Mille milliards de dollars est un film français d'Henri Verneuil sorti en 1982.

Il emprunte son titre, ainsi que quelques répliques, à un livre d'économie du même nom, Mille milliards de dollars.

Résumé Grand reporter au journal La Tribune, Paul Kerjean (Patrick Dewaere) reçoit un appel téléphonique d'un informateur anonyme, qui lui donne rendez-vous dans un parking désert. Son interlocuteur l'informe que l'industriel et politicien Jacques Benoît-Lambert « JBL » (Robert Party) aurait reçu des pots-de-vin pour céder l'entreprise « Électronique de France », à la tête de laquelle il vient d'être nommé, à la multinationale américaine GTI (Garson Texas InternationalVisible vers 1 heure et 17 minutes au niveau du rapport financier). Par sa plaque d'immatriculation, Kerjean identifie l'informateur anonyme comme un certain Bronsky. Après avoir eu confirmation des accusations en approfondissant son enquête, en interrogeant l'épouse trompée de JBL et Walter (Charles Denner), le détective privé engagé par cette dernière pour suivre ce dernier et sa maîtresse, Laura Weber (Anny Duperey), Kerjean fait publier son article qui connaît un énorme retentissement et provoque un scandale.

Le lendemain de la publication, Benoît-Lambert est retrouvé mort dans sa voiture, une balle dans la tête. La police conclut au suicide. De retour d'un week-end dans la ville où il a fait ses débuts et s'est marié avec Hélène (Caroline Cellier), dont il vit séparé et avec lequel elle a eu un fils : Bastien, Kerjean découvre que l'industriel a en fait été assassiné et commence à comprendre qu'il a été manipulé pour détruire la réputation de Benoît-Lambert et faire croire qu'il a mis fin à ses jours.

Déterminé à découvrir la vérité, Kerjean continue son enquête, demandant entre autres l'aide de Laura Weber. Il apprend que JBL n'avait aucune intention de vendre Electronique de France à GTI et constituait un dossier prouvant le passé de la multinationale américaine, qui a vendu des armes à l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais une organisation secrète en cheville avec GTI, ayant eu vent du plan de Benoît‑Lambert, a décidé de régler le problème. Alors qu'il s'enfonce de plus en plus dans son enquête, le journaliste voit sa vie et celle de ses proches menacées. Après que son fils a échappé à une chute mortelle dans un ascenseur, Kerjean demande à Hélène de partir avec l'enfant en province pour leur protection.

De retour chez lui, Kerjean retrouve l'informateur, Stan Hankins (qu'il avait identifié sous le nom de Bronsky), qui le braque avec une arme. Travaillant pour l'organisation, il est venu récupérer le dossier incriminant que le journaliste a obtenu auprès de Holstein, un ancien cadre de la branche autrichienne de GTI. Après avoir tapé une fausse lettre sur la machine à écrire de Kerjean, il s'apprête à l'éliminer en faisant passer sa mort pour un suicide. Kerjean comprend que Bronsky/Hankins l'a manipulé, dans le seul but d'éliminer discrètement JBL qui faisait obstacle au rachat, en faisant passer sa mort pour un suicide provoqué par le scandale. Kerjean, qui avait dissimulé un pistolet, s'en empare et abat Hankins de plusieurs balles.

Le journaliste décide de se cacher dans un hôtel près de la ville de ses débuts, et où il avait passé sa lune de miel avec Hélène, pour y écrire son article intitulé , révélant toute la machination. Hélène le retrouve et décide de l'aider à l'écriture. Kerjean appelle la rédaction de la Tribune pour lui proposer de le publier. Mais l'organisation ayant fait disparaître le corps de Hankins et laissé la fausse lettre de suicide chez lui, le reporter se voit opposer un refus, discrédité par les incohérences de son récit.

Il commence à douter, quand Hélène trouve la solution en le faisant publier dans le quotidien local où il travaillait et avec le directeur duquel il est resté en contact, le bienveillant Guérande. Une édition spéciale, entièrement consacrée au sujet de Kerjean, est alors tirée à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, consommant toute la réserve de papier du journal de province. Cet épisode renoue la relation entre Paul et Hélène.

Fiche technique Titre français : Mille milliards de dollars Réalisation : Henri Verneuil Scénario : Henri Verneuil, d'après Gare à l'intoxe ! de Lawrence MeyerFalse Front (titre original), 1978. Paru dans la collection Série noire n° 1741 en 1979. Musique : Philippe Sarde Décors : Jacques Saulnier Costumes : Jacqueline Moreau Photographie : Jean-Louis Picavet Photographe de plateau : Vincent Rossell Son : Serge Deraison Montage : Pierre Gillette Production : les productions Henri Verneuil Direction de production : Jacques Juranville Sociétés de production : Films A2, SFP Cinéma et V. Films Société de distribution : AMLF Pays de production : Budget : 15 millions de francs. (soit environ en ) Langue originale : français avec quelques dialogues en anglais et allemand Format : couleur — 35 mm — 1,66:1 — son monophonique Genre : drame, thriller Durée : Dates de sortie : France : Classification CNC. : tous publics (visa d'exploitation délivré le )

Distribution

Patrick Dewaere : Paul Kerjean, journaliste Caroline Cellier : Hélène Kerjean, épouse de Paul, dont elle est séparée Robert Party : Jacques Benoît-Lambert « JBL », industriel et politicien Jeanne Moreau : Charles Denner : Walter, détective privé engagé par Anny Duperey : Laura Weber, maîtresse de JBL Mel Ferrer : Cornelius « Nell » Abel Woeagen, président de GTI Jacques François : Fred Great Michel Auclair : Michel Saint-Claude, directeur de GTI-Europe Jean-Laurent Cochet : Serge Hartmann, directeur de La Tribune André Falcon : Pierre Bayen, rédacteur en chef de La Tribune Édith Scob : Rachid Ferrache : Éric Bronsky Jean-Pierre Kalfon : Stan Hankins « Bronsky », tueur, faux-informateur Fernand Ledoux : Marc Eyraud : Sylvestre Jean Mercure : Joachim Holstein, directeur de GTI-Autriche avant la Seconde Guerre mondiale Jacques Maury : Jack Sleiter, un directeur de GTI Jean Claudio : Vittorio Orta, directeur de GTI-Italie Claude Vernier : Hans Verner : Kurt Van Schroeder Edmond Bernard : Ralph Van Lubeck Jacqueline Doyen : Arlène Robert Claude Marcault : la secrétaire de Paul François Viaur : l'employé de l'hôtel Jacques David : le commissaire de police Pierre Londiche : l'interprète français au tribunal Roger Comte : ? Marie-Pierre Casey : ? Yvonne Dany : ? Camille Clavel (doublé par Jackie Berger) : Bastien Kerjean, fils de Paul et d'Hélène Marie-Christine Rolland : secrétaire de l'agence Walter

Production Tournage Le tournage se déroule aux studios de Billancourt, au 115 avenue des Champs-Élysées à Paris, à Montereau-Fault-Yonne et à Meaux.

Accueil Box-office Ce film a enregistré lors de sa sortie en 1982. avant retrait des circuits de distribution, se hissant à la place du box-office français dominé cette année-là par E.T., l'extra-terrestre de Steven Spielberg. Bien qu'ayant dépassé le million d'entrées à sa sortie, le résultat du long-métrage au box-office est considéré comme un semi-échec par rapport aux attentes de Patrick Dewaere., dont c'est le dernier film sorti de son vivant.

Analyse Comme dans son précédent long-métrage intitulé I… comme Icare, le réalisateur Henri Verneuil raconte l'histoire d'un homme que son métier met aux prises avec une affaire qui le dépasse. Dans Mille milliards de dollars, le contexte est principalement financier. Le journaliste Paul Kerjean, travaille pour le quotidien nommé La Tribune et est censé démêler les mailles d'un imbroglio dans lequel la multinationale américaine GTI, cherche à prendre le contrôle d'une société d'électronique française. L'objectif du groupe est de commercialiser ses produits à partir de la France vers un pays tiers non précisé avec lequel les firmes américaines n'ont légalement pas le droit de traiter directement. L'enquête de Kerjean le porte à remonter jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et mettre au jour des révélations sur le passé de GTI en lien avec les nazis.

Comme il le relate lui-même auprès de différents médias lors de la sortie du film Henri Verneuil entend dénoncer avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l'apparition de sociétés aussi tentaculaires qu'inhumaines, pour lesquelles un individu n'est qu'un pion jetable à merci et forcé de produire des revenus destinés à ces grands groupes, pour espérer survivre, en fonction des politiques nationales qui se succèdent.

Illustrant cette stratégie dans le film, les déclarations du président de GTI, souhaitant voir gravé sur sa tombe le cours de son action boursière le jour de sa mort, trouvent leur écho dans l'inquiétude du journaliste qui constate avec fascination, que les 30 premières entreprises mondiales produisent à elles seules en 1982, le chiffre d'affaires annuel colossal de mille milliards de dollars...

Ce long métrage succède à Un mauvais fils de Claude Sautet avec Patrick Dewaere. Ce film marque le retour de l'acteur en vedette après un événement ayant bouleversé sa carrière professionnelle : pour s'être violemment emporté contre Patrice de Nussac, journaliste au Journal du dimanche, qui lui avait promis de ne pas dévoiler son prochain mariage avec Élisabeth Chalier, la mère de sa seconde fille, Dewaere subit durant de longs mois un véritable boycott de la part de la presse et des médias. Même les producteurs hésitent désormais à l'employer. Il n'est plus interviewé et, fait sans précédent en France, son nom est supprimé du générique de ses films dans plusieurs journaux, voire remplacé par des initiales employées dans une ambiguïté à connotation péjorative : « P.D. ». Henri Verneuil parvient à l'imposer mais on sent toujours quelques réticences des médias lors de la promotion du film. Ainsi, le dans le Journal de 13 heures de TF1, Yves Mourousi ne le laisse s'exprimer que quelques secondes sur une interview de plus de neuf minutes avec une partie de l'équipe du film, bien qu'il ait le premier rôle. Il parvient toutefois à préciser avec ironie, au sujet du personnage qu'il interprète et qui est lui-même un journaliste : « Je suis accusé, à tort, d'un très grand scandale », référence au boycott médiatique dont l'acteur a fait l'objetJournal de 13h d'Yves Mourousi, TF1, , sur le site de l'INA..

Mille milliards de dollars est l'avant-dernier long-métrage de Patrick Dewaere et surtout, le dernier film sorti de son vivant. Le suivant intitulé Paradis pour tous est l'ultime film de l'acteur, sorti un mois après son suicide.

Pour certains observateurs, la première partie du film évoque l'affaire Robert Boulin et son suicide maquillant un crime, homme politique et ministre du Travail compromis dans une affaire dénoncée par la pressehttps://www.lemonde.fr/blog/moreas/2010/07/29/le-trust-niche-fiscale-des-milliardaires/1000/ Georges Moréas : « Le trust, niche fiscale des milliardaires », site du quotidien Le Monde, le 29 juillet 2010, consulté le 8 avril 2024..