Le Néolithique précéramique B (PPNB, pour l'anglais Pre-Pottery Neolithic B) est une des phases du Néolithique du Proche-Orient. Il suit la phase du Néolithique précéramique A (PPNA), et il a comme ce dernier été établi en fonction de la stratigraphie du site de Jéricho par Kathleen Kenyon. Il s'étend sur environ 2000 ans entre le début du millénaire et le début du , donc d'environ 9000/8800 à 7000/6500 av. J.-C.

Le PPNB s'étend sur le Levant et les régions voisines (Anatolie du sud-est, Chypre), c'est une phase caractérisée par la présence de villages sédentaires, parfois très grands, dont la population commençait à maitriser l'agriculture et/ou l'élevage. De ce fait, il est considéré comme la phase d'accomplissement du processus de néolithisation, qui voit l'apparition de sociétés d'agriculteurs. Ces sociétés partagent donc un mode de vie similaire, avec une architecture rectangulaire, des techniques artisanales (débitage des pierres dures, vaisselle en pierre polie, industrie de l'os) et des pratiques religieuses apparentées (manipulation des corps des défunts, en particulier leurs crânes), sont reliées par des échanges d'objets (notamment l'obsidienne), même si des divergences culturelles existent. Il ne s'agit donc pas d'un ensemble culturel homogène, mais plutôt d'une koinè, une « sphère d'interactions ».

Chronologie

Le perfectionnement de la technique de datation radiocarbone et la multiplication des fouilles des sites de cette période permettent d'établir un cadre chronologique beaucoup plus précis et sensiblement différent de celui proposé par KenyonCauvin J., Cauvin M.-C., 1993, La Séquence néolithique PPNB au Levant Nord, Paléorient, vol. 19 .

Le PPNB couvre en gros le , le et le début ou la première moitié du Il se divise en trois phases, avec parfois l'ajout d'une quatrième, aussi appelée Néolithique précéramique C, pour le Levant Sud :

+ Chronologie du Néolithique précéramique B au Levant avant J.-C. Cal. selon différents auteurs. K. Wright. A. N. Goring-Morris et A. Belfer-Cohen (Levant Sud) P. Akkermans (Levant Nord) PPNB ancien 8940-8460 8500-8250 8700-7500 PPNB moyen 8460-7560 8250-7500 PPNB récent 7560-6940 7500-7000 7500-6900 PPNB final/PPNC 6940-6400 7000-6400

À la différence du PPNA, il ne se subdivise pas en entités archéologiques régionales distinctes.

Extension géographique et nature du PPNB thumb|Localisation des principaux sites du Néolithique précéramique B.

Le noyau géographique du PPNB se situe au Levant, c'est-à-dire pour l'essentiel la Syrie, le nord et l'ouest de l'Irak, la Jordanie, le Liban, Israël et la Palestine.

Les limites de son extension diffèrent selon les chercheurs. Le sud-est de l'Anatolie est couramment inclus, sa partie centrale parfois, mais en 2002 M. Özbaşaran et ses collègues ont proposé une autre chronologie pour cette région, la phase contemporaine du PPNB correspondant alors grossièrement à la phase Early Central Anatolia II (ECA II)Özbaşaran M., Buitenhuis H., 2002, Proposal for a regional terminology for Central Anatolia, in Gérard F., Thissen L. (Eds), The Neolithic of Central Anatolia, Ege Yayınları, Istanbul, . Les découvertes effectuées à Chypre à partir des années 1990 permettent d'inclure cette île dans l'aire d'extension du PPNBFinlayson B., 2004, Island colonization, insularity or mainstream?, in Peltenburg E., Wasse A. (Eds), Neolithic Revolution, New perspectives on southwest Asia in light of recent discoveries on Cyprus, Papers from a conference, Drousha Village (Cyprus), 20th to 23rd September 2001, Oxbow books, Oxford .

La présence du PPNB dans le Zagros iranien fait encore l'objet de discussions car cette phase est encore très mal connue dans cette région. Cette dénomination n'est généralement pas employée pour cette région, mais elle participe aussi aux premières expériences de domestication, attestées à Ganj Dareh et Chogha Golan. Il en va de même pour les sites de Haute Mésopotamie orientale situés entre le Zagros et la Djézireh (Nemrik, Magzalia).

Vers le sud, le PPNB, n'est pas documenté dans la péninsule arabique et, vers l'ouest, il n'atteint pas la vallée du Nil toujours peuplée de chasseurs-cueilleursGuilaine J., 2010, Épilogue. Une révolution « humaniste », in Demoule J.-P. (dir.), La révolution néolithique dans le monde, CNRS Éditions, Paris, . Dans l'état actuel de la recherche, l'ouest et le nord de la Turquie en sont exclus.

La difficulté pour établir l'aire d'extension de cette phase est liée non seulement à l'état de la recherche mais surtout à la question des critères la définissant. Certains aspects traditionnellement associés au PPNB ont une aire d'extension qui dépasse son cadre géographique supposé ou au contraire sont absents de certains sites qui par d'autres aspects sont considérés PPNB. De plus, l'extension des aspects PPNB évolue au cours du temps.

Quand il s'agit de définir ce qu'est le PPNB et quels sont les liens entre ces régions très diverses, il a été proposer de l'envisager comme une koinè ou comme une « sphère d'interaction » (O. Bar-Yosef et A. Belfer-Cohen), succédant à un PPNA où la variété régionale est plus affirmée. Cela serait visible dans le partage de traits communs et des échanges d'objets porteurs de sens symbolique dans une grande partie de cet espace : cela concerne aussi bien l'économie agropastorale que les échanges d'obsidienne, les méthodes de débitage des pierres, l'architecture quadrangulaire, ou le « culte des crânes ». S. Kozlowski a mis en avant l'existence d'une industrie lithique commune à cette koinè, les « grosses têtes de flèches » (Big Arrowheads Industries, BAI). Pour J. Cauvin le PPNB est un phénomène culturel « conquérant », qui devient supra-régional, dont le centre se situe dans le Levant nord, plus précisément le Moyen-Euphrate, où les changements de mentalité et de culture précèdent les changements architecturaux, techniques sociaux et économiques qui sont les marqueurs de cette période (agriculture et élevage, passage d'une architecture arrondie à une rectiligne, « religion du taureau », etc.). D'autres envisagent la période plutôt sous l'angle de la diversité. Au cœur de ce problème réside la question de savoir comment interpréter les évolutions des régions qui se néolithisent à cette période comme Chypre ou l'Anatolie centrale (acculturation, colonisation, interaction ou expansion d'une culture dominante ?)Cf. par exemple ..

Occupation du territoire et habitat

Évolutions du peuplement

Si on considère le nombre et les dimensions des sites, la population de la phase PPNB était donc plus importante que celle de la phase précédenteByrd B. F., 2005, Reassessing the Emergence of Village Life in the Near East, Journal of Archaeological Research, vol. 13 , . Apparaissent aussi des villages de taille plus importante, surnommés « mégasites », sur le plateau de Jordanie et le Moyen-Euphrate en particulier. Cette croissance est en général attribuée à l'essor agricole, mais on trouve aussi des sites dont l'essor semble lié à une fonction de centre cérémoniel pour d'importantes communautés (Göbekli Tepe, Kfar-Hahoresh).

Les sites PPNB se développent dans des environnements très variés, par exemple les plateaux turcs, les vallées fluviales (Tigre et Euphrate), les zones montagneuses (Zagros, Taurus) et les régions maritimes (Chypre). En outre, le climat n'est pas homogène au cours des temps. Cette période qui suit la fin de la dernière période glaciaire connaît en effet plusieurs crises climatiques importantes qui ont provoqué des changements notables dans la végétation et la faune de ces régions.

Dans le Moyen Euphrate, la densité de peuplement n'évolue pas franchement entre le PPNA et le PPNB ancien : des sites sont toujours occupés (Mureybet), certains abandonnés (Jerf el Ahmar), d'autres sont des fondations (Abu Hureyra, Haloula, ), et ce sont des petits sites de moins d'1 hectare. Certains connaissent une croissance durant la phase moyenne, la croissance étant surtout marquée pour le PPNB récent entre 7500 et 7000 : des sites comme Abu Hureyra, Haloula atteignent alors peut-être 7-8 hectares, et surtout beaucoup de petits sites sont apparus, qu'il s'agisse d'occupations temporaires ou de véritables villages.

En Syrie occidentale et au Liban, une faible densité s'observe également au début du PPNB, malgré l'apparition d'un site important comme Tell Aswad en Damascène, et d'autres sites plus petits, sans doute pour la plupart temporaires. Mais la connaissance du peuplement néolithique de cette région est encore très parcellaire. Pour le PPNB des nouveaux villages apparaissent : Ghoraifé et Ramad en Damascène, Ras Shamra et Byblos sur la côte.

Au Levant sud, le PPNB ancien semble être une période de peuplement clairsemé, avec peu de sites connus (Motza, Kfar-Hahoresh). En revanche les périodes suivantes voient sa densification, et un pic durant le PPNB tardif et final. Les sites anciens du PPNA sont souvent abandonnés, ou réoccupés après un hiatus (Jéricho, Nahal Oren). La zone côtière a livré peu de sites, tandis qu'on remarque une plus forte concentration des sites à l'intérieur, dans la vallée du Jourdain (le « corridor levantin ») et en Transjordanie. Cela concerne notamment les zones semi-arides qui semblent être de plus en plus peuplées à la fin de la période, mais les sites de la steppe étant en général saisonniers et les villages permanents fondés près de sources pérennes (sens de la phrase?). Ain Ghazal et Wadi Shu'aib sont les plus importants sites de l'intérieur au PPNB ancien, pour la période finale d'autres apparaissent (As-Safiya, Basta, ‘Ain Jammam), pouvant atteindre les 15 hectares. Dans la région de Petra des villages sont fondés (Shaqarat Mazyad, Beidha, Ba'ja).

Dans les espaces arides et semi-arides du Levant intérieur (marges du désert syro-arabe, Sinaï), des traces d'un peuplement par des communautés de chasseurs-cueilleurs non sédentarisés sont identifiées sur de petits site de moins de 0,1 hectare, où se trouvent des restes végétaux et animaux, ainsi que des dalles servant à la mouture, parfois des constructions en dur et des tombes. Il s'agit de sites saisonniers, les communautés se déplaçant sur différents espaces géographiques selon la saison (petites collines en été, zones protégées des vents d'hiver). Reste à savoir quels types d'interactions ces groupes avaient avec les agriculteurs sédentaires avec lesquels ils ne devaient pas manquer d'entrer en contact, pacifiques ou belliqueux.

En Anatolie du sud-est le début du PPNB se fait sans rupture avec la période précédente, et est plutôt une phase de développement et d'innovations. Les sites s'implantent dans différents types d'emplacements : Gürcütepe, Cafer Höyük et Çayönü sont dans des plaines alluviales, Gritille Höyük et Mezraa-Teleilat sont sur les bords de rivières, Nevalı Çori sur une terrasse calcaire, Göbekli Tepe et Karahan Tepe sur le sommet de collines, Akarçay Tepe sur un plateau, etc.

On constate d'une manière générale que les abandons de villages après plusieurs siècles d'occupation sont courants sur toute la période, phénomènes qui peuvent dépendre d'une grande variété de causes. En particulier la fin du PPNB ancien est marquée par le déclin des grands villages et l'abandon de nombreux sites dans certaines régions, en particulier le Levant Sud et l'Anatolie. Les causes de ce phénomène sont discutées, et sans doute plurielles, et peuvent varier selon les lieux : climatiques, avec l'« événement de 8200 avant le présent » (soit vers 6400 av. J.-C.), un bref (environ 200 ans) mais intense épisode de dégradation climatique ; des dégradations liées à une surexploitation du milieu par les communautés sédentaires sur le long terme ; peut-être des épidémies, des conflits ou autres troubles sociaux.

L'organisation des villages