L'église Saint-Ouen est une église catholique située à Offranville, en France.
Présentation
L’église, dédiée à Ouen de Rouen, se dresse au milieu du village, entourée de son ancien cimetière. Avec l'ancienne porte d'entrée de ce dernier, l'if millénaire et le calvaire en grès armoricain, elle forme un ensemble particulièrement attrayant. L’église actuelle date du ; mais dès le il y avait en ce lieu un édifice dont l'existence semble attestée par la présence de l'if millénaire. Jadis, on ornait les abords des églises de cet arbre « symbole de l'immortalité et image de la nature perpétuellement jeune », dont les feuillages, dit la tradition, absorbent les mauvais miasmes et protègent l'agglomération de toutes les calamités, dont la peste est la plus redoutable. Cette maladie fut d'ailleurs en 1659 à l'origine du pèlerinageObservatoire du patrimoine religieux, en ligne . à la chapelle des Vertus de Saint-Aubin-sur-Scie. Les archives départementales révèlent que le curé le plus ancien connu à Offranville est l'abbé Guillaume qui exerce en 1240 et qu'en 1484, une tour de bois de l'église tomba par un violent coup de vent de Nord. On ne sait pourquoi ce premier édifice fut détruit pour être remplacé au par la construction actuelle. La raison la plus probable est que l'ouvrage d'alors, ayant près de cinq cents ans d'existence, avait atteint un degré de vétusté tel que sa démolition puis sa reconstruction s'imposèrent.
Historique
L'église a été construite entre 1517 et 1582. Comme la majorité des monuments religieux du de la région, elle est de style ogival pur, avec contreforts appliqués aux arcs boutants des nefs latérales, contre-butant les piliers de la nef, ce qui permet la création de grandes fenêtres et rend cette église lumineuse. Par opposition à toutes les églises édifiées par les moines, celle d'Offranville est de réalisation laïque, en ce sens qu'elle fut construite par les paroissiens eux-mêmesTrois dalles funéraires sont classées monuments historiques : celles de Jean Méguin (), de Michel Maurouard (, située dans la chapelle Saint-Nicolas) et des Le Forestier ().. Les matériaux proviennent de la région : les grès proviennent de Varengeville ; ils furent prélevés à la gorge des Moutiers (à l'époque appelée : le port des églises), la chaux venait de Muchedent et le bois de Vassonville, Heugleville-sur-Scie et Brachy. Seule la pierre ayant servi aux arcades principales est « importée » de Caen ou de Vernon par bateaux et débarquée à Dieppe. Contrairement aux méthodes actuelles d'arasement préalable, on ne démolissait les ruines à remplacer qu'au fur et à mesure des besoins d'espace pour asseoir les nouvelles portions de construction. C'est ce qui explique la chronologie de la construction de cette église. Le travail commença en 1517 par la chapelle Saint-Nicolas (aile sud du transept). Cette partie d'église est la seule à être ornée de gargouilles. En 1533, le chœur voûté de l'église est couvert. Cette même année est achevée la chapelle Sainte-Barbe : sacristie des chantres et chapelle du Sacré-Cœur, elle disparaît avec ses vitraux dans un incendie de 1981. Elle est restaurée en 1984 (vitraux et fonts baptismaux). L'actuelle sacristie dite « des Prêtres » n'est construite que 350 ans plus tard, c'est-à-dire en 1889. La chapelle Notre-Dame (partie nord du transept) ainsi que la chapelle Saint-Jean ou Saint-Clair datent de 1536. En 1541, le chœur et le transept sont terminés. La construction de la nef dure 35 ans. Commencée en 1547, elle n'est terminée qu'en 1582. La région entrait en effet dans la période tragique des guerres de Religion. Le grand portail de l'église est achevé en 1574 : il en porte le millésime au fronton. La tour carrée du clocher date de la même époque. En 1580, l'église reçoit un comble constitué par une charpente.
Enclos paroissial
L'ancien cimetière
Un portail monumental marque l'entrée de l'ancien cimetière. La clé d'arc porte gravée la date de 1665.
Il reste quelques tombes provenant de l'ancien cimetière désaffecté en . Il est transformé en surface verte et fleurie au cours de l'année 1957. Parmi les tombes, une est encore bien lisible. Elle a un socle carré en grès avec 3 plaques en ardoise sur 3 faces : « Ci gît Louis Aimé Lefrançois, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin en chef des hôpitaux de Dieppe, né le et mort le – les pauvres prieront pour lui après sa mort (il y avait peut-être une croix sur ce socle). Louis Lefrançois était attaché à l'établissement des bains sur la plage de Dieppe ; sa thèse de 1812 « Coup d'œil médical sur l'emploi externe et interne de l'eau de mer »Coup d'œil médical sur l'emploi externe et interne de l'eau de mer thèse de 1812 citée ici. en fait l'initiateur de la thalassothérapie, selon un historien contemporain.
L'if cinéraire
Un if millénaire d'une circonférence de longe le muret. Non loin de là, le petit if qui a été planté sur la pelouse est une bouture de cet if millénaire qui a été réalisée pour célébrer l’an 2000.
Le calvaire d'Yves Hernot père
Le calvaire d'Offranville est une œuvre d'art bénie en 1860Atlas des croix et calvaires de Seine-Maritime en ligne . Réalisé en granit bleu, haut de sept mètres au-dessus de son triple emmarchement et de son piédestal à quatre colonnes cylindriques polies de , il comporte un fût représentant un arbre ébranché, dont subsiste la base des rameaux, surmonté d'une remarquable image du Christ suppliant ; sa masse totale est de trois tonnes.
L'artiste breton, Yves Hernot père, a « sorti », sans aucune soudure, sans aucun morceau rapporté, un seul bloc de granit, la Croix, le Christ (un mètre de haut) et le bandeau « I.N.R.I. » ajouré. Le plus surprenant est que le sculpteur ait pu, avec un unique matériau, réaliser trois couleurs différentes : pour obtenir une couleur blanchâtre au fût et à la croix, il boucharda la pierre ; le Christ, apparemment plus noir n'est que le résultat de la pierre travaillée à la râpe, enfin la troisième couleur a été réalisée en utilisant la pierre ponce, ce qui a donné au granit un poli et un brillant de marbre noir.
Extérieur de l'église
La chapelle du transept sud, chapelle Saint-Nicolas, est ornée de gargouilles. Sur le mur extérieur de la tour de l'escalier du clocher, adossée à la chapelle Saint-Nicolas une inscription : « CI DEVANT LES VAUQUELĪS SŌT INHUMES LE DOULS ĪHS LEUR PARDOĪT LEURS PECHES ». Un certain nombre de pierres qui ont servi à la construction de cette église provenaient de l’ancienne église. On retrouve en plusieurs endroits des motifs floraux ou des têtes gravées dans ces pierres.
Clocher
La tour de l'église est surmontée d'un clocher tors couvert d'ardoises. La charpente du clocher, qui s'élève à , présente un léger « vrillage » d'1/8e de tour environ et un arrondi apparemment en contrefort de la partie basse du clocher face aux vents dominants. Il s'agirait d'un accident en cours de construction : lors des travaux de montage, la base octogonale et ses montants auraient dû être liés par des pièces de bois dites « croix de Saint-André ». Elles furent oubliées et, sous la pression du vent et du poids, l'ensemble a vrillé et s'est déformé. Pour rattraper le tout, il a fallu renforcer, d'où cette allure « dosset » du clocher.
Le porche d'entrée de l'église est daté de 1574. Les pierres de réemploi qui le composent sont ornées de motifs floraux.
Poutre de gloire et mobilier
La poutre de gloire de forme semi-elliptique originale est ornée d'un grand Christ agonisant encadré de la Vierge et de saint Jean, le tout en bois polychrome datant du début du .
Le maître-autel date de 1971Avant 1971, la messe était célébrée au maître-autel qui se trouve au fond du chœur, le prêtre dos tourné à l'assemblée.. Il est l'œuvre d’Alexandre Hébert, ébéniste natif de la commune. La table de pierre de cet autel renferme des reliques de martyrs. Le panneau doré qui orne le devant de cet autel est l'œuvre d'Étienne Poirier, de Paris.
La chaire, située au milieu de la nef latérale Sud, en chêne, est remarquable par son style flamboyant. L'ébéniste rouennais Leroy qui l'a réalisée en 1844 s'est inspiré, pour la tourelle, de la couronne ducale de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. Elle est remarquable par sa masse et son style « flamboyant ».
Le lutrin., signé « Buzot à Saint-Saëns, l'an 1785 » représente un aigle doré aux ailes déployées : l'aigle représente saint Jean. Ce lutrin servait essentiellement aux chantres car, à l'époque, les livres étaient rares et chers. Pour chanter les offices, les chantres se regroupaient autour du lutrin sur lequel était posé un livre imprimé de caractères de grande taille, l'antiphonaire. Deux très belles statues en bois sont placées de part et d'autre des marches, à l'entrée du chœur. L'une est du , représentant un évêque, peut-être saint Ouen, patron de l'église. L'autre, du , est saint Jean-Baptiste, vêtu de sa peau de chameau.
Vitraux - Ornementation
Les fenêtres qui servent à faire entrer la lumière dans l’église sont ornées de vitraux dont un certain nombre peuvent servir de support à une catéchèse. Cette église a subi du côté de ses vitraux de très grandes pertes par l'injure du temps, les guerres de religion, la révolution de 1789, le vandalisme,…. L'église a été vitrée de couleur au fur et à mesure de l'avancement de la construction. Seuls les tympans du sont d'origine, le reste des verrières étant du ..
Chœur
1 – Vitrail : La vie de saint Ouen. Partant du bas à gauche, le saint, enfant, reçoit la communion ; à la cour de Clotaire II, avec lequel il s'entretient ; il rentre dans les ordres ; puis c'est l'image de son sacre épiscopal; ensuite, on voit en plein chantier le grand bâtisseur d'églises qu'il fut ; il part vers Rome; le Pape le reçoit en audience; sur le chemin du retour, il guérit des malades, il intervient près du roi Pépin de Herstal en faveur de Thierry III ; puis dans le tympan, le transport de ses restes et sa montée au ciel.
2 - Vitrail : L'arrestation du Christ, sa condamnation et sa crucifixion, avec, dans les deux tympans, les images de sainte Geneviève et de la Vierge avec l'Enfant Jésus.
3 - Vitrail : La mise de Jésus au tombeau, sa Résurrection puis son Ascension, avec, dans les deux tympans, sainte Anne apprenant à lire à la Vierge Marie et l'Esprit Saint descendant sur les apôtres.
L'ancien maître autel et son retable datent du . Il est l'œuvre du Dieppois Michel Borlé. tout comme les stalles. Au-dessus du tabernacle est placée une peinture à l'huile représentant « La Résurrection ». En façade, les cartouches décoratifs représentant deux torches entrecroisées, un ciboire, une vigne, un serpent, les tables de Moïse et l'Évangile.
Les statues situées de chaque côté du retable représentent saint Ouen (à gauche) et saint Barthélemy (à droite).
Dans la partie haute du mur du chœur, à l'instar des chapelles de la Vierge et de Saint-Nicolas, différentes dalles obituaires sont scellées.
Chapelle des fonts baptismaux
Dans cette nouvelle chapelle (réalisée après l'incendie de 1981 sur l'emplacement de l'ancienne chapelle Saint-Barbe) ont été remontés les fonts baptismaux du (cuve en marbre rouge veiné, surmontée d’une coupole de cuivre). À l'origine, ils se trouvaient en bas de l'église, à gauche en entrant.
Les vitraux détruits par l'incendie ont été remplacés en 1984 par trois vitraux modernes mais très symboliques (baies 4, 6 et 8). Trois éléments entrent dans leur composition : Le graphisme : c'est-à-dire les traits dessinés par les plombs ; ils donnent à l'œuvre son mouvement. La couleur : ici, volontairement tendre, pour ne pas nuire à la richesse de l'architecture. La symbolique : elle est, comme le sacrement, signe de l'invisible et appel vers l'invisible.