Isabelle Adjani, née le dans le , est une actrice et chanteuse française.

Elle débute à au cinéma, puis entre à à la Comédie-Française en 1972 et devient rapidement une vedette.

Elle reçoit à cinq reprises le César de la meilleure actrice, pour Possession, L'Été meurtrier, Camille Claudel, La Reine Margot et La Journée de la jupe. Elle est par ailleurs nommée deux fois à l'Oscar de la meilleure actrice, pour L'Histoire d'Adèle H. et Camille Claudel, et est récompensée du Prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes pour Possession et Quartet, et de l'Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin pour Camille Claudel. Tout au long de sa carrière, elle alterne entre phases d'activité intense et pauses.

En , elle est condamnée en appel pour fraude fiscale aggravée et blanchiment, avec une peine réduite par rapport à la première instance.

Biographie

Famille, jeunesse, formation

Isabelle Yasmina Adjani naît d'un père français d'origine kabyleSon grand-père Mohammed Bensalah Hadjami est né le 22 mai 1898, à Philippeville, aujourd’hui Skikda, en Algérie., Mohammed Adjani (1923-1983), né à Constantine, engagé à l'âge de seize ans dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondialeDictionnaire étonnant des célébrités, de Jean-Louis Beaucarnot et Frédéric Dumoulin, First éditions, 2015, ., et d'une mère allemande, d'origine bavaroise, Augusta Emma Schweinberger (1919-2007), dite Gusti. Dans une interview donnée en 1985, Isabelle Adjani explique pourquoi sa mère avait l'habitude de dire que son père était d'origine turque : elle avait honte de ses origines algériennes. Elle lui demanda également de changer son prénom Mohammed en Chérif car cela faisait plus « américain »,https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2025/08/17/isabelle-adjani-les-mysteres-d-une-vocation_6631391_3451060.html.

Isabelle Adjani grandit dans une HLM à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, auprès de son père garagiste, de sa mère qui fait des ménages, et de son frère cadet Éric (né le et mort le ), qui sera photographe. Elle va au lycée Paul-Lapie à Courbevoie, et poursuit un temps ses études secondaires à Reims, au lycée Jean-Jaurès, pendant qu'elle y répète et joue La Maison de Bernarda Alba. Elle obtient un premier rôle à quatorze ans dans un film pour enfants, Le Petit Bougnat, tourné pendant les vacances scolaires, puis joue à seize ans dans Faustine et le Bel Été avec les jeunes premiers Muriel Catala, Francis Huster, Jacques Spiesser, Jacques Weber, et Isabelle Huppert, qui y fait une première courte apparition..

Outre le français, Isabelle Adjani parle couramment allemand, anglais et italien. En allemand, elle a interprété le premier rôle féminin de Nosferatu, fantôme de la nuit. Elle a joué en anglais dans Le Locataire, Driver, Possession, Quartet, Ishtar, Diabolique et Nosferatu, fantôme de la nuit, ce dernier film ayant été tourné en allemand et en anglais dans deux versions distinctes. Elle est la première à recevoir un César de la meilleure actrice pour un rôle non francophone (Possession en 1982), et la première actrice française à être deux fois candidate à l'Oscar de la meilleure actrice pour une interprétation en français (L'Histoire d'Adèle H en 1976 et Camille Claudel en 1990).

Révélation (1972-1975) En 1972, à l'âge de dix-sept ans, Isabelle Adjani débute au théâtre, à Reims, avec la troupe de Robert Hossein, dans La Maison de Bernarda de Federico García Lorca avec Annie Ducaux. La pièce, une coproduction avec la Comédie-Française, est un triomphe, et est reprise plus tard au théâtre de l'Odéon.

thumb|Isabelle Adjani interprétant le rôle d'Agnès dans la pièce L'École des femmes (1973). En 1973, Annie Ducaux recommande sa jeune partenaire à Jean-Paul Roussillon, qui prépare une mise en scène de L'École des femmes de Molière à la Comédie-Française, et cherche l'Agnès idéale. Isabelle entre ainsi à la Comédie-Française., et tient le rôle, dans lequel elle fait sensation, aux côtés de Pierre Dux et Michel Aumont, en alternance dans le rôle d'Arnolphe, après avoir, en 1973, impressionné dans une version télévisée avec Bernard Blier, réalisée par Raymond Rouleau. Elle tient le rôle titre d'Ondine de Jean Giraudoux, mis en scène au Français par le même Raymond Rouleau.

Au cinéma, elle est révélée au grand public en 1974 grâce à son rôle de jeune fille en rébellion contre son père (joué par Lino Ventura, la grande vedette masculine de l'époque), dans La Gifle de Claude Pinoteau, dont le succès la propulse au rang des jeunes actrices françaises les plus en vue.

En 1975, le réalisateur François Truffaut la remarque dans une version télévisée de L'École des femmes par Raymond Rouleau et dans le film La Gifle. Il écrit une lettre à l'actrice pour lui offrir le rôle titre de son prochain film, L'Histoire d'Adèle H. : L'histoire revient sur l'amour non réciproque, mais passionné et obsessionnel, d'Adèle Hugo, fille de l'écrivain Victor Hugo, pour un lieutenant britannique. Pierre Dux, administrateur général de la Comédie-Française, s'oppose au projet et propose à Isabelle Adjani de la nommer sociétaire de l'institution afin de la retenir en son seinDocumentaire, Isabelle Adjani, 2 ou 3 choses qu'on ne sait pas d'elle de Frank Dalmat, Arte, diffusé le .. Dans un premier temps, l'actrice hésite mais, attirée par le rôle et par la perspective de travailler avec François Truffaut, renonce au théâtre et accepte la proposition du réalisateur. Le tournage a lieu sur l'île de Guernesey et dure deux mois. Truffaut se fait le pygmalion d'Adjani, lui donne des leçons de cinéphilie et tombe amoureux d'elle.. L'actrice évoque une atmosphère de tournage à la fois concentrée, religieuse, mais également tendue, passionnelle, nerveusement éprouvante. À ce propos, le cinéaste écrit à une amie : . À propos du film, le critique de cinéma Jean-Marc Lalanne écrit dans Le dictionnaire Truffaut : .. L'Histoire d'Adèle H. connaît un succès critique et commercial lors de sa sortie en 1975 et Adjani se voit citée pour la première fois pour le César de la meilleure actrice ainsi que pour l'Oscar. La critique américaine lui promet un avenir de légende et la compare à Marlene Dietrich, à Ingrid Bergman ou encore à Greta Garbo..

Succès (1976-1986) thumb|Herman Braun-Vega et Isabelle Adjani sur le tournage du film Le Locataire de Roman Polanski dans l'atelier-loft du peintre, rue des Apennins à Paris. L'année suivante, Isabelle Adjani joue sous la direction de Roman Polanski dans Le Locataire. Le réalisateur, également acteur principal du film, est témoin de la dévotion totale qu'accorde l'actrice à son métier : .. Si l'étrangeté paranoïaque et cauchemardesque du récit séduit aujourd'hui les critiques qui considèrent cette œuvre comme l'une des plus abouties du réalisateur, cette fable sur l'aliénation urbaine et l'anomie, d'une fantaisie noire proche du délire, est mal reçue lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes et ne rencontre pas le succès commercial escompté. La même année, Adjani est dirigée pour la première fois par André Téchiné à l'occasion du tournage de Barocco, pour lequel elle donne la réplique à Gérard Depardieu ; elle est nommée pour la seconde fois au César de la meilleure actrice et acquiert Margot Haddad, Isabelle Adjani : Elle a les yeux revolver..., Spécial Biographie Magazine, 3, publié en mai 2011, Lafont Presse, 26-31.. En 1977, l'actrice tient le rôle principal de Violette et François de Jacques Rouffio aux côtés de Jacques Dutronc et décline l'offre de Luis Buñuel de jouer dans son film Cet obscur objet du désir en raison des scènes de nu.. Elle accompagne son conjoint Bruno Nuytten sur le tournage du Camion de Marguerite Duras et est la scripte du film. L'année suivante, Isabelle Adjani fait ses premiers pas à Hollywood avec le film policier Driver de Walter Hill pour lequel elle côtoie Ryan O'Neal. Pour sa performance, l'actrice s'inspire de Carole Lombard, Bette Davis, Barbara Stanwyck, Greta Garbo et Lauren Bacall : .

En 1979, Adjani tourne pour Werner Herzog dans Nosferatu, fantôme de la nuit, l'un des films dont elle est la plus fièreThierry Klifa et Jean-Pierre Lavoignat, « Isabelle Adjani, l'indomptable », Studio magazine (mars 2002), .. La même année, elle retrouve André Téchiné pour Les Sœurs Brontë dans lequel elle incarne Emily Brontë, l'auteur du classique de la littérature anglaise Les Hauts de Hurlevent. La presse commente alors sa supposée rivalité avec sa partenaire du film, Isabelle Huppert, interprète de Anne Brontë, et qui, à l'instar d'Adjani, a connu une ascension fulgurante dans les années 1970.. Selon Téchiné, le tournage des Sœurs Brontë s'avère difficile en raison des relations tendues entre les deux actrices. Isabelle Adjani, quant à elle, explique avoir mal vécu sa mise à l'écart de certains projets, au début des années 1980, à cause du producteur Daniel Toscan du Plantier, directeur de la Gaumont, qui aurait tenté d'imposer Isabelle Huppert, alors sa compagne, comme étoile du cinéma françaisMarie-Elisabeth Rouchy, Adjani et Huppert : La guerre des Isabelle, L'Obs, 2187, publié le , Le Nouvel Observateur du Monde..

La même année, Isabelle Adjani donne naissance à son premier enfant, Barnabé Nuytten, né de son union avec le directeur de la photographie Bruno Nuytten, rencontré en 1976 sur le tournage de Barocco.

Après deux ans d'absence, l'actrice fait son retour au cinéma en 1981 avec la comédie Clara et les chics types de Jacques Monnet. La même année, elle reçoit un double Prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes pour Quartet de James Ivory et Possession d’Andrzej Żuławski. Le tournage de ce dernier, dans lequel elle interprète un double rôle sulfureux, halluciné et extrême qui fait d'elle l'incarnation-type de l'héroïne romantique, tumultueuse et exaltée, est pour elle difficile en raison du caractère violent de Zulawski : ; elle obtient son premier César de la meilleure actrice. Toujours en 1981, l'actrice apparaît dans L'Année prochaine si tout va bien, une comédie de Jean-Loup Hubert, qu'elle regrette d'avoir tournée, avec également Thierry Lhermitte.. À cette époque, le public et la critique lui reprochent ses longues absences entre deux films, ce à quoi elle répond : .

En 1982, l'actrice donne la réplique à Yves Montand dans la comédie Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau. La même année, elle joue le rôle d'une femme artiste et féministe pour le film de Carlos Saura, Antonieta. Elle travaille quelques jours sur le tournage de Prénom Carmen que réalise Jean-Luc Godard. À propos du réalisateur, Adjani, remplacée par Maruschka Detmers, indique que . La même année, sort son premier album musical produit, écrit et composé par Serge Gainsbourg, Beau oui comme Bowie, dont elle coécrit les paroles de plusieurs titres.