vignette|upright=1.5|Le désert de Tabernas dans le sud de l'Espagne est l'unique véritable désert d'Europe de l'Ouest selon la classification de Köppen et son expansion en raison du réchauffement climatiqueTF1 Info - Andalousie, le désert gagne du terrain : « Avec 300 kilomètres carrés de terres arides, Tabernas est le seul désert du continent européen. Chaque année, le réchauffement climatique agrandit un peu plus ce désert naturel. » est emblématique du phénomène de désertification. thumb|upright=1.5|Dhinowda (en Somalie) souffre d'une désertification extrême.
La désertification est un processus, naturel ou non, de dégradation des sols qui a pour origine le réchauffement climatique et les autres conséquences des activités humaines. Il s'ensuit une aridification et une sécheresse locales consécutives à la dégradation des terres, qui mènent à un territoire (biome) de type désertique. La théorie de l'avancée du désert de Lamprey (1975), qui était liée à l'observation de variations de couvert végétal dues à la variabilité climatique, a depuis évolué vers une approche d'un phénomène plus diffus. Ce phénomène peut avoir lieu dans des zones arides, semi-arides et subhumides sèches, à l'exclusion des déserts (zones déjà hyperarides).
La désertification constitue une catastrophe naturelle à long terme. La désertification est amplifiée par le réchauffement de la planète et par l'extension des activités humaines telles que l'agriculture intensive, l'irrigation, l'industrialisation, le tourisme et le surpâturage (au Sahel notamment). Ses effets, qui résultent d'une dégradation lente des terres, sont souvent confondus avec ceux des sécheresses, avec lesquelles elle interagit.
La sécheresse, la déforestation, les changements climatiques et l'utilisation de techniques agricoles seraient généralement en cause de la désertification. On dénote aussi l'appauvrissement de la population, la recherche de profit, l'agriculture de survivance, la pression économique sur les fermiers, les interventions militaires et une multitude de politiques locales, nationales et internationales comme pouvant être en cause.
C'est un problème d'environnement et un problème de développement. Elle affecte l'environnement local et le mode de vie des populations, mais ses effets ont des retentissements plus globaux : perte de biodiversité, changements climatiques, diminution des ressources en eau… Étroitement liée à l'activité humaine, la dégradation des terres constitue à la fois une conséquence du mal-développement et une entrave majeure au développement durable des zones sèchesCornet Antoine, 2001. La désertification à la croisée de l’environnement et du développement.
La désertification prend une ampleur croissante et jugée assez inquiétante pour que l'ONU au Sommet de la Terre de Rio en (Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement ou CNUED) ait jugé utile de proposer une convention mondiale sur la lutte contre la désertification. Faute d'entente des élus sur son contenu, elle est devenue une déclaration d'intention.
Ce phénomène n'a rien d'irréversible. La plupart du temps, elle est due à des pratiques agricoles inadaptées, au surpâturage et à la déforestation. Il existe de nombreuses solutions simples et peu coûteuses. Planter des arbres, par exemple, permet de fixer les sols, de fournir de l'ombre aux cultures et de retenir l'humidité.
Mesure du phénomène thumb|200px|Le détournement de grandes masses d'eau par l'agriculture (du coton principalement, dans le cas de la mer d'Aral) est responsable de phénomènes de désertification à grande échelle.|alt= thumb|200px|L'avancée du désert menace physiquement de nombreuses routes et villes (ici : Nouakchott).|alt= thumb|200px|Vue satellitaire du recul du lac Tchad au profit du désert, de 1973 à 1997.|alt= thumb|200px|L'agrosylviculture (ici de jojobas, en lisière du désert du Thar en Inde) peut localement contribuer à freiner la désertification, mais en climat extrême, les monocultures industrielles sont particulièrement sensibles aux invasions biologiques, du criquet pèlerin par exemple.|alt=
Au niveau mondial Un rapport Status of the World's Soil Resources: Main Report, FAO, 2015. publié en 2015 par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) constate qu'un tiers des terres arables de la planète sont plus ou moins menacées de disparaître. La vie de près de 250 millions de personnes est directement menacée. Entre 25 et 40 milliards de tonnes de terre fertile sont emportés chaque année à cause de l'érosion, du tassement, de la perte de nutriment et de biodiversité, de l'acidification, des pollutions, de l'engorgement ou de la salinisationQuand la lutte contre la désertification change d'échelle, Les Échos, 17 septembre 2019.. On estime que la dégradation des terres aura un effet sur environ 4 milliards de personnes d'ici 2050. La problématique est aujourd'hui tellement importante que l'Organisation des Nations unies a décrété la décennie de 2021-2030 comme étant celle de la restauration des écosystèmes.
Selon les calculs, les pourcentages de surfaces touchées par la désertification dans les zones arides varient de 19,5 % (si l'on ne mesure que la dégradation du sol) à 69,5 % (en mesurant la dégradation de la végétation), prouvant la difficulté à chiffrer le phénomène.
Selon une étude de l’ONU, les déserts (chauds et froids) couvraient 44 % de la surface terrestre en 1977 contre 63 % en l’an 2000John Jeavons, sens de l'humus.
Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) estime que 40 % (ou 5,2 milliards d'hectares sur 13 milliards) des terres émergées sont en voie de désertification.. L'ampleur des dégâts est plus visible dans les pays du Sud, mais localement des phénomènes de désertification sont constatés au nord de la Méditerranée et en Asie centrale. 37 % des zones arides sont africaines, 33 % sont asiatiques et 14 % se situent en Australie. L'Amérique et les franges méridionales de l'Europe (Espagne, Italie, Crète, Grèce, etc.) subissent aussi des phénomènes d'aridification locaux mais graves. Pour le CIRAD, en l'an 2000, 3,6 milliards d'hectares (70 %) des sols arides étaient déjà en cours de désertification, 93 % étaient ou sont encore pâturés, contre 6 % cultivés sans irrigation et 1 % avec irrigation.
La perte de services écosystémiques liée au phénomène serait de 10 % à 17 % du produit intérieur brut mondial. On estime une perte de 24 milliards de tonnes de terres fertiles par année reliée au processus de désertification.
Pour l'Union internationale pour la conservation de la naturepage IUCN sur la désertification, au début des années 2000, ce sont 70 % des terres arides qui subissent un processus de désertification (25 % des terres émergées, et un sixième de la population mondiale ; soit 900 millions de personnes vivant dans 90 pays).
Le phénomène touche les zones arides sous toutes les latitudes et sur tous les continents, surtout ceux situés autour du Sahara.
Afrique : agriculture, déforestation et avancée du Sahara depuis 3000 ans Aujourd'hui, le coût annuel de la dégradation des terres dans les pays d’Afrique subsaharienne est équivalent à leur croissance agricole moyenneRequier-Desjardins Mélanie, 2007. Pourquoi faut-il investir en zones arides ? Les dossiers thématiques du CSFD. Numéro 5. 40 p..
Causes anciennes Des peintures et gravures rupestrespaléoclimatologie du Sahara attestent que certaines régions aujourd'hui désertiques du Sahara étaient verdoyantes, humides et riches en faune, il y a seulement quelques millénaires. Le Sahara et ses dunes ne sont pas seuls concernés, le Sahel et ses arbustes, ses cultures et ses millions d'habitants le sont aussi.
On a longtemps pensé que l’extension de l’agriculture en Afrique centrale avait été rendue possible uniquement par un recul naturel de la forêt tropicale humide, primaire qui serait dû à des périodes de sécheresses sévères, longues qui se seraient succédé il y a environKatherine Rowland Humans implicated in Africa's deforestation ; Climate change alone cannot explain abrupt loss of rainforest 3,000 years ago, study suggests. Nature ; News ; 2012-01-09 doi:10.1038/nature.2012.10011, l'analyse des sédiments anciens déposés par le fleuve Congo qui offrent un enregistrement continu du climat d'Afrique centrale pour les montre que la responsabilité humaine pourrait être au moins en grande partie à l’origine de la relativement brusque disparition de forêts tropicales d'Afrique centrale (il y a environ), via une déforestation active qui a augmenté l’érosion, intensifié les intempéries et asséché cette partie de l’AfriqueBayon, G. et al. Science (revue) https://dx.doi.org/10.1126/science.1215400 (2012).
Les carottages de sédiments fournissent des données montrant des modifications des précipitations normalement corrélées aux flux de sédiments pour la période - à -, mais depuis près de on observe entre précipitations et érosion, montrant que dans ce cas . Les auteurs suggèrent que les ancêtres des actuelles ethnies bantous de l'actuel Nigeria et Cameroun, connus pour avoir entamé des migrations en l'Afrique il y a environ 4000 ans, ont eu en déforestant pour l’agriculture et pour les forges permettant la métallurgie du fer.
En 2012, de nombreux paléobotanistesSource : Katharina Neumann (Directrice de l’unité d'archéobotanique de l'université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main) interrogée par Nature en janvier 2012. peinent encore à croire que les outils disponibles à l’époque aient pu permettre aux premiers bantous de la région d’abattre assez d’arbres pour causer des érosions de cette importance, plus graves que ceux produits par les abattis avec culture sur brûlis actuellement selon Katharina Neumann. D'autres Alfred Ngomanda, directeur de l'Institut de recherche en écologie tropicale de Libreville (Gabon), interrogée par Nature, estiment aussi qu'un réchauffement climatique a plutôt été en grande partie responsable de la perte de la forêt tropicale d'Afrique centrale, mais que les premiers bantous ont effectivement pu exacerber un recul des forêts induit par un réchauffement. Bayon estime lui-même que ces données ne contredisent pas les théories existantes, mais illustrent . Pour David HarrisDavid Harris (Directeur adjoint du Jardin botanique royal d'Édimbourg au Royaume-Uni), interrogée par le journal Nature en janvier 2012, l'étude pose en revanche des questions importantes concernant les conséquences climatiques de la déforestation et d'autres activités humaines susceptibles d'exacerber les effets d’un changement climatique, .
Causes modernes La désertification du Sahel à la fin du et au début du est réputée provoquée par la combinaison de deux phénomènes principaux :
D'une part, une poussée démographique (+3 % par an au début du )Bonne pioche au Sahel, in Libération, 16 septembre 2008, qui fragilise les sols par : la surexploitation des terres afin de nourrir la population, consistant en un surlabourage et/ou un surpâturage (la jachère traditionnelle qui permettait le repos et la régénération des sols a ainsi été abandonnée dans les années 1960). la surexploitation du bois, que les ruminants empêchent en outre de repousser.
D'autre part, l'exposition aux stress climatiques. Les sols ainsi fragilisés sont soumis à des conditions naturelles plus contrastées. Les sols sont exposés à la brûlure par les UV solaires, au manque d'eau, et à l'érosion provoquée par le vent et par l'écoulement des pluies rares (de juin à septembre) qui semblent de plus en plus violentes en raison du changement climatique.
La terre ainsi érodée, devient stérile et forme des plaques désertiques, les « zipelés », de plus en plus vastes et qui finissent par se rejoindre. Les travaux scientifiques d'Allan Savory ont montré que, de manière paradoxale, le pâturage contrôlé de terres par des ruminants était l'un des meilleurs moyens pour lutter contre la désertification.