Isabelle Huppert, née le à (Seine), est une actrice et productrice française.

Collaboratrice fidèle de Claude Chabrol, Benoît Jacquot et Michael Haneke, Isabelle Huppert alterne indistinctement scène et écran, cinéma d'auteur et films grand public. Elle est révélée au grand public par le cinéaste Claude Goretta en 1977 dans le film La Dentellière.

C'est l'une des actrices les plus prolifiques en France (deux ou trois films par an en moyenne) et l'une des rares interprètes dont la filmographie est véritablement internationale : sa carrière exigeante et reconnue l'amène en effet à tourner aux quatre coins du monde avec des cinéastes américains (Michael Cimino, Hal Hartley, Curtis Hanson, Joseph Losey, David O. Russell, Ira Sachs ou encore Otto Preminger), australien (Paul Cox), italiens (les frères Taviani, Mauro Bolognini, Marco Ferreri et Marco Bellocchio), russe (Igor Minaïev), européens (Michael Haneke, Werner Schroeter, Andrzej Wajda, Ursula Meier, Márta Mészáros, Joachim Trier, Neil Jordan, Jerzy Skolimowski ou Aleksandar Petrović), chiliens (Raoul Ruiz, Valeria Sarmiento) ou asiatiques (Hong Sang-soo, Brillante Mendoza ou Rithy Panh).

Son parcours théâtral l'amène également à travailler sous la direction de metteurs en scène renommés comme Bob Wilson, Claude Régy, Krzysztof Warlikowski, Jacques Lassalle ou Luc Bondy et à interpréter des auteurs contemporains comme Yasmina Reza ou Florian Zeller.

Elle a reçu de très nombreux prix internationaux : deux prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes, deux Coupes Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise, un Ours d'argent de la meilleure contribution artistique et un Ours d'or d'honneur. à la Berlinale, deux Prix du cinéma européen de la meilleure actrice, ainsi qu'un Lola en Allemagne, un BAFTA au Royaume-Uni et un David di Donatello en Italie.

En France, elle est la comédienne la plus nommée aux César avec dix-sept nominations. Elle remporte à deux reprises le César de la meilleure actrice, en 1996 pour La Cérémonie de Claude Chabrol, et en 2017 pour Elle de Paul Verhoeven, qui lui vaut par ailleurs le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice.

En 2017, elle a reçu le Prix Europe pour le théâtre..

Le , le New York Times la classe meilleure actrice du ., citant Denzel Washington comme meilleur acteur.

Elle devient la première femme à présider la Cinémathèque Française à partir de juillet 2026.

Biographie Jeunesse et formation Isabelle Anne Madeleine Huppert naît le à Paris , au sein d'une famille aisée et nombreuse. Elle est la fille de Raymond Huppert (1914–2003), industriel dirigeant une entreprise fabriquant des coffres-forts, commandeur de la Légion d'honneur., et d'Annick Beau (1914–1990), professeure d'anglais et férue de piano. Elle passe sa jeunesse à Ville-d'Avray où elle reçoit une solide éducation dans le domaine des arts et de la culture. Elle est élevée dans le catholicisme, la religion de sa mère, alors que son père est en partie issu d'une famille d'origine juive de l'ancienne Autriche-Hongrie...

Elle a trois sœurs et un frère, également orientés vers la culture : Rémi (né en 1946), diplômé d'HEC Paris, est devenu écrivain tout en étant consultant en management et développement international (notamment pour l'UNICEF, l'Union européenne, la Banque mondiale), Élisabeth (née en 1948), énarque, qui s'est dirigée vers l'écriture, la peinture, la comédie et la réalisation ; Caroline (née en 1950), diplômée en histoire et géographie, aussi réalisatrice. Jacqueline (née en 1944), quant à elle, est sociologue et professeur d'économie à HEC Paris, spécialisée dans les ressources humaines et la répartition du genre en entrepriseLe travail du genre par Jacqueline Huppert-Laufer, consulté le 14 janvier 2013.Marie-France Etchegoin, « L’indomptable », Vanity Fair , février 2019, ..

Après des études secondaires au lycée Florent-Schmitt de Saint-Cloud, Isabelle Huppert passe tout d'abord par le conservatoire de Versailles tout en étudiant des langues slaves, dont le russe, à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), sans pour autant y préparer un diplôme. En parallèle, elle suit les cours d’art dramatique de l’École de la rue Blanche puis ceux du Conservatoire national supérieur d'art dramatique (promotion 1975)., où elle a notamment pour professeurs Jean-Laurent Cochet et Antoine VitezVoir sur huppert.free.fr..

Sa connaissance de l'anglais, de l'italien et du russe lui a permis de jouer : en anglais au cinéma dans Rosebud, La Porte du paradis, Cactus, Faux Témoin, Amateur, J'adore Huckabees, Dead Man Down, The Disappearance of Eleanor Rigby, Back Home, Greta, Frankie, ou les films signés Brillante Mendoza et Hong Sang-soo, à la télévision dans New York, unité spéciale et The Romanoffs, et au théâtre dans Marie Stuart, The Maids et The Mother. en italien dans L'Histoire de Piera et La Belle endormie en russe dans L'Inondation et The Romanoffs.

Débuts et révélation (années 1970) Isabelle Huppert commence sa carrière au début des années 1970, tant au cinéma qu'à la télévision et au théâtre. Elle accumule de nombreux petits rôles, certains très discrets (Faustine et le Bel Été de Nina Companeez, Glissements progressifs du plaisir d'Alain Robbe-Grillet), d'autres qui frappent davantage le public, en particulier ses rôles de jeune campeuse violée et assassinée par Jean Carmet dans Dupont Lajoie d'Yves Boisset, d'artiste brute dans Aloïse de Liliane de Kermadec et surtout celui, culte, de jeune fille rebelle en quête d'émancipation dans Les Valseuses de Bertrand Blier. Repérée en particulier par la directrice de casting Margot Capelier, elle obtient progressivement des rôles plus importants : elle reçoit sa première nomination aux César grâce à Aloïse en 1976, Otto Preminger la choisit pour Rosebud, Bertrand Tavernier lui offre un rôle secondaire important aux côtés de Philippe Noiret dans Le Juge et l'Assassin. La plupart de ces films rencontrent un grand succès.

Sa carrière prend véritablement son envol avec l'adaptation du roman de Pascal Lainé La Dentellière par le Suisse Claude Goretta. Ce succès public lui vaut plusieurs distinctions internationales (BAFTA anglais et David di Donatello italien, équivalents des César). Isabelle Huppert tient le rôle d’une apprentie shampouineuse introvertie, victime d’une déception amoureuse qui fait basculer son existence. Cette image de victime et de fragilité maladive la poursuit dans plusieurs de ses films des débuts, au risque de l’enfermer dans des compositions quelque peu répétitives (Les Indiens sont encore loin de Patricia Moraz, Retour à la bien-aimée de Jean-François Adam, La Dame aux camélias de Mauro Bolognini, Les Ailes de la colombe de Benoît Jacquot). En même temps, elle contredit cette esquisse en donnant corps, devant la caméra de Claude Chabrol, au personnage-titre de Violette Nozière, célèbre parricide des années 1930« Claude Chabrol dissèque le réel. “Épisode 3 : Isabelle Huppert : 'Chabrol m’a donné l’occasion de creuser un territoire intime à l’intérieur du sien propre'” », France Culture, Les chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth, le .. C’est son premier « rôle-limite » qui la consacre star nationale et lui vaut le prix d'interprétation féminine au festival de Cannes 1978. Ce registre, auquel elle vouera une redoutable fidélité, lui permet de rendre crédibles la folie et les pulsions morbides de ses personnages sans verser dans l'hystérie.

Avec Aloïse et La Dentellière, elle donne à voir un jeu distancié, dépouillé, rigoureux, qui se caractérise par des gammes nuancées et retenuesSelon l'encyclopédie Larousse (article consacré à Isabelle Huppert). : une partition singulière qui la distingue des autres étoiles montantes de l’époque, Miou-Miou, Nathalie Baye et Isabelle Adjani. La presse lui prêtera d'ailleurs par la suite une image d'actrice intellectuelle qu'elle réfute en partieLe Journal du dimanche « Isabelle Huppert : Attention, fragile », consulté le 20 décembre 2012.. Elle garde ce style de jeu jusqu'au début des années 1980, et joue beaucoup sur l’ambiguïté de ses personnages : un physique de petite fille mais un attrait certain pour la sexualité.

Confirmation (années 1980) À la suite du prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1978, Isabelle Huppert est demandée par une série de grands cinéastes : Maurice Pialat pour Loulou, Jean-Luc Godard pour Sauve qui peut (la vie) et Passion, Michael Cimino pour Heaven's Gate (gros échec au box-office sans conséquences sur la carrière de Huppert). Se dessine alors une tendance qui sera la sienne tout au long de sa carrière : une vraie rigueur dans le choix de ses films, parfois peu consensuels, avec des cinéastes exigeants, souvent apparentés au cinéma d'auteur, et une envie de travailler aussi bien avec des réalisateurs français qu'étrangers, ainsi qu'avec des femmes (Patricia Moraz, Liliane de Kermadec, Márta Mészáros, Diane Kurys, Christine Pascal, Josiane Balasko). Elle partage à cette époque la vie de Daniel Toscan du Plantier, producteur à la Gaumont, qui lui monte des projets sur mesure avec des cinéastes reconnus comme Joseph Losey (La Truite), Mauro Bolognini (La Dame aux camélias), Pialat (Loulou), Márta Mészáros (Les Héritières), André Téchiné (Les Sœurs Brontë) et Michel Deville (Eaux profondes).

En 1981, Bertrand Tavernier lui offre, avec Coup de torchon, un rôle aux antipodes de ce qu'elle avait alors l'habitude de jouer : Isabelle Huppert y affirme alors un style de jeu plus extraverti, dynamique et comique, qu'elle gardera pour plusieurs films qu'elle tournera dans les années suivantes : La Femme de mon pote de Bertrand Blier (1983), Sac de nœuds de Josiane Balasko (1985) et Signé Charlotte de Caroline Huppert (1985). Les films de Tavernier et de Blier, ainsi que Coup de foudre de Diane Kurys sont des succès publics qui renforcent sa position dans le cinéma français.

Elle ne fait plus de théâtre durant les années 1978-1985.

En 1984, lors du Festival de Cannes, elle est membre du jury présidé par Dirk Bogarde.

Entre 1985 et 1988, elle connaît une relative traversée du désert en France où elle ne tourne aucun film. Elle part alors à l'étranger et tourne Cactus de Paul Cox en Australie et Faux Témoin de Curtis Hanson aux États-Unis.

La période 1988-89 est un moment important, d'abord parce qu'elle retrouve Claude Chabrol avec Une affaire de femmes, dix ans après Violette Nozière. Le film est un succès et ouvre une ère de riche collaboration entre Huppert et Chabrol qui se retrouvent alors tous les deux ou trois ans pour un film. Leur duo devient une marque de fabrique et explore une série large de genres cinématographiques d'où pointe une admiration mutuelle : la comédie (Rien ne va plus), le drame social (La Cérémonie) et historique (Une affaire de femmes), le film noir (Merci pour le chocolat) ou encore l'adaptation littéraire (Madame Bovary). Les films sont presque tous des succès (excepté Rien ne va plus) et permettent à Huppert de recevoir deux Coupes Volpi à Venise en 1988 (Une affaire de femmes) et 1995 (La Cérémonie), et son premier César de la meilleure actrice en 1996 (également pour La Cérémonie).