L'Ordre du Temple solaire, abrégé OTS, est un mouvement religieux ésotérique néotemplier, fondé en à Saconnex-d'Arve, en Suisse, par Luc Jouret et Joseph Di Mambro. Cette création résulte de la fusion de la Fondation Golden Way et de l'Ordre international chevaleresque de Tradition solaire (OICTS). Cet ordre, prétendument chevaleresque, est tristement célèbre pour les suicides collectifs survenus en Suisse, en France et au Canada, ayant entraîné au total en , et , ainsi que pour les controverses qui ont suivi ces événements tragiques. L'affaire a constitué un facteur déterminant dans le durcissement des mesures de lutte contre les sectes en FranceL'OTS, facteur déclencheur de la guerre contre les sectes sur TF1..

En France, l'OTS est classé comme une secte selon le rapport de la commission d'enquête parlementaire de 1995Citée dans le rapport français , mais non retenue dans la liste des sectes.

Historique de l'ordre Joseph Di Mambro, surnommé « Jo », était bijoutier au sein d'une entreprise spécialisée dans le dégrossissage de l'orLe monde des sociétés secrètes: Des druides à al-Qaida, John Lawrence Reynolds, Les Éditions Fides, 2007, . Il a purgé une peine de de prison pour escroquerieLes millions de l'Apocalypse dans l'Hebdo, octobre 1994. Dans les années , Di Mambro commence à s'intéresser au spiritisme et s'engage avec un groupement successeur du Service d'action civique (SAC), fondé par Charles Pasqua. À la fin des années , il devient membre et responsable d'une loge de l’Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis (AMORC) à Nîmes, en France. En , il fonde le Centre de Préparation à l'Âge Nouveau (CPAN) à Collonges-sous-Salève.

Fraternité de la pyramide Dès , une communauté genevoise, connue sous le nom de Fraternité de la Pyramide, se réunit régulièrement dans une maison située dans la campagne genevoise pour partager des moments de solidarité, de discussions et d'entraide, abordant notamment des thèmes liés à l'alimentation et à la spiritualité.. Le chef d'orchestre Michel Tabachnik y assiste, apprécie l'ambiance et en devient membrePierre Morath & Eric Lemasson, La Fraternité, Point Productions, RTS Radio Télévision Suisse, SRG SSR , Yuzu Productions, les productions du moment, 2023, épisode 1.. En , il rencontre Joseph Di Mambro, qui lui propose de reprendre cette communauté et de lui conférer une structure. L'année suivante, les deux hommes fondent la Fondation Golden Way, dont Michel Tabachnik assume la présidenceL'ordre du Temple solaire, La Croix consulté le 6 septembre 2011Serge Pueyo, « Ordre du Temple solaire : les larmes de Tabachnik » , Le Figaro, consulté le 6 septembre 2011..

Fondation Golden Way Située dans une villa à Saconnex-d'Arve, en Suisse, la Fondation se présente comme un cercle de conférences privé, abordant des thématiques aussi bien ésotériques que musicales. Son objectif est de discuter des problématiques liées à la pollution, à l'environnement et aux liens sociaux. La Fondation s'efforce ainsi de développer une compréhension approfondie de l'évolution de la qualité de vie future, en mettant l'accent sur des sujets tels que la vie saine, l'agriculture biologique et les techniques de soins alternatifs.

À travers des conférences animées par des invités tels qu'Iannis Xenakis, Alexis Weissenberg, Nikita Magaloff, Mireille Darc, Hubert Reeves, Alain Delon, Michel Jonasz, ainsi que par le biais de recherches et d'interviews télévisées, la Fondation s'ouvre à la vie publique et politique. Au début des années , Joseph Di Mambro et Michel Tabachnik, tous deux passionnés par la philosophie, l'ésotérisme et la spiritualité, décident d'insuffler une dimension mystique et religieuse à la Fondation. Une pièce, désignée sous le nom de « Sanctuaire », est aménagée pour la méditation et l'organisation de rituels visant à . Les membres y sont revêtus de capes blanches ornées de symboles tels que la rose rosicrucienne et la Croix des Templiers. Parallèlement, Michel Tabachnik anime plusieurs conférences sur l'ésotérisme. Di Mambro fonde également la société Amenta, destinée à diffuser les idéologies de la Fondation Golden Way et à recruter de nouveaux membres.

Joseph Di Mambro est alors considéré par les membres de la Fondation comme un médium, un être qualifié de « Walk-in », c’est-à-dire une entité prenant possession du corps d'un individu.

« L'enfant cosmique » En , Di Mambro annonce qu'une est destinée à la fondation. Il déclare également qu'un doit voir le jour au sein de la communauté. Di Mambro projette rapidement que Dominique Bellaton, une jeune femme toxicomane, autrefois traquée par des proxénètes qui cherchaient à l'éliminer, et qui avait rejoint l'ordre à la demande de ses parents, devienne la mère porteuse de cet . Une cérémonie orchestrée dans la crypte de l'ordre, agrémentée d'effets spéciaux (une épée touchant le ventre de la jeune femme devant l'assemblée, suivie d'un éclair de lumière), est mise en scène pour convaincre les adeptes des prétendus pouvoirs surnaturels de « conception théogamique » des dirigeants, excluant toute relation charnelle. En réalité, Dominique est la maîtresse de Di Mambro et déjà enceinte de quelques semainesDe l'épée volante à l'enfant cosmique dans Libération, Marc Pivois, avril 2001. L'enfant, nommée Emmanuelle mais désignée sous le nom cosmique de Chris en tant que porteuse du Christ, naît le et mourra avec ses parents le à Salvan.

Arrivée de Luc Jouret En , Camille Pilet, horloger fortuné, futur dignitaire de l'OTS et principal bailleur de fonds de l'organisationest victime d'un infarctus, événement qui le conduit à rencontrer l'homéopathe belge Luc Jouret. Ce dernier, à partir du cas de Camille Pilet, s'intéresse progressivement aux médecines douces et aux thérapies alternatives, telles que la macrobiotique et l'iridologie, tout en développant un attrait croissant pour l'ésotérisme. En , il fonde le Club Amenta, qui sera par la suite rebaptisé Atlanta.. Parallèlement, Jouret donne plusieurs conférences où il établit un parallèle entre la démarche spirituelle et les principes de l'homéopathie. Di Mambro, remarquant l'aisance oratoire et les qualités de communication de Luc Jouret, décide d'entrer en contact avec lui.

Dans le même temps, Di Mambro se rapproche de l'Ordre rénové du Temple (ORT), une organisation se revendiquant comme une résurgence de l'Ordo Templi Orientis, fondée par d'anciens rosicruciens. À la mort de Julien Origas en , alors chef de l'Ordre rénové du Temple, Di Mambro incite Luc Jouret à en prendre la tête, faisant de lui le nouveau grand maître cette même année. Cependant, cette nomination provoque une scission au sein de l'ORT, dont émerge l'Ordre International Chevaleresque de Tradition Solaire (OICTS), que Luc Jouret prend alors en chargeDictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine par Jean-Pierre Chantin, Éditions Beauchesne, 2001..

Ordre du Temple solaire En , la Fondation Golden Way et lOrdre International Chevaleresque de Tradition solaire fusionnent pour former lOrdre du Temple Solaire (OTS), intégrant divers principes issus des structures antérieures et réunissant plusieurs membres issus de pays francophones. Luc Jouret, conférencier et recruteur, en devient le grand maître, bien que le véritable stratège et maître des finances de l'organisation soit Joseph Di Mambro..

L'organisation évolue régulièrement dans ses inspirations, mais puise principalement dans l'ésotérisme et l'occultisme, croyant fermement en l'existence et en l'efficacité de pratiques non reconnues par les religions ni par les sciences, et nécessitant une initiation spécifique. Les objectifs affichés du groupe étaient les suivants« Qu'est-ce que l'ordre du Temple solaire ? » à partir du Bulletin de liaison du CCMM de décembre 1994. :

reconnaître et réunir une élite spirituelle afin de la préparer, par l'étude des hautes sciences, à œuvrer pour la perpétuation de la Conscience universelle et de la vie à travers le temps et l'espace ; participer de manière prépondérante et active à l'établissement des centres de vie ; former, à l'échelle mondiale, une chaîne authentique de fraternité au service des forces positives et du temple unifié, incarné par lOrdre du Temple Solaire.

En , Di Mambro prend la décision d'établir un centre de survie au Canada, anticipant une éventuelle guerre nucléaire. Un domaine, baptisé Sacré-Cœur, est acquis à Sainte-Anne-de-la-Pérade, au Québec, dans le but d'y créer une ferme biologique. L'organisation met en place plusieurs filiales, certaines officielles, d'autres dissimulées, afin de financer ces acquisitions immobilières. Di Mambro tire souvent des bénéfices en revendant à des membres de la secte ses parts dans divers projets immobiliers. Ainsi, Joseph Di Mambro, Luc Jouret, Dominique Bellaton et Camille Pilet acquièrent deux chalets jumelés sur le chemin Bélisle à Morin-Heights (Québec), et, avec les fonds des membres, d'autres propriétés destinées aux activités de l'OTS, dont une ferme à Cheiry (Canton de Fribourg), gérée par Albert Giacobino, membre de l'organisation.

La même année, Di Mambro sollicite Michel Tabachnik pour rédiger des écrits destinés à , intitulés « Les Archées ». Ces textes, au nombre de 21, sont rédigés par Tabachnik en s'appuyant sur la bibliothèque ésotérique léguée par son père, ainsi que sur des emprunts aux œuvres de Raymond Bernard (fondateur de l'ordre des Rose-Croix AMORC), Carl Gustav Jung, et Jacques Breyer, dont les références aux Templiers inspirent l'''OTS et qui donne également quelques conférences au sein de l'organisation. Peu accessibles à la plupart des membres, ces écrits sont ensuite expliqués par Tabachnik lors de conférences à travers le monde.

Premières dissensions Dès , Antonio Dutoit, membre de l'OTS, commence à dénoncer la mégalomanie, les tromperies et les malversations des dirigeants de l'ordre. Il critique ouvertement Joseph Di Mambro, dont le mode de vie ostentatoire contredisait ses propres enseignements. Dutoit accuse également Di Mambro d'avoir orchestré des mises en scène reposant sur des tours de magie lors des cérémonies. Peu après, le fils de Di Mambro, Élie, révèle les irrégularités financières de son père. Face à ces révélations, certains membres ainsi que plusieurs donateurs influents – parmi lesquels des notables, industriels et propriétaires – exigent un remboursement partiel des sommes investies, ayant découvert que ces fonds avaient été détournés pour financer des entreprises fictives, des propriétés ou encore des dépenses somptuaires des fondateurs (villas, voitures de luxe, voyages)..

Joseph Di Mambro promet de restituer les montants réclamés, mais les démissions de membres de l'OTS se multiplient. La villa de Saconnex-d'Arve est vendue, et Di Mambro ne conserve autour de lui que les adeptes les plus fidèles. Les autres membres, quant à eux, ne sont plus vraiment informés des réunions et des activités de l'OTS.

Dans les années , Luc Jouret, ayant renoncé à sa carrière d'homéopathe pour se consacrer pleinement à l'OTS, commence à donner des conférences sur le développement personnel au sein de diverses entreprises, universités et banques, principalement au Québec, mais aussi en Suisse, en France et en Belgique. Cependant, Di Mambro, voyant d'un mauvais œil ces interventions publiques, considérant qu'elles divulguaient les idées et principes de l'OTS à un large public, entreprend de saboter les conférences de Jouret. Ce dernier finit par abandonner ses activités et devient entièrement dépendant de Di Mambro. Jouret est alors destitué de ses fonctions de grand maître, rôle qui est confié à Robert Falardeau. De retour en Europe, Joseph Di Mambro, accompagné de Camille Pilet et Alexandre Borgeaud, achète un terrain à Salvan, dans le canton du Valais, et y fait construire trois chalets, l’un d’entre eux étant destiné à Luc Jouret, qui occupe celui de Di Mambro.