thumb|Forum d'Ostie, à l'ombre des pins parasols.
Ostie (en latin Ostia) était le port de la Rome antique, situé à l'embouchure du Tibre, à au sud-ouest de la ville de Rome.
Ce port antique importait les céréales, l'huile d'olive, le vin, le garum et les autres marchandises en provenance de tout le monde romain, qui étaient ensuite acheminées jusqu'au port fluvial de l'Emporium.
La ville portuaire, abandonnée à la fin de l'Empire romain, conserve des rues et des bâtiments antiques, en particulier des entrepôts, des boutiques, des sanctuaires et des immeubles d'habitation (insulae), parfois sur une hauteur de plusieurs étages. Du fait de l'ensablement, le site se trouve désormais à l'intérieur des terres.
Elle est parfois confondue avec l'actuelle ville d'Ostie qui se trouve non loin de là sur le littoral, ainsi qu'avec la localité d'Ostia Antica qui se situe à proximité.
Étymologie Ostie, ou Ostia en latin, vient de ostium, qui signifie « embouchure d'un fleuve ».
Histoire Période archaïque thumb|Plan d'Ostie, emplacement du castrum en vert. Selon Virgile, c'est à l'embouchure du Tibre, sur le site d'Ostie que le prince Énée, fuyant l'incendie de Troie, aurait débarqué et implanté un fortVirgile, Énéide, VII, 157; IX, 8, 36, etc; X, 122; XI, 466, licence poétique même pour les Romains, puisque Varron fait débarquer Énée à Lanuvium.
Selon la tradition romaine rapportée par de nombreux auteursCicéron, De republica, II, 5; Tite-Live, Histoire romaine, I, 33; Denys d'Halicarnasse, III, XVI, 2, 44, 4; Strabon, 58, 25, la ville aurait été fondée vers par Ancus Marcius, quatrième roi légendaire de Rome. Ces auteurs évoquent un site entouré de bois et de salines, mais aussi l'inconvénient de l'alluvionnement du Tibre, qui gêne l'accès des gros navires et oblige à transborder les cargaisons sur des barques fluviales.
Les recherches archéologiques ne font cependant pas remonter l'existence d'Ostie au-delà de , et l'inscription la plus ancienne est une borne milliaire de la via Ostiensis datée entre le milieu et la fin du . La fondation d'un castrum (camp militaire) pourrait avoir eu lieu lors du desserrement du contrôle étrusque sur la rive droite du Tibre, après la prise de Fidènes en ou celle de Véies en . Le tracé archéologique du camp est bien repéré par ses vestiges de murs en grand appareil de tuf volcanique au cœur d'Ostie dans un rectangle de 193 par , orienté sur les axes cardinaux selon les rites de fondation
Période républicaine
En est instituée la questure d'Ostie (quaestor classicus), chargée de l'acheminement du ravitaillement jusqu'à Rome. : cette date marque le départ de la transformation de la petite citadelle en une véritable ville romaine, plus grande, entourée de nouveaux murs, prévoyant la place pour le développement futur.
La deuxième guerre punique montre l'importance stratégique d'Ostie. En , les bateaux chargés des approvisionnements pour l'armée romaine qui se trouvait en Ibérie partirent d'OstieTite-Live, Histoire romaine, XXII, 11, 6-7, et en , le blé provenant de la Sardaigne y était entreposéTite-Live, Histoire romaine, XXV, 20, 3. En , Publius Cornelius Scipion part d'Ostie avec ses trente quinquérèmes et gagne l'Espagne en longeant les côtesTite-Live, Histoire romaine, XXVI, 19, 11. En , un navire qui ramène la statue de la déesse Cybèle s'échoue et, selon la tradition, est miraculeusement halé par la vestale Claudia Quinta. L'épisode témoigne des difficultés de débarquement dans une embouchure sujette à l'alluvionnementAurelius Victor, de viris illustribus, 46.
Au cours du , le préteur urbain Caius Caninius déclare domaine public l'espace qui borde l'ancien castrum vers la via ostiensis et le délimite de quatre cippes. Cette zone restera toujours publique, et verra sous l'Empire l'édification de bâtiments publics tel que le théâtre et la place des Corporations..
En , cherchant à s'imposer au Sénat romain, Marius débarque à Ostie avec une flotte de 40 navires, la pille et tue une partie des habitants, puis bloque les approvisionnements maritimes de ses adversaires et prend le contrôle de RomePeriochae de Tite-Live, 79; Appien, Guerres civiles, I, 67; Orose, V, 19, 17; Plutarque, Vie de Marius, 42François Hinard, Sylla, Fayard, 1985, , .
La ville est pillée et ses bateaux sont brûlés par des pirates en Dion Cassius, Histoire romaine, livre XXXVI, 22. En , pour protéger la ville et l'approvisionnement de Rome, le consul Cicéron lance les travaux de réfection des murailles et des portes, qui seront achevés par Clodius Pulcher en Inscriptions de la Porta Romana dans .. Lors des guerres civiles, Ostie est de nouveau menacée par Sextus Pompée qui s’oppose au second triumviratFlorus, 2, 18, 2.
À l'époque républicaine, la ville était seulement considérée comme lemporium (le comptoir) de Rome, avec ses nombreuses boutiques et ses entrepôts. D'élégantes maisons à atrium et péristyle furent construites, tandis que les rues étaient ornées de colonnades. Sous les voies couraient les égouts, alors que . La population à la fin de la république peut être estimée grâce à l'inscription de P. Lucilius Gamala CIL 375 qui offrit aux colons d'Ostie un banquet public de 217 lits, soit sur la base de 9 convives par lit. Les femmes, les enfants et probablement les affranchis n'ayant pas pris part au banquet, on extrapole une population d'environ habitants..
Le développement du luxe à Rome engendre de nouvelles importations : au dernier siècle de la république romaine, de riches aristocrates décorent leur maison de marbres venus de Numidie ou de l'île de Chio, puis Auguste et ses successeurs font venir d'Égypte de grandes quantités de marbre, d'onyx, de basanite, de granitePline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXXVI, 8, 11-12. D'exceptionnels transports sont réalisés sous Auguste et Caligula avec l'arrivée d'obélisques entiers en granite.
Le port d'Ostie
L’emplacement exact du port fluvial d’embouchure d’Ostie est longtemps resté incertain. Depuis la Renaissance, de nombreuses tentatives de localisation du port ont été entreprises, sans succès. Il faut attendre les pour que des archéologues italiens identifient un secteur au nord-ouest de la ville, proche du « Palais Impérial », comme le site potentiel. Au début du , des archéologues allemands confirment la probable localisation du bassin, dans ce secteur nord, au moyen de prospections magnétiques. Toutefois, pour certains, l’absence de structures archéologiques dans cette parcelle attestait la présence d’un bassin, tandis que pour d’autres elle impliquait davantage la présence d’une place ou d’un espace destiné au débarquement des marchandises et à leur manœuvre.
Il faut attendre 2012 pour que des carottages sédimentaires valident la présence d'un bassin portuaire à Ostie . La stratigraphie révèle que les premiers sédiments portuaires, datés au radiocarbone, remontent entre le et s. av. J.-C.. Le bassin disposait d'une profondeur de sous le niveau marin antique. Cette donnée bathymétrique est importante car, considéré jusqu’alors comme un port essentiellement fluvial ne pouvant accueillir que des bateaux à faible tirant d’eau, ce bassin d’Ostie bénéficiait en réalité d'une profondeur suffisante pour accueillir de grands navires maritimes à fort tonnage. Enfin, la strate la plus récente, constituée d’accumulations massives d’alluvions, témoigne de l’abandon du bassin à l’époque romaine impériale. Grâce aux datations au radiocarbone, il est possible d’en déduire qu’une succession d’épisodes de crues majeures du Tibre est venue colmater définitivement le bassin portuaire d’Ostie entre le et le premier quart du . Ces résultats sont en accord avec le discours du géographe Strabon (58 av. J.-C. – 21/25 ap. J.-C.) qui indique un comblement du port d’Ostie par des sédiments du Tibre à son époque : (Strabon, Géographie, livre V, chap. III, parag. 5)..
Ce bassin portuaire d'Ostie, une fois ensablé, a alors été abandonné au profit d’un nouveau complexe portuaire construit à au nord d'Ostie, du nom de Portus. L'empereur Claude commence à construire un immense bassin, puis Trajan complète le dispositif avec un bassin hexagonal.
Port de Claude
thumb|upright=1.5|Embouchure du Tibre avec sur l'extrême gauche : le port hexagonal de Trajan et site d'Ostie antique. Entre les deux : Isola Sacra.
En son temps déjà, Jules César avait envisagé de créer un nouveau port à l'embouchure du Tibre, mais il y avait renoncé, en raison des difficultés techniques. Cependant l'augmentation du trafic rendait insuffisant le mouillage naturel d'Ostie, par ailleurs difficile en raison des bancs de sable, et l'empereur Claude fit construire, à partir de 42, un nouveau port à environ trois kilomètres au nord d'Ostie (), le Portus Claudii Museo delle navi Romane. Un grand bassin artificiel alimenté et drainé par un canal dérivé du Tibre fut inauguré en 46Inscription . Ce port fut achevé par Néron, vers 64-66 et doté d'un phare comme l'indiquerait une monnaie de Néron de 64. Une nouvelle ville, Portus, se développa autour du nouveau port, au détriment d'Ostie.
Le port, de forme à peu près circulaire, fut créé à partir d'un bassin artificiel de et de 4 à de profondeur, construit sur une lagune en formation dont le cordon sablonneux constituait une protection naturelle. Le bassin fut protégé par une immense digue de de long et de large, laissant une entrée de , ménagée entre la digue et un môle de de long et de large, le monte Giulio, reposant au nord-est sur la terre ferme. Des débarcadères et des horrea furent installés sur les deux bras du port, faisant chacun plus de cent hectares, pour le déchargement et le stockage des marchandises.
Entre les deux digues avait été érigé un phare maritime fondé sur un îlot artificiel formé par le grand bateau de de longFilippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, 1998, utilisé par Caligula pour ramener d'Égypte l'obélisque du Vatican : le navire avait été rempli de roches, puis coulé en mer.
Port de Trajan
thumb|upright=1.2|Navires de commerce du bureau des armateurs de Carthage. Mosaïque de sol, place des Corporations à Ostie.
Mais ce nouveau port était exposé aux lames lors des tempêtes. Tacite rapporte qu'en 62, une tempête envoya par le fond environ deux cents navires dans le port mêmeTacite, Annales, livre XV, 18. Aussi l'empereur Trajan fit-il construire un nouveau port, le Portus Traiani, plus fonctionnel et un peu plus en retrait (). Les travaux furent menés de 100 à 112, pour aménager un bassin hexagonal de de côté et de profondeur, pour une surface de 32 hectares, avec m de quais, relié au Tibre par un nouveau canal, la « fosse Trajane » (aujourd'hui canal de Fiumicino), et à Rome par la Via Portuensis. De nouveaux grands magasins à étage et des entrepôts sont construits, couvrant une surface de 10 ha, pour assurer une meilleure conservation des denrées alimentaires. Tous les produits du monde méditerranéen antique y sont stockés : les produits et objets courants (chandelles, torches, cahiers de parchemin, rouleaux de papyrus) ; les denrées alimentaires (poivre et épices, quintaux de blé, amphores de vin, jarres d'huile d'olive), les vêtements, les matériaux de construction.
Une étude des universités de Southampton et de Cambridge en cours depuis 2007 montre une visite virtuelle des ports de Claude et de Trajan.
Si les amarrages sont mieux protégés, la navigation reste dépendante de la belle saison, et la circulation maritime s'interrompt chaque année à mi-novembre.
Les courants commerciaux