Un engin de siège ou une machine de siège, est un dispositif conçu pour ouvrir des brèches dans les murailles ou contourner les fortifications au cours d’une guerre de siège, afin d'envahir une place forte.

Engins de siège dans l'Antiquité

Les différents engins Le premier engin de siège a été le bélier, développé dans la Mésopotamie antique par les Assyriens dès le millénaire av. J.-C.. Il fut d'abord utilisé pour enfoncer les portes, puis l’on construisit des engins plus lourds suspendus à un bâti protégé par un toit, capables de s’attaquer aux murs. Les Spartiates ont utilisé les béliers au cours du siège de Platée en Les premières catapultes connues apparaissent sous les Perses achéménides au , information basée sur les boulets retrouvés à Paphos, boulets ayant été probablement utilisés contre l'ennemi par le truchement d'une gouttière, mécanisme décrit par Thucydide et par Philon de Byzance. À Chypre, les archéologues ont retrouvé 400 boulets de pierre d'une dizaine de kilos utilisés lors de la révolte de l'Ionie ; ils attestent la présence de machine de jet perfectionnée. Présente également en Chine au début du chez les adeptes du moïsme, elles seront ensuite utilisées par les Grecs et les Romains. La catapulte est apparue plus tard, en Grèce antique. Inventée par Denys de Syracuse en , elle fut d'abord utilisée contre les troupes (du grec katapeltes, kata : transpercer, peltes : bouclier). Cet engin était, dans sa forme primitive, une arbalète de grande taille qui envoyait un grand nombre de flèches d'un seul coup. Avec le temps, des modèles projetant une seule munition par coup et généralement de bien plus grande taille sont apparus. Le vide créé depuis l'abandon de la forme originelle a été rempli par l'anisocycle, un engin qui pouvait être soit fixé sur affût, soit portatif, et qui lançait des grappes de flèches grâce à un ressort à spirale. Dans la fin de l'antiquité et le début du Moyen Âge, on appelait « catapulte » plus ou moins tout engin de siège ayant pour principe de fonctionnement la propulsion d'un projectile quelconque. La baliste est souvent confondue avec la catapulte, de laquelle elle est d'ailleurs inspirée. L'erreur est tellement répandue qu'il est rare de trouver un document récent dans lequel les termes sont exacts. Le terme balista signifie "pierre", ainsi la baliste utilise des pierres, boulets ou grappes de boulets comme munitions. Elle se présente comme une arbalète de très grande taille dont la corde supporte un bras au bout duquel se trouve une cuiller. On arme l'arc comme sur une arbalète classique et, lorsqu'il est lâché, il emporte avec lui le bras au bout duquel repose, dans la cuiller, la ou les munitions. Le freinage brutal de la corde à la fin du tir stoppe net le bras (qui est attaché à la corde), tandis que la munition continue sa course. L'onagre est un engin semblable, dans sa finalité, à la baliste mais à la forme totalement différente. Ce n'est pas un arc qui supporte et tend le bras, mais un système à ressorts : des faisceaux de cordes, nerfs ou boyaux sont enroulés et torsadés, le bras passe au milieu de cette torsade. Pour armer l'onagre, on tire sur le bras (dans le sens de tension des cordes) puis on relâche pour tirer. Le faisceau de cordes étant élastique, il reprend sa position de repos puisqu'il était tendu, ainsi il ramène le bras avec lui. Le bras frappe sur une poutre qui l'arrête net et les projectiles qui sont dans la cuiller au bout du bras sont propulsés. Le désavantage de l'onagre est justement que son bras frappe contre la structure même de l'engin, et donc le détruit à petit feu à l'usage. Ainsi, les onagres étaient particulièrement massifs, renforcés de tous côtés et garnis aux endroits clefs de la structure d'amortisseurs en peaux ou en tissu matelassé. Le nom de l'engin, tiré de celui d'une espèce d'âne sauvage connu pour ses ruades, vient du comportement de l'arme au tir, qui fait de véritables bonds en avant pour retomber au sol, ceci étant dû à son principe de fonctionnement. Le scorpion est une arbalète de grande taille (généralement de long, de large) posée sur affût, souvent mobile, dont l'arc fonctionnait sur le même principe que le bras de l'onagre : les branches de son arc ne sont pas souples mais parfaitement rigides, l'élasticité de l'arc venant des ressorts en faisceaux de cordes ou boyaux sur lesquels ses branches sont montées. On estime qu'une puissance de (environ 10 fois celles des arcs les plus puissants jamais retrouvés) était fréquente. Le scorpion tirait des flèches d'environ de diamètre et de long (les mesures varient évidemment selon le modèle) qui avaient la réputation de traverser de part en part plusieurs hommes en armure sans difficulté, ou de les clouer à des murs. Le nom de l'arme vient de sa forme : en effet, lorsque la corde n'est pas en place sur l'arc, ses deux branches partent en avant (sous l'effet de la tension des ressorts), comme les pinces d'un scorpion, et la manivelle placée à l'arrière de l'arme rappelle la queue dressée en l'air caractéristique de l'animal. Jules César a utilisé cette arme avec énormément d'efficacité et l'a engagée en très grand nombre lors de la conquête des Gaules, où elle lui a assuré de nombreuses victoires. Les Grecs utilisaient également des échelles d'assaut et les forces du Péloponnèse se seraient servies d’un engin qui ressemblait au lance-flammes. Les Romains firent un usage massif d'outils plus sommaires et moins impressionnants, mais très efficaces : la pelle et la pioche, la hache et le marteau. Prenant tout le temps nécessaire, ils creusaient sous les murs (par exemple, lors de l'invasion de Veies, au tout début de leur expansion), comblaient les fossés et remblayaient les murs (par exemple, lors du siège de Massada) et se protégeaient eux-mêmes des assiégés par des fortifications d'enfermement (par exemple, lors du siège d'Alésia).

Chronologie Parmi les peuples méditerranéens, les premiers à faire un large usage des machines de siège ont été les Carthaginois qui se sont servis de la tour de siège et des béliers contre les colonies grecques de Sicile. Ces engins ont joué un rôle sous le règne de Denys, le tyran de Syracuse.

Les deux chefs de guerre qui ont été les premiers à faire largement usage de machines de siège sont Philippe II de Macédoine et Alexandre le Grand. Leurs engins de grande dimension ont donné la première impulsion à une évolution qui a abouti à des machines impressionnantes, comme l’hélépole (ou « preneur de villes ») que Démétrios Poliorcète utilise lors du siège de Rhodes en 304 Il s'agit d'une tour de neuf étages bardée de fer, de () de haut et () de large, pesant . Les engins les plus utilisés étaient de simples béliers, ou tortues, déplacés au moyen de plusieurs techniques ingénieuses permettant aux assaillants d'atteindre les murs ou les fossés dans une relative sécurité. Pour les batailles navales ou les blocus maritimes, on a utilisé des engins comme les passerelles basculantes (sambykē ou Sambuca). Il s’agissait d’échelles géantes, montées sur un mécanisme pivotant et utilisées pour le transfert des marins sur les bateaux ou les murs des villes côtières. Ils étaient normalement montés sur deux ou plusieurs navires reliés les uns aux autres et certains sambykē étaient surmontés d’un bouclier pour protéger les assaillants des tirs de flèches. D’autres engins basculants ont été utilisés pour capturer les navires ennemis ou encore permettre l’abordage des soldats par des dispositifs annexes qui sont probablement les ancêtres du corbeau romain, ou pour lancer contre eux des projectiles.

Les Romains préféraient donner l'assaut aux murs ennemis en construisant des rampes en terre (Agger) ou tout simplement en escaladant les murs, comme au cours du premier siège de la ville samnite de Silvium (306 ). Des soldats travaillant à la construction des rampes étaient protégés par des abris appelés vineae, qui étaient disposés de façon à former un long couloir. Des boucliers en osier (plutei) étaient utilisés pour protéger l'avant du couloir lors de sa construction. On utilisait parfois un autre engin de siège romain, ressemblant à la tortue grecque pour le remplissage des fossés, appelée musculus ( «petite souris»). Les béliers étaient également très répandus. Les légions romaines ont utilisé pour la première fois les tours de siège vers 200

La plus ancienne pièce d’artillerie de siège antique dont l’utilisation ait été documentée en Europe est le gastrophète ( «arc à ventre»), une sorte de lanceur de flèches n’utilisant pas de mécanisme de torsion. Il était monté sur un châssis en bois. Des machines plus grandes ont imposé la mise en place, pour le chargement des projectiles, d’un système de poulies qui a été modifié pour permettre de lancer également des pierres. Les systèmes à torsion fonctionnant grâce à des ressorts de tendons semblent d’apparition plus tardive. L’onagre a été la principale invention romaine dans ce domaine.

La plus ancienne pièce d’artillerie de siège antique dont l’utilisation soit documentée en Chine est une catapulte fonctionnant selon le principe du levier de traction et une arbalète de siège de de haut, mentionnée dans un texte Mohiste écrit aux environs du par les adeptes de Mo Zi(Mo Jing) qui ont fondé l'école de pensée Mohiste au cours de la période des Printemps et des Automnes, et au début de la période des royaumes combattants. La plupart des connaissances que nous possédons actuellement sur les techniques de siège de l'époque proviennent des livres 14 et 15 (chapitres 52 à 71) sur la guerre de siège de Lu Jing. Écrit et conservé sur des bandes de bambou, une grande partie du texte est malheureusement illisible. Toutefois, en dépit de ce degré élevé de fragmentation, l’intérêt et l'attention que les mohistes portaient aux détails décrits dans l’œuvre de Mo Zi permettent de le distinguer de tous autres travaux, par la minutie de la description du fonctionnement des appareils mécaniques, comme les échelles célestes, les arbalètes tournantes et les catapultes à traction, les techniques de siège et celle des armes de siège, qu’on peut encore trouver aujourd'huiLiang, Jieming (2006). Chinese Siege Warfare: Mechanical Artillery & Siege Weapons of Antiquity, pp. Appendix D.

Engins de siège médiévaux

Contrairement à ce que l'on voit dans de nombreuses reconstitutions, la catapulte n'est plus utilisée au Moyen Âge. Inutilisable par temps humide (le ressort se détend), elle est également moins efficace qu'un mangonneau ou un trébuchet ce qui explique son abandon au haut Moyen Âge. Au , l'architecte Viollet-le-Duc, se fondant sur des ouvrages de la Renaissance représentant des catapultes antiques, croit qu'elle est encore utilisée au Moyen Âge. Depuis cette erreur se perpétue. La baliste antique, destinée à projeter des pierres, ainsi que l’onagre sont également abandonnées au haut Moyen Âge pour les mêmes raisons.

Le trébuchet à traction (d'abord conçu en Chine au et qui a été amené en Europe au ), et le trébuchet à contrepoids (décrit pour la première fois par Mardi ibn Ali al-Tarsusi au ). Ces machines utilisaient l'énergie mécanique pour lancer des projectiles de grande dimension destinés à abattre des murs en pierre. On utilisait également le bélier et la tour de siège, une tour en bois montée sur roues qui permettait aux assaillants d’escalader les murs d’un château, tout en étant quelque peu protégés des flèches de l'ennemi.