Le suffrage universel consiste en la reconnaissance du droit de vote à l'ensemble des citoyens en âge de voter. Il est défini par opposition au suffrage restreint qui réserve le droit de vote à certains citoyens [consulté le 2017]., en particulier au suffrage censitaire ou au suffrage capacitaire. Il est l'expression de la volonté générale dans un régime démocratique. Dans sa version moderne, il est individualisé, c'est-à-dire qu'il s'effectue selon le principe « une personne, une voix », contrairement au vote plural ou au Suffrage familial.
L'expression « suffrage universel » est attestée au [consulté le 2017]. : sa plus ancienne occurrence connue se trouve chez Denis Diderot dans une de ses Lettres à Sophie Volland, datée de , avec le sens de ; François Guizot est le premier à l'employer dans le sens de dans la de son cours d'histoire moderne, en Définition de suffrage - Nouvelle Langue Française, 22 septembre 2009.
Histoire
Le droit de vote permet aux citoyens d'un État d'exprimer leur volonté, à l'occasion d'un scrutin, afin d'élire leurs représentants et leurs gouvernants, de répondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum, ou encore de voter directement leurs lois. Pour les démocraties modernes il s'agit du principal droit civique, considéré comme fondamental.
thumb|Illustration de 1902 thumb|Article satirique paru dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1876.thumb|Le suffrage universel représenté par une urne gardée par un lion dans le Monument à la République inauguré à Paris en 1883. Bronze de Léopold Morice.
Le suffrage universelLe terme a pour la première fois été utilisé par Jacques Mallet du Pan, penseur genevois (1749-1800). est le mode de scrutin adopté par les démocraties modernes, d'abord en tant que suffrage universel masculin puis en tant que véritable suffrage universel, étendu au droit de vote des femmes. Institué en France pendant la Révolution française, avec le décret du , il fut supprimé par le Directoire avant d'être rétabli, presque par surprise, lors de la Révolution de 1848 Alain Garrigou, « Le brouillon du suffrage universel. Archéologie du décret du 5 mars 1848 .» In: Genèses, 6, 1991. Femmes, genre, histoire. pp. 161-178. En vigueur lors du Second Empire, bien que fortement limité en raison des conditions pesant sur la procédure, avec notamment la nomination des candidats par l'État — ce qui l'apparentait à ce qui se passe dans les régimes du à parti unique mais instituant le suffrage universel —, il fut réinstitué lors de la Troisième République et depuis accepté en tant que fondement de la démocratie. Bien qu'admis dès 1848, le principe du vote secret n'est réellement mis en place qu'avec l'institution de l'isoloir en 1913, tandis qu'il faut attendre 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de vote (première application en 1945). Dans de nombreux autres pays, à l'exception de la Suisse, l'écart entre le suffrage universel masculin, souvent adopté plus tardivement qu'en France (1870 pour l'Allemagne) et le suffrage universel proprement dit (incluant donc, les femmes), est bien moindre.
L'histoire du suffrage universel ne concerne pas uniquement l'élection des représentants politiques, puisqu'elle croise aussi celle de l'institution des jurys populaires, ou l'élection des magistrats et autres responsables politiques (c'était le cas dans la France révolutionnaire, et ça l'est toujours aux États-Unis).
Par ailleurs, outre la proclamation du principe lui-même du suffrage universel, les conditions de son application concrète et l'extension du droit de vote à certaines catégories de la population qui pouvaient en être exclues (les femmes, mais aussi les personnes condamnées pour certaines peines, les « malades mentaux » ou encore les enfants, mais aussi les domestiques ou les vagabonds) font partie de son histoire. On pouvait en effet affirmer le principe du suffrage universel, tout en restreignant par certaines lois électorales sa portée. Des conditions de domicile ou d'alphabétisation (notamment lorsqu'il fallait soi-même écrire le nom des candidats sur les bulletins) ont ainsi été imposées. En France, il faut attendre par exemple la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées pour que des personnes mises sous tutelle puissent voter, après autorisation d'un juge, la loi du sur la réforme de la protection des majeurs faisant du droit de vote des majeurs sous tutelle la norme.
Extensions du droit de vote vers le suffrage universel
Le suffrage universel se définit par opposition à d'autres types de suffrages restreints qui limitent le droit de vote à une partie de la population en raison de la fortune, de l'éducation, du sexe, de l'âge, de la religion, de la race, de la nationalité, des condamnations pénales, basé sur l'égalité devant la loi.
Les limitations à l'exercice du suffrage universel en France
Expression de la volonté populaire d'une nation, le suffrage universel est réputé n'avoir de sens que s'il est réservé aux citoyens de cette nation. La loi fixe les conditions censées garantir la représentativité du suffrage :
L'inscription sur les listes électorales Être présent le jour du vote n’est pas une condition suffisante pour pouvoir voter. L’inscription sur les listes électorales rendue obligatoire par la loi du (inscription d'office des personnes de nationalité française lorsqu'elles atteignent l'âge de ) est la condition de l'exercice de ce droit. La souveraineté populaire est la possibilité de décision du peuple en dernier ressort. Le suffrage est universel car il se déroule sans avoir recours à ses représentants élus (souveraineté nationale) ni aux partis politiques. Le citoyen vote individuellement et à bulletin secret. Un électeur ne peut être inscrit que sur une seule liste électorale, dans la commune où se trouve son domicile réel.
La nationalité Expression fondatrice de la citoyenneté et de la souveraineté populaire, le suffrage est réservé aux citoyens. Chaque citoyen est réputé posséder une fraction de la souveraineté nationale ; les étrangers ne peuvent pas voter (bien que ce point soit sujet à débat actuellement pour certains groupes politiques, concernant les étrangers résidant en France depuis longtemps et concernant les élections dites « locales »). Il existe également certains cas particuliers ; en pratique, un Français déchu de sa nationalité entre le jour d'émission de la carte électorale, et le jour du vote peut voter, alors qu'il n'est plus français.
L'âge Pour pouvoir voter, il faut avoir atteint la majorité électorale (civile et politique). L'âge requis, autrefois fixé à , a été abaissé à en 1974.
L'aptitude morale Certains condamnés n'ont pas le droit de vote. Ne pas jouir de ses droits civiques, civils et de famille signifie être « indigne de la qualité d'électeur » ; certains condamnés sont ainsi jugés « moralement indignes ».
Majeurs en tutelle Les citoyens qui ne jouissent pas de toutes leurs facultés mentales sont « incapables de discernement politique » (excepté s'il y a l'autorisation du chef de tutelle).
Le secret du vote Jusqu'à l’entrée en vigueur de la loi du , le secret du vote n'était pas protégé. L’utilisation d’enveloppes est depuis obligatoire dans la totalité des bureaux de vote, afin de protéger « l'indépendance du vote »"Le jour où le vote est devenu secret"Le Figaro du 22 juillet 1913.
Suffrage universel direct et indirect Le suffrage universel peut s'exprimer de deux manières : suffrage direct lorsque le corps électoral désigne directement son ou ses représentants (par exemple le président de la République française ou l'Assemblée nationale française), suffrage indirect lorsque le corps électoral élit un collège restreint de « grands électeurs », qui à son tour désigne le ou les représentants du peuple. Par exemple, le président des États-Unis ou les membres du Sénat français sont désignés par un mode de scrutin indirect.
Les premières assemblées modernes élues au suffrage universel États-Unis
Chaque État fédéré des États-Unis dispose de sa propre constitution et de sa propre législation en matière de droit de vote. Toutefois, un certain nombre de règles ont été imposées aux États par le Congrès fédéral. À l'indépendance, le suffrage était limité aux hommes blancs propriétaires, et souvent aux protestants. Le premier État à abolir la condition de propriété fut le New Hampshire en 1792, le dernier fut la Caroline du Nord en 1856. Les dernières restrictions d'accès au droit de vote des Afro-Américains et des autres minorités n'ont été abolies que par le Voting Rights Act en 1965. La première entité à accorder le droit de vote aux femmes aux États-Unis fut le Territoire du Wyoming en 1869 ; ce droit fut étendu en 1920 à toutes les élections par le amendement. Le droit de vote fut abaissé à 18 ans en 1971 par le amendement.
France
Sous l'ancien régime, le suffrage pour les assemblées locales et pour les Etats généraux concernaient les chefs de famille imposés, le suffrage était donc censitaire mais incluait un corps électoral plus élargi qu'après la révolution de 1789, certaines femmes ont eu le droit de voter si elles étaient veuves ou célibataires notamment.
La Constitution de 1793 — qui ne sera pas appliquée en raison de la guerre et sera abrogée lors de la réaction thermidorienne — prévoit pour la première fois le suffrage universel et une démocratie semi-directe.
Le suffrage universel est pleinement établi en 1799 sous le consulat et sera conservé par le régime impérial.
De 1815 à 1848, sous la monarchie, le peuple est totalement exclu du suffrage par le rétablissement du suffrage censitaire. Malgré l'abaissement des critères de cens, le nombre d'électeurs passe seulement de en 1817 à en 1846. Sous la monarchie de Juillet, le ministre royaliste et libéral Guizot s'oppose au suffrage universel qu'il considère comme un principe absurde.
En 1848, pour contourner l'interdiction de réunion et d'association instaurée par la monarchie, les partisans du suffrage universel, auquel s'oppose le roi, organisent des banquets qui se transforment en discours politiques. La répression de ces rassemblements, qui fait plusieurs morts, conduit à la révolution de 1848. Le suffrage universel (réservé aux hommes), sera rétabli par la Deuxième République en 1848, sous l'impulsion d'un gouvernement provisoire composé de républicains libéraux et de socialistes. De nombreuses personnalités s'y opposent néanmoins, notamment Alexis de Tocqueville. Dès 1850, le suffrage universel est suspendu avec l'exclusion des populations jugées « dangereuses » du droit de vote. Le suffrage universel masculin avait été imposé par une révolution de gauche purement parisienne, mais les élections législatives suivantes portent au Parlement une majorité nettement conservatrice, qui cherchera à restreindre le suffrage : la principale mesure fut une obligation de résidence de trois ans à la même adresse, ce qui exclut les ouvriers (qui déménageaient souvent pour suivre l'offre de travail).
Sous la Troisième République, le Sénat dominé par le Parti radical ne cessera de repousser le vote des femmes malgré les divers votes et propositions de l'Assemblée nationale, notamment une proposition du républicain Ferdinand Buisson, ainsi que le vote à l'unanimité des députés sous le Front populaire qui ne sera pas retranscrit à l'ordre du jour au Sénat. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1944 à la suite d'une ordonnance du portant sur l'organisation des pouvoirs publics prise par le général De Gaulle. Le premier scrutin auquel prennent part les femmes en France depuis la révolution de 1789 sont les élections municipales d'avril et .
Chronologie Le suffrage universel est prévu, en France, dans les constitutions suivantes :