La famille Jacobsen est une famille d'origine néerlandaise, implantée en France depuis le à Dunkerque (Flandre maritime, département du Nord), entrée dans l'histoire de France à double titre. Elle s'illustre d'abord en comptant dans ses rangs plusieurs corsaires dunkerquois, dont un ancêtre du célèbre Jean Bart. Ensuite, une seconde branche de la famille, installée dans le futur département de Vendée, contribue à la mise en valeur de l'île de Noirmoutier, tout en s'intégrant aux notabilités régionales : maires de Noirmoutier-en-l'Île, de Beaufou. Si les Jacobsen de Dunkerque ne brillent plus après la période de la guerre de course, la branche vendéenne continue de s'illustrer jusqu'au .
Armes - Devise « D'azur à une fasce ondée d'or, portant en chef, un compas ouvert de même ». Ou les mêmes avec « en pointe, un sabre en pal »Victor Derode, cité dans la bibliographie, p. 69.
Devise : Wisslick Komelick (Force, Courage)Charles Poplimont, cité dans la bibliographie, Tome V, p. 37..
Histoire Les Jacobsen viennent des Pays-Bas, où le nom est relativement répandu, de même qu'en Belgique. Ceux venus s'implanter en France proviennent de la Brille (Brielle). Clays Jacobsen de la Brille, est envoyé en Angleterre en 1309 par Guillaume III de Hollande (Guillaume de Hainaut), comte de Hollande, pour une négociation à propos des dommages causés par les prises faites en merVictor Derode, cité dans la bibliographie, p. 67. Les Jacobsen arrivent à Dunkerque au . Lors de la réforme protestante, qui a lieu au même siècle, quelques-uns, adeptes de la réforme, quittent Dunkerque : un Jehan Jacobsen est présent en Hollande, ayant pu fuir Dunkerque en raison de la répression menée par les gouverneurs des Pays-Bas espagnols et autrichiens contre la religion réformée, notamment Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe. Au début du , la fièvre religieuse étant retombée, ce Jean Jacobsen demande à rentrer à Dunkerque. L'archiduc Albert (Albert d'Autriche) le lui permet en lui accordant abolition et pardon. Jehan abjure sa foi protestante devant le curé de Dunkerque, entre au magistrat (administration municipale) de la ville, prête serment de fidélité au roi d'EspagneVictor Derode, cité dans la bibliographie, p. 68-69..
De nombreux Jacobsen de Dunkerque comptent parmi les corsaires de la ville. Le caveau des Jacobsen s'est longtemps trouvé dans la chapelle Sainte-Barbe de l'église Saint-Éloi de DunkerqueEmile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 326.
Au , un membre s'implante en Vendée et joue un rôle majeur dans la mise en valeur de l'île de Noirmoutier. Ses descendants prennent le relais, deviennent des notables locaux et fondent une véritable dynastie qui prospère jusqu'aux environs de la première moitié du . Par la suite, un certain déclin se confirme, même s'il demeure de nos jours de nombreux Jacobsen, en Vendée et dans d'autres lieux, tel Henri Jacobsen qui prononce un discours à Bourges en 1963, ou une descendante habitant Bruxelles en 1976, la baronne de la MotteF. Gutton, Bulletin de l'Académie du Var, 1976, p. 189-190..La famille Jacobsen de Vendée a confié les papiers de famille à l'association des Amis de l'île de Noirmoutier qui œuvre en liaison avec les Archives départementales de la VendéePapiers de la famille Jacobsen, cité dans la bibliographie.
Corsaires à Dunkerque Les corsaires dunkerquois du nom de Jacobsen, exercent cette activité pendant presque deux siècles, au service de leur suzerain : le roi d'Espagne, jusqu'en 1662, date à laquelle Dunkerque devient définitivement française (voir Histoire de Dunkerque). Plusieurs d'entre eux s'illustrent dans ces actions. En revanche, s'ils sont encore présents sur Dunkerque après le , ils ne laissent plus de traces notables dans l'histoire de la ville.
Principaux personnages :
Jehan Jacobsen , né vers 1520, mort vers 1563, est indiqué capitaine corsaire de Dunkerque en 1555Philippe Hrodej, Gilbert Buti, cité dans la bibliographie, Jacobsen MichelEn 1554, un Josse Jacobsen de Thorout et un Jean Jacobsen d'Ostende sont indiqués en tant que capitaines de navires, au service de Charles Quint, capturant des navires français. Louis de Baecker, Étude biographique sur Gérard Van Meckeren, vice-admiral de Flandre sous Charles-Quint, Bruges, 1849, p. 77-78, lire en ligne.. Matthieu Jacobsen , (?-1600 ou 1606). Présumé fils de Jehan et frère de Michel , Matthieu Jacobsen est un capitaine de navire corsaire actif entre 1593 et 1600, année de sa mortPatrick Villiers, Jean Bart: Corsaire du Roi Soleil, Paris, 2013 Arthème Fayard, lire en ligne; une autre sourceEmile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 309 date celle-ci de 1606, lors d'une sortie en mer pour rompre le blocus de Dunkerque pendant la Guerre de Quatre-Vingts Ans. En 1593, il ramène dans la cité un navire pris en mer chargé de bléEmile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 308. En 1595, il fait une prise en mer avec son frère Michel Victor Derode, cité dans la bibliographie p. 70-71.. Il commande ensuite un navire de guerre armé pour le compte du duc Juan Alvarado. Admis dans la marine royale espagnole en 1596, il a sous ses ordres un des bâtiments de l'escadre de Dunkerque placée sous les ordres du vice-amiral Van Wacken. En 1600, il est réquisitionné avec Michel par l'amiral d'Arenberg (sans doute Charles d'Arenberg) pour compléter sa flotte. Un service funèbre pour le repos de son âme et celui de son épouse a été fondé en l'église Saint-Éloi de Dunkerque, la date de cette cérémonie anniversaire étant fixée au de chaque année. Michel Jacobsen , (1560-1632 ou 1633), est le fils de Jean et le plus illustre des corsaires dunkerquois portant ce nom de famille, surnommé le Renard de la mer, El Zorro Del Mare, par ses adversaires, en raison de sa grande habileté. En 1588-1589, il est dédommagé pour avoir été pilote de l'Armada d'Espagne (Invincible Armada). Michel Jacobsen meurt en 1632 ou 1633Sans doute pas à Dunkerque comme le dit Victor Derode, mais a priori en Espagne, ayant été vice-amiral des armées navales du roi d'Espagne, chevalier de l'ordre de Saint-Jacques, vaillant corsaire au service de son roi. Il est père de douze enfants dont plusieurs capitaines de vaisseaux de guerre. François Jacobsen, fils de Michel , capitaine d'un navire de guerre dans l'escadre espagnole de François Rivera en 1628Emile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 322. Jean Jacobsen II, (1588-1622), autre fils de Michel . Il s'agit d'un autre héros dunkerquois : Jan Jacobsen. Confronté à une flotte hollandaise supérieure en nombre, après un combat acharné, il préfère faire exploser son navire plutôt que de le voir tomber aux mains de l'ennemi. Agnès Jacobsen (1592- ?), fille de Michel , veuve d'un premier mariage, épouse le , Michel Bart, fils d'Antoine. Michel Bart et Agnès Jacobsen sont les grands-parents de Jean BartVictor Derode, cité dans la bibliographie, p. 72-73.. Antoine Jacobsen II, fils de Michel I, né à Dunkerque, capitaine de navireVictor Derode, cité dans la bibliographie, p. 74.. Charles Jacobsen , (1595-1637), fils de Michel , nait à Dunkerque en 1595. Capitaine de navire corsaire, il est promu capitaine de galion en 1624, un an après la mort de son père, à la demande de Jacques Colaert, corsaire dunkerquois et amiral de Flandre, en raison de la vaillance de Charles et des services rendus par son pèrePatrick Villiers, cité dans la bibliographie, p. 67.. Il est capitaine dans l'escadre Ribera en 1628Philippe Hrodej, Gilbert Buti, cité dans la bibliographie, Jacobsen Alexandre Charles. Il est le membre de la famille qui fait affirmer les armes de celle-ci. Charles Alexandre Jacobsen, (1629-1691), fils de Charles , nait le Victor Derode, cité dans la bibliographie, p. 73.. Il alterne les périodes où il se livre au cabotage, parfois sous pavillon hollandais, et les moments où il est capitaine corsaire au service de la France. En tant que corsaire, Alexandre commande en 1665, dans l'escadre du Ponant, sous les ordres d' Abraham Duquesne, une frégate Notre-Dame des Anges, armée de 16 canons et montée par 150 hommes d'équipageEmile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 328., chargée d'escorter des navires de transport (bélandres) entre Dunkerque et Boulogne. La guerre de Dévolution en 1667, avec l'Espagne, amène ses premières courses. Il déçoit, considéré comme manquant de courage. Un temps écarté, il retrouve un navire corsaire quand débute la guerre de Hollande, en 1672 et de 1674 à 1676, navigue avec Jean-BartEmile Mancel, cité dans la bibliographie, pp. 329-330.. En 1678, au retour de la paix, il retourne au cabotage. En 1688, éclate la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il retrouve un navire corsaire pendant quelque temps. Capitaine de second plan, la réputation de corsaire d'Alexandre Jacobsen reste discutée. Charles Jacobsen II, (1663-?), fils de Jean Jacobsen III, nait le . Il est capitaine de corsaire victorieux en 1695Emile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 331.. Il fait enregistrer ses armes le . Cornil Jacobsen, (1644- 1711), fils de Pierre Jacobsen, vient au monde à Dunkerque en 1644. Échevin de la ville et châtellenie de Bourbourg, le , il fait un second mariage à l'âge de 61 ans, son épouse en ayant 19Victor Derode, cité dans la bibliographie, p. 75.. Il meurt à Bourbourg le , à l'âge de 67 ansJoël Rilat, Ces messieurs de Nantes, complément, Tome 4, p. 287, lire en ligne, est inhumé le 5 dans l'église Saint-Jean-Baptiste de BourbourgEmile Mancel, cité dans la bibliographie, p. 339..
Défricheurs et notables en Vendée Les Jacobsen arrivent sur l'île de Noirmoutier au . Ils s'y implantent durablement et jouent un rôle majeur dans la mise en valeur de l'île. Plusieurs générations se distinguent dans ce rôle. Leur forte implantation locale fait d'eux des notables qui laissent de nombreuses traces de leur présence, tout en essaimant dans les environs au fil du temps. Ils sont retrouvés jusqu'à nos jours, malgré un déclin sensible amorcé à partir de la fin du .
Principaux personnages :
Cornil Guislain Jacobsen, (1709-1787), nait le à Bourbourg du second mariage de son père Cornil Jacobsen. Il arrive à Noirmoutier en 1737, s'intègre aux notables locauxLes Jacobsen, preneurs de terres à Noirmoutier, cité dans la bibliographie et s'associe avec deux familles pour agrandir les terres cultivables de l'île. Il entreprend de grandes actions d'assèchement des marais dont celui de l'île de la Crosnière, commune actuelle de Beauvoir-sur-Mer, remarquable par sa fertilité. Il assure la pérennité du fameux passage du Gois, liaison permanente entre l'île de Noirmoutier et le continent à marée basse. Il décède le , à l'âge de 78 ans. Des lettres d'anoblissement accordées par Louis XVI antidatées du , pour prendre effet avant son décès, sont prises pour le distinguer.