Le Triomphant présent depuis le , ils sont bientôt rejoints par le croiseur auxiliaire Cap des Palmes.

Missions avec Nouméa pour base

Après un mois d'escale, le Chevreuil reprend la mer le et via Suva, aux Fidji, rejoint Sydney, en Australie, le , pour un passage en cale sèche et des essais de la ceinture magnétique du navire. À cette occasion, l’équipage dépose le 27 novembre un ex-voto au pied du monument érigé à La Perouse en mémoire de l’explorateur éponyme.

Le , le Chevreuil appareille et fait route sur la Nouvelle-Calédonie, il atteint Nouméa le . Jusqu'en il va effectuer cinq principales missions, avec Nouméa comme point de départ et de retour, qui vont lui permettre de sécuriser et montrer la présence de la France libre dans un grand nombre d'îles et de lieux : 1 : île Neba, île Yandé, île Pott, île Art, baie d’Harcourt, passe de Pouébo, île des Pins ; 2 : Goro, baie de Kuto, îles de Maré, Lifou, Ouvéa, île Surprise, atoll de Huon, île Pott, Paagoumène ; 3 : Nouvelles-Hébrides, îles Banks, Port-Vila, Mallicolo, Espiritu Santo, Ambae, Port-Olry, Santa-Maria, baie de la Dives, îles Vanua Lava, Namaram, Port Sandwich, île Tonga, baie Sasaki, île Tanna, baie Résolution, baie Dillon, île Ancytume ; 4 : Hienghène (côte est) dépôt d’un détachement de l’armée pour sécuriser une zone peu sure ; 5 : Rarotonga (îles Cook). On note également plusieurs passages à l'île Walpole et à l'île Pott pour un ravitaillement de postes de guet. À l'issue de ces mission le Chevreuil repart de Nouméa, de concert avec le Cap des Palmes, le pour Sydney où il va faire des réparations. Le chantier va durer deux mois, le Chevreuil reprend la mer le .

vignette|Le phare Amédée en 1943. Le Chevreuil est de retour à Nouméa le . La situation en ville est difficile du fait des troubles causés par le rappel du gouverneur Henri Sautot. Sur l'aviso les mesures de sécurité militaires sont prises, bateau au mouillage, officier de quart sur le pont avec des hommes armés. Le , Henri Sautot et quatre notables sont amenés à bord puis l'aviso s'éloigne de la ville en allant prendre un mouillage dans le lagon à environ , du phare Amédée. Le , appareillage tôt le matin et mouillage en milieu de l'après-midi à l'île de Walpole pour rapidement débarquer quatre des passagers, puis reprend la route vers Auckland. Le , arrivée à Aukland et débarquement de Sautot et du commissaire Renard qui l'accompagne. Le Chevreuil met immédiatement le cap sur Nouméa. Le il fait un bref arrêt à l'île de Walpole, pour récupérer les passagers débarqués à l'aller, et le lendemain arrivée à Nouméa.

Ralliement de Wallis et Futuna à la France libre

Le , le commandant de la « place forte » de Nouméa, Jean Espana dit capitaine Molina, déjeune avec le Haut commissaire, Georges Thierry d'Argenlieu. À la fin du repas d'Argenlieu indique au capitaine Molina qu'il embarque dans une heure sur le Chevreuil, qu'il ne connaîtra sa mission qu'après avoir ouvert, en pleine mer, des plis secrets. L'aviso appareille à l'heure prévue avec des passagers : le capitaine Molina, le médecin capitaine Mattei, les aspirants Aprioux, Gauthier, Jacques Very, Gabriel Fotier, Jean-Claude Rouleau et l'officier de marine Gilbert Leumière. C'est le que sont ouverts les plis : les ordres sont de rejoindre un point de rendez-vous, fixé le , avec une flotte anglo-américano-australienne qui vient pour installer une base avec un terrain d'aviation sur l'île de Wallis. L'aviso doit prendre la tête de l'« armada » pour souligner qu'il s'agit d'un territoire français. Le docteur Mattei doit être installé comme résident à la place du vichyste Vrignaud. Les instructions précisent le rôle de chacun : la direction de l'opération est confiée à Fourlinnie, en mer, et à Molina à terre. D'autres documents indiquent, notamment, que l'archipel doit être rallié à la France libre une fois que les Américains auront débarqué et l'état des lieux, avec une inconnue, c'est de savoir si les Japonais sont maîtres de l'île.