Robert Surcouf, né le à Saint-Malo et mort le à Saint-Servan, est un corsaire, armateur et négrier français.

Embarqué dès l'âge de treize ans, il devient ensuite capitaine corsaire. Il harcèle les marines marchandes et militaires britanniques, non seulement sur les mers de l'Europe, mais aussi sur celles des Indes, et reçoit d'eux le surnom de « tigre des mers ». Ses activités le font reconnaître et l'enrichissent. Il devient l'un des plus riches et plus puissants armateurs de Saint-Malo et un grand propriétaire terrien.

Il participe également à la traite négrière comme lieutenant sur plusieurs expéditions, puis comme capitaine, et enfin comme armateur de navire négriers à la fin de sa vie et malgré l'interdiction de ce commerce en 1815.

Biographie Origines gauche|vignette|Hôtel de la Bertaudière, hôtel particulier où Robert Surcouf a passé ses premières années. Robert Charles Surcouf naît le , à Saint-Malo, en France. Cette naissance eut lieu soit rue du Pélicot, soit rue de la Bertaudière. En effet, sur le rôle d'imposition de 1773, la famille Surcouf est déclarée comme résidant rue du Pélicot, mais sur celui de 1775 son adresse est située rue de la Bertaudière. Le registre de 1774 ayant disparu, il est donc impossible de dire si la famille Surcouf habitait déjà rue de la Bertaudière tout en payant l'impôt à son ancienne adresse ou résidait encore à cette dernière..

Descendant d'une famille , fils de Charles-Ange Surcouf, sieur de Boisgris, et de Rose-Julienne Truchot de la Chesnais, il était notamment cousin de Duguay-Trouin par sa mère et par Pierre Porcon de La Barbinais (1639-1681), dit le « Régulus malouin »Ils descendaient en effet tous deux de Pierre Porçon de la Barbinais et de Thomase Chartier, Duguay-Trouin par leur fille, Guillemette et Surcouf par leur fils, Pierre Porçon de la Barbinais (1586-1634).. Son frère aîné Nicolas Surcouf (né en 1770) est également corsaire. Par ailleurs, sous le règne de Louis XIV entre 1704 et 1705, son arrière grand-père paternel, Robert Surcouf de Maisonneuve (1671-1720) avait pris le commandement du navire corsaire le Comte de Toulouse..

Formation Élève Ses parents, commerçants, destinaient Robert Surcouf à la prêtrise. Il suit des études au collège de Dinan dont il fugue, en 1786, après avoir mordu le mollet du prêtre qui tentait de le retenir. Le jeune garçon parcourut sept lieues dans la neige pour rejoindre la mer, un trajet dont il faillit mourir. La même année, alors qu'il n'a que treize ans et demi, ses parents l'autorisent à embarquer à bord du brick Le Héron sur lequel il accomplit son premier voyageCh. Cunat, Histoire de Robert Surcouf, capitaine de corsaire, Payot, Paris, 1925, ..

Pilotin Embarqué comme pilotin sur Le Héron, faisant du cabotage à destination de Cadix, Surcouf, bien que sans solde. (« apprenant le métier »), n'en mange pas moins à la table du capitaine et est considéré comme étant membre de l'état-major. En sa qualité d'élève officier, il est exempté des corvées incombant habituellement aux mousses ; il apprend les rudiments de la navigation et du commandement.

Après cette première expérience, il embarque le sur lAurore., navire négrier de sept cents tonnes commandé par le capitaine Tardivet, en partance vers les Indes.. pour y faire le commerce d'esclaves. Surcouf n'a pas encore seize ans. L’Aurore rejoint Pondichéry, d'où il est chargé de transporter des troupes à destination de la colonie de l'Isle de France (actuelle île Maurice).. Cette mission accomplie, l’Aurore part chercher des esclaves sur la Corne de l'Afrique. Sur le chemin du retour, il fait naufrage dans le canal de Mozambique, meurent noyés enchaînés dans les cales. Tardivet et son équipage, qui ont pu quitter le navire et rejoindre la terre ferme, affrètent un navire portugais, le San Antonio, en , pour retourner à Port-Louis, mais ils sont contraints de se dérouter sur Sumatra en raison de mauvaises conditions météorologiques. Finalement, ils ne regagneront Port-Louis qu'à la fin 1790, à bord d'un vaisseau de guerre français parti de Pondichéry.

Officier de marine vignette|Le pont principal d'un navire négrier.|219x219px Promu officier de la marine marchande, Surcouf embarque à bord du Courrier d'Afrique, un autre navire négrier. en partance pour le Mozambique sous les ordres du capitaine Garnier. À son retour, il est nommé lieutenant par le capitaine Tardivet et embarque sur le nouveau navire de celui-ci, la Revanche.. À son bord, Surcouf effectue plusieurs expéditions au large de Madagascar.

Il quitte la marine de commerce et s'engage alors dans la Marine royale comme timonier. Il embarque sur la flûte de vingt canons la Bienvenue, en partance pour la métropole., et il est sous les ordres du lieutenant de vaisseau HaumontRoche, .. La Bienvenue arrive à Lorient le . C'est là que Surcouf découvre les bouleversements politiques générés par la Révolution.

Après six mois passés sur place, Surcouf embarque comme lieutenant sur le navire négrier le Navigateur, commandé par le capitaine LejoliffGranier (1998) parle du « capitaine de Joliff » et non « Lejoliff ».. Il appareille le à destination du Mozambique avant de rejoindre l'Isle de France, où Surcouf est informé à son arrivée de l'éclatement des guerres de la Révolution.

Il reprend du service dans la Marine royale comme enseigne auxiliaire à bord de la Cybèle, frégate de quarante canons, dans l'océan Indien. Il connaît son baptême du feu lors du premier combat de la Rivière Noire, le : la Cybelle, la frégate Prudente et la corvette Jean Bart parviennent à chasser deux vaisseaux britanniques de cinquante et qui assuraient le blocus de la colonie. C'est le seul combat de Surcouf dans la marine de l'État, refusant toujours par la suite le commandement de frégates. Il retourne rapidement à la course, ne dépassant jamais le grade d'enseigne de vaisseau dans la marine militaire.

À vingt ans, capitaine au long-cours, il commande le Créole, un navire négrier. alors que l'esclavage a été aboli dans les colonies françaises en par la Convention montagnarde. Sans en exclure la possibilité, il est toutefois douteux que, sous le commandement de Surcouf, le navire ait effectué un pareil transport : les rotations, avérées, du navire ne correspondent pas en termes de délai avec celles nécessitées par un voyage de nature « négrière »..

Un corsaire au service de la France vignette|Portrait de Surcouf. Capitaine corsaire à vingt ans, Surcouf commande successivement plusieurs bâtiments : lÉmilie, le Cartier, la Clarisse, la Confiance et le Revenant. Il effectue des dizaines de combats et par deux fois, il fait front à deux contre un : en février 1799, contre lAnna-Maria et le Coturbok, puis, en janvier 1800, contre la Louisia et le Mercury. Il totalise, entre 1795 et 1801, puis 1807 et 1808, pas moins de dont deux entreront dans la légende..

Ses débuts : 1795-1796

À bord de lÉmilie Faute d'avoir pu obtenir en juin ou juillet 1795 une lettre de marque, le capitaine brestois Le Vaillant renomma son navire le Modeste en Émilie. Armé pour le commerce, le bâtiment n'avait, de fait, qu'une faible puissance de feu et un équipage réduit. Il en confia le commandement à Surcouf dont la feuille de route était des plus claires : aller aux Seychelles afin d' y acheter des tortues, à défaut du maïs, du coton et autres marchandises.

Parti le de l'isle de France, Surcouf déroute dès le son navire de sa trajectoire initiale. Dans un procès-verbal , Surcouf se justifie ainsi : résultant d'une concertation entre Surcouf et ses hommes, la décision avait été prise d'un commun accord devant l'imposante présence de navires anglais. Dérouté pour sa sécurité vers l'est (secteur allant de la côte orientale du golfe du Bengale jusqu'au sud de la Malaisie), le navire y ferait cargaison de marchandises. Et de prévoir de défendre la dite cargaison à l'aide des quelques canons dont le bateau disposait.

Dans le cadre de cette « défense », il arraisonne le un brick anglais, le Peguan, dans les brasses du Pégou (delta de l'Irrawady situé sur le littoral de la Birmanie). Puis, s'étant dirigé vers l'embouchure du Gange, il rencontre le un senau américain le Russel, enfin le vient un brick-pilote du Gange : le Cartier. Plus performant que l’Émilie, dès sa prise Surcouf le renomme Hazard et s'y installe avec et quatre canons, confiant le soin à un de ses seconds de ramener l’Émilie à l'isle de France laquelle y arrivera à bon port le .

À bord du Cartier : La prise du Triton Dès le , Surcouf « inaugure » son nouveau navire par la prise d'un brick américain, la Diana, et ce après un bref combat. Le capitaine Tapson soulignera ultérieurement combien les Français se conduisirent en gentlemen. En effet aucun membre de l'équipage, passagères et passagers, n'eurent à se plaindre du moindre mauvais traitement à leur encontre.

Le lendemain, un indiaman de croise le Cartier, c'est le Triton. Surcouf inclus, ils sont et quatre canons, le Triton peut compter de son côté sur et . Surcouf, sous pavillon anglais, s'approcha du navire, puis envoya le pavillon français juste avant l'assaut. L'abordage lancé, les officiers furent rapidement tués, désorganisant ainsi l'équipage, lequel se rendra après une résistance brève mais violente. Surcouf a vingt-trois ans, à la tête de trois navires, le Cartier, la Diana et le Triton, sa légende peut commencer.

Le Cartier sera envoyé à l'Isle-de-France sous le commandement d'un adjoint. Intercepté par le Victorious, il sera dérouté sur Madras. Contre promesse de régler une rançon (qui ne sera jamais payée), la Diana sera rendue au capitaine Tapson. Y seront embarqués les prisonniers faits sur le Triton, lesquels furent traités avec les mêmes égards que ceux de la Diana . Quant à Surcouf, ayant pris le commandement du Triton, une fois toutes ces affaires réglées, il fera route à son tour vers l'Isle-de-France .

Le conflit autour des prises Ayant armé en course sans lettre de marque, il fut sur le point d'être privé du fruit de ses exploits. En effet, dès qu'il accosta avec le Triton, ses prises furent confisquées puis vendues sans que ni Surcouf ni les armateurs de lÉmilie perçoivent quoi que ce fût dessus. Le tribunal de l'île en avait décidé ainsi par jugement rendu le 9 floréal an IV (), ayant estimé qu'absence de permission à faire la Course ôtait, dans ces conditions, tout droit financier. Malgré ce jugement peu flatteur, Surcouf, auréolé du prestige de la prise du Triton, fut le initié dans la loge maçonnique La Triple Espérance. Toutefois il ne resta pas longtemps en compagnie de ses nouveaux frères.

Bien que le montant des ventes soit inconnu, le préjudice devait être conséquent. De fait les armateurs de lÉmilie décidèrent d'envoyer, dès la mi-août, Surcouf plaider à Paris leur cause commune auprès du Conseil des Cinq-Cents. Informés des circonstances mais jugeant que l'exploit du fougueux corsaire méritait largement récompense, un décret fut pris en date du 17 fructidor an V () afin d'octroyer à Surcouf au titre de « don national » le montant de ses prises, évaluées à . Surcouf ne voulut pas ruiner son pays dont les finances étaient mal en point. Non seulement il se contenta pour lui et les armateurs de mais il poussa le geste jusqu'à proposer que cette somme soit réglée autrement que par de l'argent..

À bord de la Clarisse : 1798-1800 Son conflit juridique réglé, Surcouf accepta en février 1798 l'offre du négociant nantais Félix Cossin, à savoir le commandement du corsaire la Clarisse. Avec ses deux cents tonneaux, vingt canons et plus de cent hommes d'équipage, rejoint par son frère Nicolas qui devint pour l'occasion son second, Surcouf prit, le , la direction de l'océan Indien.

Première série de prises