Kenneth Ownsworth May ( – ) est un mathématicien et historien des mathématiques américain. Il s'est d'abord intéressé à l'économie mathématique, domaine dans lequel il a développé le théorème de May en théorie du choix social, puis à l'enseignement des mathématiques avant d'orienter ses travaux vers l'histoire des mathématiques et plus particulièrement l'organisation de la discipline et des outils nécessaires à son exercice.

Intéressé par les interactions entre science et société, il obtient une bourse d'études de l' et, après un séjour de près de deux ans en Europe, il continue à entretenir des liens avec des membres influents et entre au conseil d'administration. Il participe activement dès le début de ses études supérieures à différentes actions du parti communiste, jusqu'à son enrôlement dans l'armée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ses opinions et activités politiques ont un impact sur sa vie professionnelle et familiale ; son père s'y oppose publiquement et Kenneth perd notamment son premier poste d'enseignement à Berkeley.

Après avoir obtenu son doctorat, il enseigne une vingtaine d'années au Carleton College. Il quitte alors les États-Unis pour le Canada et l'université de Toronto. C'est là qu'il commence à se tourner exclusivement vers l'histoire des mathématiques. Il a notamment été l’un des principaux artisans de la Commission internationale d'histoire des mathématiques (ICHM) qu'il dirige pendant plusieurs années et le premier rédacteur en chef de son journal officiel Historia Mathematica. Tous les quatre ans, l'ICHM décerne le prix Kenneth O. May pour des contributions exceptionnelles à l'histoire des mathématiques.

Biographie Kenneth O. May est né le à Portland en Oregon aux États-Unis. Il est le fils de Samuel Chester May (1887-1955) et Eleanor Ownsworth Perkin. Son père a étudié à l’université de l'Oregon puis à l'Yale Law School avant de pratiquer le droit à Portland de 1913 à 1917, puis, en 1920, il obtient une maîtrise de l'université Columbia, devient professeur de sciences politiques au Dartmouth College et, à partir de 1921, il enseigne à l'université de Californie à Berkeley.

C'est donc à Portland que Kenneth O. May commence sa scolarité puis il poursuit à Berkeley au sein de différents établissements. Il commence à s'intéresser aux mathématiques en étudiant les Principia Mathematica de Whitehead et Russell et décide de se spécialiser en mathématiques à l'université de Californie. Au sein de l'université, il pratique le football et est élu junior à Phi Beta Kappa. Il rejoint le Parti communiste américain et, probablement influencé par sa mère, l'Institut des relations du Pacifique, où il exerce les fonctions de secrétaire en 1933. Sa mère décède dans une explosion de chauffage au gaz chez lui en 1935. L'année suivante, il obtient son Bachelor of Arts en mathématiques avec les plus hauts honneurs. En s'intéressant aussi à l'utilisation des statistiques dans la planification nationale, Kenneth O. May est remarqué par le professeur Griffith C. Evans qui enseigne à Berkeley. Après avoir obtenu sa maîtrise en 1937, il est sélectionné, sur recommandation d'Evans, par l' (ICWA) pour étudier en URSS, l'ICWA s'étant notamment fixé comme objectif d'étudier les liens entre sciences et société.

Au cours de l'été 1937, il participe à un séminaire russe afin d'étudier la langue en vue de ses futures attributions tout en préparant son examen préliminaire pour le doctorat de mathématiques. Durant son examen oral, un exposé sur la théorie de Galois, il montre son intérêt pour l'histoire des mathématiques.

Après plusieurs étapes de voyage au cours desquelles il multiplie les prises de contact avec les membres de l'ICMA, il arrive en Angleterre et poursuit ses études du russe à la de l'université de Londres ainsi que ses études de statistique à l'University College, tout en s'intéressant au marxisme et à la planification grâce à des conférences à la London School of Economics. Initialement, Londres devait être une étape avant de partir pour l'URSS afin d'y mener une étude sur la planification nationale dans le cadre d'un programme d’accueil d'étudiants américains que le président de l'Institute of Current World Affairs, Walter S. Rogers, pensait avoir conclu. Le contexte géopolitique peu favorable de l'époque conduit May à revoir ses plans : il planifie alors ses études à Londres et se rend en touriste en Union Soviétique en avec l'interdiction de rentrer en contact avec des membres de la Commission de planification nationale russe. Ce séjour lui permet néanmoins d'amasser une grande quantité d'ouvrages qu'il peut étudier à son retour.

De retour à Londres mi-novembre, il intègre un groupe de statistiques formé autour de Ronald A. Fischer et poursuit ses études à la . Il rencontre également John Desmond Bernal, connu pour ses études sur les sciences et la société.

Toujours membre de l'ICWA, il est chargé par l'ambassadeur américain de parcourir l’Angleterre à partir de la fin du printemps 1938. Bien que les objectifs ne soient pas très clairs, il doit observer les conditions sociales, économiques et politiques ainsi que certaines élections afin d’enquêter sur l’opinion des Anglais. Le flou entourant les objectifs de cette tâche le conduit à s’interroger sur son avenir et il fait part de ses inquiétudes à Rogers :

Après plusieurs relations difficiles, il rencontre Ruth McGovney récemment arrivée en Angleterre, une institutrice d'Oakland et fille du professeur de droit de Berkeley Dudley McGovney, un rival du père de Kenneth. Celui-ci fait le déplacement pour dissuader son fils de se marier, et l'ICWA lui demande de renoncer à sa bourse. Ils décident cependant de se marier le .

Ils planifient alors de rester une année supplémentaire en Europe, notamment à Paris pour étudier à la Sorbonne. Tout en étudiant les statistiques et les probabilités, May s'oriente de plus en plus vers les interactions entre science et société. C'est à cette période qu'il lit l'ouvrage de Bernal, The Social Function of Science (1939), qui influence sa façon d'envisager les liens entre sciences et société et les progrès techniques et inventions nécessaires dans le cadre de la planification :

En 1939, ils voyagent, notamment à Moscou où Kenneth rencontre des théoriciens de l'institut d'ingénierie et d'économie de Kharkov et s'intéresse à la formation des ingénieurs-économistes.

De retour en Californie, Kenneth envisage de terminer son doctorat à Berkeley et y est nommé assistant d'enseignement, dispensant des cours de mathématiques financières, de calcul et de géométrie analytique.

Engagements À Berkeley, May participe activement aux différents projets du parti communiste qui s'oppose entre autres à la conscription. Le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de la situation particulière de la Californie par rapport au Japon, amène le père de Kenneth, vice président du , à s'opposer publiquement à son fils. Il déclare à la presse :

La presse, régionale et nationale, rapporte cette opposition entre le père et le fils. Les raisons de ce désaveu public sont probablement plus complexes et posent question sur les motivations réelles de son père. Rogers de son côté estime qu'il a . En réaction à la scission idéologique avec son père, Kenneth justifie son engagement avec le parti communiste dans le le :

Ce qui conduit aussi le conseil d’administration de Berkeley à voter la révocation des attributions de Kenneth O. May au sein de l'université. Jugeant ses opinions politiques avec l'exercice de ses fonctions d'assistant d'enseignement, il le renvoie le . Là aussi, la presse relaie l'événement. Le le salue la décision.

Il se consacre alors à ses activités au sein du parti et, en 1942, il se porte candidat au poste de sous la bannière communiste.

En 1942, May, patriote, s’enrôle dans l'armée. Déjà, depuis l'opération Barbarossa en le parti communiste n'affiche plus une position pacifiste et l'attaque de Pearl Harbor du signe l'entrée en guerre des États-Unis. En conséquence dès le , soutenu par le parti, il se renseigne afin d’intégrer l'armée. Mais il rencontre plusieurs obstacles bureaucratiques. Premièrement, dans le cadre de la conscription aux États-Unis les hommes mariés ne sont pas réquisitionnés au début de la guerre, mais sa femme demande le divorce, quelque temps plus tard, en . Deuxièmement, ses activités avec le parti communiste bloquent encore son intégration qui n'intervient finalement qu'en . Il est affecté au d’infanterie, un régiment d’infanterie de montagne. Celui-ci est envoyé en sur l'île de Kiska dans la chaîne des Aléoutiennes où il reste cinq mois. En permission au début de l'année 1944, il se réconcilie avec son père et, quelques mois plus tard, en mai, il épouse Jacqueline Bromley. Le du souligne son courage pour avoir participé aux combats contre les troupes alpines nazis. Et bien que rappelant ses précédentes activités locales et leur opposition affichée à celles-ci, indiquent qu’. Sa carrière dans l'armée est l'objet d'un article dans le Stars and Stripes (Europe) du . La guerre terminée, il est basé en Italie en tant qu'instructeur en mathématiques à l' de Florence et envisage de passer son doctorat. vignette|gauche|Vue aérienne du Carleton College à Northfield, Minnesota.|alt=Vue aérienne de bâtiments universitaires.

Il retourne finalement à Berkeley et, en 1946, il soutient sa thèse intitulée On the Mathematical Theory of Employment.. Recommandé par Rogers à Laurence McKinley Gould, président du Carleton College à Northfield dans le Minnesota, il y obtient un poste d'enseignements et y reste une vingtaine d'années. En guise de protestation contre la guerre du Viêt Nam, Kenneth signe un vœu de résistance fiscale en 1966..

Au Canada Après une année en tant que chercheur invité à Berkeley, il quitte les États-Unis et arrive au Canada en 1966. Professeur d'histoire des mathématiques à l'université de Toronto, il est également un des membres fondateurs de l' établi au sein de la en 1967. Cet institut vise à promouvoir la recherche et l'enseignement en histoire et philosophie des sciences, en réponse à l'émergence de ces disciplines aux États-Unis et en Europe, selon les recommandations d'un comité dirigé par John Abrams. May a dirigé cet institut de 1973 à 1975, faisant de Toronto un centre actif en histoire des mathématiques dès le milieu des années 1970.

vignette|Extrait d’un traité de Bonaventura Cavalieri servant de logo à la Société canadienne d'histoire et de philosophie des mathématiques.|alt=Gravure ancienne servant de logo à une société savante. En 1971, il fonde avec René Taton et Adolf P. Youschkevitch la Commission internationale d'histoire des mathématiques (, ICHM), dont il devient le premier président. Puis en 1974, il est à l'origine de la création de la Société canadienne d'histoire et de philosophie des mathématiques.

May écrit une série, intitulée , de dix portraits de mathématiciens pour la télévision canadienne, diffusés à l'automne 1970 : ces portraits d'une trentaine de minutes chacun et produits par la sont consacrés à Galois, Cantor, Bolyai, Hamilton, Charles Sanders Peirce, Galilée, Gauß, Ramanujan et Russell.

Dernières années En 1975, May est victime d'une première attaque cardiaque. Il prend alors ses dispositions pour pérenniser les projets en cours : il délègue davantage les responsabilités au sein de la revue Historia Mathematica, Christoph Scriba lui succède à la tête de la Commission internationale d'histoire des mathématiques à l'occasion du quinzième congrès d'histoire des sciences à Edimbourg en , et il négocie la diffusion du journal avec Academic Press qui se substitue aux presses universitaires de Toronto. May décède brusquement d'une attaque cardiaque, le , à . Son étudiant Charles Jones écrit dans un hommage en mémoire de May : .

Travaux