La première bataille d'El Djorf, est un engagement armé de la guerre d'Algérie se déroulant du 22 au sur le mont d'El Djorf dans la région des Aurès, cette bataille oppose l'ALN à l'Armée française. Elle s'achève sur une défaite de l'armée française.
Prélude de la bataille
La première bataille d'El Djorf est précédée de plusieurs embuscades meurtrières. L'une d'entre elles, du , à Guentis, voit l'administrateur Maurice Dupuy et le lieutenant Guillomot être tués par balle. Une seconde, du , se déroule sur la route Taberdga-Djellal, où 26 légionnaires et 13 moudjahidines sont tués.
En dehors des embuscades, l'armée française avait arrêté en, , Mustapha Benboulaïd, à la tête de l'ALN dans la même région. Il fut alors remplacé par le colonel Bachir Chihani qui décida de convoquer les différents chefs des Aurès-Nemencha de l'ALN, ainsi que leurs troupes, entre le 18 et , à Ras Tarfa, distant de 12 kilomètres d'El Djorf, dont le but était une réorganisation des troupes afin de relancer les opérations militaires dans la région. Les habitants et les notables de la région furent eux aussi convoqués, ce afin de leur présenter un rapport sur la révolution algérienne depuis son déclenchement et de leur formuler parallèlement une demande de soutiens financier et logistique.
Informée de la présence d'un important groupe de moudjahidines sur le mont El Djorf, l'armée française d'encercler le mont d'El Djorf dans le cadre de l'opération Timgad (appelée aussi opération Pavot)
Composition des armées
Armée française Au sein des forces militaires engagées, on compte le régiment de tirailleurs tunisiens, le deuxième bataillon du régiment étranger d'infanterie ainsi que des Goumiers marocains (notamment le 1e, et le TaborLe goums du Tabor à participer à l'opération Timgad (Nordine Boulhais, p.110).), avec pour objectif d'attaquer par l'est puis de déborder par le nord depuis Cheria. L'est de la région est ensuite isolé par le BEP provenant de Tébessa et se déplaçant entre l'oued Hallaïl et la frontière tunisienne. Le bouclage au sud d'El Djorf est assuré par trois compagnies portées de la légion étrangère (notamment la CPLE) disposant de véhicules légers (EBR) en provenance de la région de Ferkane. Trois bataillons de la demi-brigade de Légion étrangère assurent le bouclage à l'ouest en provenance de Khenchela et Guentis, soit 7000 à 8000 hommesÀ cela s'ajoute un bataillon de tirailleurs sénégalais, une compagnie de tirailleurs algériens et 5 harkas locale mentionné plus tard dans le témoignage. selon les estimations de Dominique Farale, ancien officier de la légion étrangère et historien.
Cependant cette liste ne semble pas complète, la présence du RTA, RTA, du groupe mobile 221 (GM 221), RTRS, du RCA et du Groupe de transport ainsi que du groupement mobile d'artillerie (GMA) commandé par le colonel Moissenet sont attestés par les archives de l'ECPAD, ainsi que la présence du BPC,du régiment d'artillerie, du 8ème Hussards, du 28ème Régiment d'artillerie, du 23e régiment d'infanterie (France), du 4e régiment de chasseurs d'Afrique,du 62ème Régiment d'infanterie,du 10e bataillon de parachutistes coloniaux qui est aussi rapporté.
La présence des généraux Noiret, Lorillot, Jeannot, de Sainte Opportune et du commandant Crespin est aussi attestée par les archives de l'ECPAD.
Le dispositif militaire est complété par l'emploi de l'ALAT et l'utilisation d'hélicoptères pour le transport de troupes. Ces éléments supplémentaires appuient le nombre de 25.000 hommes engagés dans l'opération Timgad pour l'armée française, cependant le nombre d'hommes ayant participé directement à bataille est estimé entre 10,000 à 15.000 hommes selon les sources françaises.
Armée de libération nationale Les effectifs de l'ALN lors de cette bataille sont estimés entre 300 et 400 moudjahidines divisés en trois sections : la première section commandé par Adjel Adjoul équipé d'armes automatiques, la deuxième section commandé par Sidi Henni disposant de fusils mais avec peu de munitions et la troisième section commandé sous les ordres d'Abbas Laghrour.
Déroulement de la bataille Le 22 septembre à Draa El Melah, au nord du mont d'El Djorf, l'armée française détecte des mouvements suspects et décide d'envoyer une section de reconnaissance de la compagnie du REI qui accroche des éléments de l'ALN qui tentaient de fuir la région qui était alors bouclée, l'accrochage fait du côté français : 4 tués dont le lieutenant Grandsard qui commandé la section et 7 blessés, elle fait du côté de l'ALN : 21 tués.
Après cet accrochage, Bachir Chihani et son état-major ordonnent aux hommes de l'ALN de se regrouper au mont d'El Djorf possédant des pitons rocheux et des grottes difficile d'accès.
Le 25 septembre à 8 heures du matin, le village troglodyte d'El Djorf est bombardé après qu'il fut évacué pour punir les habitants d'avoir accueilli un rassemblement de l'ALN.
La même journée, après l'échec de l'offensive du 22 au 24 septembre de l'armée française, les tirailleurs tunisiens avec l'appui de nombreuses autres unités reprennent l'offensive dès 9 heures du matin, progressant lentement et subissant de lourdes pertes, la 7ème compagnie du REI est alors appelée en renfort, toutefois les légionnaires n'avaient progressé que de 250 mètres au milieu de la journée, à 14 heures l'offensive est stoppéee et les légionnaires usent alors d'explosifs et de lance-flammes sans que cela ait d'effet sur leur avancée. Les légionnaires et le 1er bataillon du 8ème régiment de tirailleurs tunisiens se retirent.
Dans la nuit du 25 au 25 septembre 160 moudjahidines décrochent et forcent le passage aux goumiers du 1er Tabor qui bouclaient les gorges au sud, l'affrontement faisant 21 morts de chaque côté. La section d'Adjel Adjoul et celle de Sidi Henni avaient par la suite fait jonction à l'ouest d'El Djorf et réalisèrent une marche forcée vers le nord-est afin d'échapper au bouclage de l'armée française. Bachir Chihani et d'autres moudjahidines purent échapper au bouclage une semaine plus tard alors que l'armée française avait dynamité l'entrée de la grotte où ils se trouvaient.
Les pertes des deux camps Bien que l'estimation des pertes des deux camps lors de la bataille soit jugée « extrêmement difficile », des chiffres ont été avancés par plusieurs historiens, chercheurs et vétérans :
Armée française Entre 400 et 800 morts, plus de 1500 blessés, 100 soldats disparus, 8 avions abattus, 3 véhicules blindés détruits, 50 mitrailleuses récupérées ainsi que divers équipements militaires selon les sources recueillies par Mekideche Aljia. Entre 600 et 700 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille.. 600 morts, 800 blessés, un avion bombardier et un hélicoptère à bord duquel se trouvaient 14 officiers et soldats (ainsi que 70 armes de guerre et des munitions, les deux récupérés) selon le commandant Brahim Kacem cité par Achour Cheurfi. Abdelhai Abdelhafid cite dans son article deux sources qu'il juge contradictoires, la première faisant état de nombreux véhicules détruits et endommagés, d'une centaine d'armes récupérées et d'une quantité de munitions estimée à 20 mules, ainsi que d'une centaine de mules et chameaux tués collatéralement par l'ALN. La seconde source, quant à elle, fait état de 107 morts, 4 avions abattus, 25 armes récupérées (dont 7 mitrailleuses, un mortier de 60 mm, 7 pistolets-mitrailleurs MAT49 et 4 fusils MAS 36), 4 émetteurs servant pour les transmissions et une grande quantité de munitions. Enfin, une troisième évoque l'incendie d'un camion, 3 avions abattus, 4 chars détruits et 7 armes abandonnées. 13 tués, 43 blessés français, 2 tirailleurs tunisiens tués ainsi que 12 fusils, 1 pistolet mitrailleur et un poste radio perdu selon l'armée française cité par Emmanuel Alcaraz
Armée de libération nationale 170 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille. 80 morts et 25 blésées selon Achour Cheurfi. 110 morts, 7 prisonniers et 60 armes récupérées selon Jean Balazuc. Mekideche Aljia cite 60 à 70 morts et entre 60 à 90 blessés, ainsi que 15 armes perdues. 80 morts selon Adjel Adjoul ayant participé à la bataille. Ouanassa Siari Tengour cite 45 morts et 40 prisonniers. Abdelhai Abdelhafid cite 75 morts et plus de 20 blessés. 77 morts, 3 blessés, (un document cite 27 armes récupérés, un deuxième en cite 60 et un dernier 170) selon l'armée française cité par Emmanuel Alcaraz.
Conséquences de la bataille Une des premières conséquences directes de la première bataille d'El-Djorf fût son écho sur la scène nationale qui conforta le moral des troupes de l'ALN. La bataille contribua à l'inscription de la question algérienne à la session de l'Assemblée générale des nations unies le . Par ailleurs, elle fût considérée comme l'un des premiers « chocs frontaux » (wahja) où l'ALN put engager le combat, frontalement, contre une armée ennemie (armée française) plus nombreuse et mieux équipée.
Références
Catégorie:Septembre 1955 Catégorie:1955 en Algérie El Djorf 1