Au Maroc, l'histoire du Raja Club Athletic débute au milieu du , au quartier populaire de Derb Sultan, alors l'un des foyers de la résistance, lorsqu'un groupe de nationalistes et syndicalistes marocains dont Hamidou El Watani, Laâchfoubi El Bouazzaoui, Boujemaâ Kadri et Mohamed Naoui, perçoivent le football comme un instrument d’émancipation et de résistance face au colonisateur, et cherchent à s'inscrire parmi les clubs sportifs de Casablanca. Le , ils fondent finalement leur club: le Raja Club Athletic.

En 1950, constitué exclusivement de joueurs marocains, le Raja entame son parcours du fond de la structure footballistique nationale, et arrive en tête de la division (Groupe Chaouia-Nord). L'équipe va ensuite évoluer brièvement en division en terminant deuxième du classement au terme de la saison 1951-1952. Le Raja réussit donc son entrée en Division Pré-honneur (D2) où il va évoluer pendant trois saisons avant que les compétitions sportives ne soient boycottées puis arrêtées au Maroc en 1955-1956. En 1956, le Raja dominera les barrages et fera partie des clubs fondateurs du championnat sous l'égide de la Fédération royale marocaine de football, fraîchement établie, en disputant la saison inaugurale 1956-1957 qui débuta le . Depuis cette date, le club n’a plus quitté l’élite du football marocain, ce qui constitue un record.

Après le championnat usurpé de 1960, le Raja peine à se relever et perd deux finales de Coupe du Trône en 1965 et 1968. L'équipe remporte ensuite ses deux premiers trophées (1974 et 1977) et occupe le podium du championnat pendant cinq années consécutives entre 1972 et 1977, mais le sacre lui tourne le dos à chaque fois. Ces années sont marquées par de grands noms tels que Abdelmajid Dolmy, Petchou, Houmane Jarir et Abdellatif Beggar. La décennie suivante est en dents de scie mais aboutit finalement au premier championnat qui fut rapidement suivi de la Coupe des clubs champions africains 1989.

Les années 1990 assoient la suprématie du Raja sur le plan national, qui remporte six championnats consécutifs, et sur le plan continental avec des sacres en Ligue des champions, en Supercoupe d'Afrique et en Coupe Afro-Asiatique. En 2000, le Raja est la première équipe arabe et africaine à se qualifier à la Coupe du monde des clubs. Les années 2000 sont marquées par une instabilité sportive provoquée par les ventes de joueurs à destination de l'Europe ou du Golfe et les changements répétés d'entraîneurs. Néanmoins, le club remporte plusieurs titres nationaux, la Coupe de la CAF en 2003, la Ligue des champions arabes en 2006 et perd une finale de Ligue des champions en 2002. En 2013, le club remporte son deuxième doublé coupe-championnat. Après la finale de la Coupe du monde des clubs 2013, la mauvaise gestion de Mohamed Boudrika entraînera le Raja dans une crise financière et lui causera des revers en championnat et en Ligue des champions. Son successeur Said Hasbane n'améliore pas la situation du club et démissionne en 2018. Après l'élection de Jawad Ziyat, le club se soulage financièrement et remporte son premier titre africain depuis quinze ans et son premier championnat depuis sept ans. En 2021, le Raja gagne la Coupe de la confédération et la Coupe arabe des clubs champions. Boudrika revient pour une saison où le Raja remporte le doublé coupe-championnat en restant invaincu, exploit inédit dans l'histoire du football marocain. En 2025, Ziyat est réélu portant avec lui le projet l'activation de la société sportive pour mettre fin aux cycles de mauvaise gestion. Marsa Maroc entre dans le capital du Raja à hauteur de 60% pour un apport de 150 millions de DH.

Le siège et le centre d'entraînement du club sont situés dans l'Académie du Raja CA, après avoir résidé au Complexe sportif Raja-Oasis durant près de 70 ans. Les rencontres des Verts sont disputées au stade Mohammed-V depuis son inauguration en 1955.

Genèse (1949-1956) Prémices du football à Derb Sultan

À l'aube du , le football commence à se développer au Maroc, et plus particulièrement à Casablanca. Plusieurs clubs se sont formés dans la ville après l'annonce du protectorat français en 1912, comme l'Union Sportive Marocaine (1913), le Racing Athletic Club (1917), ou l'Union Sportive Athlétique (1920). Cependant, certains clubs existaient déjà comme le Club Athlétique Marocain qui a vu le jour en 1902 ou l'Olympique de Casablanca crée en 1904. En 1922, le Maroc voit la création de sa première fédération sportive chargée d'organiser les compétitions de football sur son territoire; la Ligue du Maroc de Football Association. Sous l'égide de la Fédération française de football (FFF), elle s'affilie la même année à la Fédération internationale de football association (FIFA) et devient membre de l'Union des Ligues nord-africaines de football (ULNAF) en 1926.

À la fin des années 1940 à Derb Sultan, quartier populaire et un des principaux fiefs de la résistance casablancaise face à la colonisation, il n'existait aucune équipe de football professionnelle qui concourait avec l'élite nationale. Le meilleur club du quartier était Al Watan, qui fut créé par Laâchfoubi El Bouazzaoui et Hamidou El Watani en 1930. Ce club est notamment connu pour avoir lancé la carrière de « la Perle noire », Larbi Benbarek.. En 1946, la Ligue libre du Maroc de football est créée sous l'impulsion de Mohamed El Yazidi, qui sera plus tard le premier président de la FRMF, pour s'émanciper de la Ligue du Maroc qui imposait un règlement strict aux clubs marocains. Derb Sultan était représenté par plusieurs équipes dans la Ligue libre, dont Atlas Derb Sultan, Inbiaate Bouchentouf, Al Wifaq et Al Nassr. Al Watan est renommé Fath Casablanca en 1946 et rejoint à son tour la Ligue libre. En 1949, le club remporte le championnat de la Ligue libre sous la houlette de Mohamed Naoui qui occupait la fonction d'entraîneur-joueur.vignette|209x209px|Hajji Ben Abadji, premier président du Raja|gaucheChez les nationalistes et les syndicalistes les plus éminents du quartier, émerge l'idée de créer un nouveau club pour regrouper les meilleurs joueurs éparpillés dans les équipes amateurs de Derb Sultan, pour pouvoir concourir avec l'élite en Ligue du Maroc... Pour préparer la création du club, les réunions se succédaient au café Al Watan de Hamidou El Watani, au café Bouya Saleh (qui existent encore aujourd'hui) et au bureau de rédaction de contrats de Hajji Ben Abadji..

Naissance Durant la soirée du , les fondateurs se réunissent pour finaliser leur projet. Cependant, ils mettent l'accent sur la nécessité que le club soit indépendant de toute influence coloniale, puisque la France régulait la création des clubs sportifs en leur imposant d'avoir un président français. L'algérien Nabi Errayhani eu l'idée de contourner cette loi en laissant le fauteuil à Hajji Ben Abadji, un natif de Tlemcen qui avait la nationalité française. Les autorités coloniales sont ainsi contraintes d'accepter et Moulay Sassi Aboudarka Alaoui est désigné président d'honneur.

Le Raja Club Athletic voit officiellement le jour le au café Bouya Saleh, Rue des Abbassides à Derb Sultan.. Plusieurs personnalités ont participé la fondation du club: Hamidou El Watani, Laâchfoubi El Bouazzaoui, Boujemaâ Kadri, Hajji Ben Abadji et son frère Mohamed, Mahjoub Ben Seddik, Maâti Bouabid, Haddaoui Nejjar, Nabi Errayhani, Tibari, Ahmed Skalli, Mohamed Daoudi, Badr Daoudi, Mohamed Naoui et son frère Abdellah.. vignette|L'équipe du Raja en stage de préparation à Ifrane en 1949 Du fait que le nom Fath était déjà porté par le Fath Union Sport, les fondateurs se mettent d'accord sur le nom Raja. Mohamed Naoui propose le nom complet Raja Club Athletic et le mot RCA comme sigle, inspiré par la Radio Corporation of America (RCA). Il est également décidé que le symbole du club serait l'aigle et ses couleurs le vert et blanc. Quelque temps après, le club change de siège et déménage pour le quartier de Kallouti, rue , toujours à Derb Sultan.

Premiers pas Après sa création, le Raja est constitué exclusivement de joueurs marocains, dont la quasi-totalité est originaire des équipes amateures de Derb Sultan. Le Raja jouait alors ses matchs au terrain L'hwiyet (muret en français), en référence aux murets qui l'entouraient, qui se situait sur l'Avenue 2 Mars. Le club ne joue que des matchs amicaux durant plus d'une année avant qu'il ne reçoit finalement l'affiliation de la Ligue du Maroc de Football Association à l'été 1950, lui donnant le droit de rejoindre les championnats nationaux. Le , Mohamed Naoui reçoit sa licence d'entraîneur de la part de la Ligue du Maroc et devient le premier entraîneur de l'histoire du Raja. Il est reconnu comme l'un des meilleurs attaquants du football marocain au temps du Protectorat français qui porté les couleurs de plusieurs clubs dont l'Union sportive marocaine, et la sélection marocaine. +Le comité directeur du Raja CA après la réunion du 10 février 1950FonctionNomsNationalitéPrésidentDaoudi ben MaatiPrésident d'honneurAbdelkader ben BouazzaVice-présidentsIdriss ben El ArbiHajji Ben Abadji Algérie / FranceSecrétaires générauxRihani Mohamed Algérie / FranceMohamed ben Abdelkader Algérie / FranceTrésoriersLaâchfoubi El BouazzaouiMahjoub ben AhmedDirecteur sportifMohamed NaouiAssesseursBen Abadji Sidi Mohamed Algérie / FranceEl Houssine ben MekkiBenferhat Ferhat Algérie / France

Le , le Raja dispute son premier match international contre l'AS Ben Ahmed au titre des éliminatoires de la Coupe d'Afrique du Nord 1950-1951 et gagne par forfait. L'équipe de Ben Ahmed ne s'est pas présentée à Casablanca le jour du match. Le Raja débute au sein du Groupe Chaouia-Nord de la Deuxième Division (ou Groupe de Casablanca), soit le échelon du football national. Exempté de la première journée jouée le (du fait que le groupe ne comptait que sept équipes), les Verts entrent en lice le face à l'AS Police Casablanca. Le , le Raja s'incline au deuxième tour de la Coupe d'Afrique du Nord face à l'Union sportive de Fès (5-2). Le Raja a aligné alors le onze suivant : Haimond, Belaid, Mohamed Daoudi, Mbarek Mangala, Sihamid, Hamid, Mohamed Naoui, Mustapha, Filali, Timblo et Abyad Weld Sbaiya qui marqua les deux buts. Le , le Raja s'impose face à l'AS Boulhaut (Benslimane) au terrain de l'Hermitage pour terminer en tête de sa division. L'équipe atteint ensuite les demi-finales du championnat de promotion et monte en Première Division. Le , les Verts jouent leur premier match en Première Division en accueillant la JSM Oujda. Une semaine plus tard, le , le Raja est éliminé de justesse de la Coupe d'Afrique du Nord 1951-1952 après sa défaite contre l'AS Amal Essouira après prolongations (3-2). L'assemblée générale de décide de faire basculer Mohamed Naoui sur le poste de directeur sportif et le remplacer par Abdelkader Jalal. Surnommé « l'éleveur des générations », il sera à l'origine de l'accession de plusieurs générations de joueurs au Raja, jusqu'à sa retraite après un accident survenu le , qui lui coûta la main gauche. +Le comité directeur du Raja CA après l'assemblée de novembre 1951Le Petit Marocain, Renseignements Généraux, le 1 décembre 1951. Protectorat du Maroc, Direction de l'intérieur, Carton 431, CADN.FonctionNomsNationalitéPrésidentHajji Ben Abadji Algérie / FrancePrésidents d'honneurMohammed ben Haj AbbèsMohamed Ben Abadji Algérie / FranceVice-présidentsLaâchfoubi El BouazzaouiMaâti BouabidAhmed SkalliSecrétaires générauxNabi Errayhani AlgérieBensalemTrésoriersMustaphaMahjoubDirecteur sportifMohamed NaouiEntraîneurAbdelkader JalalAssesseursLachemi - Chebeb - Driss Lahcen - Abderrahmane Azerkane - Ziani - Abdellah Naoui - Haj Ahmed - Brahim