Arcangelo Corelli, né le à Fusignano et mort le à Rome, est un violoniste, chef d'orchestre et compositeur italien.

Auteur d’une œuvre somme toute modeste et bien que n’ayant cultivé que trois genres instrumentaux – sonate, sonate en trio et concerto – Corelli est néanmoins considéré comme l'un des compositeurs majeurs de la période baroque. Il exerça une influence durant sa vie, mais également longtemps après, grâce à l'édition de ses opus chez de nombreux éditeurs à travers toute l'Europe.

Biographie Né à Fusignano près de Ravenne, Arcangelo Corelli est le cinquième enfant d'une famille prospère de propriétaires terriens. Il reçoit le même prénom que son père, lequel est mort 5 semaines avant sa naissance. Le petit Arcangelo est ainsi élevé par sa mère Santa (née Ruffini ou Raffini) aux côtés de ses quatre frères et sœurs.

Il reçoit probablement ses premières leçons d'un professeur local, avant de partir en 1666 à Bologne, ville qui est à l'époque un centre majeur de la culture musicale, avec une école florissante de violonistes. Il y apprend le violon auprès de deux célèbres violonistes, Leonardo Brugnoli et Giovanni Benvenuti, eux-mêmes élèves d'Ercole Gaibara. En 1671, il se rend à Rome et devient violoniste de l'église Saint-Louis-des-Français. Il y subit notamment l'influence d'Alessandro Stradella (autre élève de Gaibara), lequel fut créateur de la formation en concerto grosso, dont Corelli contribue au développement. Il fait partie des musiciens qui participent à la première présentation publique de l'oratorio le plus connu de Stradella, San Giovanni Battista, en 1675, en l'église San Giovanni Battista dei Fiorentini, à RomeLivret de San Giovanni Battista, Deutsche Harmonie Mundi RD77034, ensemble La Stagione de Michael Schneider, ..

Il pourrait avoir voyagé en Europe – en France, en Espagne, en Allemagne, mais aucun document ne le prouve véritablement – avant de s'installer définitivement à Rome où il passe presque tout le reste de sa vie, ne quittant la Ville Éternelle que pour un court voyage à Naples.

À Rome, où sa présence est attestée dès 1675, il parvient à se placer sous la protection de puissants mécènes — la reine Christine de Suède (à qui il dédie l'opus I de 1681), les cardinaux Benedetto Pamphilj et Pietro Ottoboni, neveu du pape régnant —, ce qui lui permet de mener une vie sans soucis financiers et de soigner particulièrement une œuvre assez réduite en nombre de pièces, mais de très grande qualité, entièrement destinée au violon et à l'orchestre à cordes. Le , il joue lors de l'inauguration du Teatro Capranica dans Dove è amore è pietà de Pasquini. Le , le cardinal Pamphilj l'engage comme maître de musique ; il rejoint de la sorte d'autres musiciens : Matteo Fornari (avec qui il avait déjà joué) et le violoncelliste espagnol G.B. Lulier surnommé « Giovannino del violone ».

Il quitte la vie publique vers 1708. Il jouit alors d'une solide aisance financière, réunit une riche collection de tableaux de maîtres et semble avoir été généreux envers ses proches.

Il meurt à Rome le et est enterré au Panthéon.

Influence

Sa renommée en tant que violoniste et chef d'orchestre — il lui arriva de diriger plus de 150 musiciens () — était très grande et plus encore, peut-être, que celle de compositeur dont la publication des œuvres était pourtant attendue avec impatience dans toute l'Europe. Son opus 1 connaît au moins 39 éditions de 1681 jusqu'à 1790 (sans compter les pastiches, les arrangements et les sélections), succès éditorial inconnu avant Joseph Haydn. Quant à son œuvre la plus connue, l'opus 5, elle ne connaît pas moins de 42 éditions avant 1800. Geminiani a arrangé les opus 3 et 5 sous forme de concerto grossi, et l'opus 6 était joué pendant tout le en Angleterre. Veracini laisse Dissertazioni sopra l'opera quinta del Corelli et Tartini écrit L’arte dell’arco. Plus tard, Serge Rachmaninoff utilise le thème de la Folia (opus 5 ) et Michael Tippett lui rend hommage.

Corelli a été en contact avec de nombreux collègues musiciens, dont Bernardo Pasquini et Alessandro Scarlatti. Georg Muffat et Georg Friedrich Haendel ont tenu à le rencontrer lors de leur voyage respectif en Italie : le premier dans les années 1690 ; le second produisant Il trionfo del tempo e del disinganno en et La Resurrezione que dirige Corelli les 9 et . Il fit partie de plusieurs sociétés savantes : l'Académie de Bologne, la Congrégation des virtuoses de Sainte-Cécile, l'Académie d'Arcadie (avec Pasquini et Scarlatti), où il prit le pseudonyme d'« Arcomelo Erimanteo ».

Son influence a été très grande, à la fois dans la diffusion de formes nouvelles — sonate et concerto grosso — et dans la technique du violon. Ce rayonnement s'est exercé largement au-delà des frontières italiennes. Par exemple, Jean-Sébastien Bach et François Couperin l'admiraient beaucoup. Le premier lui a emprunté un thème de sa Sonate op. 3 pour sa Fugue d'orgue en si mineur (BWV 579). Le second en faisait, pour la musique italienne, le pendant de ce qu'était Lully pour la musique française : il lui dédia « Le Parnasse, ou L’apothéose de Corelli » et s'efforça d'imiter son style dans les sonates dites « des goûts réunis ». Dandrieu laisse une pièce de son second livre de clavecin (1727) intitulée « La Corelli ».

Corelli eut par ailleurs de nombreux disciples violonistes et compositeurs qui essaimèrent dans différents pays : Francesco Geminiani, Giovanni Battista Somis, Pietro Locatelli, Giovanni Stefano Carbonelli, Francesco Gasparini, entre autres. On considère généralement que Corelli est l'initiateur de la technique moderne du violon, bien qu'il ne fût pas tenté par la virtuosité pure. Il est tout à fait représentatif du style baroque italien, caractérisé par l'emploi d'une ornementation riche — qui sera reprise plus tard par Jean-Sébastien Bach —, d'un continuo composé de plusieurs instrumentistes — clavecin, violoncelle, théorbe, guitare baroque — comme l'attestent plusieurs peintures contemporaines, et d'un contraste dynamique et rythmique important séparant chaque mouvement — comme en a témoigné Georg Muffat dans ses écrits.

Œuvres

Arcangelo Corelli laisse environ . Ce qui a été publié de son vivant est relativement restreint : cinq numéros d'opus ; auxquels il faut ajouter l'opus 6, qu'il ne put terminer (bien que joué dès 1682), et qui fut publié à titre posthume. Ces recueils contiennent chacun douze morceaux.

Les sonates adoptent la forme de la sonate d'église (sonata da chiesa) ou de la sonate de chambre (sonata da camera), et incluent, à côté de mouvements notés à l'italienne, par leur tempo (largo, vivace, allegro), des mouvements hérités de la suite de danses.

Opus Opus 1 : 12 sonates d'église (da chiesa) en trio (Rome, 1681)Opera prima, Sonate a trè, doi Violini, e Violone, ò Arcileuto, col Basso per l'Organo. Consecrate alla Sacra Real Maestà di Cristina Alessandra Regina di Svezia & c. Da Arcangelo Corelli da Fusignano, detto il Bolognese. Imprimé par Gio. Angelo Mutij ; Rome, 1681. Réimpressions : Bologne 1682 ; Rome 1683 ; Venise 1684 ; Bologne 1684 ; Modène 1685 ; Rome 1685 ; Bologne 1688 ; Rome 1688 ; Anvers 1688 ; Bologne 1697 ; Amsterdam 1695-1700 ; Paris 1700, 1710 ; Bologne 1714 ; Venise 1707 ; Amsterdam 1715. en fa majeur : Grave, Allegro, Adagio et Allegro en mi mineur : Grave, Vivace, Adagio et Allegro en la majeur : Grave, Allegro, Adagio et Allegro en la mineur : Vivace, Adagio, Allegro et Presto en si-bémol majeur : Grave, Allegro, Adagio, Allegro et Allegro en si mineur : Grave, Largo, Adagio et Allegro en do majeur : Allegro, Grave et Allegro en do mineur : Grave, Allegro, Largo et Vivace en sol majeur : Allegro, Adagio-Allegro, Adagio et Allegro-Adagio en sol mineur : Grave, Allegro, Allegro, Adagio et Allegro en ré mineur : Grave, Allegro, Adagio et Allegro en ré majeur : Grave, Largo e puntato, Grave et Allegro Opus 2 : 12 sonates de chambre (da camera) en trio (Rome, 1685)Opera seconda, Sonate da Camera a trè, doi Violini, e Violone, ò Cimbalo Consecrate all'Emin.mo e Rev.mo Signore il Signor Card. Panfilio da Arcangelo Corelli da Fusignano, Detto il Bolognes. Imprimé par Gio. Angelo Mutij; Rome, 1685. Réimpressions : Bologne 1685 ; Modene 1685 ; Venise 1686 ; Rome 1686 ; Venise 1687 ; Rome 1688 ; Anvers 1689 ; Rome 1691 ; Venise 1692 ; Bologne 1694 ; Venise 1697 ; Amsterdam 1697 ; Bologne 1701 ; Rome 1701 ; Londres 1703 ; Venise 1705 ; Amsterdam 1706, 1709 ; Paris 1710 ; Amsterdam 1716, 1716 (con titolo diverso) ; Paris 1719 ; Londres 1720. en ré majeur (4 mouvements : Prélude, Allemande (Largo), Courante (Allegro) et Gavotte (Allegro) en ré mineur (3 mouvements : Allemande (Adagio), Courante (Allegro) et Gigue (Allegro) en do majeur (4 mouvements : Prélude (Largo), Allemande (Allegro), Adagio et Allemande (Presto) en mi mineur (4 mouvements : Prélude (Adagio), Allemande (Presto), Grave (Adagio) et Gigue (Allegro) en si-bémol majeur (4 mouvements : Prélude (Adagio), Allemande (Allegro), Sarabande (Adagio) et Gavotte (Allegro) en sol mineur (3 mouvements : Allemande (Largo), Courante (Allegro) et Gigue (Allegro) en fa majeur (4 mouvements : Prélude (Adagio), Allemande (Allegro), Courante (Allegro) et Gigue (Allegro) en si mineur (4 mouvements : Prélude (Adagio), Allemande (Largo), Sarabande (Adagio) et Gavotte (Allegro) en fa-dièse mineur (3 mouvements : Allemande (Largo), Sarabande (Largo) et Gigue (Allegro) en mi majeur (4 mouvements : Prélude (Adagio), Allemande (Allegro), Sarabande (Largo) et Courante (Allegro) en mi-bémol majeur : Prélude (Adagio), Allemande (Presto) et Gigue (Allegro) en sol majeur : Ciacona (Largo-Allegro) Opus 3 : 12 sonates d'église (da chiesa) en trio (Rome, 1689)Opera terza. Sonate à tre, doi Violini, e Violone, ò Arcileuto col Basso per l'Organo Consecrate all'Altezza Ser.ma di Francesco II. Duca di Modena, Reggio &c. da Arcangelo Corelli da Fusignano detto il Bolognese. Imprimé par Giacomo Komarek Boerno, 1689. Réimpressions : Bologne 1689 ; Modène 1689 ; Venise 1691 ; Anvers 1691 ; Venise 1694 ; Monti 1695 ; Rome 1695 ; Amsterdam 1697 ; Venise 1700 ; Rome 1701 ; Bologne 1702 ; Amsterdam 1706, 1709 ; Venise 1710 ; Amsterdam 1716, 1716 (avec un titre différent) ; Paris 1718, 1719. en fa majeur : Grave, Allegro, Vivace et Allegro en ré majeur : Grave, Allegro, Adagio et Allegro en si-bémol majeur : Grave, Vivace, Largo et Allegro en si mineur : Largo, Vivace, Adagio et Presto en ré mineur : Grave, Allegro, Largo et Allegro en sol majeur : Vivace, Grave, Allegro et Allegro en mi mineur : Grave, Allegro, Adagio et Allegro en do majeur : Largo, Allegro, Largo et Allegro en fa mineur : Grave, Vivace, Largo et Allegro en la mineur : Vivace, Allegro, Adagio et Allegro en sol mineur : Grave, Presto, Adagio et Allegro en la majeur : Grave, Vivace, Allegro, Allegro et Allegro Opus 4 : 12 sonates de chambre (da camera) en trio (Rome, 1694)Opera quarta. Sonate à tre composte per l'Accademia dell'Em.mo e Rev.mo Sig.r Cardinale Otthoboni et all'Eminenza sua consecrate da Arcangelo Corelli da Fusignano. Imprimé par per Gio. Giacomo Komarek Boemo, 1694. Réimpressions : Bologne 1694; Rome 1695; Venise 1695; Amsterdam 1696; Anvers 1696; Rome-Modène 1697; Bologne 1698; Venise 1700; Venise 1701; Londres ca. 1701-02; Bologne 1704; Amsterdam 1706 ; Amsterdam 1709 ; Amsterdam 1709 (titre différent) ; Venise 1710 ; Paris 1710 ; Amsterdam 1716, 1716 ; Londres 1720. en do majeur : Prélude (Largo), Courante (Allegro), Adagio et Allemande (Presto)) en sol mineur : Prélude (Grave), Allemande (Allegro), Grave et Courante (Vivace)) en la majeur : Prélude (Largo), Courante (Allegro), Sarabande (Largo) et Gavotte (Allegro)) en ré majeur : Prélude (Grave), Courante (Allegro), Adagio et Gigue (Allegro)) en la mineur : Prélude (Adagio), Allemande (Allegro), Courante (Vivace) et Gavotte (Allegro)) en mi majeur : Prélude (Adagio), Adagio, Allegro-Adagio, Allemande (Allegro) et Gigue (Allegro))