Les élections législatives kosovares de 2019 () ont lieu le afin d'élire les de la de l'Assemblée du Kosovo pour un mandat de quatre ans.
Le scrutin est anticipé d'un peu moins de deux ans par rapport à la date initialement prévue à la suite de la démission en du Premier ministre Ramush Haradinaj. Incapable de s'accorder sur un successeur, l'Assemblée vote sa dissolution le mois suivant.
Les élections voient la défaite de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo du Premier ministre sortant Ramush Haradinaj, qui arrive en quatrième position. Le parti Autodétermination et la Ligue démocratique du Kosovo sont considérés comme les grand gagnants du scrutin. Ce dernier est jugé historique de par la défaite des partis dirigés par d'ex-commandants de la guérilla au cours de la guerre civile, qui dominaient le système politique depuis l'indépendance.
Aucune formation n'ayant obtenu la majorité absolue des sièges, de longues négociations ont lieu, aboutissant à la formation d'un nouveau gouvernement de coalition mené par Autodétermination et la Ligue. Albin Kurti devient ainsi Premier ministre.
Contexte Élections de 2017
vignette|gauche|redresse|alt=Photo du premier ministre sortant Ramush Haradinaj|Ramush Haradinaj. Les élections législatives de ont elles-mêmes lieu de manière anticipée à la suite de la chute du gouvernement d'Isa Mustafa. Celui-ci est renversé par une motion de censure le par contre 34 après l'échec de la conclusion d'un accord avec le Monténégro voisin sur une reconnaissance de leur frontière commune..
Le scrutin conduit à une impasse parlementaire, les principales formations albanophones du pays se constituant en trois grands blocs aux résultats électoraux plus ou moins égaux. La coalition PAN, acronyme de PDK, AAK et NISMA, sigles respectifs du Parti démocratique du Kosovo, de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo, et de l'Initiative sociale démocratique, obtient tandis que le parti Autodétermination (VV) en obtient 32 et que la coalition LAA, acronyme de LDK, AKR et A, sigles respectifs de la Ligue démocratique du Kosovo, de l'Alliance pour un nouveau Kosovo et d'Alternativa, en réunit 29. Enfin, le parti de la minorité serbe Liste serbe pour le Kosovo (SL) en obtient 9, suivi de plusieurs partis mineurs d'un ou deux sièges, pour la plupart également communautaires.
Cette situation mène à un long blocage politique, aucun gouvernement ne pouvant être formé avec le soutien d'une majorité absolue des députés sans qu'un accord n'ait lieu entre au moins deux des trois principales formations albanophones. Or, ces dernières sont marquées par un fort antagonisme. La fracture des votes des formations lors de la motion de censure est par ailleurs très présente, les partis membres de la coalition LAA ayant voté pour, et ceux de la coalition PAN contre. Chacun des partis majeurs des deux coalitions, la Ligue démocratique du Kosovo et le Parti démocratique du Kosovo refusent tout accord avec l'autre..
Parti nationaliste de gauche, Autodétermination est considéré comme le grand gagnant du scrutin. Il décroche ainsi la première place en nombre de voix hors coalitions et multiplie par deux son nombre de sièges. Autodétermination refuse quant à lui toute alliance avec le Parti démocratique du Kosovo qu'il considère comme responsable de la situation du pays. Pour autant, le parti ne parvient pas à s'entendre avec la Ligue démocratique du Kosovo, ancrée à droite de l'échiquier politique..
Les négociations sont bloquées pendant plusieurs mois du fait de cette impasse politique, avant d'être résolues grâce à la défection de l'Alliance pour un nouveau Kosovo au profit de la coalition PAN - renommée PANA - en échange d'un grand nombre de ministères.. Le dirigeant de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo Ramush Haradinaj devient ainsi le premier ministre d'un fragile gouvernement minoritaire mené par la coalition PANA avec le soutien sans participation de la minorité serbe et de quelques autres partis ethniques. Le , il reçoit la confiance de sur 120 au cours d'un vote marqué par le départ de la salle de l'ensemble des députés restants..
Démission de Haradinaj vignette|alt=Diagramme de la répartition des sièges par parti dans le parlement sortant.| Composition du parlement avant les élections
Les élections de 2019 sont organisées de manière anticipée un an et dix mois avant la date prévue à la suite de la démission du Premier ministre Ramush Haradinaj le .. Ancien commandant de l'Armée de libération du Kosovo au cours du conflit de 1998 contre la Serbie, Haradinaj est en effet convoqué par la cour spéciale pour le Kosovo à La Haye, qui le soupçonne de crimes de guerre contre des Serbes, des Roms et des opposants albanais, et l'auditionne le suivant. Déjà jugé et acquitté en 2008 et 2012 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), il promet de revenir en politique en cas de résultat similaire...
Sa démission entraine néanmoins la chute du fragile gouvernement. Le président de la République Hashim Thaçi entame une série de consultations avec les différents partis en vue de la formation d'un nouveau gouvernement, et propose le 2 aout à la coalition PANA d'avancer un nouveau candidat au poste de Premier ministre. Les autres partis s'opposent cependant à cette possibilité, tout en ne disposant pas d'un nombre de sièges suffisant ni de l'unité nécessaire pour former une majorité..
Constatant l'impossibilité de former un nouveau gouvernement, l'Assemblée s'accorde trois jours plus tard sur la convocation d'une session extraordinaire le 22 aout afin de voter sa dissolution. Le jour prévu, la motion est approuvée par pour sur présents... En accord avec la Constitution, de nouvelles élections doivent avoir lieu entre à partir de cette date, soit avant le . L'organisation du scrutin au dernier jour possible est jugée probable, puis confirmée le 26 aout par le gouvernement..
Système électoral L'Assemblée du Kosovo est un parlement unicaméral doté de pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel plurinominal dans une circonscription électorale unique. Les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt à tous les partis ayant franchi le seuil électoral de 5 % des suffrages exprimés. Les électeurs ont également la possibilité d'effectuer jusqu'à cinq votes préférentiels pour des candidats de la liste choisie afin de faire monter leurs places dans celle-ci..
Sur les , 100 sont pour les albanophones tandis que les 20 restants sont réservés aux minorités ethniques, à raison de dix sièges pour les Serbes, 3 pour les Bosniaques, 2 pour les Turcs, et 1 chacun pour les Roms, Ashkalis, Égyptiens des Balkans et Gorans. Un siège supplémentaire est cependant attribué à la minorité ayant recueilli le plus de suffrages parmi celles des Roms, Ashkalis et Égyptiens des Balkans, ce qui amène le plus souvent ces trois minorités à être présentées regroupées dans un ensemble comportant quatre sièges. Tous les partis doivent obligatoirement déclarer la communauté qu'ils représentent lors de leur enregistrement. Les électeurs se rendant aux urnes ont le choix de voter soit pour un parti ordinaire, soit pour un parti représentant une minorité. Après décompte des voix, la répartition de ces sièges se fait à la proportionnelle selon la même méthode que pour les sièges ordinaires, mais en ne prenant en compte pour chaque minorité que les suffrages obtenus par les partis représentant cette minorité. En pratique, dans le cas d'une minorité dotée d'un seul siège à pourvoir, le vote prend la forme d'un scrutin uninominal majoritaire à un tourNumerical representation of the Kosovo Assembly..
Depuis 2008, toutes les listes sont en outre soumises à des quotas imposant un minimum de 30 % de candidats de chacun des deux sexes, avec une alternance dans l'ordre des listes au minimum tous les trois noms.
Campagne
Les listes sont arrêtées par la Commission électorales le . Un total de 24 partis ou coalitions concourent aux élections, dont 17 pour les sièges réservés aux minorités, auquel s'ajoute un seul candidat indépendant, Esmir Rasi.. Principales forces politiques PartiIdéologieChef de fileRésultat en 2017AutodéterminationVetëvendosje!, (VV)GaucheNationalisme de gauche, protectionnisme, démocratie directeAlbin Kurti27,49 % des voixParti démocratique du KosovoPartia Demokratike e Kosovës, (PDK)Centre droitSocial-libéralisme, nationalisme, europhilieKadri VeseliPAN : 33,74 % des voixLigue démocratique du KosovoLidhja Demokratike e Kosovës, (LDK)Centre droitConservatisme, libéralisme, europhilieVjosa OsmaniLAA : 25,53 % des voixAlliance pour l'avenir du KosovoAleanca për Ardhmërinë e Kosovës, (AAK)Centre droitConservatisme, europhilieRamush HaradinajPAN : 33,74 % des voixListe serbeСрпска листа, (SL)Centre droitLibéralisme, défense de la minorité serbeGoran Rakić6,12 % des voixInitiative sociale-démocrateNISMA Social DemokrateCentre gaucheSocial-démocratiePAN : 33,74 % des voixAlliance pour un nouveau KosovoAleanca Kosova e Re, (AKR)CentreLibéralismeBehgjet PacolliLAA : 25,53 % des voix
Déroulement La campagne électorale s'éloigne des habituels thèmes liés au patriotisme pour se focaliser sur la lutte contre le chômage et la corruption ainsi que l'accès à l'éducation et aux soins.. Avec un PIB par habitant d'un peu plus de , le Kosovo est l'un des pays les plus pauvres d'Europe, entrainant l'exode d'une partie de la population. Ce dernier, bien que faisant baisser le chômage et la tension sociale liés aux problèmes économique du pays, a mené à la perte d'une partie de ses forces vives, l'émigration touchant davantage les jeunes ainsi que les individus éduqués et qualifiés..
Une bonne performance du parti de gauche souverainiste Autodétermination est ainsi attendue, le mouvement étant directement porté par des thèmes de campagne qui lui sont chers, ainsi que par la bonne prestation de son dirigeant Albin Kurti, jugé charismatique. C'est cependant la Ligue démocratique du Kosovo qui domine les sondages d'intentions de vote tout au long de la campagne. Menée par Vjosa Osmani, la Ligue axe son discours sur la lutte contre les violences, le népotisme et la corruption. Juriste de formation, Osmani se présente comme la candidate en ciblant notamment la jeunesse et les partisans d'un renforcement de l'État de droit. La victoire des partis d'opposition est ainsi jugée probable, Vjosa Osmani se positionnant rapidement en favorite du scrutin..
vignette|redresse|alt=Photo du président kosovar Hashim Thaçi|Le président kosovar à la Conférence de Munich sur la sécurité en 2018. Également considéré comme un dirigeant très charismatique, le Premier ministre sortant Ramush Haradinaj participe à la campagne en assumant pleinement sa conduite de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) au cours de la guerre du Kosovo, déclarant . Un retour au pouvoir de son Alliance pour l'avenir du Kosovo est jugée possible..