La Mort du poète (Pour la Mort du poète), en est un poème écrit par Mikhaïl Lermontov sur la fin tragique d'Alexandre Pouchkine et sur le mépris pour le poète alors manifesté par la haute société.

Il a été écrit immédiatement après le duel, en trois parties, et a connu immédiatement une très large diffusion, initiée par un ami proche de Lermontov, Sviatoslav Raïevski. Après une enquête lancée par Alexandre von Benckendorff, commandant des gendarmes, Mikhaïl Lermontov et Sviatoslav Raïevski sont arrêtés. Lermontov est ensuite affecté dans le Caucase.

Le poème est publié pour la première fois, dans une traduction allemande, en 1852 à Leipzig.

La Mort du poète contribua à la postérité de Lermontov, lui apportant la célébrité et lui donnant une aura de courage et d'audace.

Relations entre Mikhaïl Lermontov et Alexandre Pouchkine Il n'y a pas de document d'époque qui montre que Pouchkine et Lermontov, alors âgé de et jeune diplômé de l'École des cadets, se fréquentaient. Un témoignage fait état d'une rencontre entre eux — les Papiers d' (), rassemblés par sa fille en 1897, mais il ne semble pas s'agir d'une source fiable.

Ne connaissant pas personnellement Pouchkine, Lermontov l'a vu cependant plusieurs fois à Moscou et à Saint-Pétersbourg dans la rue, dans des théâtres, dans des librairies ou dans des lieux publics.

Il n'est cependant pas exclu qu'ils aient échangé en amont de la publication du poème Borodino de Lermontov dans le journal de Pouchkine Le Contemporain en 1837Tome 6, , autorisation de la censure du 2 mai 1837. Le poème a en effet été écrit au plus tard, à la fin de 1836 ou en , avant, selon une note du de Sviatoslav Raïevski, la rédaction de La Mort du poèteФЭБ: Лермонтов. Смерть Поэта. — 1954 (текст)..

Genèse, rédaction et première diffusion du poème

Vers 1 à 56

Le a lieu le duel entre le poète Alexandre Pouchkine et Georges d'Anthès, au cours duquel Pouchkine est blessé au ventre. Il meurt le .

Sous l'Empire russe, les duels pour l'honneur étaient interdits par la loi ; la cause de la mort de Pouchkine n'est pas mentionnée dans la presse, et la première publication y faisant allusion, le Dictionnaire des hommes mémorables () de ), date de 1847. Aucune information, même partielle, n'est donnée dans la presse sur les circonstances et les événements qui ont précédé le duel, ou sur les réactions de la société. C'est par les conversations et les correspondances privées, également soumises à la censure et à l'autocensure, ainsi que par des poèmes, que la vérité est connue. Le caractère tragique de l'évènement est accru par le fait que Pouchkine avait lui-même dépeint la mort d'un poète en duel dans Eugene Onéguine, en y opposant Lenski et Onéguine.

Lermontov écrit dans ce contexte la première version de son poème, qui se termine par le vers, (« Et un sceau sur ses lèvres »). Il date ce texte du , bien que Pouchkine ne meure que le lendemain, ce qui laisse supposer que la rumeur encore fausse de sa mort circulait déjà. Le poème est lu le jour même à Saint-Pétersbourg : selon Ivan Panaïev, . vignette|. Portrait par Mikhaïl Terebeniov. La Mort du poète parvient au cercle des proches de Pouchkine : Vassili Joukovski, Piotr Viazemski, Vladimir Odoïevski, Piotr Pletniov, , et à la famille de l'historien défunt Nikolaï Karamzine. Le , Tourgueniev écrit dans son journal : .

Alexandre Tourgueniev se trouve quelques jours après à Trigorskoïe, et, devant la tombe du poète au monastère Sviatogorski, en prenant congé de Praskovia Ossipova, il lui promet de lui adresser les vers de Lermontov. On sait qu'il les recopie le dans une lettre à celle-ci. Tous deux étaient liés d'amitié avec Pouchkine, et Alexandre Tourgueniev voyait le poète en 1837 presque chaque jour, le matin dans son , le soir dans des cercles. Praskovia Ossipova répond de Trigorskoïe : .

Le prince Piotr Viazemski mentionne le poème dans une lettre du à l'illustre Denis Davidov : .

envoie le à son frère Andreï La Mort du poète, sans les seize derniers vers, et, émue, ne peut qu'exprimer que l'auteur de ces , dans lesquels il y a , sont . On lit également dans le journal d'Ivan Kozlov, le : .

Lermontov ne réussit pas à entrer en contact avec le cercle des proches du poète avant son départ de Saint-Pétersbourg pour son premier exil dans le Caucase, le .

Vers 57 à 72 À la fin du mois de janvier, le médecin , rend visite à Lermontov souffrant, lui expose les détails du duel et de la mort de Pouchkine, qu'il s'était efforcé de sauver. Le chirurgien est marqué par l'évènement.

Ce récit conduit Lermontov à poursuivre son travail sur le poème. Le , Lermontov achève la rédaction des seize derniers vers : « Et vous, descendants insolents de pères... » ().

Épitaphe Une épitaphe est ajoutée dans une copie du poète, jointe au dossier des vers inadmissibles, écrits par le cornette de la garde du régiment de hussards Lermontov. Il s'agit d'une traduction libre d'un passage d'une tragédie de Jean de Rotrou (1609-1650), Venceslas : « Vengeance, souverain, vengeance » (« Отмщенье, государь, отмщенье! »).

L'affaire des « vers inadmissibles » vignette|Mikhaïl Lermontov (autoportrait) vignette|Alexandre von Benckendorf vignette|Sviatoslav Raïevski. Portrait par Mikhaïl Lermontov.

Le « Dossier de l'affaire des vers inadmissibles, écrits par le cornette du régiment de hussards de la Garde Lermontov et sur leur diffusion par le secrétaire du gouvernement Raeïevski » () contient des informations d'une particulière richesse sur les circonstances dans lesquelles a été écrite La Mort du poète.

Ouvert le , en aval des événements, il est conservé à la Maison Pouchkine (op 3, n° 9, L. 17-18). Le Messager de l'Europe («Вестник Европы») est le premier à le publier en 1887.

La première pièce est une note du 19 ou du d'Alexandre von Benckendorff, commandant des gendarmes, à l'empereur Nicolas , l'informant de l'existence du poème, de l'interrogatoire de Lermontov et de la perquisition dans ses appartements à Saint-Pétersbourg et à Tsarskoïe Selo :

Nicolas fait l'annotation suivante : .

Bournachev, puis Viskovatov racontent, que Benckendorf a appris de la comtesse Khitrovo, dans une réception, probablement chez la comtesse Dolly de Ficquelmont, l'existence de vers supplémentaires, offensants pour toute l'aristocratie. Le lendemain, il en informe Nicolas , qui a en déjà reçu d'un anonyme une copie avec l'annotation « appel à la révolution ».

Ce sont ces seize vers qui provoquent la réaction des autorités. La première version du poème, selon des témoins, n'a pas irrité l'empereur. Sviatoslav Raïevski déclare dans sa déposition que . Il reste aussi des témoignages, selon lequel Nicolas , après avoir lu le poème de Lermontov, aurait dit : , et le grand-duc Michel Pavlovtich aurait ajouté en français . Selon A. N. Mouraviev, le chef du département, , lui aurait dit : .

D'autres rumeurs laissent entendre que l'ajout n'a pas été fait par Lermontov. Alexandre Tourgueniev écrit le à A. N. Pechtchourov : .

Quoi qu'il en soit, Lermontov est arrêté, autour du (il n'y a pas consensus sur la date). Il est retenu dans les locaux de l'État-major, puis à partir du assigné à résidence dans l'appartement d'I. A. Arsenieva. Il quitte Saint-Pétersbourg le pour le Caucase, via Moscou. Selon A. N. Mouraviev, .

Le , une nouvelle perquisition est faite chez Lermontov et Raïevski. Le 21, ce dernier est arrêté.

Déposition de Mikhaïl Lermontov

On trouve dans le dossier la déposition de Lermontov :

La Mort du poète - Manuscrit diffusé par Sviatoslav Raïevski.

vignette|upright=1.2|alt=|Vue du col de la Croix (route militaire du Caucase). Peinture de Mikhaïl Lermontov

La décision de l'empereur parvient le :

Manuscrits et premières publications

Les différentes étapes de la composition de La Mort du poète peuvent être identifiées dans les premiers manuscrits. Toutes les difficultés de leur analyse n'ont pas été résolues.

Le premier bloc, les 56 premiers vers, correspond au manuscrit autographe conservé à la Bibliothèque nationale russe (manuscrit de Belova, Collection de manuscrits, , L. 1 F. 429). Il provient des archives de Vladimir Odoïevski, et comporte une annotation de ce dernier : « Poème de Lermontov, qui n'a pas pu être imprimé »).

La Mort du poète (« Le poète est mort ! — esclave de l'honneur… »)Autographe de Belova avec des corrections mineures.

Les principaux autres manuscrits sont : un brouillon autographe — RGALI, F. 427, оp. I, (cahier de ), L. 67-68 (fac-similé dans Pouchkine et ses contemporains , avec un commentaire de I. Vekhovski) ; un manuscrit autographe des vers 57 à 72 perdu, connu par la copie jointe au « Dossier sur les vers inadmissibles, écrits par le cornette de la garde du régiment de hussards Lermontov et sur leur diffusion par le secrétaire du gouverneur Raeïevsk », conservé à la Maison Pouchkine, op. 3, , L. 17-18 ; le manuscrit autographe des vers 21-33 de la lettre de Mikhaïl Lermontov à (RGALI) du .

Des conservées, 7 sont de l'année 1837, deux sont datées de février, deux de mars. On sait par ailleurs que Mikhaïl Lemontov, qui vivait alors à Stavropol, a donné à P. I. Petrov une peinture nommée Vue de Tiflis, une copie de la Mort du poète et le manuscrit de La dernière installation ()ФЭБ: Пахомов. Живописное наследство Лермонтова . — 1948 (текст)..

vignette|upright=1.2|alt=|Fac-similé de la première page de la première publication du poème La mort du poète de Leipzig (traduction en allemand). Édition de 1856 de La mort du poète.

Friedrich von Bodenstedt publie pour la première fois le poème, en 1852, à Berlin, en langue allemande.

La première édition en russe, par Alexandre Herzen, est faite en 1856 à Londres, sous le titre Pour la mort de Pouchkine () dans l'almanach .. La Mort du poète est ensuite publiée dans une autre version à Leipzig.

En Russie, la première publication partielle, sans les 16 derniers vers, a lieu en 1558 dans les Notes bibliographiques (), et dans le texte complet, dans l'édition des œuvres de Lermontov par Doudychkine (tome 1, 1860, ).

Postérité

Répliques poétiques La Mort du poète fait référence en littérature dans l'appréciation des événements liés au duel d'Alexandre Pouchkine.

Son premier écho poétique est la Réponse à Lermontov pour ses vers „Pour la mort de Pouchkine“ () datée du , qui n'était pas destinée à être publiée (elle le sera en 1895 dans Rousskaïa Starina)). Elle est écrite par un junker de l'École de cavalerie Nicolas où a étudié Lermontov, Pavel Aleksandrovitch Gvosdiov (1815-1851).

Le poème d'Alexandre Polejaïev, Une couronne sur la tombe de Pouchkine (), écrit le et publié partiellement dans le recueil Heures de la guérison (), en 1842 se termine par une strophe qui fait de Mikhaïl Lermontov le successeur du poète perdu () et où l'auteur espère qu'il ne sera pas oublié.

En 1841, Nikolaï Ogarev, exilé à l'étranger, écrit dans son poème Humour («Юмор») ces vers : .

Arts graphiques La Mort du poète a été illustrée par A. A. Goubiev, L. Dzemarian et Leonid Pasternak.

Arrangements musicaux , Evgueni Goloubev, A. S. Jak, I. F. Lvova, Sergueï Protopopov et d'autres ont mis La Mort du poète en musique.

Notes et références

Notes

Références

Annexes

Bibliographie Ouvrages et articles . . . . .

Émission télévisée .

Articles connexes Mikhaïl Lermontov

Poème oriental pour la mort de Pouchkine

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