La bataille de Bosworth, ou bataille de Bosworth Field, est l'avant-dernier affrontement de la guerre des Deux-Roses, guerre civile anglaise qui oppose les maisons de Lancastre et d'York durant la seconde moitié du . Cette bataille a lieu le et voit la victoire du parti Lancastre, dont le chef, Henri Tudor, devient par la suite le premier roi de la maison Tudor. Son adversaire Richard III, dernier roi de la maison d'York, est tué durant l'affrontement. Les historiens considèrent la bataille de Bosworth comme marquant la fin de la dynastie Plantagenêt, ce qui en fait un moment-clef de l'histoire de l'Angleterre.

Richard III s'empare du trône au détriment de son neveu Édouard V, âgé de 12 ans, en . Le garçon et son frère cadet disparaissent peu après, suscitant l'inquiétude de beaucoup, et les rumeurs voulant que Richard soit impliqué dans la mort de sa femme Anne Neville en lui aliènent encore des soutiens. De l'autre côté de la Manche, Henri Tudor, descendant d'une maison de Lancastre sur le déclin, profite des difficultés de Richard pour proclamer ses droits sur la couronne. Sa première tentative d'envahir l'Angleterre, en , est contrecarrée par une tempête, et il doit attendre le pour débarquer à Dale, au sud-ouest du pays de Galles, sans rencontrer de résistance. Il marche vers Londres, rassemblant des appuis en chemin. Richard se presse de rassembler ses forces et coupe la route de l'armée d'Henri au sud de la ville de Market Bosworth, dans le Leicestershire. Le baron Thomas Stanley et son frère cadet William conduisent également une armée sur le champ de bataille, mais restent en retrait pour être sûrs de rallier le vainqueur.

Richard divise son armée, supérieure en nombre à celle d'Henri, en trois groupes : l'un est placé sous le commandement du duc de Norfolk, et un autre sous celui du comte de Northumberland. De son côté, Henri préserve l'unité de son armée et en confie le commandement au comte d'Oxford, un soldat expérimenté. L'avant-garde de Richard, conduite par le duc de Norfolk, affronte les hommes du comte d'Oxford, et une partie fuit le champ de bataille. Le comte de Northumberland ne réagit pas lorsqu'il se voit demander de venir au secours de son roi, aussi Richard décide-t-il de jouer le tout pour le tout en lançant une charge visant à tuer Henri et à mettre un terme au combat. Voyant les chevaliers du roi séparés de son armée, les Stanley interviennent : William conduit ses hommes au soutien d'Henri, et Richard est encerclé et tué. Une fois les combats terminés, Henri est couronné au sommet de Crown Hill.

Henri engage des chroniqueurs pour qu'ils éclairent son règne sous un jour favorable, et ils représentent la bataille de Bosworth Field et l'avènement de la dynastie Tudor comme le début d'une nouvelle ère. Jusqu'au , la bataille est dépeinte comme une victoire du bien sur le mal, et elle constitue le paroxysme de la pièce de William Shakespeare Richard III. L'emplacement exact du champ de bataille est sujet à controverse, du fait de l'absence de preuves concluantes. Le a été construit en 1974 sur un site par la suite contesté par plusieurs historiens. En , après avoir procédé à des analyses géologiques et archéologiques dans la région, une équipe de recherche propose un emplacement situé à trois kilomètres au sud-ouest d'.

Contexte

thumb|upright|Édouard IV, roi d'Angleterre de 1471 à 1483.

L'Angleterre du est ravagée par la guerre civile que se disputent les maisons de Lancastre et d'York pour la couronne. En 1471, le parti yorkiste sort vainqueur des batailles de Barnet et de Tewkesbury. Le roi Lancastre Henri VI et son fils unique Édouard meurent peu après la bataille de Tewkesbury, laissant la maison de Lancastre sans prétendant direct au trône. Le roi York Édouard IV contrôle alors la totalité de l'Angleterre. Il accuse de trahison tous ceux qui refusent de se soumettre à lui, parmi lesquels Jasper Tudor et son neveu Henri, et confisque leurs biens. Les deux Tudor s'enfuient vers la France, mais le vent les envoie en Bretagne, où le duc François II leur fait bon accueil. Par sa mère Margaret Beaufort, Henri est l'arrière-arrière-petit-fils de Jean de Gand, oncle de Richard II et père d'Henri IV. Les Beaufort, à l'origine des bâtards, ont été légitimés par Henri IV à condition que leurs descendants renoncent à leurs droits sur le trône. En tant que dernier Lancastre apparenté à la lignée royale, Henri Tudor possède donc de faibles droits sur le trône, mais Édouard le considère comme . Cependant, François II de Bretagne voit en lui un moyen de pression utile sur l'Angleterre, et il garde les Tudor sous son aile.

Édouard IV meurt le , après douze années de règne. Son fils aîné, le nouveau roi Édouard V, n'est alors âgé que de douze ans, et son héritier présomptif est son frère cadet, Richard de Shrewsbury, âgé de neuf ans. Édouard V étant trop jeune pour régner, un conseil royal est formé pour gouverner l'Angleterre jusqu'à sa majorité. La cour s'inquiète lorsqu'elle apprend que les Woodville, parents de la reine-mère, intriguent pour prendre le contrôle du conseil. Durant leur ascension vers le pouvoir, les Woodville se sont fait de nombreux ennemis. Pour contrecarrer leurs ambitions, le baron William Hastings et d'autres membres du Conseil font appel à l'oncle du roi, le duc de Gloucester Richard Plantagenêt. Ils le pressent d'accepter au plus tôt le rôle de protecteur, comme son frère Édouard IV l'en a prié auparavant. Le , accompagné d'un contingent de gardes et du duc de Buckingham Henry Stafford, Richard assure la garde d'Édouard V et fait arrêter plusieurs membres éminents de la famille Woodville. Après avoir conduit le jeune roi à Londres, Gloucester fait exécuter sans procès Anthony Woodville, Richard Grey et Thomas Vaughan pour trahison.

Le , Gloucester accuse Hastings d'avoir comploté avec les Woodville et le fait décapiter. Neuf jours plus tard, il convainc le Parlement de déclarer le mariage d'Édouard IV et d'Élisabeth Woodville illégal, faisant de leurs enfants des bâtards et invalidant leurs droits sur le trône. Ayant écarté ses neveux, Gloucester devient le premier dans l'ordre de succession et il est couronné le sous le nom de Richard III. La manière dont il obtient la couronne ne fait rien pour le rendre populaire et des rumeurs ne tardent pas à circuler dans tout le royaume. Les deux princes sont emprisonnés dans la Tour de Londres et disparaissent peu après. Toute l'Angleterre est persuadée que le Richard a assassiné ses neveux.

thumb|upright|Margaret Beaufort, la mère d'Henri Tudor.

Le mécontentement à l'égard de Richard se manifeste dès l'été 1483, lorsque naît une conspiration visant à le chasser du trône. Les rebelles sont en majorité des fidèles d'Édouard IV, qui considèrent Richard comme un usurpateur. Leurs plans sont organisés par Marguerite Beaufort, qui propose son fils, Henri Tudor, comme candidat au trône. Le duc de Buckingham est le plus important des conjurés, mais les raisons de son ralliement à la conspiration restent inconnues. Selon l'historien Charles Ross, Buckingham cherche à prendre ses distances vis-à-vis d'un roi chaque jour plus impopulaire. Pour Michael Jones et Malcolm Underwood, Marguerite aurait fait croire à Buckingham que les rebelles souhaitaient le placer sur le trône d'Angleterre.

La conspiration prévoit d'organiser des révoltes dans le sud et l'ouest de l'Angleterre pour submerger les forces de Richard. Buckingham est censé soutenir les rebelles en lançant une invasion depuis le pays de Galles, tandis qu'Henri doit venir par la mer. Un manque de coordination et le mauvais temps réduisent ces projets à néant. Une révolte éclate dans le Kent dix jours trop tôt, pressant Richard à réunir l'armée royale pour la réduire. Ses espions l'informent des activités de Buckingham, et les hommes du roi détruisent les ponts sur la Severn ; lorsque Buckingham, à la tête de ses troupes, arrive devant le fleuve en crue, il est incapable de le traverser en raison d'un orage violent qui éclate le . Buckingham est piégé : ses ennemis gallois se sont emparés de son château après son départ, et il n'a plus nulle part où se réfugier. Il abandonne le complot et s'enfuit à Wem, où il est trahi par un serviteur et arrêté par les hommes de Richard. Il est exécuté le . Entre-temps, Henri tente de débarquer le 10 (ou le 19) octobre, mais sa flotte est éparpillée par une tempête. En arrivant en vue de la côte anglaise (soit à Plymouth, soit à Poole), un groupe de soldats le salue et l'incite à accoster ; il s'agit en fait d'hommes de Richard, prêts à le capturer sitôt débarqué. Henri ne tombe pas dans le piège et retourne en Bretagne. Privée de Buckingham et d'Henri, la rébellion est facilement écrasée par Richard.

thumb|upright|Élisabeth d'York, fille d'Édouard IV.

Les survivants du complot s'enfuient en Bretagne, où ils proclament ouvertement leur soutien à Henri. À Noël, Henri Tudor prête serment d'épouser Élisabeth d'York, fille d'Édouard IV, pour réunir les lignées opposées de Lancastre et d'York. L'étoile montante d'Henri constitue une menace pour Richard qui fait plusieurs offres au duché de Bretagne en échange du jeune Lancastre. François refuse, dans l'attente de meilleures propositions. Courant 1484, alors qu'il se remet d'une maladie, son trésorier Pierre Landais, qui assure le gouvernement du duché pendant la convalescence de François, parvient à un accord avec Richard : il promet de renvoyer Henri et son oncle en Angleterre en échange d'une aide militaire et financière. L'évêque d'Ely John Morton l'apprend et avertit les Tudor, qui s'enfuient en France. La cour de Charles VIII les accueille volontiers : ils constituent un bon moyen de s'assurer de la neutralité de Richard dans les projets français d'annexion de la Bretagne. Le , Anne Neville, l'épouse de Richard, meurt, et la rumeur court en Angleterre qu'elle a été assassinée pour permettre au roi d'épouser sa nièce Élisabeth. Ces bruits font perdre à Richard plusieurs de ses soutiens dans le Nord et bouleversent Henri de l'autre côté de la Manche : s'il n'épouse plus Élisabeth, l'alliance entre les Lancastre et les fidèles d'Édouard IV qui repose sur lui pourrait disparaître. Afin d'assurer son mariage, Henri rassemble et quitte la France le .

Les commandants Au , l'idéal chevaleresque anglais d'un service dévoué au roi s'est dévoyé. Les forces armées sont essentiellement levées par des rassemblements sur des terres privées : chaque homme en état de combattre doit répondre à l'appel aux armes de son seigneur, et chaque noble possède une autorité exclusive sur ses milices. Le roi peut lever une milice personnelle sur les terres qu'il possède en propre, mais il ne peut lever d'armée significativement importante qu'avec le soutien de la noblesse. Comme ses prédécesseurs, Richard doit s'attacher ces hommes en restant en bons termes avec eux, ainsi qu'en leur offrant des cadeaux. Les nobles les plus puissants peuvent exiger davantage en menaçant de se retourner contre leur lige. Trois groupes se retrouvent à Bosworth Field, chacun avec son propre programme : Richard III et l'armée du parti York ; son rival Henri Tudor, champion de la cause Lancastre ; et les Stanley, prêts à basculer d'un côté ou de l'autre.

Côté York thumb|upright|Richard III.