Le Dauphiné () est une région historique et culturelle située dans le quart sud-est de la France actuelle et dont le siège était Grenoble. Le Dauphiné de Viennois fut un État, sous l’autorité des comtes d’Albon, qui prirent le titre de dauphins. Cette entité apparaît dans le royaume de Bourgogne (ou royaume d'Arles) au niveau de l'ancienne Provence. L'annexion de celui-ci au Saint-Empire romain germanique en 1032 provoque son délitement favorisant l'émergence de principautés telles que le Dauphiné qui sera rattaché en 1349 au royaume de France.

Le Dauphiné de Viennois devient alors la province du Dauphiné et conserve une certaine autonomie jusqu’en 1457.

À la Révolution française, la province se retrouve divisée en trois départements : la Drôme, les Hautes-Alpes et l’Isère. Durant les , une partie de son ancien territoire est rattachée au département du Rhône.

Ses habitants sont les Dauphinois.

Toponymie Le nom de la province du Dauphiné, connue en latin sous le nom de Delphinatus Viennensis, pourrait provenir du grec « Δελφίνι », Dauphin. Cette hypothèse est toutefois contestée par certains historiens. Delphinus est cependant un prénom relativement répandu au Moyen Âge, lequel évoque saint Delphinus, également connu sous le nom de Delphin de BordeauxSite francois.caussin.free.fr, texte "De l'origine du terme « Dauphiné » pour qualifier certains territoires et de celui de « Dauphin » pour désigner leur prince.. Quoi qu'il en soit, les souverains du pays viennois qui prirent ce titre usèrent d'un blason orné d'un dauphin qui les lient au royaume d'Arles, un état féodal qui s'étendait de la Bourgogne à la Méditerranée et lié à des héritages mythologiques gréco-latins moralisés et adaptés à l'univers mental de la chrétienté médiévale.

Dauphiné est attesté en pour désigner le territoire de la principauté : sa première occurrence se trouve dans un traité conclu à Paris, le , entre et , duc de Bourgogne, au sujet de la succession de .

Géographie thumb|230px|Massif du Vercors. La province sous l'Ancien Régime a pour limites : au nord, le Rhône, qui la sépare de la Bresse et du Bugey ; à l'est, la Savoie et le Piémont ; au sud la Provence et le Comtat Venaissin. La limite occidentale avec le Languedoc et le Lyonnais est marquée par le Rhône, depuis Saint-Paul-Trois-Châteaux jusqu'aux faubourgs de Lyon. La capitale du Dauphiné est Grenoble où siège le Parlement de la province. Vienne, siège d'un important archevêché couvrant la majeure partie du Dauphiné, en était le principal centre ecclésiastique.

thumb|center|upright=2|Le Dauphiné dans ses limites du et les communes et départements actuels. La partie de la province qui fait aujourd'hui partie de l'Italie a été rattachée au duché de Savoie en 1713.

La province offre des paysages variés entre les sommets alpins du Haut-Dauphiné (la barre des Écrins culmine à ), les Préalpes (Vercors et Chartreuse), les rudes plaines du Viennois ou celles du Valentinois, qui affichent un caractère plus méditerranéen.

On divise le Dauphiné en Bas-Dauphiné (plaines et secteurs vallonnés du nord-ouest et le long de la vallée du Rhône) et Haut-Dauphiné (Alpes et vallées intra-alpines). Durant l'Ancien Régime, le Dauphiné est également divisé en bailliages.

thumb|center|Les différents bailliages du Dauphiné sous l'Ancien Régime.

Bas-Dauphiné thumb|Champ de lavande à Chamaloc, dans le Diois. Dans le Bas-Dauphiné, on distingue : le Viennois, associant le comté de Vienne autour de la ville de Vienne (annexée en 1450 au royaume de France), le comté d'Albon et le Turripinois autour de la ville de La Tour-du-Pin, ainsi que le Royans ; le Valentinois avec la ville de Valence, comté annexé par Charles VI en 1404 ; le Diois, autour de la cité épiscopale de Die, comté également annexé en 1404 ; il inclut la région naturelle du Vercors ; le Tricastin, autour de la petite cité épiscopale de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

La principauté d'Orange est réunie au Dauphiné en 1734, mais la maison d'Orange-Nassau renonce à ses droits sur le territoire dès 1713. En 1793, elle est comprise dans le département de Vaucluse.

Haut-Dauphiné thumb|La Meije (), dans l'Oisans. Dans le Haut-Dauphiné, on distingue : les Baronnies, réunies au Dauphiné au début du et comprenant les villes de Nyons et Buis-les-Baronnies ; le Gapençais avec la ville épiscopale de Gap, comté annexé en 1202 ; il inclut notamment les régions naturelles du Bochaine, du Champsaur et du Dévoluy ; l'Embrunais, autour de la cité épiscopale d'Embrun, comté également annexé en 1202 ; il englobe aussi le pays de Chorges et le Guillestrois ; le Briançonnais avec la ville de Briançon, comté annexé vers 1040 ; il inclut aussi le Queyras. le Grésivaudan, incluant la capitale, Grenoble, comté annexé en 1116 ; il inclut notamment les régions naturelles de l'Oisans, du Trièves, de la Matheysine, du Valbonnais et la vallée de la Gresse.

Pour compléter la description du Haut-Dauphiné, il faut mentionner l'actuel Dauphiné italien, qui appartient au Briançonnais jusqu'en 1713 et comprend les hautes vallées d'Oulx, Cluson et Varaita.

Démographie Les différents territoires du Dauphiné connaissent une évolution démographique bien différente. En effet, les plaines du Bas-Dauphiné et les grandes villes bénéficient d'une forte augmentation de population durant le , avec le développement industriel et l’arrivée de travailleurs étrangers. À l’inverse, les territoires montagneux du Haut-Dauphiné subissent un exode important et la population de certaines régions diminue fortement, comme l’illustre le déclin démographique des Hautes-Alpes jusque dans les années 1950.

Actuellement, l’ensemble des territoires bénéficie d’une augmentation de population en raison du développement économique, de l’attractivité touristique mais aussi, pour le Nord-Isère, de l’attractivité de l’agglomération lyonnaise. + Démographie du Dauphiné et de ses départements depuis 1801 Territoire 1801 1851 1901 1954 1975 1999 2007 2013 Département de la Drôme Département des Hautes-Alpes Département de l’Isère Communes dauphinoises du département des Alpes-de-Haute-Provence - - - Communes dauphinoises du département du Rhône - - Communes dauphinoises d'Italie - - - - - - - Dauphiné Sources : INSEE, ISTAT

On constate une relative stabilité de la population de la région jusqu'au milieu du , période à partir de laquelle la croissance devient extrêmement forte. Toutefois de nombreuses communes du nord de la province (Villeurbanne, Bron, Saint-Priest, Corbas, ou encore Feyzin, Vénissieux par exemple) sont cédées au département du Rhône au fil des années ( en 1852, en 1967 et en 1971). En 2007, la population de ces communes est de . La densité du Dauphiné est de avec une très nette différence entre la partie rhodanienne (), le département de l’Isère (), la Drôme () et des Hautes-Alpes ().

Grenoble concentre en 2009 près du quart de la population du Dauphiné. Valence constitue la deuxième grande métropole dauphinoise. Le Dauphiné bénéficie également d'un important réseau de villes moyennes réparties sur le territoire (Gap, Échirolles, Montélimar).

Histoire Antiquité et Moyen Âge Périodes gauloise et gallo-romaine left|thumb|Temple d'Auguste et de Livie à Vienne. thumb|Peuples gaulois. Le Dauphiné est occupé par les tribus gauloises des Allobroges, les Segovellaunes, les Voconces et les Tricastins. La capitale des Allobroges est Vienne ; les terres vont de Genève vers le sud, en passant par Grenoble (Cularo) qui n'est qu'un point de passage pour franchir l'Isère.

Au début de la deuxième guerre punique en , Hannibal conduit son armée de la province d'Hispanie (Espagne actuelle) jusqu'en Italie. Hannibal fait passer son armée par les Alpes. Son parcours est décrit par les historiens anciens Polybe et Tite-Live. La route exacte fait cependant l'objet de nombreux débats, sans qu'un consensus ait pu se dégager. Hannibal passe de façon certaine par le territoire des Allobroges, domaine assez vaste des Alpes du Nord.

Le point de départ de la traversée des Alpes est le confluent du Rhône et d’une rivière que Polybe nomme « Skaras » ou « Skaros », et que les traducteurs identifient comme étant l’Isère. Au confluent, les deux cours d’eau sont parallèles et entourent une bande de terre nommée « île » avant de se rejoindre. Tite-Live donne d’autres précisions géographiques, et mentionne notamment qu'il a reçu du ravitaillement de la part des Allobroges.

Le pays des Allobroges est conquis par les Romains bien avant l'expédition de César en Gaule. Il est incorporé à la province narbonnaise. Vienne est érigée en colonie romaine et devient une des cités les plus importantes de Gaule.

Les premières traces du Christianisme dans la province remontent au . Les groupes de chrétiens se trouvent alors essentiellement à Vienne. Ils s’étendent à l’ensemble du Dauphiné au . Les plus connus des prédicateurs sont saint Mamert de Vienne, qui institue les rogations, et saint Marcellin.

Vers la féodalité thumb|upright=1.5|Pagi sous l'époque carolingienne, dans l'actuelle région Rhône-Alpes. On retrouve sur cette carte, les pagi dauphinois : le pagus Viennensis (le Viennois), le pagus Gratianopolitanus (le Grésivaudan), le pagus Valentinus (le Valentinois), le pagus Deensis (le Diois), le pagus Brigantinus (le Briançonais) et le pagus Vapincensis (le Gapençais). Le Dauphiné connaît diverses invasions. Wisigoths et Alains pillent de nombreuses cités (Valence, Montélimar…). Les Burgondes s'installent dans la région en 442, et choisissent Vienne, qui gardait son prestige de grande cité romaine, pour capitale de la Bourgogne.

Vers 740, les Sarrasins font de nombreuses incursions dans la région. Vienne et Grenoble souffrent de lourds pillages jusqu'à leur expulsion définitive probablement au cours de l'épiscopat d'Isarn de Grenoble, grâce à l'intervention de familles étrangères comme les Lombard ou les Alleman, de même que les Aynard de Domène (Montaynard)...

thumb|Le royaume Burgonde au . Au traité de 843, la région se trouve intégrée au royaume de Lothaire. En 855, elle passe à Charles de Provence. En 863, à la mort de ce dernier, Lothaire II impose son autorité sur le comté de Vienne, mais quand il meurt en 869, Charles le Chauve et Louis le Germanique se partagent ses possessions au traité de Meerssen de 870, par lequel le comté de Vienne revient à Charles. Celui-ci se proclame empereur en 875, à la mort de Louis II d'Italie.

Mais à la mort de son fils, Boson, gouverneur de Vienne, se fait proclamer roi de Bourgogne en 879. Avec le royaume de Provence se forme alors le royaume d'Arles qui demeure indépendant jusqu’en 1032, date à laquelle il est intégré au Saint-Empire romain.

Cependant, l’éloignement du suzerain favorise l’établissement de la féodalité. Apparaît alors dans la région une foule de petits États laïcs et ecclésiastiques. La formation du Dauphiné est alors l’œuvre des comtes d’Albon, plus tard dauphins de Viennois, qui ont l’habileté de réunir peu à peu sous leur autorité toutes les seigneuries voisines de leurs domaines respectifs.

Le concile de Vienne (1311-1312) Le fait majeur marquant Vienne comme ville d'Empire est le concile de Vienne qui siège entre le et le . Environ cent dix prélats (sur les trois cents conviés) venus de toute la chrétienté, le pape , le roi de France Philippe le Bel ainsi que ses fils, Louis d'Évreux frère du roi, Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret et Plaisians, ainsi qu'une multitude de barons et de chevaliers venus de France, sont présents pour ce qui précède à l'abrogation de l'ordre des Templiers, comme demandé dans la bulle pontificale , le . Par la bulle du , attribue les biens du Temple aux Hospitaliers. Le , le pape promulgue une autre bulle, , fixant le sort des Templiers, en les divisant en deux catégories : ceux qui ont avoué et les autres.

L'État ducal (1040-1349)