La cour martiale du Grand-Bornand d'août 1944 est le procès de se déroulant au lendemain de la Libération, du au , au Grand-Bornand, en Haute-Savoie. À l'issue de ce procès, sont condamnés à mort et fusillés.

Contexte Lors de la libération d'Annecy le , permanents de la Milice française se rendent aux FFI contre la promesse d'avoir la vie sauve, ainsi que celles de leurs familles, jusqu'à leur jugement. Ils ont décidé de se rendre alors qu'ils s'apprêtent à partir avec les Allemands ; ceux-ci s'étant rendus à la Résistance à la suite d'un coup de bluff, les miliciens ne peuvent s'enfuir sans combattre en position d'infériorité, car les routes étaient coupées par le maquis.

Malgré deux incidents et les mauvais traitements, la plupart des francs-gardes sont gardés en vie jusqu'à leur procès qui a eu lieu deux jours plus tard. Ils sont emmenés d'Annecy au Grand-Bornand, via Faverges, puis Thônes, en tenue, pour éviter de nouveaux incidents, sous la protection des maquisards.. Leur route croise une population hostile et les maquisards font l'usage de tirs en l'air pour que le convoi puisse poursuivre son chemin.

Par une ordonnance du , et selon une loi promulguée par le Gouvernement provisoire de la République française, à Alger, le chef départemental des FFI, Joseph Lambroschini (dit Nizier), institue une cour martiale.

Composition de la cour martiale C'est Lambroschini, qui, à la préfecture de Haute-Savoie à Annecy, en plein accord avec le Comité départemental de libération, désigne les membres de la cour martiale afin d'apaiser la foule qui a commencé à infliger des sévices aux miliciens prisonniers et crie vengeance. L'organisation du procès est l’œuvre de Jean Comet, magistrat professionnel en poste à Saint-Julien-en-Genevois, révoqué par Vichy pour refus de rejoindre un poste à Thonon-les-Bains fin et qui est recruté pour créer cette cour.

La cour martiale est présidée par le commandant André Augagneur (dit Grand), chef départemental des FTP, secondé par quatre officiers de la Résistance : Robert Poirson (lieutenant Roby) et Louis Morel (Lieutenant Forestier), issus de l'Armée secrète, et le commandant Clément et Francis Bonfils (commandant André), issus des FTP. Ces cinq juges sont eux-mêmes assistés par l'inspecteur de police Jean Massendès, faisant office de procureur, et par le greffier Comet. Celui-ci, qui rejoint la Résistance le , commande avant l'ouverture de la cour martiale.

Quatre avocats d'Annecy (Maitres Deschamps, Rolier, Lacombe et Bouchet) sont commis d'office ; ils disposent de cinq minutes pour défendre chacun de leurs clients.

Déroulement du procès L'audience est publique, et même des journalistes suisses ont été convoqués par le CDL. Le procès s'ouvre à dix heures du matin et se termine à trois heures dans la nuit suivante. Les plaidoiries des avocats prennent une heure et demie environ, tandis que la délibération de la Cour dure environ trente minutes. Le procureur donne le choix à la Cour : la mort ou l'acquittementLes tribunaux du peuple à la libération, Henri Amouroux, Académie des sciences morales et politiques, 9 janvier 2006..

, déclarés coupables du , sont condamnés à mort pour (référence à du code pénal). Un milicien relaxé ayant demandé à partager le sort de ses camarades, sa demande lui est accordée, ce qui porte le nombre des exécutions à 76 sur . Les sont relaxés.

Parmi ces libérés en uniforme, beaucoup sont repris par les FFI et jetés en prison ou, pour certains, traduits de nouveau en justice ; l'un sera fusillé par la suite à Annecy.

Suites du procès Selon la presse de l'époque, .

Les miliciens condamnés à mort sont immédiatement (de 8 heures à 10 heures et quart) fusillés publiquement dans le bois de La Pezerettaz, dans la vallée du Bouchet à trois kilomètres du Grand-Bornand. Au cours de leur détention et des exécutions, ils sont assistés par l'abbé Etienne Ducroz, professeur au collège Saint-Joseph de Thônes. Plusieurs d'entre eux ont moins de ; le plus jeune, âgé de et un mois, venu se réfugier auprès de ses frères aînés sans pour autant être officiellement milicien, est fusillé avec ses deux frères âgés de 17 et .

Sépultures Les corps sont enterrés dans ce même bois de la Pezerettaz, sur la commune du Grand-Bornand, dans un cimetière, sorte de « nécropole provisoire », « sans existence légale » (lire en ligne)... Le site, à l'allure d'un carré militaire, accueille cinquante croix blanches sur lesquelles sont inscrits le nom et les dates de naissance et de mort des miliciens fusillés.

Une partie des corps ont été exhumés et ensevelis, pour la plupart dans leurs villages du Bas-Chablais. Les croix restantes sont les sépultures des fusillés dont les familles n'ont pas souhaité ou pas pu récupérer et enterrer les dépouilles dans leur village respectif. Comme le rappelle l'historien Michel Germain, , la mort des uns, la reconstruction d'une vie des autres, l'oubli

En , une partie du « cimetière » est saccagé. Au cours de la décennie suivante, les autorités tentent de faire disparaître le site, quelques corps sont transférés, mais sont encore en place en 1952. Quelques corps sont à nouveau transférés, mais le lieu est maintenu.

Voir aussi Bibliographie . . . . .

Articles connexes Histoire de la Haute-Savoie Épuration à la Libération en France

Notes et références

Catégorie:Histoire de la Haute-Savoie Catégorie:Milice française Catégorie:Collaboration en France pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Massacre ou atrocité de la Seconde Guerre mondiale en France Catégorie:Libération de la France