Alternative libertaire est une ancienne organisation anarchiste française, active de 1991 à 2019, principale formation de tendance communiste libertaire en France.
D'orientation néo-plateformiste et syndicaliste révolutionnaire, elle fut fondée en 1991 à l'issue d'un processus de recomposition associant, entre autres, le Collectif jeunes libertaires et l'Union des travailleurs communistes libertaires. Alternative libertaire fusionna avec la Coordination des groupes anarchistes en 2019 pour former l'Union communiste libertaire.
Idéologie
Orientation
AL disait fonder sa politique « sur l'action directe des classes et groupes sociaux dominés, dans une finalité anticapitaliste, révolutionnaire et autogestionnaire ». Et citait en référence : Bakounine et ses partisans au sein de la Première Internationale ; le syndicalisme révolutionnaire de la CGT d'avant 1914 ; la Makhnovchtchina et la Plate-forme organisationnelle des anarchistes russes en exil en 1927 ; l'anarcho-syndicalisme espagnol, l'expérience de la révolution sociale de 1936 et sa critique par le groupe des Amis de Durruti ; la Fédération communiste libertaire (FCL) et le Manifeste communiste libertaire de Georges Fontenis en 1954 ; l'Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), les travaux de Daniel Guérin et Le Projet communiste libertaire de 1986..
Projet social Dans l'ouvrage collectif intitulé Un projet de société communiste libertaire., AL proposait, en alternative au système capitaliste et étatiste : la socialisation des moyens de production et d'échange ; la redistribution des services et des richesses produites selon un mode soit communiste (de grands services publics libres et gratuits en matière de santé, éducation, transport, logement, culture), soit collectiviste, c'est-à-dire impliquant une régulation, pour les biens de consommation (eau, alimentation, vêtement, véhicules individuels…) ; une démocratie directe, fondée sur le fédéralisme, avec des modalités adaptées aux différents échelons (local, régional, interrégional…) afin de valider les grands choix de société (modèle énergétique, aménagement du territoire…) ; une planification autogérée de la production, indexée sur les besoins des populations et sur les limites de la planète, et non sur la quête de profit financier ; l'autogestion des lieux de production par les travailleuses et les travailleurs eux-mêmes et la transformation radicale, par les premiers intéressés, des modalités du travail.
Organisation Fonctionnement Alternative libertaire se voulait une « organisation révolutionnaire autogérée », avec un fonctionnement « fédéraliste »..
Tous les deux ans, un congrès tranchait les grandes questions d'orientation politique et mandatait un collectif fédéral chargé d'animer la fédération dans ce cadre. Une coordination fédérale se réunissait également trois fois par an.
En 2014, l'organisation indiquait que ses recettes provenaient des cotisations militantes (62 %), des ventes de son journal (15 %), de l'association des Ami.e.s d'AL formée autour de son journal (16 %) et des éditions d'AL (7 %)..
Presse, internet et éditions thumb|upright|Alternative libertaire, numéro de décembre 2015.
Alternative libertaire disposait d'un mensuel éponyme, fondé en et d'un site web créé en 1998.
En 2000 a été fondée l'association des Ami·es dAlternative libertaire, pour aider au financement du journal..
En , le mensuel Alternative libertaire était distribué à dans kiosques en France. Il était vendu en kiosque, mais à la criée..
Les éditions d'Alternative libertaire éditent pour l'essentiel des livres, des affiches et des autocollants, accessibles en vente par correspondance sur le site des Éditions d'AL.
En 2019, à la suite de la formation de l'Union communiste libertaire, le mensuel Alternative libertaire est devenu l'organe de presse de la nouvelle organisation.
Réseau international Hors des frontières hexagonales, des groupes AL existent en Guyane et en Belgique.
À l'échelon international, AL a jadis été membre du réseau Solidarité internationale libertaire, et s'inscrit depuis 2005 dans le réseau communiste libertaire Anarkismo, qui se réclame à la fois du plateformisme et de l'''especifismo.
Soutenant le mouvement zapatiste au Mexique, AL est également adhérente à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone"Les zapatistes, vingt ans après le soulèvement", coordination fédérale d'AL de septembre 2013..
Historique
Les années de formation (1989-1994) thumb|upright|Le premier numéro du mensuel Alternative libertaire, en mars 1991, avant même la fondation de l'organisation.Le coup d'envoi d'Alternative libertaire est donné par la publication, en , de l'«Appel pour une alternative libertaire» dans Lutter!, périodique de l'Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL). L'appel rassemble une centaine de signataires indépendants ou issus de différentes organisations anarchistes-communistes..
L'année 1990 voit la formation, dans plusieurs régions, de collectifs pour une alternative libertaire (CAL) qui, à l'automne, participent au mouvement d'opposition à la guerre du Golfe.
En , assemblée générale fondatrice d'Alternative libertaire, à Orléans. Deux organisations, l'UTCL et le Collectif jeunes libertaires, se dissolvent pour se fondre dans AL, qui tient son premier congrès en septembre, à Toulouse.
En 1992, les syndicalistes cheminots d'AL participent à l'organisation de la première eurogrève du rail. À Paris, les militants d'AL participent à la lutte des mal-logés du quai de la Gare, qui conduit à la fondation de Droit au logement. Cette même année est marquée par le référendum sur le traité de Maastricht ; AL mène campagne contre le traité et appelle à voter contre.
En se tient le congrès d'AL à Montreuil. À l'automne, AL participe au mouvement contre le projet de révision de la loi Falloux, visant à drainer davantage d'argent public vers l'enseignement privé.
En 1994, les militants d'AL participent à la création d'Agir ensemble contre le chômage (AC!) et aux premières marches contre le chômage. Une nouvelle génération militante voit par ailleurs le jour à l'occasion de la lutte contre le projet de Contrat d'insertion professionnelle (« Smic-jeunes »).
Un nouveau cycle de luttes (1995-1999) L'année 1995 marque un renouveau du mouvement social qui va fortement marquer l'activité d'AL. À Paris, l'organisation soutient l'occupation, par les associations de mal-logés, d'un vaste immeuble de la Cogedim, rue du Dragon, qui devient pendant quelques mois un lieu de convergence des mouvements sociaux. En juin, le congrès d'AL, à Caen, prône un « front social » de l'ensemble des mouvements revendicatifs, autour d'un programme autonome. En novembre-décembre, les militants d'AL promeuvent l'auto-organisation des grévistes. dans le vaste mouvement qui paralyse la France en opposition au plan Juppé.
Le brûlant hiver a conduit à des ruptures au sein de la gauche de la CFDT, qui s'est opposée aux grèves et a soutenu le plan Juppé. Si bien qu'en 1996, les syndicalistes d'AL participent activement à la création des syndicats SUD. Durant l'été, soutien à l'occupation de l'Église Saint-Bernard, qui remet la question des sans-papiers sur le devant de la scène.
Le mouvement social de décembre est une des causes de la victoire de la coalition de « gauche plurielle » aux élections législatives de 1997. Contrairement à la LCR, Alternative libertaire ne soutient pas la victoire de la gauche, pronostiquant un rapide abandon des promesses électorales. L'organisation soutient les Marches européennes contre le chômage parties d'Espagne, et coanimées par les anarcho-syndicalistes de la CGT espagnole. En novembre, AL tient son congrès à Besançon.
L'hiver 1997-1998 est marqué par un mouvement revendicatif des chômeurs et précaires qui occupent les agences Assedic et ANPE. Les militants d'AL, notamment ceux investis dans AC!, y participent activement. En , le PCF et la LCR s'efforcent d'agrémenter leurs listes aux élections européennes de figures des luttes sociales. AL s'y oppose, par refus de l'immixtion des mouvements sociaux dans les institutions, et plusieurs de ses militants participent à l'élaboration de l'« Appel pour l'autonomie du mouvement social », qui regroupe plusieurs dizaines de signataires.. L'Appel est publié dans Libération du . et provoque une vive controverse au sein de la gauche radicale..
En 1999, AL soutient les secondes Marches européennes contre le chômage qui convergent à Cologne. En août, l'organisation participe au grand rassemblement sur le Larzac organisé par la Confédération paysanne, en soutien à ses militants (dont José Bové) mis en examen à la suite de l'affaire du démontage du McDo de Millau.
Le tournant vers la visibilité (2000-2003) Aussi, en , le congrès d’AL, à Paris, décide un « tournant vers la visibilité »., qui va notamment se traduire par la création, autour du journal, de l'association des Ami.e.s dAlternative libertaire, par le passage du journal en kiosque en , la rénovation du site web et l'ouverture de locaux publics rue d'Aubervilliers, à Paris, en .
En 2001, AL soutient la lutte des salariés de Lu-Danone, Marks & Spencer, Pechiney et d'autres contre les licenciements, avec notamment le slogan d'un « droit de veto » des travailleurs sur les licenciements collectifs, et la réquisition/autogestion des entreprises qui sont fermées alors qu'elles font des profits. En avril, une délégation d'AL participe à la fondation, à Madrid, du réseau Solidarité internationale libertaire..
En 2002, leur appel à voter pour Jacques Chirac, des participations électoralistes ou leur positionnement nationaliste (Israël/Palestine) contribuent à l'éloigner des anarchistesChristophe Bourseiller, L'extrémisme: Enquête sur une grande peur contemporaine, CNRS éditions, 2012, p. 126..
Une nouvelle jeunesse (2004-2006) Alors que le réseau SIL s'est mis en sommeil, l'année 2005 voit la constitution du réseau communiste libertaire international Anarkismo, auquel s'affilie AL.Cette année-là, les jeunes d'AL sont actifs au sein des comités d'action lycéens., qui initient un mouvement qui met en échec la loi Fillon. L'un des animateurs du mouvement, Samuel Morville, militant d'AL, bénéficie d'une forte exposition médiatique.., qui ne lui évitera pas une arrestation ciblée et un procès pour « outrage à personne dépositaire de l'autorité publique ». AL dénoncera un « procès clairement politique » et, avec l'avocate Irène Terrel, les fautes de procédure et les manquements à la justiceL’« affaire Samuel Morville » n’est pas close, déclaration publique d'AL, le 27 mai 2005.. Condamné en correctionnelle à cinq mois avec sursis, sa peine sera ramenée en appel à un mois avec sursis..
Douze dernières années (2007-2019) À l'occasion de l'élection présidentielle de 2007, AL ne donne aucune consigne de vote et fait campagne sur le thème « le changement s'imposera par les luttes »« Riposte sociale : Le changement s’imposera par les luttes », argumentaire AL, 2007/.. En octobre, le mensuel Alternative libertaire dévoile une nouvelle formule, entièrement remaniée avec de nouvelles rubriques et un prix en baisse..
L'année 2008 est marquée par les premières grèves de travailleurs sans papiers en Ile-de-France, organisées par la CGT, Droits devant!!, SUD et la CNT. Le congrès d'AL à Saint-Denis prône la constitution de « fronts anticapitalistes » pour faire entendre une voix commune chaque fois que possible« Quels fronts anticapitalistes pour quels objectifs ? », congrès d'AL, 2008..
Après la grève générale en Guyane et aux Antilles françaises en 2008-2009, publication du livre-témoignage Matinik Doubout aux éditions d’AL. L'organisation participe au contre-sommet de l'OTAN à Strasbourg..