Le Panda géant (Ailuropoda melanoleuca), parfois désigné sous le nom de Grand Panda, ou plus rarement sous celui d’Ours panda, est un mammifère de l’ordre des Carnivores et de la famille des Ursidés, endémique de Chine. Il se caractérise par son pelage blanc parsemé de taches noires autour des yeux, sur les oreilles, les pattes et les épaules. Son corps est de forme arrondie ; les adultes mesurent généralement entre 1,2 et 1,9 mètre de longueur, pour un poids situé entre 100 et 115 kg. Les mâles sont généralement 10 à 20 % plus grands que les femelles. Autrefois désigné sous le nom spécifique d’Ailuropode, il s’agit d’un animal unique en son genre (Ailuropoda), dont il est la seule espèce actuelle : Ailuropoda melanoleuca, « l’Ailuropode noir et blanc ».
Bien qu’il présente des caractéristiques comparables à celles d’autres animaux consommateurs de viande faisant partie de son ordre, le panda géant a un régime alimentaire omnivore opportuniste, mais se caractérise surtout par une forte tendance herbivore ; le bambou constitue la quasi-totalité de ce qu’il ingère et de ses besoins nutritifs, bien que son corps ne soit pas tout à fait adapté pour le digérer entièrement, l’obligeant à en consommer en grande quantité, d’où son nom d’« ours des bambous ». Il possède de larges molaires et une large fosse temporale adapté à cet effet.
Pour répondre à sa consommation de bambou, un sixième doigt est visible sous la forme d’un « faux pouce » sur sa patte avant. Une conformation qu’il partage avec d’autres petits carnivores : les ailures (du genre Ailurus, mais de la famille des Ailuridés), plus communément désignés sous les noms de « petits pandas » ou « pandas roux », pour cette raison..
Endémique des forêts de montagne escarpées situées à une altitude comprise entre 1 000 et 4 000 mètres, l’espèce se limite exclusivement à six régions montagneuses réparties dans les provinces chinoises du Sichuan, du Shaanxi et du Gansu, cette dernière incluant des territoires qui appartenaient autrefois aux régions de l'Amdo et du Kham au sein de l'Empire du Tibet entre 629 et 877.
C'est un animal solitaire qui n’interagit avec ses congénaires qu'en période de reproduction, s'appuyant sur des marquages olfactifs laissés sur des rochers ou des arbres. Les femelles élèvent leurs petits pendant une période moyenne de 18 à 24 mois. Le plus vieil individu connu a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans.
Au cours du , en raison de l'agriculture, de la déforestation et du développement des infrastructures, le panda géant a été chassé des zones de plaine où il vivait autrefois. il fut le symbole des espèces en voie de disparition, notamment présenté en tant que mascotte de la WWF. Bien que des recensements récents l’ont fait passé au statut « espèce vulnérable » par l’UICN en 2016, puis par les autorités chinoises en 2021, le panda géant reste dépendant des efforts de conservation par l’Homme pour sa survie, ce qui a suscité un certain nombre d’interrogations quant à la pertinence de tels programmes de sauvegarde.
Malgré cela, le panda géant est depuis la seconde moitié du devenu l’un des animaux les plus charismatique du monde, largement représenté à l’échelle mondiale pour représenter l’Asie, Les autorités politiques chinoises surent en tirer bénéfice en pratiquant une diplomatie du panda. Il fut même élu « Trésor national de la Chine ».
Dénominations Nom scientifique valide : Ailuropoda melanoleuca (David, 1869) ; Nom vernaculaire normalisé chinois : ; Nom normalisé anglais : Giant panda ; Noms typiques en français : Panda géant, Grand panda (plus ancien), Ours panda (rare) ; Noms vulgaires : Ailurope noir et blanc, Ailurope, Ailuropode, Ours noir et blanc, Ours du père David, Ours des bambous, Ours pie du Tibet (tous vieillis ou désuets) ; Noms vernaculaires, pouvant désigner d’autres espèces : Panda, Ours (rare), Ours du Tibet (désuet).
Étymologies
Le nom de genre Ailuropoda (ou anciennement Ailuropus) vient du grec , chat et de , pied, soit à pied de chat. L’épithète spécifique melanoleuca vient du grec , noir et , blanc.
Le mot « panda » est une appellation d’origine française initialement utilisé pour désigner l’espèce Ailurus fulgens, le petit panda de l’Inde en 1825. Bien qu'aucune explication concluante sur son origine exacte n'ait été établie, le candidat le plus proche semblerait être le mot népalais ponya, faisant possiblement référence à l'os du poignet adapté du petit animal, qui est originaire du Népal : le terme en sherpa du Népal et du Sikkim est , mais désigne le panda roux et . Cela a été traduit en népalais : , signifiant bambou ou signifiant coussinet. Le terme est apparenté au sens par ponya en , toutefois le terme le plus utilisé au Tibet est domtra (), signifiant « ours-panaché ».
Dans un premier temps, le panda géant aura plusieurs dénominations bien différentes. Pourtant, dès 1870, Paul Gervais propose de remplacer le nom de genre Ailuropoda de Miles-Edward par celui de Pandarctos du fait de sa ressemblance ostéologique intermédiaire entre les ours et les pandas roux, mais rien sur le nom vernaculaire de l’animal. Durant les premières décennies suivent sa découverte à la fin du XIXème et au début du , les noms vulgaires issus des dénominations latines seront privilégiées, notamment les noms « ours noir et blanc » et « Ailurope ». En anglais il fut connu sous le nom de parti-coloured bear jusqu’au début de , consulté le 14/12/2014.. Dénominations chinoises Depuis les plus anciens recueils d'écrits chinois, la langue chinoise a attribué au panda géant de nombreux noms différents, notamment mò (, nom chinois ancien du panda géant)Harper, Donald (2013), "The Cultural History of the Giant Panda (Ailuropoda melanoleuca) in Early China", Early China 35/36: 185–224., huāxióng ( ; « ours tacheté ») et zhúxióng ( ; « ours des bambous »).. Les noms les plus populaires en Chine aujourd'hui sont dàxióngmāo ( ; « grand chat-ours »), ou simplement xióngmāo ( ; « chat-ours »). Comme pour le mot panda en anglais, xióngmāo était à l'origine utilisé pour désigner uniquement le panda roux, mais les termes dàxióngmāo et xiǎoxióngmāo ( ; « petit chat-ours ») ont été forgés pour différencier les espèces.
À Taïwan, un autre nom populaire pour le panda est la forme inversée dàmāoxióng ( ; « grand ours-chat »), bien que de nombreux dictionnaires et encyclopédies taïwanais utilisent encore la forme « chat-ours » comme nom correct. Certains linguistes soutiennent que, dans cette construction, « ours » et non « chat » constitue le nom de base, ce qui rendrait l'appellation plus logique et grammaticalement correcte, expliquant ainsi la préférence populaire malgré les écrits officiels. Ce nom n'a gagné en popularité qu'en 1988, lorsqu'un zoo privé de Tainan a peint un ours malais en noir et blanc, créant l'incident du faux panda de Tainan聯合報 (9 août 1990). Government Information Office will now use dàxióngmāo as the proper name..
Le nom chinois actuel de l’animal est « grand chat-ours » 大 dà « grand », 熊 xióng « ours », 猫 māo « chat ».. Cette composition est pour le moins bizarre, puisqu'en chinois contemporain écrit de gauche à droite, la tête (ou noyau) d'un syntagme nominal étant en fin (à droite), il s’agirait d’un chat ayant des qualités d’ours et non l’inverse.
L’origine de cette incohérence, viendrait selon le professeur Hu Jinchu 胡锦矗, d’une erreur de sens de lecture des caractères. Ils peuvent se lire traditionnellement aussi bien verticalement de haut en bas, ou horizontalement de droite à gauche ou de gauche à droite (ordre qui s’est imposé sur le continent dans les années 1950, bien avant qu’à Taiwan). Lorsque le , un grand panda a été transféré de l’Université de Chengdu au parc Beibei de Chongqing pour une exposition, on créa de toutes pièces un nom chinois. Ce nom écrit horizontalement sur un panneau était en chinois (et en anglais) « 猫熊 », soit en lecture gauche-droite maoxiongà cette époque, la communauté scientifique écrit le chinois comme l’anglais, de gauche à droite, alors que la littérature est traditionnellement lue et écrite de droite à gauche, « ours-chat », ours ayant des caractéristiques du chat (peut -être une allusion au genre Ailuropoda « à pied de chat »). Mais les visiteurs qui avaient l’habitude de lire les livres de droite à gauche et qui ne connaissaient pas l'animal, ont lu xiongmao « chat-ours ». Cet usage oral s’est par la suite imposé en Chine.
Toutefois, l’ordre inverse a été recommandé à Taiwan. En , après l’élection à la présidence de Taiwan de Ma Ying-jeou, un président favorable à l’unification avec la Chine continentale, celle-ci offrit deux pandas géants Tuan Tuan et Yuan Yuan à Taiwan. On fit alors valoir que le nom devait être rectifié : l’animal était un ours et pas un chat et devait être appelé 猫熊 maoxiong.
Jusqu'au début du , le panda géant qui vit dans les forêts de bambous de montagne, à hautes altitudes, loin des hommes était peu connu des Chinois, à part des chasseurs locaux du Kham oriental qui l’appelaient baixiong 白熊 « ours blanc » d’après le père David ou huaxiong 花熊 « ours fleuri » pour les paysans du Sud Shaanxi.c’est aussi opinion de Gao Yaoting 高要停, exprimée et développée dans « woguo guji zhong dui da xiongmao de jizai » 1973, que Donald Harper reprend à son compte.
À la suite de l’adoption d’un logo le représentant par le WWF, le panda devint rapidement une célébrité mondiale, à la fin du .
Taxonomie
Histoire vignette|gauche|Illustration de Ursus ou Ailuropus melanoleucus dans Recherches pour servir à l'histoire naturelle des mammifères : comprenant des considérations sur la classification de ces animaux, planche 50, 1871. Il s’agit probablement de la toute première illustration d’un panda géant attestée de toute l’humanité.
Durant son séjour en Chine, Armand David (1826-1900) missionnaire botaniste et zoologue collecte des milliers des spécimens de plantes et d’animaux, encore non décrits. Il les prépare et les envoie par caisses entières au Muséum national d’Histoire naturelle pour description et classificationEmmanuel Boutan qui en a effectué le recensement a trouvé de plantes, , arachnides et crustacés, et . Ainsi, parmi les mammifères découverts, l’ours noir et blanc du Tibet oriental a rendu célèbre le père David. Durant sa seconde mission d’exploration naturaliste en Chine centrale, il se fixe à Dengchigou (dans le xian de BaoxingLa région xian de Baoxing à l’époque s’appelait Muping tusi 穆坪土司 et dont le centre administratif était la ville de Muping (穆坪镇 Mupin zhen). Le père David employait la transcription française de Moupin, plutôt pour désigner la région actuel), à à l’ouest de Chengdu, capitale du Sichuan, dans une région d’ethnie tibéto-birmane Jiarong (au , en chinois Mantze 蛮族 manzu, barbare).
Chez un chasseur local, le père David voit pour la première fois la peau de ce qui semble être un ours blanc et noir de belle taille. Dix jours plus tard, le , des chasseurs lui apportent un jeune ours blanc selon leur terme, capturé vivant mais tué pour la commodité du transport. A. David note : .
Il joint à la caisse emportant l’animal à Paris, une note descriptive : (Armand David, ).
Classification L’espèce fut dans un premier temps désigné sous le protonyme d’Ursus melanoleucus lors de sa première description en 1869.
Un an plus tard, le zoologue Milne-Edwards du Muséum national d’Histoire naturelle qui analyse la caisse envoyée par le père David indique : Notes sur quelques mammifères du Thibet oriental, Milne-Edwards, Ann Sci. Nat. Zool. ser. 5, 1870.