L'Alliance démocratique (AD) est une formation politique de centre droit fondée le . Sous la Troisième République, ce parti laïc et libéral est le pilier de la plupart des gouvernements entre 1901 et 1940. L'AD était, à l'origine, orientée au centre gauche, du fait notamment de son attachement à la laïcité et à son alliance avec les radicaux et les socialistes réformistes au sein du Bloc des gauches. Le parti évolue ensuite vers le centre droit et privilégie régulièrement des alliances avec le centre et la droite modérée, notamment lors de l'expérience du Bloc national, en alternance avec des gouvernements dits de « conjonction des centres » (ou concentration républicaine) avec les radicaux (centre gauche).

Oscillant entre association et partiRosemonde Sanson, « L’Alliance républicaine démocratique : Association et/ou parti ? » dans Claire Andrieu - Gilles Le Béguec - Danielle Tartakowsky (dir.), Association et champ politique. La loi de 1901 à l’épreuve du siècle, Publications de la Sorbonne, 2001., l’Alliance prit successivement les dénominations suivantes :

de 1901 à 1911, puis de 1917 à 1920 : Alliance républicaine démocratique (ARD) ; de 1911 à 1917 : Parti républicain démocratique (PRD) ; de 1920 à 1926 : Parti républicain démocratique et social (PRDS) ; à partir de 1926 : Alliance démocratique (AD).

La création, les hommes et l’idéologie Origines Sa création ne fut pas l'écho lointain de la tripartition afin d’aboutir à la République du « juste-milieu » théorisée par François GuizotFrançois Guizot considère le « juste-milieu » comme l’axe de la stabilité politique et le système idéal des classes moyennes attachées au libéralisme et à la propriété. ; elle répondait à une nécessité pressante et tactique, celle de faire contrepoids au jeune Parti radical, dont les forces promettaient, au vu de sa progression enregistrée aux élections de 1898, d'être hégémoniques au sein de la nouvelle coalition gouvernementale suscitée par le reclassement de 1899.

Elle est donc le fait des modérés (ou opportunistes) qui restèrent à gauche, aux côtés des radicaux et des socialistes parlementaires, pour soutenir le cabinet de Défense républicaine emmené par Pierre Waldeck-Rousseau depuis 1899. L'affaire Dreyfus finit, cette année-là, par aboutir à un vaste reclassement politique, lors duquel les républicains opportunistes, jusque-là unis au sein du groupe des républicains de gouvernement depuis les élections de 1893, se divisèrent sur la question de savoir s'il fallait suivre la pente de Méline et aller jusqu'à s'allier avec les ralliés par hostilité envers l'extrême gauche, ou s'en séparer et rejoindre les défenseurs de Dreyfus, majoritairement à gauche. Mais sur le plan tactique, quand l'Alliance se forme, en , elle vise concrètement sinon à faire pièce au tout récent Parti républicain, radical et radical-socialiste, fondé en , du moins à éviter le laminage politique par ces mêmes radicaux.

À l’instigation officieuse de Waldeck-Rousseau, l’Alliance républicaine démocratique est fondée le par l’ingénieur Adolphe Carnot, président du conseil général de la Charente et frère de l’ancien président de la République Sadi Carnot, le député Henry Blanc, Edmond Halphen et le journaliste Charles Pallu de la Barrière. Il est doté de deux présidents, Carnot et Joseph Magnin, ex-gouverneur de la Banque de France.

Il compte alors comme membres importants Louis Barthou et Raymond Poincaré, les deux ministres de Waldeck-Rousseau, Joseph Caillaux (Finances) et Jean Dupuy (Agriculture, et patron du Petit Parisien), ainsi que l'ex-ministre et président du Conseil Maurice Rouvier, pilier de l'opportunisme républicain, Eugène Étienne, le maire de Lisieux Henry Chéron et le sénateur Jules Siegfried.

Pour cela, l’Alliance capitalise le soutien de nombreux réseaux, tels la Ligue des droits de l’homme (dont Paul Stapfer), la Ligue de l'enseignement (dont est membre Adolphe Carnot) et les anciens réseaux politiques autour de Jules Ferry, Léon Gambetta ou de l'économiste libéral Léon SaySur les origines, voir l’exposé de Rosemonde Sanson lors de sa soutenance de sa thèse de doctorat le 2 décembre 2002 retranscrit sur le site de la Revue d'histoire du XIXe siècle : rh19.revues.org..

Proche des milieux d'affaires, l'ARD soutient ainsi le waldeckisme tout en étant à sa droite, et bénéficie de l'appui de la presse populaire (Le Petit Parisien, Le Matin, Le Journal). L'ARD s'oppose toutefois à la « coalition clériconationaliste », prônant l'« union et la concorde » avec les radicaux.

Son recrutement initial est celui des élites parisiennes (notamment scientifiques) et des notables de province. Si ses principaux dirigeants sont souvent liés au monde des affaires, le positionnement de la majorité de ses élus s’oppose aux vœux des hommes d’affaires notamment sur la question sociale. Durant l’entre-deux-guerres, l’image d’un parti de cadres s’estompe quelque peu notamment par l’apport de son groupement de jeunesse et le renouvellement générationnel de ses membres.

Doctrine L’Alliance démocratique est issue des républicains de centre gauche glissant au centre droit par le jeu de la gravité parlementaire. Cette règle d’airain de la vie politique française a été mise en évidence par René Rémond, à savoir celle d’une évolution de chaque parti de la gauche à la droite de l’échiquier politique par l’apparition de nouveaux mouvements à gauche« À la recherche de la droite », p.15-45, René Rémond, Les droites en France, Paris, Aubier, 1982. Théorie exposée p.34-37 (« Toutes les droites ont commencé par être des gauches »).. Ainsi, si les dirigeants de l’Alliance conçoivent le parti comme l’incarnation du « centre gauche » à la suite du groupe parlementaire de Léon Say (1871-1896), le parti opère néanmoins un glissement à droite au sein du Parlement par un double mouvement : l’amoindrissement de la droite monarchiste et bonapartiste et l’apparition de nouvelles gauches (socialisme puis communisme) ainsi que de nouvelles formations centristes (Ligue de la jeune République et Parti démocrate populaire).

Par ses valeurs et ses comportements, l’AD s’oppose à la gauche socialiste tout en se distinguant des formations de droite (Alliance libérale populaire, Fédération républicaine, etc.). Comme le Parti radical-socialiste, l’Alliance adhère à la République et à ce qui la constitue. Ainsi, le parti est favorable à la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et à la défense du capitaine Dreyfus. Mais contrairement à la doctrine radicale, elle aspire à réunifier l’ensemble des républicains et à imposer à la droite et à la gauche une « troisième voie », celle de la conjonction des centres autour de la formule « ni réaction, ni révolution ». Surtout, et ce comme la majorité des radicaux, elle n'a pas de fibre sociale, fibre souvent plus développée chez les ralliés de l'Action libérale ; elle est libérale en politique, libérale en économie, et très peu sociale. La seule différence avec les radicaux modérés est que ces derniers sont intransigeants sur la question religieuse, là où les membres de l'ARD sont ouverts à la discussion.

Sa culture politique est résolument centriste en incorporant des valeurs tant de gauche (la référence à 1789, la défense de la liberté, la voie du réformisme) que de droite (le goût de l’ordre, la défense du libéralisme, opposition à l’étatisme et au collectivisme). La thématique du réformisme graduel est perçue par l’Alliance comme l’antidote aux opposants – selon elle – de la République que sont les collectivistes (la SFIO, puis en 1920 la SFIC)Rosemonde Sanson, « « Le centrisme dans l’Alliance démocratique », p.93-104, dans Sylvie Guillaume (dir.), Le centrisme en France au : un échec ?, 2005..

Évolution sous la Troisième République 1901-1920 En 1901, elle soutient le bloc des gauches autour de Pierre Waldeck-Rousseau, même si elle tente de s’en démarquer dès 1902. Elle soutiendra cependant la politique du bloc jusqu’en 1907, même lorsque la présidence du Conseil fut confiée à Émile Combes (1902-1905) qui imposa pour la première fois le clivage gauche-droiteMarcel Gauchet, « La droite et la gauche », p.394-467, dans Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, tome 3, La France, volume 1, Conflits et partages, 1992.. L’Alliance témoigne de sa différence avec les droites (les anciens progressistes autour de la Fédération républicaine ou le parti catholique de l’Alliance libérale populaire) en soutenant la loi de 1905 et les mesures contre les congrégations. Surtout, l’ARD multiplie les cercles où se côtoient alliancistes et radicaux.

Face à la désagrégation du bloc et l’émergence du socialisme, l’Alliance tente en 1907 de constituer un « bloc des démocrates » avec les droites qui témoigne de sa volonté de les réintégrer au régime. Participant aux concentrations nationales de 1912 à 1914 en soutenant Raymond Poincaré, Aristide Briand et Louis Barthou, l’Alliance opère un glissement à droite sur l’échiquier politique que confirment les législatives de 1914 où elle soutient la loi des trois ans avec les droites et met fin à sa politique de désistement réciproque avec les radicaux.

Parallèlement, l’Alliance se transforme en véritable parti en devenant en 1911 le Parti Républicain Démocratique, ce renforcement de ses structures accompagnant l’augmentation de son nombre de parlementaires (de 39 à 125 députés de 1902 à 1910 ; une cinquantaine de sénateurs en 1910) et de celui de ses militants (autour de au début des années 1910). Plusieurs des responsables de l'ARD tentent en 1914 de consolider son emprise sur le centre gauche en suscitant une éphémère Fédération des gauches, présidée par Aristide Briand.

Incontestablement, l’Alliance pèse sur la politique de la nation comme l’illustre la place de ses membres au sein des plus hautes fonctions (Émile Loubet, Armand Fallières et Raymond Poincaré comme Président de la République ; Louis Barthou et Raymond Poincaré comme Président du Conseil ; de nombreux ministères).

Les années 1920 À l’issue de la guerre, l’Alliance promeut de nouveau les objectifs élaborés lors de sa création, celle d’aboutir à la concentration des centres. Forte de ses 140 députés, elle organise et conduit dans ce sens le Bloc national (1919-1924). L’expérience n’est cependant pas fructueuse, car l’Alliance se retrouve prisonnière des revendications des droites qui constituent l’essentiel de la majorité parlementaire. Ainsi, l’échec du ministère d’Aristide Briand (1921-1922) convainc ses dirigeants de trouver les moyens concrets pour réaliser la doctrine du juste-milieu, et ce malgré le fait que l’un de ses membres, Raymond Poincaré, occupe le poste de Président du Conseil de 1922 à 1924.

L’Alliance axe sa doctrine politique dans la droite ligne de celle qui a prévalu lors de sa création, alors même que la génération de dirigeants d’avant guerre s’efface (Adolphe Carnot, Charles Pallu de la Barrière, etc.) et qu’une nouvelle génération prend la relève, tel Charles Jonnart son nouveau président en 1920. Baptisé alors PRDS, l’Alliance sous sa direction témoigne de la volonté de se rapprocher des radicaux.

Le parti devient le pivot des gouvernements de concentration républicaine avec le Parti radical-socialiste à partir de la chute du Cartel des gauches lors de la présidence du Conseil de Raymond Poincaré (1926-1929). Néanmoins, l’Alliance ne parvient pas à obtenir le ralliement du parti valoisien autour d’un parti du centre, les oppositions se cristallisent autour de la question de la laïcité (Jonnart devient ambassadeur du Vatican de 1921 à 1923), de l’interventionnisme de l’État ou sur la politique extérieure (opposition entre Aristide Briand et Raymond Poincaré).

Les années 1930 vignette|Banquet de l'Alliance démocratique à Bourg-en-Bresse le . On voit Pierre-Étienne Flandin et Léon Baréty.