La controverse concernant Donald Trump et l'Ukraine, ou l'affaire Trump-Biden, également dénommée l'Ukraine-gate, l'affaire Trump-Zelensky ou encore l’affaire ukrainienne, désigne une affaire politico-judiciaire commencée en , après qu’un lanceur d'alerte de la communauté du renseignement des États-Unis a révélé le contenu d'une conversation téléphonique au cours de laquelle le président américain Donald Trump a demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky de faire déclencher une enquête sur Hunter Biden, fils de Joe Biden, ancien vice-président et candidat à la primaire démocrate en vue de l’élection présidentielle américaine de 2020.
En , Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, lance une procédure de destitution contre le président Trump (impeachment). En , Trump est acquitté par le Sénat des États-Unis.
Contexte Nomination de Joe Biden comme représentant de la Maison-Blanche en Ukraine Après la révolution ukrainienne de 2014, l'administration Obama essaie de soutenir diplomatiquement le nouveau gouvernement d'Ukraine, conduit par Arseni Iatseniouk. Le vice-président américain, Joe Biden, est particulièrement impliqué dans ces efforts. Il se rend à Kiev le et exhorte le gouvernement de l'Ukraine à diminuer sa envers la Russie en matière d'approvisionnement en gaz naturel. Il propose une expertise technique des États-Unis pour accroître leur production intérieure en gaz naturel.
Activités de Hunter Biden chez Burisma vignette|Hunter Biden en 2013. Peu de temps après, en , Hunter Biden, fils de Joe Biden, rejoint le conseil d'administration de , un regroupement de sociétés ukrainiennes dans le domaine de l'énergie. Burisma est alors le plus grand producteur non gouvernemental de gaz naturel en Ukraine, dont le propriétaire, l'oligarque Mykola Zlochevtski, est suspecté à travers Burisma de blanchiment d'argent, d'évasion fiscale et de corruption par la justice ukrainienne et britannique.
Avocat chez Boies Schiller Flexner, le fils du vice-président américain est engagé pour aider la compagnie en matière , alors qu'il n'a aucune expérience en Ukraine et aucune qualifications évidentes dans le secteur de l'énergie. Hunter Biden reçoit un montant variable, pouvant atteindre par mois, ce qui est, selon le Washington Post, « une somme princière pour ne rien faire (ni la société, ni Hunter Biden n’a identifié de contribution spécifique de sa part) ».
Des relevés bancaires montrent en outre que de 2014 à 2015, Burisma a effectué des virements au bénéfice de Rosemont Seneca Partners LLC, à hauteur de par mois (~ ), la société de Hunter Biden.
Le journal New York Times indique en 2015 que l'appel de Joe Biden à la lutte contre la corruption à Kiev est compromis par l'activité de son fils Hunter, qui pourrait être impliqué dans une affaire de blanchiment d'argent entachant une compagnie gazière ukrainienne.
Le , le New York Times indique que « Hunter Biden et ses partenaires américains ont pris part au vaste effort de Burisma visant à rassembler des démocrates bien connectés à une époque où la société faisait face à des enquêtes soutenues non seulement par les forces ukrainiennes mais également par des responsables de l’administration Obama ».
Rôle de Joe Biden En , le magazine Vice écrit que l'ambassadeur américain à Kiev a appelé le gouvernement ukrainien pour protéger le propriétaire corrompu d’une entreprise énergétique qui emploie Hunter Biden.
La façon dont le procureur général Viktor Chokine s'acquitte de sa tâche déplaît aux États-Unis.
Lors d'un débat organisé en par le groupe de réflexion (think tank) Council on Foreign Relations, Joe Biden raconte comment, alors vice-président, il a menacé en le président ukrainien Petro Porochenko de ne pas accorder un milliard de dollars d'aide si le procureur général Viktor Chokine n'était pas congédié dans les six heures. Il déclare : . Selon le blogueur français Olivier Berruyer, « Joe Biden a menti clairement dans les affirmations qu'il fait, en particulier sur la qualité des procureurs ukrainiens », et a commis une « ingérence dans les affaires intérieures de l'Ukraine ».
Viktor Chokine est licencié le mois suivant les menaces de Joe Biden et le successeur de Chokine, Iouri Loutsenko, boucle l’enquête contre Burisma au bout de dix mois, annonçant que toutes les charges contre le propriétaire de Burisma sont abandonnées.
Certains médias considèrent que la présence de Hunter Biden dans le conseil d'administration de Burisma devait protéger la société de poursuites judiciaires.
Soupçons de Donald Trump à l'égard des personnes mêlées à l'affaire Le Washington Post du souligne que quand Joe Biden annonce en avril sa candidature à la présidence, son fils Hunter quitte son poste au sein de la plus grande société gazière privée d’Ukraine, après cinq années de serviceMichael Kranish et David L. Stern, « As vice president, Biden said Ukraine should increase gas production. Then his son got a job with a Ukrainian gas company. », The Washington Post, 22 juillet 2019, en ligne..
Selon Donald Trump et Rudy Giuliani, le motif pour lequel Joe Biden exigea la démission de Chokine était le désir de mettre fin à l'enquête sur Burisma, dont Hunter Biden était administrateur. Cette explication est contredite par des sources ukrainiennes, notamment gouvernementales, et américaines selon lesquelles ce qu'on reprochait à Chokine était au contraire son manque de diligence"Messrs. Trump and Giuliani have suggested that Joe Biden pushed for the firing of Ukraine's general prosecutor, Viktor Shokin, in March 2016 to stop an investigation into Burisma. In Ukraine, government officials and anticorruption advocates say that is a misrepresentation.... Mr. Shokin had dragged his feet into those investigations, Western diplomats said, and effectively squashed one in London by failing to cooperate with U.K. authorities.... In a speech in 2015, the U.S. ambassador to Ukraine, Geoffrey Pyatt, called the Ukrainian prosecutor “an obstacle” to anticorruption efforts" — . D’après les partenaires de Zlochevsky, Chokine, sans montrer un grand zèle, utilisait la menace de poursuites contre Burisma comme un moyen de leur extorquer de l'argentKenneth P. Vogel, « Trump, Biden and Ukraine: Sorting Out the Accusations », The New York Times, 22 septembre 2019, en ligne.. Chokine, lui, estime qu'il a été démis parce qu'il refusait d'abandonner l'enquête sur BurismaStephanie Baker et Daryna Krasnolutska, « Timeline in Ukraine Probe Casts Doubt on Giuliani’s Biden Claim », 7 mai 2019, en ligne.. Il a signé en ce sens un témoignage devant notaire publié le par dans les pages d'opinion du journal The HillJohn Solomon, « These once-secret memos cast doubt on Joe Biden's Ukraine story », The Hill, 26 septembre 2019, en ligne.. Rudy Giuliani a défendu la crédibilité de Viktor Chokine sur Fox News en disant « est-ce qu'on a prouvé qu'il était corrompu ? » et « Si vous rencontrez ce gars, vous verrez qu'il n'est pas très bon en corruption parce qu'il est très pauvre ».
Le , Donald Trump déclare que « Joe Biden et son fils sont corrompus ».
Dénonciation vignette|Signalement rédigé par le lanceur d'alerte et daté du , concernant la conversation téléphonique du entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky.|221x221px Les conversations présidentielles étant retranscrites et archivées, un signalement est formulé le par un lanceur d'alerte auprès de Michael Atkinson, inspecteur général de la communauté du renseignement. Le lanceur d'alerte, qui ferait partie des services de renseignement américains, « n'a pas été le témoin direct de l'entretien téléphonique », mais en recoupant certaines de ses informations dans le cadre des « relations régulières inter-agences », affirme que le président américain a utilisé sa fonction « pour solliciter l'ingérence d'un pays étranger dans l'élection de 2020 aux États-Unis ». Selon le lanceur d'alerte, le président américain aurait fait une « promesse troublante ».
Le , Michael Atkinson témoigne à huis clos devant la commission du renseignement de la Chambre, mais n'a rien pu dire. Le président démocrate de la commission du Renseignement, Adam Schiff, déplore le fait de n'avoir « obtenu aucune réponse parce que le ministère de la Justice et le Directeur du renseignement national (DNI) n'ont pas autorisé l'inspecteur général à entrer dans les détails ».
Dans leurs éditions du soir du , le Washington Post et le New York Times affirment que le dirigeant étranger est le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Faits établis vignette|redresse|Transcription déclassifiée de la conversation téléphonique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky Le 25 , le président Donald Trump demande lors d'une conversation par téléphone à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, d'enquêter pour savoir si l'ancien vice-président Biden a mis fin à une enquête sur une entreprise ukrainienne pour laquelle travaillait son fils Hunter Biden par ces mots transmis par les services de la Maison-Blanche : « On parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a arrêté la procédure, et beaucoup de gens veulent savoir, ce serait donc formidable si vous pouviez faire quelque chose avec le procureur général. […] Biden s'est vanté d'avoir arrêté l'accusation, alors si vous pouviez vous renseigner. […] Tout ça me semble horrible. ». Durant l'appel, Trump critique Robert Mueller qui, la veille, est auditionné par la Commission sur le renseignement de la Chambre des représentants sur les ingérences russes dans le scrutin présidentiel de 2016.
Le , Donald Trump reconnaît avoir mentionné les noms de l'ancien vice-président et de son fils lors d'un appel téléphonique avec Volodymyr Zelensky en précisant devant les journalistes que « c'était largement sur le fait que nous ne voulions pas que nos citoyens, comme le vice-président Biden et son fils, ajoutent à la corruption en Ukraine ». Le même jour, Joe Biden exige que Trump publie la retranscription de l'appel. Le président américain et le secrétaire d'État américain Mike Pompeo sont pour que la transcription de sa conversation avec son homologue ukrainien soit rendue publique.
Le , le compte rendu intégral de la conversation entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky est déclassifié. Il ne s'agit toutefois pas d'un verbatim strict, CNN expliquant que ce document a été créé .
Faits contestés vignette|gauche|Volodymyr Zelensky et Donald Trump en . Les démocrates accusent Donald Trump d'avoir utilisé un levier financier pour faire pression sur Volodymyr Zelensky. Donald Trump aurait ordonné à son chef d'état-major de suspendre quelque de dollars sur l'aide militaire prévue pour l'Ukraine. Selon le Washington Post, les responsables ont reçu pour instruction de dire aux parlementaires que ce gel était lié à « un processus inter-organismes ». Le magazine Marianne fait remarquer que dans la transcription de la conversation téléphonique, « à aucun moment [Donald Trump] n’exige réellement des investigations anti-Biden à Zelensky et surtout il n’évoque jamais le possible gel de de dollars d’aide militaire à l’Ukraine s’il n’obtient pas satisfaction ». Volodymyr Zelensky dément toute pression exercée sur lui, déclarant que et que .
Donald Trump fournit des explications contradictoires pour justifier la suspension temporaire de cette aideTrump changes story on withholding Ukraine aid, Politico, 24 septembre 2019.. Il affirme d'abord que l'aide n'avait pas été débloquée en raison de la dans le pays, et déclare que la conversation avec Volodymyr Zelensky était à propos du Trump admits raising Biden case with Ukraine president, Le Financial Times, 24 septembre 2019.. Par la suite, il déclare que l'aide avait été initialement retenue en raison d'un manque de contribution similaire de la part d'autres nations européennes..