L'héraclitéisme est d'abord défini par le Dictionnaire des concepts comme la doctrine du devenir chez Héraclite et plus loin l'héraclitéisme n'est pas seulement un mobilisme universel, auquel on a voulu le réduire, mais il est aussi . La tradition retient un certain nombre de termes (Logos, Polemos, Un-Tout, feu, devenir...) dont elle attribue la paternité philosophique à Héraclite, en opposition à son presque contemporain, Parménide, penseur de l'Être et de la vérité immuable. Mais c'est surtout les thèmes du mobilisme universel et du devenir que cette tradition a retenu. L'influence d'Héraclite s'est exercée sur de nombreux philosophes dont parmi les plus grands et les plus contemporains : Hegel, Nietzsche, Eugen Fink, Martin Heidegger. Philippe Choulet évoque une liste des mythologies récentes qui font d’Héraclite un totem et un fétiche : Heidegger, Beaufret, Char, Borges, Queneau, entre autres. En fonction des thèmes ci-après retenus, l'article présente quelques aperçus sur la place d'Héraclite dans l'histoire de la philosophie.
Unité du microcosme et du macrocosme thumb|220px|« Héraclite l'Obscur », détail de L'École d'Athènes de Raphaël, 1509 Héraclite pense l'homme comme étant composé des mêmes éléments que ceux qui structurent le cosmos obéissant aux mêmes lois. Cette conception d'une unité harmonique domine tout le Moyen Âge jusqu'à la Renaissance.
Toutefois dès l'origine, à partir de Platon, l'intuition héraclitéenne de l'unité essentielle entre ce qui et l' se perd. La pensée aura progressivement tendance à ne s'intéresser qu'à l'étant en ignorant dorénavant la dynamique conflictuelle et qui est à la base de son surgissement.
Eugen Fink, est le philosophe contemporain qui soutient explicitement une vision cosmologique du monde qui rappelle Héraclite. Selon Natalie Depraz Fink médite, principalement la question de l'origine du monde, qui lui apparaît comme la question phénoménologique fondamentale. Fink écrit dans son livre Le Jeu comme symbole du monde () : , cité par Adriano Ardovino.
Pour Heidegger l'« Unité », en tant que « Un-Tout » n'est pas à rechercher dialectiquement à la manière de la dialectique hégélienne, l'Unité est originaire et essentielle dans la dimension de la co-appartenance au sein de l'idée de « Logos » . C'est aussi à travers la métaphore de l' « éclair » qui illumine en un instant, de son rayon, toute la scène des êtres comme dans la caverne platonicienne, et non en faisant appel à l'image éclatante du soleil qui déploie lentement sa lumière dans la stabilité du jour, que Héraclite perçoit l'unité du Tout, , image de l'éclair et de la foudre dont Heidegger va se saisir comme une anticipation pré-socratique de l'événementialité de son Ereignis voir aussi les Apports à la philosophie : De l'avenance écrit .
Mobilisme On connaît la formule célèbre « Panta rhei » ) » qui, en grec ancien, signifie littéralement « Toutes les choses coulent » (dans le sens de « Tout passe »). (fragment 91). Une telle vision du monde, qui a fait le succès d'Héraclite, s’appuie sur la transformation incessante des êtres et des choses. Le devenir étant la perpétuelle transformation de la substance fondamentale. C'est aussi à trois autres thèmes que cette pensée doit sa fortune philosophique, à savoir l'accent mis sur un cosmos vivant en guerre avec lui-même, , une nature qui aime à se cacher (fragment 123), un monde imprévisible ( fragment 52 : "Le temps est un enfant qui joue au trictrac"). Le royaume du temps est celui d'un enfant. On a coutume sur cette base, d'opposer Héraclite comme philosophe du mouvement universel à Parménide, philosophe de l'immobilité radicale de l'Être.
Frédérique Ildefonse considère que l'invention de la doctrine platonicienne des Idées ou Formes intelligibles serait une réponse aux arguments d'Héraclite, suivant lesquels toutes les choses sensibles sont dans un flux perpétuel. Pour Platon, s'il doit y avoir science de quelque chose, il doit exister certaines autres réalités en dehors des natures sensibles, des réalités stables, car il n'y ne peut pas y avoir science de ce qui est en perpétuel écoulement.
À l'inverse, . .
Heidegger critique l'idée d'une opposition frontale entre Héraclite et Parménide. Jean Beaufret, remarque comment Heidegger prend appui sur plusieurs fragments pour contester la doctrine du mobilisme universel. Dans le Dictionnaire, il évoque plutôt la « dissolution » de ce concept dans quelques autres fragments : à l'écoulement des eaux s'oppose la permanence du fleuve. Plus radicale que le mouvement serait donc, chez Héraclite, la permanence des mesures qui ne cessent de le régir.
Conflit .
Fink propose, pour sa pensée, un point de départ «cosmologique» en cherchant à élucider la pensée héraclitéenne de l’«Un-tout» à travers une approche du «feu» et des antagonismes au centre desquels se trouve la « foudre » et le «feu». Le feu est le principe de toutes choses - .. Il est en soi un dieu selon Héraclite. Il est la réalité du mouvement, et l'état premier et dernier du cosmos à travers ses cycles.
Nietzsche privilégie la pensée du conflit. . .
Nécessité et innocence du devenir Ce double thème de la nécessité et de l'innocence du devenir que l'on doit à Héraclite traverse les philosophies de Schopenhauer, Hegel, Nietzsche.
Parmi les idées héraclitéennes qui ont pu séduire Nietzsche on note avec Philippe Choulet l’« éclair divin » d’Héraclite, sur le fond de la nuit mystique d’Anaximandre : Héraclite n’est pas un penseur argumentatif et “raisonneur”. Héraclite, c’est un instinct, une intuition [...] Cette puissance de l’intuition rend possible l’art de la contradiction, d’une combinaison des contraires, et s’y exprime. Et pourtant, l'« héraclitéisme » deviendra avec Hegel : le « devenir » comme première détermination de la pensée concrète et de la vérité.
Tout en s'opposant au rationalisme desséchant de Hegel, Arthur Schopenhauer voit le monde comme la manifestation . .
S'agissant de Nietzsche l'influence d'Héraclite est encore plus consciente et plus forte. écrit Philippe Choulet. Héraclite permet à Nietzsche, de dégager des affinités électives cachées citation tirée des Considérations Inactuelles IV, § 9, OPC II, 2, p. 154. .
Comme autre point de convergence avec Nietzsche : ».
Unité et multiplicité écrit Émile Bréhier.
Nietzsche n’hésite pas à coller des étiquettes héraclitéennes à la musique qui incarnait à ses yeux l’essence allemande, celle de Wagner [...] Entre Héraclite l’artiste et Wagner le révolutionnaire, il y a des affinités électives de Nietzsche cité par Philippe Choulet-.
La vision héraclitéenne du cosmos comme une multiplicité de choses qui surgissent sur la scène du monde (qu'elles soient présentes ou absentes, opposées et contraires), et qui toutes arrivent en présence dans le présent, pour être , recueillies et hébergées dans l'unité de l'horizon ouvert, sera ressaisie dans l'unité sous-jacente que Heidegger désigne d'abord comme le « là », du Dasein en quoi il est qualifié de « berger de l'être », ou plus tard l'« Ereignis ».
Le nature aime à se cacher L’interrogation permanente de Heidegger est axée sur le logos et l’aléthéia, qui donnent leur titre et leur thème aux deux célèbres études sur Héraclite recueillies dans Essais et conférences.
Ainsi il attache une particulière importance au fragment 123, qui déclara , soit , sentence trop trivialement interprétée par la communauté philosophique comme signifiant poétiquement la pénibilité du savoir et de l'apprentissage, alors que pour Heidegger, cette sentence pourrait exprimer l'essence profonde de alètheia, à savoir que le dévoilement implique nécessairement et simultanément le voilement C'est à propos du Séminaire tenu avec Eugen Fink que Philippe Arjakosky écrit : C'est avec la nomination de l' « abritement » en retrait » propre à l'alèthéia, qu'il faut rentrer dans l'étude d'Héraclite, par conséquent avec le fragment 16 (Qui se cachera du feu qui ne se couche pas ? ) ou 123 (la nature aime à se cacher).
Cette co-appartenance entre «» et n'est pas un jeu dialectique, ni une simple apposition de contraires; mais, comme nous le précise Martin Heidegger, une dynamique propre qui nous force à penser l'occultation et le non-être, comme une part essentielle de la Phusis , (la nuit du jour, la guerre de la paix, la disette de l'abondance), qui seule lui garantit d'être ce qu'elle est. Dans cette pensée originaire le non-être est constitutif de l'être, et c'est ceci qui est pensé dans la sentence énigmatique héraclitéenne. Avec la , Héraclite, selon Heidegger, nomme ainsi la .toujours émergeant et toujours s’épanouissant, la reste elle-même, en elle-même ; c'est en ce sens qu'elle peut être aussi pensée, comme un combat chez Héraclite, comme chez Anaximandre, l'autre grand pré-socratique ; comme une lutte entre puissances opposées, celles de la présence et celles de l'absence (puissance de la nuit et du jour, de la famine et de l'abondance, de la guerre et de la paix), aléthéia et phtora, du retrait des étants contre le non retrait, pour leur maintien dans l'ouvert (le non retrait).
Plus énigmatique encore, l'insistance de Heidegger, à présenter l'alètheia, non seulement comme ayant besoin de l'occultation pour briller (le jour a besoin de la nuit) ce qu'elle serait si elle était une simple ouverture mais .
Jeu de l'homme et jeu du monde .
Nietzsche se reconnaît dans Ainsi parlait Zarathoustra l'héritier d'Héraclite
De son côté, Eugen Fink retrouve la puissance fondamentale qui anime le Cosmos qu'Héraclite a caractérisé comme Logos mais aussi comme Jeu écrit Serge Meitinger. Serge Meitinger écrit à propos de l'usage de cette notion par Eugen Fink .
Notes et références
Références
Notes
Annexes
Bibliographie
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Articles connexes Héraclite Héraclite : Séminaire du semestre d'hiver 1966-1967 Heidegger et les Présocratiques La Parole d'Anaximandre
Liens externes . . . .
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